vendredi 29 juin 2018

Un nom de « polissoir » peu connu : celui de grael ou graal


Un nom de « polissoir » peu connu : celui de grael ou graal
Au moment de mettre un point final à mon étude des mégalithes dans le monde : Europe, Perse ,  île de Pâques , Costa Rica, Amérique du sud, Tonga, Laos,  étant rappelé que je m’intéresse essentiellement  à l’âge  de la pierre et non à celle de l’âge de bronze ( pour spécialistes, savoir mes blogs  sur les gravures et  sculptures des statues-menhirs et pétroglyphes , souvent liés selon moi à la circoncision, au totémisme et à la chasse ou à la pêche), même si je me suis penché sur les tokhariens pour des raisons personnelles, je m’aperçois que je n’ai guère traité de la littérature chrétienne concernant, au Moyen Age, les « ressuscités des dolmens et des polissoirs ». Je rappelle, pour les spécialistes, que j’ai commis une étude fouillée  sur Wolfram d’Eschenbach dans un  blog. Je rappelle aussi que les noms à l’origine dévolus respectivement aux   dolmens, aux  « polissoirs » et aux  menhirs  passaient parla suite  de l’un à l’autre indifféremment par la suite.
Chronologie vraisemblable : 1) Avant 1161 : (Robert) Khiôt de Boron : Estoire del Graal, perdu, dont s’inspire Wolfram von Eschenbach ;  
Perceval en vers,  perdu, qui serait le livre dont Chrestien deTroyes s’inspira (« le livre prêté par le comte de Champagne ») ;
2) Chrétien de Troyes, vers 1175,  Perceval, dont l’histoire s’arrête au vers 6438 (« le conte s’arrête ici de parler plus longuement de  Perceval ») pour reprendre le fil, avec La quête du Graal,   là où finissent les aventures de Perceval et où débutent celles de Gauvain  ;
3) Wolfram von Eschenbach, en allemand, Parzival, vers 1200,  a lu les deux oeuvres de Chrestien , désapprouve le rôle confié à Galaad en tant que conquérant du Graal au détriment de Perceval par Chrétien et affirme suivre  de près l’Estoire del Graal de Khyôt.
La première apparition dans la littérature française du mot graal au sens de vase sacré, mais aussi, selon une anagramme, au sens de livre religieux  (Evangile de saint Jean , ou plus probablement de Saint Nicodème)
 Ce serait graal , au sens de vase sacré, dans l’œuvre perdue  de Khyôt, au moins dans son titre,  l’Estoire del Graal, mais aussi dans le même ouvrage,  selon une anagramme, au sens de livre religieux  (l’Evangile de saint Jean , ou,  plus probablement,  de Saint Nicodème), puis au sens de vase sacré dans l’œuvre de Chrestien , Perceval, au vers  3158.
La première apparition en français du mot graal au sens de « polissoir ».. 
Ce serait dans l’œuvre de Wolfram,  Parzival.
1° Etude sommaire de la vie et l’œuvre de  Khyot de Boron.
La  phrase qui suit est la seule citation de Quiot de Boron que, grâce à Wolfram,  nous possédions ; il est vrai qu’elle serait tirée du prétendu manuscrit trouvé à Tolède : « Une légion d’anges déposa sur la terre le graal, au sens de  «  polissoir » ou de dolmen,  (trop lourds  pour avoir été installé et maniés  par des êtres humains),  
« Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur »,
 comme dit le poète, puis remonta au plus haut du firmament. Confié à un pêcheur (altération du nom du dieu des enfers, Phorkheus, gardien des dolmens),  le graal  disparaîtrait, car il n’admet en sa présence que ceux qui en sont dignes : il a donc fallu désormais, pour le garder, le rejeton baptisé d’une race pure [sans péché, Perceval]. » Avec le  nom de Liddamus, -peut-être une mauvaise leçon pour li-dan, dolmen (li) aux urnes,- donné par Quiot de Boron  à un personnage que Chrestien n’a pas cru bon de nommer, ce sont les seuls vestiges du texte de Khyot de Boron.  
