jeudi 30 mars 2017

L 'ETUDE DU PRINCE LOUIS-LUCIEN BONAPARTE SUR LES DIALECTES CORSES.

L’ETUDE DU PRINCE LOUIS-LUCIEN BONAPARTE SUR LES DIALECTES CORSES.
 Dans mon  blog sur la toponymie corse d’origine  basque, j’avais cité l’étude parue en 1877  dans les Annales de la Corse, p.51-55 du prince Louis- Lucien Bonaparte sur les toponymes corses d’origine basque, précédée et suivie d’un essai du docteur A. Matteï, et intitulée Remarques sur les dialectes de la Corse et sur l’origine basque de plusieurs noms locaux de cette île, mais je n’avais pas retrouvé la photocopie du  texte dans mes papiers. Un rangement m’a fait retrouver son texte.
D’abord, qui est le prince Louis- Lucien Bonaparte ? Fils de Lucien Bonaparte (la psychanalyste et amie de Freud qu’elle protégea courageusement au moment des persécutions antisémites en favorisant son exfiltration hors d’Allemagne, Marie Bonaparte, auteur des traductions de Freud et d’une magistrale étude sur Edgar Poë , descend elle aussi de Lucien), élu  député de Corse, ce polyglotte est un grand linguiste et un spécialiste du basque, en particulier de la classification des dialectes basques. Il a publié de nombreuses traductions en basque et en corse des Evangiles.
Le classement des langues italiennes du Prince Bonaparte.
Il distingue , dans les langues indo-européennes , une branche gréco -albano- latine, divisée en trois branches (grec, albanais, latin) ; la branche dite latine est divisée en deux groupes : groupe italique comprenant le latin et les langues dites romanes dérivées :  l’italien, le sarde, l’espagnol, le portugais  le valaque ou roumain ;
Le groupe roman comprenant  :  le français, le roman espagnol ou catalan ; le roman français ou provençal ;le roman suisse ou grison ;le roman carnique ou frioulan, le roman italien ou gallo- italique.
Familles italiennes :  1 la tosco- latine ; 2 la napolitaine ; 3 la sicilienne ;4 la vénitienne ;5 la génoise qui sert à relier la langue italienne au  gallo- italique que le prince regarde comme une langue indépendante dérivée du latin, sœur de l’italien, du sarde non- septentrional ou sarde propre, de l’espagnol, du portugais,du valaque ou roumain, du français,du catalan qu’il sépare du provençal, du provençal, du grison  dont il sépare le frioulan ,

A La branche toscano- romaine  comprend :

a) le toscan qui est la base de l’italien dans sa variété florentine ;

 b) l’arétin (Arezzo, Cortone, etc .)

c) le pérugin et le sicilien ;

d) l’ombre (Spolète, etc.)

e) le dialecte de la région d’Ancône (excepté Ascoli et quelques autres localités) ;

 e) le romain ;

f) le dialecte d’Aquila ;

g) le corse d’en deçà des monts, dans ses variétés de Corte, d’Alessani (avec son  o final au lieu de u), de Bastia, de Rogliano, etc ;

B Lla branche sardo- corse, qui est représentée par le dialecte sarde septentrional de Sassari et par ses codialectes, le sarde septentrional de Tempio et le corse d’au-delà des monts parlé à Ajaccio, à Sartène, à Bonifacio, etc.

Les deux dialectes corses, quoique appartenant à deux branches différentes de la même famille, servent toutefois à les relier, car il est évident que si le corse d’Ajaccio se rapproche du sarde de Tempio, beaucoup plus que du sicilien proche du pérugin, il ressemble aussi au corse de Corte qui, à son tour, est presque un dialecte toscan. C’est par le système phonétique que les deux dialectes corses se distinguent. C’est ainsi que la finale i des singuliers ; le son particulier (une cacuminale)  que, faute de signe, on exprime tantôt par dd, tantôt par dr ; la fréquence de l’autre son [ghj ], propre au sarde de Tempio et au corse d’Ajaccio,séparent, du moins dans leur ensemble et dans la majorité de leurs variétés, le dialecte d’au-delà de celui d’en- deçà des monts.

