vendredi 9 septembre 2016

Débarrassez-vous d'une idée fausse:Catulle, le poète de l'amour, n'est pas né à Vérone!

Débarrasez-vous d’une idée fausse : Catulle, le poète de l’amour, n’est pas né à Vérone !
Les homonymies sont trompeuses. Au XVIIe siècle, on attribua à Catulle le lac de Garde au nord de l’Italie (Gargano en italien) alors qu’il s’agissait des deux plus grands lacs de l’Italie du sud, dont l’un s’appelle pareillement  en français   le lac de Garde, Gargano en italien.
Dans le poème 4, Catulle donne la parole à l’épave d’une goêlette (phaseolus) échouée dans un lac, le lac de Garde ,Garde(Gargano) du nord , a-t-on supposé à tort. Mais ce yacht, nous dit le poète ou plutôt le bateau lui-même, « de la mer la plus éloignée, vint jusqu’à ce lac limpide ».Or, le lac de Garde, non plus qu’aucun lac du nord, acne communique avec la mer Adriatique. En revanche, dans l’Italie du sud, certains des plus grands lacs, communiquent avec cette mer. Dans le Parc National du Gargano (de Garde), existent deux lacs qui sont les plus grands d’Italie du sud, le lac de Lesino et le lac de Varano, qui sont en réalité des lagunes. Les deux lagons sont séparés de la mer par une langue de terre boisée communiquent par des chenaux avec la mer Adriatique. Les détritus et alluvions diverses ralentissent le cours du courant de ce chenal, un seul à date ancienne, qui se serait scindée en deux au Moyen Age avec les apports alluviaux. La colonie ancienne se nommait Unia (de Venia, la grâce) sur le lac de Lesino , près de la passe, et le cours d’eau s’appelait l’Uniello, dérivé de  Unia. Cela fait partie de la région des Abruzzes etdes Marrucini, avec des temples dédiés à Mars et à l’agriculture, Rodi Garganico, Rignano Garganico et San Giovanni Rotundo, le nom du Mars ancien étant Rudianus (qui donne Rodi, Rignano et même Rotundo).Exit Brixia, Mella, Cycnus.  
Penchons-nous maintenant squr un passage très obscur de 67, vers 32 et suivants , qu’on a voulu à toute force rattacher à Vérone et au lac de Garde du Nord, donc à Brixia que le  fleuve (flumen) Mella (masculin !) traverserait selon le poète, alors que dans la réalité c’est le Garcia qui  traverse Brixia et que ce n’est qu’un ruisseau ; On a inventé  que la colonie Brescia aurait fondé Vérone, la ville natale supposée du poète et l’observatoire de Cycnus, inconnu par ailleurs. Le responsable de toutes ces inventions est  l’éditeur Vossius. Voici les3 vers de l’édition Budé restitués par Vossius :
Brixia, Cycneae supposita speculae
Flavus quam molli percurrit flumine  Mella,
Brixia Veronae mater amata meae,
que l’on traduit ainsi : « Brescia, assise au pied de l’observatoire de Cycnus, la ville que le jaune Mella parcourt de ses eaux indolentes, Brescia, mère bien aimée de ma Vérone. »
 Je restitue :
Unia , Lecineae (manuscrit chinea)  supposita lagunae (manuscrit specula)
Flavus quam molli percurrit lumine Uniello (lumine au sens de chenal, ouverture, molli au sens d’encombré par les alluvions, donc peu rapide)
Unia , Varanae  mater amata meae.
Je traduis ainsi : Ville d’Unia,  au fond du lagon de Lesino, ville d’Unia,  toi  que l’Uniello doré parcourt grâce à son indolent chenal, Unia, mère de ma bien aimée Vérone (de mon bien aimé Varano).
                              Autres remarques sur le texte.
La religion de Catulle : le poème 62.
Il s’agit peut-être d’un poème isiaque qui fut adopté dans les cérémonies officielles de la religion. Faut-il en rapprocher le poème 61  sur le mariage ?
Le poème 63,  lui, oppose la cruauté des rites de Cybèle.