Laissons la parole à Wolfram  à la fin du Parzival : « Maître Chrestien de Troyes [dans la Quête del saint Graal] a raconté cette histoire d’une façon infidèle et il y aurait de quoi éveiller la colère de Quiot  qui nous en avait donné, lui, la version authentique. L’homme originaire du village de   Boron  raconte véridiquement que [Perceval] le fils d’Herzéloïde hérita du Graal qui lui était destiné et dont son père Amfortas avait été déchu. C’est depuis  la ville de  Boron  que nous fut transmis, en région allemande, le récit authentique et la conclusion de cette aventure. Quant à moi, Wolfram d’Eschenbach, je n’en veux pas dire plus long que le maître [Quiot de Boron] n’en a dit. J’ai parlé du véritable Perceval, de son berceau et de ses illustres parents. Je l’ai conduit là où son destin le voulait. »
Un indice que  Perceval, de Quiot de Boron , est bien l’œuvre dont  s’inspira Chrestien  est une  déclaration faite par  Quiot et    citée par Wolfram déclaration que l’on passe généralement sous silence parce qu’elle jette bas beaucoup de systèmes,  à la fin  de l’Estoire del Graal : « je suis le premier à raconter l’histoire du Graal avant tout autre », et parce que ,  par conséquent,  il a précédé Chrestien : chez Chrétien,  le mot graal apparaît au vers  3158 , mais ce n’est  pas la première apparition du mot dans la littérature française, puisque Quiot de Boron  en avait déjà fait usage, ne serait-ce que dans son titre : le (poème) roman (en langue romane et non en allemand ni en latin, ni en gallois) de l’estoire du Graal.  De même, c’est Boron qui, le premier, emploie l’expression « service du graal » que Chrestien reprendra. De même également, avant Chrestien, Quiot de Boron, avec son Perceval en vers perdu, est l’introducteur de Perceval dans la littérature française.  Chrétien n’aura plus qu’à se servir du personnage, déjà connu des lecteurs, aussi bien dans Erec et Enide (1160) que dans Cligès, avant de se décider à lui consacrer un conte entier, Perceval , et de l’abandonner au profit de Galaad dans La queste del Graal.

La  source  de Wolfram  est   ainsi, de son propre  témoignage, Quiot de Boron, auteur de l’Estoire del Graal et  d’un Perceval en vers perdu. Wolfram  est, comme son modèle  Quiot de Boron, le champion  de Perceval comme candidat à la  royauté du Graal. 
La source de Chrestien de Troyes est   également Quiot de Boron : ce dernier, Kiot,  aurait suivi dans son Perceval perdu  un manuscrit écrit en syriaque ancien et  trouvé par lui à Tolède  et une   chronique d’Anjou en latin. Le comte de Champagne, protecteur de Chrestien, lui prêta  le livre de Quiot de Boron, Perceval
 On ne sait rien de Quiot de Boron.  Il savait le latin,  est allé  à Tolède et aurait  appris le syriaque ancien. Peut-être était-il  le protégé d’un duc d’Anjou et  avait-il  assisté à des cérémonies du rite byzantin à Constantinople dans l’église Sainte Sophie au cours d’une croisade.
Les noms de famille au XII e siècle, à l’époque de leur création.
Chrestien de Troyes n’a pas de prénom, pas plus que Wolfram  d’Eschenbach . Quiot est un  nom de famille bien attesté,   écrit parfois Quiot dans la Meuse aujourd’hui, mais écrit  le plus souvent Quillot. Son état-civil est  ainsi Rober Quiot   de Boron, ou Borron, ville située  dans le territoire de Belfort.