Mon père né à Ajaccio , mon grand-père né à Vezzani, ma grand-mère née à Pancheracci et qui ne parlait pas français  et ne savait pas écrire  avaient pour langue maternelle  une  parlure d’au-delà des monts. Pour eux, le corse était leur langue maternelle, mais aujourd’hui je crains que le corse ne soit devenu un argot, c’est-à-dire un moyen de communiquer sans être compris des témoins indésirables.

Les publications en corse du prince et de Matteï.

Matteï publia en 1867 dans l’Avenir de la Corse un recueil de proverbes corses précédé d’une introduction générale sur la parlure corse. Le prince avec qui il entra alors en relation lui montra l’Evangile de Saint Matthieu traduit en corse qu’il avait fait paraître en 1861.mais Matteï se récria et lui dit que ce n’était pas là le dialecte de l’île ; que cet évangile se rapprochait tout au plus du dialecte parlé du côté d’Ajaccio .Il lui dit que le nord, l’est et de l’ouest de la Corse parlaient un dialecte bien plus italien. En effet, lui répondit le prince, cet évangile avait été écrit  sous la direction de M. Friess et,  l’ayant montré à M. l’abbé Casanova, celui-ci l’a, hélas ! corrigé en y supprimant les idiotismes d’Ajaccio et en faisant une langue plus générale.
Le prince manifesta au docteur Mattei le désir d’avoir le même évangile en dialecte de Corte et pour cela Mattéi appela un homme et une femme de Corte,sous la dictée desquels il écrivit cet évangile , lui-même étant d’ailleurs de Corte,.

Etant donné que  Humboldt, Mérimée et le prince Bonaparte sont les seuls à avoir suggéré   les affinités basques de la toponymie corse, je crois utile de donner ci-après les 25 rapprochements donnés par le prince qui complèteront mon blog sur la toponymie corse d’origine basque :  