La discontinuité apparente  de certains poèmes : l’hommage de Catulle à  César  en 44 av . J. –C.
Même si Catulle s’inspire aussi d’un poème alexandrin de Callimaque, La boucle volée, la chevelure de Bérénice dans le poème 64 est une allusion à la comète qui apparut à la mort de César.  Suétone, 88: «  aux jeux que, pour la première fois,  célébrait après l’apothéose de César en son honneur son héritier Auguste, une comète brilla pendant sept jours de suite » .En avril - 44,  7 étoiles brillent pendant 7 jours sous le nom de Berenices Caesaries, la chevelure de Bérénice. Pour le peuple, c’était la preuve de sa divinité, nous dit encore Suétone. Catulle nous dit que l’assassinat de César a fait que les dieux ne daignent plus visiter nos assemblées et qu’ils ne se laissent plus apercevoir en plein jour, lumine claro, vers 408, entendons qu’ils apparaissent seulement de nuit sous la forme de la comète.
L’épithalame de Thétis permet à Catulle d’opposer Ariane à Bérénice.
Notes  sur les manuscrits  de Catulle.
Le manuscrit et l’édition de Corradino.
 Dans le passé il y eut ce qu’on doit appeler des  dénis  de manuscrits de Catulle : d’abord celui du manuscrit trouvé à Venise, puis arrivé à Rome et dont le texte  fut publié en 1738 par le Vénitien Corradino  sous le titre C. Valerius Catullus in integrum restitutus, ex manuscripto nuper Romae reperto, Venise,  petit in- folio et republié par Coustelier dans son Catulle, Leyde (Paris en réalité) en 1743, in- 12, Catullus , Tibullus et Propertius pristino nitori restituti: accedunt fragmenta Corn. Gall. (Cura et studio Nicolaï Lenglet Dufresnoy), 3 tomes en un vol., puis en 1747 à Leyde (Paris), en 1749 (Londres) , en 1754 chez Barbou dit Lenormand, Paris, in-12, en 1779 (Birmingham), en 1794 (Parme).Toute une polémique éclata : le malheureux Corradino fut traité de faussaire et d’imposteur pour avoir publié des leçons différaient  de la vulgate et qui venaient de son très ancien manuscrit,  transporté de Venise à Rome . On en a rejeté, avec beaucoup de hargne,  l’authenticité, car Jean- François Corradino dell‘Aglio était fort mal vu des érudits presque tous catholiques de son temps. Au surplus, le poète de l’amour, le chantre de Lesbie qu’était Catulle avait fort mauvaise presse aux yeux des catholiques qui ne voyaient pas en Lesbie  une référence à la poétesse Sapphô,  auteur comme elle de vers, Grâce à Google Books et à la Bodléïenne d‘Oxford, j’ai pu consulter une édition de 1754 qui donne les leçons  contestées de Corradino. Son apparat critique est intéressant et j’ai pu récupérer au moins 3 vers et 3 beaux poèmes absents de l’édition Budé, et je  fais remarquer qu’il y a à récupérer des leçons intéressantes dans cette édition décriée malhonnêtement, voire de nombreux vers absents chez Budé et remplacés par des points, par exemple dans le poème 61, le chant de noces.
L’édition Thomson.
  L’édition qui fait autorité aujourd’hui est, comme toujours, une édition anglaise, celle donnée en 2003 par D. F.S. Thomson, Catullus, 578 p.  Il a consulté 129 manuscrits, mais pas l’édition publiée par Corradino et ses épigones, fondée sur un manuscrit vénitien devenu  romain dès l’époque de Corradino . A noter une variante Nonacrios, mont d’Arcadie,  64, 288, donnée par Corradino et indiquée par Thomson comme « R², manu recentiore » (il a collationné  les éditions de 1472 à Venise [édition de Spira] à 1535).
Le fameux manuscrit  Corradino est donc identique au non moins célèbre manuscrit romain datant de 1390 (et non du XV e siècle comme indiqué dans Budé) découvert  au Vatican par un Américain en 1896, W. G. Hale, puis étudié par  R. L. Ullman . Ce dernier  a montré que ce manuscrit avait été connu de Achille Statius [ le codex Maffeianus ] et utilisé pour son édition de 1566 dont Scaliger s‘est inspiré.  Ce manuscrit a toujours curieusement créé polémique, que ce soit au temps de Corradino ou au temps de Hale, provoquant un déni de manuscrit remarquable .A noter l’efficacité des méthodes paléographiques puisque Thomson, ignorant pourtant  l’origine vénitienne de son manuscrit romain puisqu’il négligeait  Corradino,  déduit cependant de certaines graphies qu’il a été rédigé par un Vénitien…
3 poèmes absents de l’édition Budé.
Lafaye a supprimé les poèmes 18, 19 et 20 de son  édition. Or, il déclare,  p.99,  le 18 authentique avec une correction de Bücheler (lege) car il est cité par Terentius Maurus qui en évoque d’autres du même style priapéïen, comme le fait aussi Nonnius Marcellus. J’ai pu récupérer ce poème et deux autres dans l’édition du Codex Corradino et dans l’édition Nisard, rangés chez Nisard à leur place traditionnelle.
Remarques sur quelques autres  passages des poèmes 63, 64 et 65-66.
  Poème 63 :
Dans le poème d’Athis (63) ,
-vers 14, le manuscrit Corradino porte:
Alienaque, exules, ite pede loca celeri,
Aliena que se retrouvant dans , que étant à corriger en quae ;
Ce qui est mieux que la vulgate:
Aliena quae petentes, velut exules loca,
où le velut est gênant. Dans l’apparat de Lafaye, on a comme chez Corradino et comme dans V celeri  après loca. Allez, exilés, d’un pîed léger sur des terres étrangères !
-vers 70, la traduction Lafaye est illogique:  « Moi, habiter sur l’Ida verdoyant des lieux glacés, recouverts de neige? » Certes, en été, l’Ida est verdoyant (63, 30 : Viridem Idam), mais non en hiver, même si l’on a supposé que l’enneigement était partiel. Viridis me semble  un nominatif appliqué à Athis plutôt qu‘un génitif se rapportant à Idae et une des épithètes rituelles  indiquées par James George Frazer, Le rameau d’or, Atys et Osiris, coll. Bouquins, p.390 appliquées au dieu, «  le très fécond »   « l‘ épi vert des blés moissonnés », celui dont tout doit renaître, appliquée au néophyte sous la forme abrégée viridis. Il s‘agit d‘un oxymore : « Moi, alors que je suis l‘épi vert des blés moissonnés ( on pourrait utiliser le souvenir superstitieux d’Osiris persistant aujourd’hui et risquer) :Moi qui suis l’atys aux doigts verts , habiter ces lieux glacés recouverts d’un manteau de neige? » Cf. Isis,  « Créatrice de la verdure », « Verte déesse, dont la couleur verte est semblable à la verdure de la terre », p. 472, les deux religions étant proches, voire confondues avec le christianisme également comme le montre (p. 416) l’épiclèse d’Osiris Ounnefer, l’être bon traduit par  Comme Hepding dans son Attis, p.140, Frazer pense à juste titre (op. cit., p.659) que le Atys du poème n’est pas le héros légendaire, mais l’un de ses prêtres ordinaires de Rome qui portait le nom du dieu Atys et imitait ses souffrances. « Ainsi interprété, ajoute Frazer, le poème gagne beaucoup en force et en pathétique. Les souffrances réelles de nos semblables (le prêtre et l’amoureux) nous touchent de plus près que les douleurs imaginaires des dieux. » Le néophyte quitte Rome dans les transes avec ses compagnons pour le temple de Cybèle en Mysie dans la chaîne de l’Ida pour s’y livrer au sacerdoce, à ses mutilations et à ses jeûnes solennels (sine Cerere, v.36), car il leur était alors défendu de manger du grain de blé et des racines de légumes. « Le tumulte et l’émotion une fois calmées et l’homme revenu à lui, le sacrifice irrévocable était sans doute souvent suivi de plaintes amères et de regrets, nous dit Frazer, p.388.Catulle  a décrit dans un poème célèbre ce retour des sentiments humains si naturels après les accès effrénés d’une religion fanatique. » Mais ce sont les trois derniers vers qui donnent peut-être le sens du poème, sa morale: l’amour-passion est pareil à la transe religieuse; puisse Cybèle épargner au poète ses fureurs, ses regrets et ses souffrances! Le poème , en reprenant un thème religieux et amoureux à la mode (Cf.95, le poème de C. Cinna Helvius sur la Vénus de Paphos Isis et la mère d’Adonis Zmyrna) , lui donne une valeur allégorique personnelle ,  évoquant une possibilité que redoute” le fou de Lesbia”  : il risque de ressentir , par suite de sa haine contre Lesbia, une haine extrême contre Vénus, v. 17 Veneris nimio odio et ses conséquences : l’esclavage de Cybèle. Toutefois cette interprétation peut être mauvaise car Cybèle et Isis sont identiques et le poète se réclame d‘une obéissance à Cybèle qui devrait lui épargner la punition infligée à Athys par la Grande Déesse..

Poème 64 :
V. 35 : lire Cieros, comme Thomson,  et non Scyros qui est ridicule. Cieros est le nom d’une ville près de Pharsale.
V. 23b : compléter comme Thomson :iterum, salvete, bonarum : « salut (à ses contemporains qui vivent à  l’âge d’or sous César) , une nouvelle fois, ,brave descendance de braves mères! »
2) Le vers donné par le seul Codex Corradinio (poème 64, après 235) :
Lucidaque splendent summi carchesia  mali
était placé en un passage où Muret et Bergk (ce dernier cité par Lafaye mais au vers 253 ) avaient déjà soupçonné une lacune. Or, Lafaye classe apocryphe (p. 100) ce vers pourtant cité par Nonnius Marcellus. Isidore de Séville, Origines, 19, 2, 1 et Lucain, Scolies, 5, 418, attribuent par erreur à Cinna des vers très semblables. Je traduis : (Pélée évoque la voile blanche que son fils devra arborer à son retour) je veux que des drisses solides hissent des voiles blanches
 et que resplendissent , éclatantes, au sommet du mât,  les hunes.
Ce très beau vers claque au vent.
V.  227. Dans Budé, p. 100, classé apocryphe, on trouve une remarque d‘une scolie véronaise sur l‘Enéide à propos du genre masculin ou féminin du mot carbasus employé par Catulle. En l‘occurrence, Catulle dans le poème des noces de Thétis et de Pélée emploie le mot au féminin (64, 227).
V. 287 (Tempe …) Haemonisin (datif grec poétique de Haemonia ) linquens claris celebranda choreis
A corriger : Naiasin est une correction de Haupt au lieu de mimosim, donné par V, claris  une correction de  Ald. au lieu de doris, donné par V et de coreis donné par m.
Non vacuos (nominatif pour vacuus comme  chez Corradino), au lieu de
nonacrios donné par R²m’ ou nonacrias donné par G² et l’édition romaine. .
(Pénée) abandonnant les verdoyants vallons de  Tempé  aux chœurs sonores de l’Hémonie (la Thessalie et n’arrivant pas  les mains vides.
V.390-391: à supprimer ici (Bacchus n’a rien à voir avec Apollon)  et à replacer après 253 où il y avait précisément une lacune signalée qui rendait le texte illogique. De plus, le manuscrit d’Oxford, datant de 1360, porte au vers 253 Thyiadas (au sens de Ménades) qui est le premier mot du vers 390 si on inverse les deux vers comme Thomson.
Deux autres vers cités par  Corradino (68, vers 47 et 48, mais à replacer selon moi en 64 après le vers  364 (le tombeau d’Achille):
Vivat in ore hominum plus uno clarior aevo
Omnibus inque locis celebretur fama sepulti
  Le premier vers est le seul à nouveau à être cité par le Codex Corradino ; le second était déjà connu de Scaliger : « Que ce tertre vive dans la bouche des hommes et continue à être illustre plus longtemps qu’une vie d’homme et que dans tous les lieux soit célébrée la renommée de celui qui a été enseveli (Achille) ».
390-391 : à supprimer car ces 2 vers se rapportent aux Thyades de Bacchus et n’ont rien à voir avec Apollon. Il faut les replacer après  le vers 254, ce qui comble la lacune.