  2) Etude sommaire de la vie et l’ œuvre de Wolfram d’Eschenbach. . Eschenbach est la région de la naissance de Wolfram, qui  évoque, op. cit.,  p.67, son lieu de naissance exact, Truhendigen en Bavière, et  la misère qui était parfois  la sienne en ces termes : « la cruche ne s’inclinait plus très souvent  pour verser l’hydromel ; les crêpes ne chantaient plus guère dans la poêle de Truhendigen, pour eux, cette musique était finie. » C’est ainsi qu’il évoque  le   lieu de sa naissance, près de Wassertruhendingen, à 5 kilomètres d’Eschenbach. Plus haut, il a évoqué le comte de Wertheim, son protecteur, qui céda la paroisse d’Eschenbach à l’ordre germanique des Templiers et qui le fit admettre dans cet ordre initiatique. Il a dû être le protégé d’Aliénor et être présent à la cour à Domfront. Surtout ce Bavarois, qui a fait de Wildenberg en Bavière le château de  Wildenburg, nom qui sera traduit par  Montsalvage (wilden), a hanté la cour du comte  Gautier de Montbéliard à Montbéliard, où il a peut-être rencontré notre fameux Quiot,  qui ne venait pas de loin, puisqu’il était originaire de Boron. Nous savons encore par une confidence qui lui échappe dans son Titurel qu’il n’avait pas d’enfant.

Mon condisciple au Lycée Louis –le-Grand et ensuite à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, Joël Grisward, ce disciple favori de Georges Dumézil,  a très justement écrit  dans sa contribution à Georges Dumézil à la recherche des indo-européens, de Jean-Claude Rivierre, « dans le Parzival  , de Wolfram d’Eschenbach , le graal n’est pas un récipient, mais  une pierre » .
Quelle est cette pierre ? Un polissoir ou un dolmen ? C’était, en tout cas, « une pierre turquaise , donc un mégalithe préhistorique . On appelait pierres turquoises  les dolmens parce qu’on en prêtait la construction aux Turcs. On attribuait la création de ces  mégalithes aux Infidèles qu’on appelait indifféremment Turcs ou Sarrasins, par exemple   la Table des Sarrazins, un dolmen de Mantilly dans le Passais en Normandie , ou bien la Pierre turquoise, une  allée couverte dolménique  de Beaumont-sur-Oise dans la forêt de Carnelle (Val d’Oise)  .  dolmen de la Pierre à Gargantua, près de Fontenay- sur- Conie.  Pierre turquaise est l’homonyme de la pierre précieuse bleue appelée turquoise. C’est « une pierre précieuse que traversaient les rayons du soleil et qui tirait son nom [lapis-lazuli] de son éclat » (le lapis-lazuli, orthographié lapsît exilis,  est interprété par Flegetanis , l’auteur présumé du manuscrit qu’il a trouvé à Tolède, chez Wolfram comme lapsus ex caelis, la pierre turquaise  pierre tombée du ciel et qui a conservé la couleur bleue du ciel . On confondait le lapis-lazuli, l’émeraude (à rapprocher de  l’émeraude qui « constitue » le coussin supportant le graal et  celle qui orne le front de Lucifer, littéralement « celui qui porte la lumière ») et la turquoise, ainsi appelée en raison du fait qu’on avait découvert cette dernière en Turquie.
Le graal, pour Wolfram, est donc  une « pierre turquaise », un  dolmen, que seuls des anges ont pu porter, vu son  poids,  et poser au sol.
Les anagrammes de Wolfram. 
1)      L’anagramme contenue dans le nom de Khiot de Boron et dans le nom  de  Tolède : c’est le mot (religion) orthodoxe, le x  étant rendu par la lettre grecque khi (dans Khiôt),  le t et le  d étant présents dans Tolède comme le o et le e.