1Forêt d’Aitone, rapproché d’aiton, aitona, génitif aitonaren, qui signifie grand-père en basque guipuscoan et désignait ici l’équivalent du dieu Saturne. Mérimée le rapprochait du basque aitz ona, le bon rocher.
2 Village et commune  d’Arro , à rapprocher de l’adjectif arro qui en basque signifie vain, orgueilleux ; cf. Arros, commune de Larceneau-  Arros- Cibits dans les Pyrénées atlantiques et Arros d’Oloron , commune de Asasp- Arros, Arrosès, Arros- de- Nay. Note du prince : L’adjectif arro, orgueilleux,  appliqué à une localité corse rappelle le nom local Mont-orgueil  appliqué à une rue de Paris [Ier et 2e arrondissement]; et originellement à une tour et à une montagne.
3 mont Artica , à rapprocher du  nom basque du village d’Artica en Navarre, qui signifie friche , lieu défriché, cf. les nombreux Artigue en Provence .
4 commune d’ Asco, à rapprocher de asco , qui signifie beaucoup, plusieurs, donc (la ville) importante, peuplée,  (finale augmentative basque –asca , dans l’espagnol  peñasco,le gros rocher, de peña, rocher).[A rapprocher du marqueur basque de  pluriel en –aka, qu’on retrouve en aïnou,la langue des blancs indigènes  japonais , kem-aki, les pieds].
5 mont Asto, à rapprocher de asto, qui signifie âne, latin asinus, lieu où paissent des ânes sauvages.
6 commune de Bilia, à rapprocher du basque  belia, corbeau. Le mot bele, corbeau, se trouve aussi dans Bel-asco-ain, village de Navarre. Bel- est suffixé de - asco, plusieurs, et le mot se termine en –ain, synonyme très usité de -aren, morphème de génitif , de sorte que Belascoain veut dire , à la lettre, la ville hantée par de nombreux  corbeaux  ; Belaunza, village du Guipuscoa ; Belunza, village d’Alava ; Belaya,montagne de Navarre, paraissent, eux aussi, renfermer  le mot bele [de launza,, rocailles avec un -a de collectif, cf ; Zonza, de  launza, par prolepse et métathèse.
7 étang de Creno,à rapprocher du nom du bourg de Cerain en Guipuscoa ( nom qui signifie la ville à  la mare) ;à rapprocher du  mot grec , d’prigine basco- ibère, krènè ou éolien kranna , fontaine,  krounos,source,  vieux norrois hronn, flot.
8 commune d’Ersa, à rapprocher du basque  ertza qui signifie le bord, l’orée, la limite ;
9 commune de Ghisonaccia, interprété comme le mauvais Ghison, mais en réalité à rapprocher du pluriel basque en –ac ,   guizonac,  les hommes, la tribu ,les
 tribus.
12 Ghisoni, à rapprocher de guizon, singulier, homme, peuple, tribu ; ;
13 étang de Goria, à rapprocher du basque  gorria, guria, adjectif signifiant rouge ou le mou (partie de la viande, poumons) en Guipuscoa .Le rouge est une allusion à la couleur du dieu ancien des Ligures et des Basques, savoir un poulpe géant.Architeuthis dux, voir mon blog sur le s0repent de mer et la flèche canaque.
14 commune de Guitera, à rapprocher du bourg de Guetaria en Guipuscoa, ou Guéthary dans les Pyrénées –Atlantiques ; ;
15 le mont Lincinosa, à rapprocher du nom du village de Linzoain en Navarre, nosa étant une adaptation de ain, morphème basque  de génitif devenu suffixe adjectivant, et de la ville de  Lancia en Tarraconaise. Radical linc-,  lac, mare.
16 la commune de Lozzi, à rapprocher des noms de villages  Loza (avec suffixe de collectif en-a) en Navarre et en Alava.cf .lausa, pierre plate, ardoise.
17 commune d’Ocana [oplutôt  Occhiatana, de ocarana] en Corse  à rapprocher du mot basque signifiant la prune, ocarana en biscaîen, car l’Ocana corse  pourrait être la Phaiacana , la Phéacienne, de phaivacana, puis phaiavcana, (phai)aucana de Strabon au Ier siècle, .
18 mont Orba dans Vagliorba [et Urbalaccone, le fleuve basque (radical ibère  urba, fleuve, rivière, cf.le nom de l’Ebre),  qui  appartient à une tribu basque, basque  apparaissant  ici sous la forme –laccone pour Vascone, Gascon, Basque] à rapprocher du nom de la vallée d’Orba en Navarre.
19 rivière d’Oso, à rapprocher de oso, entier, tout entier. Le mot latin totus, tout entier, se retrouve dans les mots  Teuton ou Deutsch et désigne le peuple rassemblé.
20 commune d’Ota, à rapprocher de ota, ajonc en biscaïen avec suffixe basque de collectif en-a. .
21 mont Ovace, à rapprocher du nom du bourg d’Obanos en Navarre.
22 commune de Scata, à rapprocher de ezcata, écaille de poisson [francique skal (j) a, tuile, lieu argileux];
23 communes de Sari d’Orcino et de Sari –Solenzara, à rapprocher de sari, prix, récompense, valeur,  et de Sare, village en Labourd. Le nom signifie  le lieu qui est de valeur( diminutif Sarrola)
24 commune de Tavaco à rapprocher de ville de Tabar, en Navarre ; à rapprocher du nom de la commune de Tavère et du nom de la rivière le Taravo, métathèse de tavaro, cf le nom de la Tarraconaise .
25 rivière  Tartagine, à rapprocher de la rivière Tartanga en Alava [et de Tartesse,Carghèse].

   Le prince n’a pas consulté la toponymie de la Tarraconaise. Je l’ai fait et m’en  suis inspiré pour mon blog sur la toponymie corse d’origine basque.

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