Un passage obscur : le poème 66 et  les vers 52 sqq.
 ( Memnonis         aethiops (correction de aethiopi sUnigena impellens nutantibusaera pennis) Obtulit Arsinoe obeliscou s ales equos (nominatif)
(le jumeau éthiopien de Memmnon fendant l’air du battement de ses  ailes) s’offrit à ma vue, lui ,  l’ibis, le messager ailé du temple d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé .
La vulgate donne elocridicos corrigé parfois en chloridos, le manuscrit Corradino locricos. Bentley a corrigé en Locridos, la Locrienne. Je corrige en obelisci, génitif de obelicos.   
Le jumeau est un oiseau qui fait partie du mythe solaire de Memnon. Voici ce qu’en rapporte Ovide (Métamorphoses, XIII, 600-628): (la déesse Aurore demande à Jupiter que le maître des dieux apaise son chagrin causé par la mort de son fils Memnon tué par Achille  en lui conférant l‘immortalité et celui-ci exauce son vœu  au moment où ) « le bûcher de Memnon, grandi par les hautes flammes, s’écroula, où des tourbillons de sombre fumée obscurcirent le jour, comme aux heures où, des fleuves, montent les brouillards formés par leurs eaux et que le soleil ne peut percer. Les cendres noires s’envolent, s’agglomèrent en une masse unique, qui prend consistance et forme, et tire du feu chaleur et vie; leur légèreté en fit un être ailé, tout d’abord semblable à un oiseau, bientôt oiseau véritable, aux plumes bruissantes, au bruit desquelles (allusion au son qui s’échappait du colosse de Memnon lorsque l’Aurore aux doigts de roses le touchait de ses rayons) répondit celui des ailes d’innombrables oiseaux, ses frères, nés comme lui et de même origine (unigena). Trois fois ils font le tour du bûcher , et dans les airs , à l’unisson, montent trois fois leurs cris; au quatrième vol, ils se divisent en deux camps; alors les deux groupes,  s’élançant chacun de son côté,  combattent avec acharnement; à coups de bec et,  de leurs ongles recourbés, ils assouvissent leur colère; leurs ailes se fatiguent au choc contre la poitrine de l’adversaire; leurs corps, apparentés à la cendre ensevelie, tombent, vraies victimes funéraires, et ils se rappellent (Mnemon en grec) qu’un héros valeureux leur avait donné naissance. On donna son nom à ces êtres ailés, soudainement apparus .Appelés, à cause de lui, Memnonides, lorsque le Soleil a achevé le cycle des douze signes du zodiaque, condamnés à mourir, avec les cris des jours de deuil, ils se livrent à cette lutte. » Memnon, à la demande de sa mère, a obtenu l’immortalité, mais sous la forme de cet Eternel Retour à date fixe. Cette fête des Parentalia , avec jeux funèbres de gladiateurs , se passait à l’équinoxe de printemps .  Elle était célébrée pour tous  les  morts  et avaient lieu en mars (On doit lire Marte, semble-t-il, dans le texte). Memnon est rapproché,. Callimaque semble l‘appuyer par l’emploi de gnotos , demi-frère , et qualifie ses ailes de balia, rapides, faisant allusion ainsi à Balios,  le cheval d‘Achille, offert par Poseidon en cadeau de noces au mariage de Thétis et de Pélée et qui était le fils de Zéphyr et d‘une Harpye.
Callimaque  avait osé comparer le mont Athos, croit-on par contresens,  à une broche d’Arsinoé, bouporos Arsines, servant à rattacher ses cheveux et à les orner, en réalité à l’obélisque du temple d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoè.  Cette prétendue  broche d’Arsinoé est élucidée aujourd’hui grâce à un scoliaste de Callimaque qui nous a appris que le mot bouporos de Callimaque, -étymologiquement une broche à transpercer complètement un bœuf,  une longue tige de fer, - désigne chez Callimaque  un obélisque égyptien ainsi nommé à cause de sa forme avec,  à son sommet,  le pyramidion doré sur lequel se réverbèrent les rayons du soleil naissant. Le mont Athos doré par le soleil naissant est comparé par Callimaque à l’obélisque  d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé, la déesse et non les femmes portant ce nom en l’honneur de la déesse.  L’obélisque d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé (veru arsineum) devant le temple d’Arsinoè resté inachevé a été signalé par Frazer, Ptolemaïc Alexandria, JHS, 2, 104, et  cité par Anthony W. Bulloch,dans Images and idéologies (dans le monde hellénistique), 1994, où l‘on peut  lire (sur le Net ) un excellent chapitre sur les fragments conservés  de Callimaque intéressant son poème La Boucle de Bérénice .
Le mot arsineum  cité par Pline l’Ancien, 36, 68, sous la forme  arsenoeum (Gaffiot), rectifiée aujourd‘hui en arsineum,  désigne  un temple élevé par Polémée Philadelphe à sa « sœur »   Arsinoé  avec, au devant, un obélisque,  dont le nom est (veru) arsineum. La boucle se lamente d‘avoir été coupée.  « Mais qui prétendrait pouvoir rivaliser avec le  fer? Elle a é&té abattue  aussi, cette montagne, la plus haute que franchisse sur terre la fille resplendissante de Thia [l’Aurore] , lorsque les Mèdes engendrèrent une mer nouvelle et qu’une jeunesse barbare vogua en plein milieu de l’Athos »,  qui est  comparé à l’obélisque d’ Arsinoé [illuminé à son sommet par les rayons de l’Aurore].
Vers 93 du poème 66. : au lieu de la correction corruerint  suivi de utinam de Budé, il faut reprendre la leçon iterent de Corradino et autres  :
 Sidera cur iterent? Iterum coma regia fiam!
 « Pourquoi les astres, eux, pourraient-ils  reprendre (potentiel) leur position (allusion à l’éternel retour : Apollon retourne tous les 19 ans chez les Hyperboréens, car c’est la période au bout de laquelle les astres ont accompli une révolution complète et sont revenus dans la même position) !Ah! si, moi, je pouvais reprendre ma place dans la chevelure de ma reine (optatif) !  Ah! Si Orion pouvait rebrousser chemin et briller à nouveau à côté du Verseau! (Regret, irréel du présent, vœu que le monde s‘engloutisse dans un cataclysme cosmique



jeudi 7 avril 2016

Les fourchettes de cannibales du Musée de Nouméa.