Une autre anagramme confirme la première. Ce sont les trois mots église bisantine et graal, au sens de polissoir ou dolmen (cf . l’historique du mégalithe , trop lourd  pour avoir été installé et manié  par des êtres humains , cité par Wolfram  comme de Khyot : « Une légion d’anges déposa sur la terre le graal,  
 puis remonta au plus haut du firmament. [Le mégalithe fut
alors ] confié à un pêcheur (altération du nom du dieu des enfers, Phorkheus, gardien des dolmens, et cf . le Roi Pêcheur),  [car autrement]  le graal  disparaîtrait, étant donné qu’ il n’admet en sa présence que ceux qui en sont dignes : il a donc fallu désormais, pour le garder, le rejeton baptisé d’une race pure [sans péché, Perceval ») . Ces mots sont contenus dans le nom de l’inspirateur prétendu de l’œuvre de Khyot, savoir Flegetanis –Salamis et, pour le b initial, dans  roBert de Boron  
La ressemblance des cérémonies du rite liturgique orthodoxe, en particulier la Grande Entrée, avec le cortège du Graal,  est saisissante et on peut la situer à Noël.  
Une  procession solennelle  ouvre la liturgie byzantine de  la messe.    [Joseph d’Arimathie] frappe le pain  eucharistique, ainsi fractionné en hosties  avec l’hagia longue (hagia [ machaira ] qui  signifie  [couteau] sacré, long couteau triangulaire, servant à découper des hosties , pendant   la phosphora (iera), fête aux flambeaux, depuis  l’Amnos (l’Agneau, Evangile selon Saint Jean, 18, 28 ) à la prothèse (exposition des hosties consacrées dans un ostensoir), et il prononce en latin  le verset de l’Evangile de Saint Jean , 19,29 : « Un vase était là rempli d’un vin amer. On mit au bout d’une lance une éponge imbibée de ce vin avec un extrait de noyaux d’amandes amères, et on l’approcha de sa bouche ; quand il eut pris de ce vin, Jésus dit : « Les Ecritures sont accomplies »  ; le célébrant place ensuite l’hostie sur  le diskos, petit plat, patène,  disculus en latin, ayscl en gallois ( mot venant de disculus). 
La Grande Entrée commence alors. L’ordre est le suivant : des lecteurs du livre ou graal, graduel chanté entre l’office et la prose sur les degrés (gradus) de la cathédrale, portent des cierges allumés, puis viennent  le prêtre avec le calice,  le diacre avec le diskos (patène), puis un célébrant avec la lance, un autre avec l’éponge (spongia en grec)et d’autres avec les Evangiles et les reliques. A noter que la lance, hyssos en grec, remplace l’hysope de l’Evangile classique : c’est la lance  qui a servi à donner à boire au Christ avec l’éponge trempée dans un vase contenant un vin amer, ce n’est pas la  lance d’un  centurion romain qui aurait  ouvert le flanc du Christ : le passage de l’Evangile de saint Jean  relatif au percement du flanc du Christ avec une  lance  , 19, 33 :ils trouvèrent Jésus déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes ; l’un des soldats,  de sa lance,  lui perça le flanc et il sortit aussitôt  du sang et de l’eau »a été rajouté par la suite,  semble-t-il.
On  trouve pareillement dans le cortège du Graal  la lance, le graal , ajout qui correspond au calice  [un vase à pied en or contenant du vin, symbole du sang du Christ , auquel les fidèles ne doivent pas toucher], couvert de la patène [un vase  en forme de petite assiette creuse qui sert à couvrir le calice  et à recevoir l’hostie une fois celle-ci  consacrée ),  le tailloir d’argent correspondant au diskos qui sert à exposer les hosties non encore consacrées, enfin   le cortège aux chandelles.
Quiot avait assisté à Constantinople,  à l’église Sainte Sophie, à une telle cérémonie pour la Noël. . Notons aussi que  Thierry d’Alsace, le père du protecteur de Chrétien, un certain Philippe,  avait apporté à Bruges le sang du Seigneur.
Les divers sens et étymologies du mot graal.