 Les fourchettes de cannibales du Musée de Nouméa.
Au Musée de Nouméa, on peut voir une « fourchette de cannibale »  fort ancienne et dont on ignore la fonction. Je suis toujours tenté de rapprocher les choses calédoniennes obscures des choses australiennes étudiées par Roheim. C’est ce que je vais faire ci-après.
Selon Roheim, dans Héros phalliques et symboles maternels, p. 16, 17 et 171, lorsque le guérisseur  pointe l’os de la mort (pointing bone en anglais)  en direction de son ennemi, il le rend malade ou le fait mourir. Il s’agit de tibia de kangourou ou d’émeu, en Calédonie de tibia de dindon de Latham, aujourd’hui disparu, qu’on a poncé et appointé à une de des extrémités ; on le place dans une fourmilière, afin que les insectes l’enduisent de leur poison magique (arunkulta) ; il est fixé ensuite à une  ficelle avec de la résine. Puis le sorcier se coupe la langue avec un couteau de pierre, crache sang et salive mêlés sur l’os, l’enduit du sang qu’il fait couler de l’orifice de la subincision en Australie, de la superincision en Calédonie, et le recouvre  pour finir de duvet. On dit que l’os de la mort est extrait d’une zone du corps située entre le pénis et l’anus ; il est censé pénétrer dans le corps de la victime par le scrotum, c’est-à-dire la peau très fine qui entoure les testicules comme un sac. Les Nambutji  cachent l’os dans un trou, à l’endroit où la victime a coutume d’uriner, la pointe dressée vers le haut : lorsque la victime urine, l’os pénètre dans son corps par le jet d’urine et le tue. Souvent, on agit à distance, parfois à plus de 100 km. Le guérisseur tient l’os à deux mains, comme s’il s’agissait, pour ce subincisé ,de son pénis , et le dirige vers l’ennemi. Pour que ce dernier, où qu’il se trouve, ne puisse apercevoir l’opérateur, celui-ci jette en l’air de l’urine et des excréments qui forment un nuage et dissimulent l’os. Le plus souvent, l’os est pointé dans le prolongement d’un bras et d’une  jambe en extension, l’autre bras maintenant la ficelle contre l’autre jambe ployée à terre.
Selon Roheim, dans L’énigme du Sphinx, p. 59, le sorcier prend du sperme de son pénis et des excréments de son anus (les narrateurs miment avec du sable la façon dont il procède) et , en les lançant dans la direction de l’ennemi, fait apparaître un nuage derrière lequel il se cache comme le poulpe derrière le  nuage d’encre qu’il projette.

Roheim,op .  cit. ,  p. 171, compare ce rituel totémique des tribus australiennes avec celui des tribus mélanésiennes de Normanby, la tribu  des Marindan-im notamment, et en particulier  le sable lancé, l’éparpillement des graines, le lancer de copeaux empreints de sang, ou de duvet blanc d’oiseau L’action de jeter ou d’éparpiller est l’équivalent de l’éjaculation et le sable ou le duvet blanc est un symbole du sperme. 

samedi 2 avril 2016

LES TARODIERES QUI S’ETAGENT SUR LES MONTAGNES CALEDONIENNES N’ETAIENT-ELLES PAS PLUTOT DES RIZIERES ?

LES TARODIERES QUI S’ETAGENT SUR LES MONTAGNES CALEDONIENNES N’ETAIENT-ELLES PAS PLUTOT DES RIZIERES ?
  L’émission du 12 mars 2016 sur  Arte  concernant les jardins suspendus d’Asie et les Ya- ho était particulièrement intéressante : elle nous a montré des rizières  en terrasse sur les montagnes du Yunnan au sud de la Chine, où l’eau est amenée par des kilomètres de bambous géants évidés et attachés les uns aux autres. Ces rizières fonctionnent aujourd’hui, avec un faible rendement il est vrai (2 sacs de 50 kilo par ensemble), et elles  évoquent bien les « tarodières » calédoniennes abandonnées depuis un millénaire au moins . Dans le yunnan, leurs « sillons »,  qui sont remplis d’eau, sont larges de 2 mètres et bordés d’un « billon », -c’est -à –dire d’un muret de terre argileuse et de pierres èches surmonté d’un bambou et percé d’interruptions qui amènent l’eau en cascade  à la rangée inférieure. Comme plantes adventices sauvages, on remarque, à l’émission,  des taros à feuilles innervées de rouge. C’est l’ethnie   Ya-ho ou  Minyao Mong  qui cultive ces rizières au Yunnan, à Wongjizai, où a eu lieu l’essentiel du tournage, et aussi à  Lyangdanac ;  la ville proche de ces hameaux qui est  le grand marché de la région a nom  Mengla.

L’ethnie Ya-ho ou Mien ou Minyao Mong, parlant des  langues  Hmong mien encore appelées  Miao- yao.  
 L’histoire a dispersé les Yao sont à travers la Birmanie, la Thaïlande.  Le sud-ouest de la  Chine (Yunnan), le Laos et  le Vietnam. Voici ce qu’on peut lire à leur sujet sur Internet :
« Ils sont environ 60 000 en Thaïlande, et représentent l'une des six principales tribus des collines. Ils s'appellent eux-mêmes en Chine les Mien (ce qui signifie « personne »)  ou Iu- Mien, de yao mong.  
En Thaïlande, les femmes yao gardent en permanence autour du cou un boa de fourrure rouge écarlate. Leurs enfants sont coiffés d'un bonnet brodé avec trois gros pompons symbolisant le bonheur, la richesse et la longévité.
Les femmes yao ont une caractéristique particulière : elles ne coupent leurs cheveux que deux fois dans leur vie, une fois à 18 ans et une fois à 38 ans ; c'est en effet, pour leur ethnie, un critère de beauté. Elles coiffent leurs cheveux en les remontant sur leur tête, et en ajoutant à leur coiffure des cheveux déjà coupés ou tombés, qu'elles ont reçus comme héritage de leur mère et de leur grand-mère.
Les langues des Ya-ho sont apparentées à certaines  langues de Calédonie.
Leurs idiomes font partie des langues austroasiatiques mon- khmer : l’austronésien, avec l’indonésien,est aussi une langue austroasiatique . Au sein des langues mon -khmer on range, dans une même sous - famille, les langues hmong de Birmanie, de Thailande,  etc., et,  à l’intérieur de ces  langues hmong, les langues  Hmong mien ou Miao- yao   Certains chroniqueurs chinois vantent la civilisation des Hmong mien ou Miao- yao  et voient en eux les fondateurs de la Chine sous le nom de Shan.
Bibliographie
Barbara Niederer, Les langues Hmong –Mjen (Miao-yao). Phonologie historique, 1998, Munich.
Les pseudo- tarodières de Calédonie.
Loin de moi la pensée de nier qu’il existe  de vraies tarodières en Calédonie, c’est-à-dire des champs soigneusement irrigués et plantés de taros, c’est-à-dire d’une des nombreuses variétés  de Colocasia esculenta. Le nom vernaculaire du taro est  parfois traduit de l’anglais par lis ou par nénuphar, par exemple dans les traductions des ouvrages de  Roheim sur l’Australie.  L’influence  polynésienne,  relativement récente sur cette culture en Calédonie, se manifeste , par exemple, dans le nom polynésien qui désigne cette plantation  en Calédonie, alors que le même mot , avec plus de chances d’être fidèle au sens originel, désigne  en Polynésie un broyeur destiné à pétrir le taro avant la cuisson.
Ces plantations de type polynésien  n’ont pas grand’chose à voir avec les « tarodières » archéologiques à flanc de montagne, qui, seules, nous intéressent ici.  
Ni Cook, ni aucun autre des découvreurs de la Calédonie  n’ ont  vu ces « tarodières » en fonctionnement. Et pour cause, car elles datent,  pour le  moins,  de l’époque du Christ.

Fernand Jammes me signale un passage de Cook à la date du 12 septembre 1774 (extrait de Pisier, SEH, 1974, La découverte de la Nouvelle Calédonie) :

"... autour de (ce village de Balade, il y a) une bonne surface de terres cultivées, régulièrement disposées et plantées (ou en train d'être plantées) de taros, d'ignames, de cannes à sucre et de bananes. Les plantations de taro étaient joliment irriguées de petits canaux continuellement alimentés par le canal principal qui coule au pied des 
montagnes, et d'où ces canaux sinueux sont dirigés avec art. Ils ont deux méthodes pour cultiver ces tubercules.
1 Certains sont plantés dans des parcelles de forme carrée ou oblongue parfaitement horizontales et situées au dessous du niveau de la terre voisine; ils peuvent ainsi laisser au dessus d'elles autant d'eau qu'ils estiment nécessaire. J'ai également observé qu'ils les recouvrent de deux ou trois pouces d'eau. Mais je ne sais pas si c'est toujours nécessaire. 
2 D'autres sont plantés sur des monticules de deux ou trois pieds de large et hauts de deux pieds et demi. Sur le milieu ou au sommet du monticule est une étroite gouttière dans laquelle et le long de laquelle, comme je l'ai déjà décrit, l'eau est amenée et arrose les tubercules plantés de chaque coté du monticule; et ces plantations sont si judicieusement disposées que le même canal irrigue plusieurs monticules. Ces monticules marquent quelquefois les limites de plantations horizontales; et quand cette méthode est employée pas un pouce de terrain n'est perdu.
Il existe peut être quelques différences de qualité entre les tubercules qui peuvent justifier ces deux méthodes de culture. Certains tubercules ont meilleur goût que les autres et ils ne sont pas tous de la même couleur; mais, de toute façon, ils constituent un aliment très sain et les extrémités de ces tubercules font de bons légumes et sont mangés comme tels par les indigènes....."
Mais cette description ne parle que des champs de taros d’origine polynésienne, même s’ils ont subi l’influence des pseudo- tarodières : la « gouttière » est l’héritière du bambou évidé.
 Quant aux monticules de la description , leur signification est loin d’être claire ; A première vue,  ils  paraissent être une imitation des montagnes avec « tarodières ». Mais on peut aussi se demander si ce n’est pas là une sorte de menhir en terre très fruste destiné à mimer et à stimuler magiquement la croissance du riz ou plus tard, en 1774, du taro. Cela expliquerait l’absence de pierre à taro, à la différence des pierres à ignames. D’ailleurs, la pierre à taro n’intervient, ni dans les pseudo- tarodières, ni dans les vraies tarodières.
Le climat calédonien se prête à la riziculture, comme les colons européens en ont fait l’expérience, récemment encore, à Pouébo, à Saint-Louis ou à la Coulé. De plus, il y a dans cette affaire une contradiction : on dit en effet que les « taros de montagne » sont des plantes de région sèche, dont le  rendement est très faible, si bien qu’on les plante et qu’on les mange seulement en période de disette. Ce serait le souvenir d’une époque ancienne d’avant l’agriculture véritable représentée par les  tarodières,comme l’écrit dans son excellent blog sur les taros à Ouvéa Joachin  Tjibaou. Ajoutons que la préparation en est bien plus longue, notamment celle qui a lieu obligatoirement avant la cuisson, comme celle du riz gluant thaï (au moins 3 heures avant la cuisson).  
Il existe un riz « sauvage » (oriza neo -caledonica) en Calédonie ,  qui a été découvert en 1994 dans des endroits séparés de 117 kilomètres, ce qui démontre que c’est l’homme les a,  il y a longtemps, semés dans ces endroits éloignés les uns des autres, -et non le vent, -et que ces pseudo- tarodières étaient d’abord des rizières en terrasse, comme,  aujourd’hui encore,  au Yunnan, à Wongjizai (Chine du sud ) ou  au Népal. Les lieux où l’on a trouvé ces plants de riz sont :
1 à Pouembout, dans la réserve forestière de Tiéa créée pour sauvegarder ce riz .Le nom de Tiéa vient de Tibawé, le nom des créateurs des tarodières ;
2 à Poum, dans la forêt d’Ougne (de dougni, de dao nguöi cf le vietnamien người Dao, altération de  Miao- yao cf. Dogny à Sarraméa, nom de la montagne aux tarodières) et sur les rives de la Néhoué ornées de bambous très denses. Néhoué vient de néwari cf. la Fo nwhari à partir de néwai
Ceci n’a pas empêché le sociologue Jean Guiart de proclamer qu’on pouvait induire des tarodières de Calédonie le nombre de 300000 personnes présentes sur l’île !  Est-ce le colonialisme des blancs qui aurait décimé ces nombreuses populations ?
Le nom du riz, du seigle,  du taro et de quelques autres plantes.
C’est d’un radical hwarizo ou kwarizo , désignant toute plante à grains comestibles,que les noms du riz et du taro ont été dérivés.
En grec ancien, le seigle est appelé briza, et le mot survit aujourd’hui sous la       forme vrisa en Thrace et en Macédoine. Le nom grec du riz est oryza.  Le nom du taro (Colocasia esculenta), tara en mélanésien, dérive du mot  wara :   c’est le radical wara , par harmonisation vocalique, utilisé par les Tibawés , qu’on retrouve dans le nom mélanésien du taro cultivé, tara, ou dans son  nom polynésien,   taro (par conséquent sans le  suffixe -bi  signifiant sauvage).
 Le suffixe –bi, sauvage, indique une provenance nippone, djomon plus exactement .
Il existe au Japon une fougère sauvage (Pteridium aquilinum) dont les tubercules sont comestibles. Elle est appelée warabi en djomon. De warabi,  outre le nom tibawé du taro cultivé (sans –bi par conséquent),  tara ou  taro, on a :
1) le nom de l’igname cultivée par les Tibawés (donc sans-bi) à Santo, wara ; avec –bi, le nom calédonien d’une igname sauvage ou semi- sauvage de Calédonie et surtout d’Ouvéa, le waleïde wara-bi ;
2) le nom d’un condiment japonais appelé wasabi  ou karashi une sorte de moutarde sauvage,  appréciée pour ses racines,  qui ne pousse spontanément qu’à Formose, au Japon et à Sakhaline ;
3)  le nom d’un  cultivar tibawé d’arbre à pain,uru en polynésien, qui vient de wara, comme le mot mayoré (de mah-uru, d’un préfixe ma- signifiant arbre et de  –uru, mah-uru).
  Quelles sont  les  populations qui  nous ont laissé ces pseudo- tarodières calédoniennes  qui étaient des rizières?
Jules Durand, cité par G. Coquilhat , nous dit que les Ouébias de Pouébo  désignaient les premiers habitants de Calédonie du  nom de   Menehune, une forme  qui se retrouve en Polynésie jusqu’à Hawaï. Menehune se retrouve dans Marino (de marehuno), nom d’une langue parlée à Maëwo (Vanuatu), dans Farino (de marehino) en Nouvelle-Calédonie , dans Mérina [de merehuna] à Madagascar. On peut songer aussi en Papouasie à la tribu des Marind’anim et en Australie  au groupe de tribus du nom de Merino,dont font partie les Ngatatara et les Apatanguru, , avec le  nom du Mont Merino de marehuno  cité par Roheim, L’énigme du sphinx,  p.133, et au nom d’une île Santa Cruz  aux Salomon, Nanene , de  Menehune,  à rapprocher du nom d’une autre île Santa Cruz ,  Nenumbo (cf   Imbo en Australie).
Les  Menehune sont des  agriculteurs  venus de Birmanie ; leur nom vient de Mong-mien. Ils ont passé par les Philippines, où  Mindanao est le nom d’une île  et vient de Mien dao : en vietnamien les Yao sont appelés  người Dao, altération de  Miao- yao. Ces migrants ont ensuite passé par l’Australie,  par les Salomon et le Vanuatu avant d’arriver en Calédonie et de s’y installer un temps,  au Nord et sur la côte est d’abord.
Une seconde vague, les Tibawés ou Ti. 
Gabriel Païta,  ce descendant de la grande chefferie des Kambwas, dans Gabriel Païta, témoignage Kanak, D’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie,  par Jérôme Casaumayou et Thomas de Dekker,  l’Harmattan, leur donne le nom de Ti : « si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens (sic !)  d’Opao (de la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge (ce sont les Menehune, dont Païta ne prononce pas le nom, rouge, mi dans la langue du sud étant une traduction littérale pour blanche ou peut-être pour jaune).[Plus tard, ]  vint un jour le peuple des Ti [ou des Tibawé]…Venus de la mer, ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Ponérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes. »Notons que les noms  de Tchambouen, lieu  où précisément on trouve de beaux pétroglyphe, et de Tchamba proviennent peut-être du mot  tibawe (tchambayé).
Que reste-t-il de ces premières populations ? ce sont les rizières en terrasse qui couvrent certaines montagnes de Calédonie. On n’en a aucun recensement géographique, ce qui est dommage. Les européens ont désigné ces canalisations  de bois comme des « pirogues », des troncs de bambous creux qui amenaient l’eau.  De là le curieux nom de col de la Pirogue) à Païta (appelé kwa trebo, selon G.  Païta, trebo désignant la pirogue ou plutôt un  tronc creusé, ici un tronc de  bambou géant , et  kwa,  de kwara,  étant un mot archaïque pour riz et n’étant plus compris )  , ces canaux qui avaient suscité l’admiration de G. Païta,  ou de baie ,  rivière ou montagnes des Pirogues plus au sud.
On ne peut tirer argument de la présence actuelle de cinq langues apparentées à celles des premiers habitants de la première et seconde vague , dont 3 sont quasi éteinte, car leurs locuteurs ont pu se déplacer. Toutefois, pour mémoire, je cite ci-après  cinq langues calédoniennes apparentées , appartenant également  à la famille des  langues  Hmong mien  et constituant un groupe   bien  attesté  en Nouvelle-Calédonie, le groupe ho nte  ou she 
Langues she (cf .  le chinois shan): au moins 5  (en gras, les langues éteintes) :
1 le neku à Moindou ;    
2 l’ arha,  à Poya et Voh ;
3 le  siche , à Bourail ;
4 l’ aragure à Thio ;
5 l’ ajie, à Houaïlou ;
Le tiri, cf le nom de  Grand Couli, de tiri, dans la région de La Foa, est  à rapprocher du siche, dont il n’est peut-être qu’un dialecte.
A noter que larhe, qui n’est pas une langue she, est  peut-être  à rapprocher  du Eora de la région de Sydney et du Aoré (de newari, népalais, cf. Fo –nwari, la rivière Newari) de Santo au Vanuatu. Il existe au Népal, qui est  un  pays riche en terrasses, qui sont autant de  rizières comme l’étaient les pseudo-« tarodières » calédoniennes, une population appelée Newari, dans le nom desquels on pourra reconnaître le mot calédonien du sud  Tibawai ou Tibawé,  population qui a donné son   nom aux Népali et à leur pays, le Népal. Le nom actuel  de  sa capitale, Catmandu, vient de kat (le [Serpent] enroulé, de [li] koro),  et de Hmong du, de  Hmong yao, avec transformation du y en d. A rapprocher de Fo –nwari, la rivière Newari, et du nom des blancs en houaïlou, les Pa gara, gara étant à rapprocher de (ne)wari et du nom des Karen. .   
 L’arhe est une langue morte des tribus de  Nekliai ou Nekiriai près de Poya. Elle   appartient, dans le groupe Hmong mien,  à la sous-famille des  langues bunu, le bunu naoklao notamment, où Naoklao  rappelle le nom de la tribu Nekliai.
Les origines de ces populations qui parlent une langue apparentée à celle des premiers occupants nous permettront peut-être de mieux cerner l’origine des Menéhune. En provenance du Vanuatu :
1) de Tanna
Le neku, de anayasko, signifiant   (la communauté) fraternelle,  doit être rapproché du lenakel (de nayasko) parlé à Tanna. C’est une langue hmong mien quasi morte,  parlée jadis à Moindou et dont les rares ressortissants actuels habitent  Moméa (de Hmong myao) et Ouaoué (de Tibawé, attestant de la présence ancienne des Tibawés vers Bourail).  Le toponyme Moindou atteste d’une présence des Hmongs Yaho, le d venant du y de Yaho.
2) De Vaté ou Efate
Le xa- ragure, parlé dans la région de Thio,  doit être rapproché du E -rakor du sud de Vaté. Xa signifie langue et ragure  vient de a- ragunia, Araukhanie, ce dernier vocable  venant de azika anaïk, frères de race, membres de la tribu. Le nom de l’île, Efaté, eest à mettre en rapport avec le nom de Yaté en Calédonie (ti –bawé) qui témoigne également d’une occupation ancienne étendue des Tibawés.
3) D’Erromango
La langue de Houaïlou, l’a jie (a signifiant langue),  est à rapprocher du sie d’Erromango au Vanuatu. Elle fait partie d’un groupe de langues hmong mien dites she parlées en Malaisie par des populations dont la  langue est appelée   le kensieu, le kensiu ou le kensiw (de kanasia, de (i) kan métathèse de anaik, au sens de frère, et  azika, au sens de tribu, c’est-à-dire les  frères de la  tribu).J’avais jadis rapproché certains mots du houaïlou  des radicaux dégagés par Dempwolf à partir de l’indonésien 
d) Des Banks (Gava)
Le nemi parlé à Hienghène doit être rapproché du nume parlé aux Banks  à Gava (de garva, karen). Le nemi est apparenté au chon amérindien et à certains dialectes australiens. Ainsi, le mot chanem , qui signifie excrément en langue de  Hienghène et correspond à bomaign (de gonaym) en langue de Balade ,  à boné en langue de Maré , se retrouve en Amérique dans le chon ganum, le kechua huanu (d’où vient notre mot guano) et dans l’australien guna, gunong, ganing.