1°graïl ou graille ,  du latin craticulum, désigne un gril ou une grille, par suite et par métaphore un « polissoir » comme celui d’Arrou , appelé précisément les Grilles du diable, à cause de’ ses  stries spectaculaires . Telle est la pierre à laquelle Joël Grisward fait allusion. De « polissoir », le mot a passé au dolmen, comme le confirme le mot féminin gralepois, de graale et de pese, du latin pensa, suspendue, pour désigner un dolmen cette  fois.
graël ou graal,  du latin gradualem, , désigne un graduel, c’est-à-dire des versets  qui se chantaient à l’office, sur les degrés du jubé ou de l’ambon, ou bien un livre d’église contenant ce qui se chante au lutrin pendant la messe, ou bien enfin, n’importe quel livre ou registre .
graal, du latin cratalem, de cratella, diminutif de crater. En grec, kratèr  désignait  un  grand vase où l’on mêlait le vin et l’eau pour y puiser avec les coupes ordinaires, plus petites et désigne un bassin dans un roc, une cupule, par exemple dans la tragédie de Sophocle, Œdipe à Colonne, vers 1593, ou dans Platon, Phèdre 111 d. Chrétien parle d’ « un graal » : il était donc loin d’être unique. C’est ce que les spécialistes de la préhistoire appellent les cupules ; elles sont abondantes sur les « polissoirs », que ceux-ci soient énormes ou au contraires très petits et donc portables jusqu’au malade ;  on leur rendait un culte, elles étaient considérées comme sacrées et leur eau passait pour une panacée miraculeuse. On va passer du dolmen (« pierre turquaise ») et du « polissoir » chez Kiot et chez Wolfram au seul « polissoir » pour le « service du graal » (la cupule dans un petit «  polissoir »)  chez Wolfram et chez Chrestien. On peut supposer que,  pour ce « service », on puisait l’eau sacrée avec un petit graal de pierre dans une grande cavité d’un « polissoir » imposant. Ce « service » prolongeait la tradition indo-européenne de la graha que rapporte,  dans Orion ou Recherches sur l’antiquité des Védas,  Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak rappelle que graha est le nom en sanskrit d’un récipient sacrificiel utilisé le jour de la pleine lune du 24 décembre, et que chaque jour de la semaine avait sa propre coupe. Le culte des cupules (creux artificiels ou naturels dans le roc) remplies d’un liquide rouge est souvent associé aux polissoirs. La cratera de Joseph d’Arimathie peut avoir hérité du sens indo-européen de graha.
  Dans Orion ou Recherches sur l’antiquité des Védas, Tilak nous explique comment, pour les Hindouistes,  le solstice d’hiver, dans la région « polaire », où leurs ancêtres habitaient,  avait lieu le jour de la pleine lune de Phâlguna, nom d’un des 12 mois lunaires correspondant à janvier et consacré aux Mânes des ancêtres. Le sanskrit Phâlguna (à rapprocher du nom de la Paphlagonia et du grec phlegô, brûler en parlant du soleil, radical indo-européen bhelg-, grec phlox, flamme, latin fulgur, foudre, fulgo, fulmen ,védique bhrajate (le sanskrit varunah, le grec ouranos, ciel, le latin Urania, relèvent de la même  racine, mais avec deux  labio-vélaire : bhwelgw)   doit aussi être rapproché de l’irlandais  fal (g), dans la pierre de Fal, nom du menhir qui criait lorsqu’il se heurtait à un roi. Pour leurs cousins Parsis en Perse, les 5 jours de l’année qui commence sont appelés les jours Fravardigan, de phwargduna, et le mois de janvier, mois où l’on célébrait aussi les mânes des ancêtres appelés frohar,de phregwar, ceux qui ne sont que flamme solaire,  est appelé Fravashinam,de phwragwa .  Les frohar, c’est-à-dire les représentants spirituels des défunts incinérés, sont l’équivalent,  pour les Hindouistes des pitri, les mânes des pères.  Pour les Hindouistes,  les fêtes du Pitriyana peuvent s’étendre sur cinq jours seulement ou bien sur une quinzaine de jours (un mois pour les Occidentaux) pendant lesquels les âmes  des pitri  viennent dans les maisons de leurs parents  vivants.
  Les auteurs vont jouer sur les sens de ce mot graal. Ainsi s’expliquent d’autres énigmes de Wolfram.
Les énigmes de Wolfram.