E) De Pentecôte
1) Larha de la région de Poya est apparenté au saa (de sarha) parlé dans l’île de Pentecôte.  .
2) Le siche, zire ou nerë,  langue morte parlée autrefois dans la zone littorale de Bourail, aujourd’hui à Moméa et à Gouaro, est à rapprocher du seke ou ske parlé à Pentecôte. C’est une langue she, dont le nom vient du finale de a-nayasko, les  frères,  avec suffixe adjectivant –sko. A Sarraméa,de zire myao,  dans l’ancienne  aire linguistique du sichë, on a des pseudo- tarodières très érodées par le temps, de chaque côté du creek qui descend de la Cuve, rizières que certains colons ont transformés en cressonnières   Amieu vient de myao, comme Méa, près de Kouaoua. De même, le plateau de Dogny, de dao nguöi cf le  vietnamien người Dao, altération de  Miao- yao. Le climat frais de ce plateau (le nom Dogny cf. celui de la forêt d’Ougne ou Dougne où l’on a trouvé du riz indigène,  devait désigner, non pâs le seul plateau, mais  toute la montagne aux  « tarodières) a fait que,  vers 1958,  le docteur Tivollier, ministre de la santé du gouvernement local, avait envisagé la construction d’un centre de plein air sur ce plateau de Dogny, de même qu’il inaugura le centre thermal de la Crouen et envisageait aussi un autre  centre à la Montagne des sources. Finalement, c’est au col de la Pirogue, également haut lieu des « tarodières », que fut bâti un plus modeste sanatorium.  
Les migrations des Menehune et des Tibawés, des Polynésiens et des Mélanésiens à partir de la Birmanie.
De Birmanie, les futurs Polynésiens se sont arrêtés à Formose qu’ils appellent Hawaïki et aux Philippines ; par le pôle sud, découvert de glaces à l’époque, ils ont essaimé en Amérique. D’autres se sont métissés avec des populations noires d’Afrique et ont donné certaines populations de Madagascar.
Quant aux Menehune de Calédonie, importateurs de leur techniques agricoles de riziculture et créateurs des pseudo -tarodières, ils viennent aussi de Birmanie. Certains rameaux se sont métissés avec des populations noires originaires d’Afrique et de l’Inde (les Monda) pour donner les populations du Népal, de la presqu’île malaise et d’Indonésie.  
Concernant les Mélanésiens, les ethnies birmanes  vont se métisser dans  la presqu’île malaise où existaient des populations noires, negritos et autres, et, par la Papouasie et par l’Australie,  vont se répandre dans le Pacifique.





jeudi 10 mars 2016

LE SECRET DES PETROGLYPHES

LE SECRET DES PETROGLYPHES OU LE SECRET DES HOMMES EN NOUVELLE-CALEDONIE : QUELQUES SUGGESTIONS 
Bibliographie : je renvoie à l’excellent  CD de Fernand Jammes et à l’ouvrage magistral de C. Sand qui dresse  un inventaire quasi exhaustif des pétroglyphes calédoniens.
Langues australiennes et langues calédoniennes. 
Il y a  des langues d’origine australienne en Calédonie : quatre au nord et sur la côte est, une seule sur la côte ouest, le tiri :  
1 le tiri, dans la région de La Foa et de Couli , apparenté au biri australien ;
2 le tipindjé , dérivé du pitjentara près d’Alice Spring en Australie aujourd’hui ;  
3)  le nemi parlé à Hienghène . Le nemi est apparenté à certains dialectes australiens dits paama-yanga [parama, de birman, cf. les noms de Hienghène, de yanga , et de Tanghène, de lyanga].   Ainsi, le mot chanem qui signifie excrément en Hienghène et correspond à bomaign (de gonaym) en langue de Balade et à boné en langue de Maré se retrouve dans  le kechua amérindien huanu (d’où vient notre mot guano) et dans l’australien guna, gunong, ganing ; 
4) le yalayu parlé à Bondé, Gomen, Paimboa, Balade, Belep, Pam ; il est apparenté aussi aux langues australiennes dites paama –yanga ;   
5) le paici, parlé vers Touho,  avec en finale le suffixe –ik indiquant le langage (cf. le nom d’un lieu où justement il y a des pétroglyphes, Linderalique de lyndral-ik, à rapprocher de  Aranda, de lynda en Australie,  et de lyanga, nom de certaines langues australiennes) apparenté aussi aux langues appelées paama -yanga en Australie .  Dans mon enfance, j’entendais des injures d’origine australienne, comme kouinda, con, dérivé de l’australien kounthia ,  kouna signifiant vagin en australien. De même pour konyaos, même sens, ou  bunan, anus,
Aussi ne faut-il pas s’étonner si avec ces langues  sont arrivées d’Australie la hache- ostensoir et  la « hache de Poya » (voir mon blog sur le serpent de mer et les flèches faîtières), ainsi que la « fourchette de cannibale » (voir mon blog du même nom), les palissades autour du grand chef dont les planches  sont des tjurunga  emblématiques de la circoncision et surtout les rites  de la subincision,  de la superincision et de la circoncision et les pétroglyphes qui commémorent ces cérémonies totémiques. Les influences papoues plus tardives, peut-être du XVII e siècle , (Pouébo) n’ont pu réussir à effacer
l’ancienne  empreinte australienne
Quels sont  les  noms des deux groupes d’auteurs des pétroglyphes calédoniens ?
1) Au Nord et sur la côte est : les  Menehune, des pêcheurs venus des Philippines (Mindanao) en passant  par l’Australie et le Vanuatu. 
Jules Durand , cité par Coquilhat , nous dit que les Ouébias de Pouébo  désignaient les premiers habitants du  nom de   Menehune, une forme  qui se retrouve en Polynésie jusqu’à Hawaï. Menehune, à rapprocher de Mindanao, nom d’une île des Philippines,  se retrouve dans Marino (de marehuno), nom d’une langue parlée à Maëwo (Vanuatu), dans Farino (de marehino) en Nouvelle-Calédonie ou  Mérina [de merehuna] à Madagascar. On peut songer aussi en Papouasie à la tribu des Marind’anim et en Australie  au groupe de tribus du nom de Merino,dont font partie les Ngatatara et les Apatanguru, , avec le  nom du Mont Merino de marehuno  cité par Roheim, L’énigme du sphinx,  p.133, et à Nanene , de  Menehune,  à rapprocher de Nenumbo , nom d’une île Santa Cruz  aux Salomon (cf  aussi Imbo en Australie).
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 Gabriel Païta,  ce descendant de la grande chefferie des Kambwas, dans Gabriel Païta, témoignage Kanak, D’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie,  par Jérôme Casaumayou et Thomas de Dekker,  l’Harmattan, leur donne le nom de Ti : « si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens  d’Opao (de la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge ; ils étaient velus et de petite taille.
« Puis vint un jour le peuple des Ti [ou encore   les Tibawé, avec arrêt à Lifou]…Venus de la mer, ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Ponérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes. »Notons que les noms  de Tchambouen, lieu  où précisément on trouve de beaux pétroglyphe, et de Tchamba proviennent peut-être du mot  tibawe (tchambayé).


2° Sur la Côte ouest, les Gorounas, d’origine birmane,  papoue et australienne.
 Toujours selon Gabriel Païta :« si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens  d’Opao (Obawé,  la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge ; ils étaient velus et de petite taille. Dans le Nord, on les appelait les Gorouna.
Le mot Gorouna  est à rapprocher du nom d’une ethnie de Birmanie, les karenni, karen (métathèse de wigar, garwi, cf. les nom des Ouigours) de petite taille (ni ?). Nous retrouvons leur nom sur la côte est  de la Calédonie dans les toponymes  de Paa (de parama, de  Birmanie) goumen (de gomeni, de karen-ni) et de Kaala (de barama, de  Birmanie, cf. Baaba,  Balabio,  Balade , Bouloupari, de balobari, et Balade ) -gomen (i). Les pluriels Gomeni ou gomeri viennent,  par métathèse religieuse d’évitement, de Gorouni : gorouni est devenu Gonero, puis Gomero et Gomeno.   Le plus clair de tous ces  noms qui viennent de karen-ni,  les Karen de petite taille (ni), est encore, soit celui d’une tribu australienne du lac Eyre, les Ngameini, soit  celui de l’île N’Gameini aux Salomon (à rapprocher de Ouaménie et Cueménie en Calédonie), et c’est une île où l’on trouve la poterie   lapita.
Essayons maintenant de déterminer d’où vinrent les diverses vagues d’immigrants gorouna en Nouvelle-Calédonie.