 Les énigmes sont bien dans le goût du Moyen Age et nous en avons décelé, dans le Parzifal (entre 1206 et 1216 ?) de Wolfram. Il y  en a quatre   que nous allons tenter  de déchiffrer.
  1) Voici  la première énigme   : « les caractères A, B, C »  permettent de déchiffrer le manuscrit «  arabe » (syriaque ancien, dit-on) découvert à Tolède par Quiot de Boron .
Nous sommes renvoyés, par ces lettres  A,  B, C,  à l’abaque ou tailloir, synonymes désignant un  polissoir préhistorique avec ses stries parallèles. Tel est le sens de cette   énigme qui fait   manifestement allusion au  mystérieux graal, au sens de « polissoir ».   
  Le mot tailloir évoque, à cette époque,   un plat  avec des rigoles où coule le sang de la viande découpée, mais il peut aussi désigner la tablette  qui supporte le chapiteau roman, lui-même orné de crânes sculptés. Chez  Chrétien,  ce tailloir  ou plat en argent serait  un symbole de la lune et on y découpe un cerf, symbole de la lune et de l’année  finissante au 24 décembre. Au vers 3218 sqq de son Perceval : « le premier mets fut d’une hanche d’un  cerf de haute graisse, épicé au poivre…Un jeune homme a, devant eux,  découpé la hanche de cerf au poivre qu’il a d’abord tirée à lui sur le tailloir d’argent, puis il leur en présente les morceaux sur une large galette.  »
2) La 2e  énigme : interviennent dans  Parzifal  « deux couteaux tranchants » qui font allusion à  l’hagia longue (hagia
 [ machaira ] qui  signifie  [couteau] sacré, long couteau triangulaire, servant à découper des hosties , pendant   la phosphora (iera), la fête aux flambeaux de la liturgie byzantine. On peut aussi y voir una allusion à   deux menhirs du Passais, appelés les Pierres- couteaux: le menhir du manoir du Perron à Passais-la- Conception et le menhir de la Châtaigneraie à Saint- Siméon.
 3) 3e énigme,  la lance qui saigne que nous trouvons dans le cortège du Graal renvoie à un autre menhir de la région, celui de la route de Banvou près de Saint- Bômer-les -Forges appelé la Pierre lance. A l’époque, on connaissait la phrase du Christ (Apocryphes, Epître de Barnabé, Agrapha, 12, 1) : «  quand un bois aura été couché et relevé, et quand du bois couleront des gouttes de sang, la fin des temps sera proche » et le Messie reviendra. La lance qui saigne est le signe pour les millénaristes que la fin des temps est proche (1200), ainsi que le salut pour les hommes qui ont vécu avant la mort du Christ, comme les squelettes qui sont dans les urnes entreposées dans les dolmens normands, qui eux aussi seront sauvés par le Messie.
 4) 4e énigme : le  cortège du Graal.  Il y avait dans la région de Passais, sur la route de Banvou, un  dolmen troué  et l’allée couverte dolménique des  Creux,  en granit roussâtre, avec trois cupules et une rigole. Le mot creux, au pluriel ici pour désigner chacun des éléments composant l’allée couverte, est un   doublet  dialectal de graal, graus ou craus ,  est le  nom d’un autre  dolmen de la région, Le  Creux de la fée,et vient lui aussi  du grec  cratèr, diminutif cratella,  donnant grazel , attesté en provençal, puis crael, creu:   comme cratèr, il désigne les bassins dans le roc ou  cupules sur le  dolmen ou sur  le  « polissoir ». C’est ce mégalithe qui donnait lieu à des cérémonies chrétiennes autour de Domfront où résida      it Chrétien , à la cour d’Aliénor d’Aquitaine, et qui a pu inspirer Chrétien, d’autant que le dolmen  est lié à Perceval parce qu’il est un dolmen troué et que Perceval est le héros qui se fait lui-même en sortant par ses seuls moyens du dolmen,  bouché à son entrée une grosse pierre comme celle du tombeau du Christ.;
Chrestien de Troyes  a certainement assisté à ces cérémonies autour du dolmen du Creux. Ces processions  qui reflétaient de vieilles traditions  commençaient dans une allée couverte encore appelée la Table- au- Diable, table païenne de tous les mets et boissons aux yeux des croyants (cela deviendra dans l’oeuvre le repas plantureux du graal, le banquet de réveillon).
On peut en rapprocher certains vestiges de superstition , comme à  Brèches,  en Indre-et-Loire,  sur la route de l’ancienne voie romaine du Mans à Tours, avec un  menhir qui a  un mètre soixante quinze de haut. « A son sommet,  écrit Louis Bousrez, existe un creux … Dans ce trou, où l’on peut mettre la main comme dans un bénitier, on trouve, de temps à autre, des pièces de monnaie et certains comestibles, pain, fruits, fromages, etc., offerts par des gens qui attribuent à la pierre des propriétés merveilleuses. Ces objets sont déposés en offrande, sans aucun but charitable, car l’on sait bien que personne ne peut les apercevoir de la route et que les comestibles sinon l’argent sont perdus.  » Ceci rejoint la tradition des banquets offerts aux mânes des défunts le 24 décembre.
Cette Table -au-Diable dolménique , rectangulaire et réputée maléfique ,  chargée de victuailles et devenue chez Chrestien   la Table du Graal  , s’opposait, pour les Chrétiens rigoristes, à la Sainte Table chargée du calice  pour le vin et du ciboire  pour les hosties,  ainsi qu’à celle  des Chevaliers de la Table ronde. Perceval le « nice »,  le simple, frappé d’un tabou, d’une leis  celtique, qui lui interdit de  poser la question rituelle salvatrice  de savoir pour qui est ce service du Graal (pour les morts incinérés, aux cendres entreposés dans les urnes du  dolmen, et morts avant la Résurrection),  ne rompt pas l’envoûtement qui empêche ces hommes du dolmen d’être sauvés et laisse leurs  cendres dans leur état maudit. En expiation, avait lieu, sur les mêmes lieux  une procession dite des Anges (figurée dans une grande fresque à l’église de Passais- la- Conception dans la région), le lundi de  la Pentecôte et le  vendredi saint.


La lance et les chandeliers «  à dix chandelles » (Chrétien), 10 pour les 10 mois de l’année primitive (décembre est le nom du dixième mois).
  La  lance est qualifiée en ces termes par Chrestien, au vers 3129 sqq. : « Un jeune homme sortit d’une chambre, porteur d’une lance blanche qu’il tenait empoignée par le milieu [pour ne pas se brûler les mains à ce  contact incandescent]. Il passa  par l’endroit entre le feu et le lit (de laye, dolmen dans le conte de Khiot) où ils étaient assis, et tous ceux qui étaient là voyaient  la lance blanche et l’éclat blanc de son fer. Il sortait une goutte de sang, du fer à la pointe de la lance,  jusqu’à la main du jeune homme coulait cette goutte vermeille. » La croyance que lorsque le bois, puis  la lance saigneraient, la fin du monde serait proche et que les hommes incinérés se trouvant dans les dolmens seraient sauvés et ressusciteraient était alors largement répandue .
C’est la lance de Lug, rapportée depuis les  îles originelles  de Scandinavie jusqu’au Pays de Galles,  une lance de feu  qui jette des étincelles et dont les blessures sont mortelles : ainsi, Celtchar a-t-il été tué par une goutte de sang qui avait coulé de la hampe  de cette  lance. Tenue par un héros irlandais, elle est comparée à un chandelier, dont la branche principale est l’axe solsticial et dont les dix  chandelles  renvoient aux dix  mois  de l’année primitive dans les régions du cercle arctique, vite éclipsés par la naissance du  soleil après un  long  temps d’obscurité. Au vers 3164 : « Quand la porteuse du Graal fut entrée dans la pièce, avec le graal qu’elle tenait, il se fit une si grande clarté  que les chandelles en perdirent leur éclat, comme les étoiles au lever du Soleil ou de la Lune. »






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