Les migrations à partir de la Papouasie, de l’Australie  et de N’Gameini aux Salomon.
Les migrations avant  la Papouasie
Après la Birmanie (cf. le nom de Khmer, de Kamoro, au Cambodge,  ainsi que le nom des premiers habitants du Japon et de Corée , les Jomons, de komon, et cf. le mot chaman) , certains rameaux de ces grands navigateurs   sont allés  aux Comores (Komor) ,à Madagascar et jusqu’ en Afrique noire  (Cameron, de kameron). Les nôtres ont notamment passé par les Philippines (les Chamorro ou Morros ), l’Indonésie (sur l’île de  Sulawesi [Célébès en français ] sur le site de Talepu où a été trouvé, avec des pierres taillées datées par luminescence de 110 000 ans ,  ce qui serait le plus ancien pétroglyphe ,  gravé par les futurs premiers  migrants australiens) ,  la Papouasie, puis par l’Australie.
 1) En Papouasie-Nouvelle-Guinée, on  trouve la minorité actuelle  des Kamoros (méta    thèse de  Gorouna ), en Irian Jaya (Papouasie occidentale) et en  Nouvelle-Bretagne, l’île de Ouatom , avec une  poterie dite ouatom ( lapita ) qui se retrouve en Nouvelle-Calédonie . Le nom de Ouatom vient de (gw)arono devenu waromo, puis watomo,  par métathèse  vocalique de gorouna donnant garono, à rapprocher des  noms  de Koutomo et de Tomo, ainsi que de celui de Ouatom ( ce n’est pas une coïncidence, même si c’est absolument le même  nom que pour l’île de Nouvelle-Bretagne ; il est  écrit parfois Uatom ouWatton, comme le surnom du chef de Païta Titéma Watton) ;
2) en Australie, en particulier dans le sud-ouest du Queensland et nous retrouvons, cités par Roheim, dans Héros phalliques et symboles maternels dans la mythologie australienne,  p. 302,  304 et 305 , près d’Alice Spring:
Nguamina à Palm- Paddock,
Ungwamina, la maison ou uma des Gomina, chez les Aranda de l’Ouest (pétroglyphes de la chenille),
et gommera, o. cit.  p. 157,  traduit par guérisseurs,  chez les Yuin (sud est de l’Australie) étudiés par A. W. Howitt dans Native Tribes, p. 519.
Roheim cite,  p.122 , une  tribu des Ngameni comme faisant partie d’une région où l’on trouve des tjurunga, soit le territoire arrosé à l’est par le Darling et se prolongeant à l’ouest jusqu’au lac Eyre, englobant notamment les tribus du lac Eyre  dont les Ngameni;
3) au Vanuatu, sur l’île de    Anatom , Aneytum, ou  Aneito (de N’gameinu, devenu aneino, puis aneito ) et sur l’île de Vaté,à  Eton (de aneiton).
La préhistoire des Gorounas : avant la Birmanie.
 Petits –Poucets d’un nouveau genre,  ces nomades ont semé sur leurs routes des traces de leur passage : les pétroglyphes.
Les Gorounas  portent plutôt dans l’histoire le nom de  Ouigours (métathèse de  gourou), d’Avars ou d’Ibères (de ouiber, cf. les Berbères). C’est sous ce nom qu’ils laissent des pétroglyphes un peu partout : en Irlande (Iberia, le pays des Ibères, est le nom latin de l’Irlande, le pays d’Eire), en forêt de Fontainebleau,  aux Antilles (Guadeloupe),  en Amérique centrale (Nicaragua) et en Amérique du Sud (Vénézuela). Je traite du sujet dans mon blog Les Ligures au teint basané coldcase28.blogspot. fer/
L’élément déclencheur des migrations : -1350 avant J. C., l’éruption volcanique du Witori en Nouvelle-Bretagne.
Le nom du volcan est apparenté au nom de la peuplade des ouigouri, cf. les Ouigours et les Gorounas.  Cette éruption changea le climat de toute la région et elle entraîna le départ de nombreuses populations.
Comparaisons avec la Papouasie, le Morbihan, et le Nicaragua.
Les motifs végétaux gravés sur les pétroglyphes sont très  rares, probablement parce que les auteurs des pétroglyphes  étaient des pêcheurs – chasseurs- cueilleurs  et ne pratiquaient pas l’agriculture ; l’igname sauvage, quelques fruits comme une sorte de prune indigène ,le gui,  le concombre , et surtout le sagoutier peuvent néanmoins avoir inspiré des pierres de fécondité.  
C. Haddon a publié  en 1894, The decorative Art of British New Guinea , de plus de 300 pages, ouvrage réimprimé de nos jours , où l’auteur affirme, p. 137, que les motifs géométriques en forme de méandre ne se trouvent que dans les deux districts de Daudai et du  Golfe Papou. On trouve de nombreuses illustrations dans cet ouvrage dont certaines planches : la planche II, par exemple, avec ses cercles de fécondité sur une pipe en bambou gravé du Détroit de Torrès .
Luc Chevalier, dans Nouveaux pétroglyphes du Nord, Etudes Mélanésiennes n° 12-13 de décembre 1959, consultable sur le net a comparé un pétroglyphe de Papouasie(ci-dessous) à ceux de Calédonie.


Les auteurs de ce pétroglyphe papou.
Paul Rivet s’était attiré des quolibets incrédules lorsqu’il avait parlé de blancs de type aïnou  au pays des Papous, appartenant à la même race que nous retrouvons au nord du Japon, les Ainous, aujourd’hui en voie d’extinction par métissage. Or, le capitaine Morrell, dans  The Captain [Morrell] and « the Cannibal »,  de James Fairhead, Yale University Press, 378 pages, Londres, 2015,  p.  242, nous  raconte une expédition à l’intérieur de la Papouasie, dans Ramu Valley. Il  apprit,  chez les Garias (de gomeria),  d’un certain chef  Bivartoo,  qu’une race de blancs, aujourd’hui éteinte, avait bâti des cités sur les rives d’un fleuve  dans une grande vallée, la Vallée de Ramu.
L. Chevalier  cite aussi une comparaison  intéressante de L. Bonnemère, dans Archéologie et Pétroglyphes.(Bulletins et
Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, Paris, 4e série, t.6, 1895) avec les représentations des dolmens du Morbihan, -tout aussi obscures (Voir mon blog  concernant  les représentations gravées sur les mégalithes tardifs de Bretagne en lien avec la circoncision), sur mon blog, coldcase28.blogspot. fr/

Les pétroglyphes calédoniens : des pierres de fécondité d’inspiration australienne, liées aux cérémonies de la circoncision, de la superincision pratiquée en Calédonie, à Ticopia et dans le Pacifique , et de la subincision, destinées à assurer la  multiplication magique d’espèces totémiques animales , selon l’ethnologue d’inspiration psychanalytique Geza Roheim, qui a travaillé sur le terrain en Australie. 
 Le hongrois Geza Roheim, dans Héros phalliques et symboles maternels dans la mythologie australienne, p.  142 sqq.,  a étudié ce qu’il appelle les cercles concentriques en rapport selon lui avec les rites de la fertilité, -ces cercles  étant un motif qu’on retrouve souvent gravé sur les pétroglyphes calédoniens.
Le duvet, andatta :
Roheim « écrit,op. cit.  p. 132 : « Le caractère « sacré » d’une cérémonie totémique est défini par l’absence des femmes et par l’emploi d’andata. » Le mot andatta est donc une proclamation que le rite totémique utilisant du duvet blanc d’oiseau collé sur le corps au moyen de sang est utilisé pour la circoncision (subincision ou superincision) . Le cacatoès blanc à huppe jaune, choisi comme totem par certaines tribus, a pu fournir le duvet en Australie et en Papouasie.





Luc Chevalier, dans son article,  Nouveaux pétroglyphes du Nord, Etudes Mélanésiennes n° 12-13 de décembre 1959, consultable sur le net,   reproduit (ci-dessus, en bas  à droite) un motif de pétroglyphe de Ponérihouen (Bhnaghra , altération de inquabara andatta,  nom chez les Arandas du sud, Roheim, L’énigme…, p.127, de la cérémonie d’initiation où inquabara désigne un tjurunga ] , comme le nom du site pétroglyphique de Néounda, de anda (ta), représenté sur un beau timbre calédonien) extrait de Luquet, figure 94 qui selon moi pourrait représenter les pulviplumes du dindon de Latham fossile.
Les Américains  appellent ce duvet « down powder » (c’est-à-dire  duvet en poudre,  sur l’extrémité des plumes, le bout de la plume se désagrégeant  en une fine poussière de kératine). Les pulviplumes existaient déjà chez le dinosaure. Elles  se trouvent chez les psittacidés (cacatoès blanc),  columbiformes, les oies  etc.  Le cas extrême est celui d’un phasianidé, le Lophophorus  impejanus,  vivant en Inde, en Afghanistan et au Pakistan ainsi qu’en Assam, peut-être apparenté au goura de Guinée. .  Chez lui,  les pulviplumes forment une énorme tache blanche sur le dos, toute resplendissante : on dirait de petites  perles de nacre d’un blanc éclatant,  très brillantes,  jetées en vrac sur son plumage : il est si beau que le Népal l’a choisi comme emblème national.
Gifford Miller, de l’Université du Colorado, Boulder,  a étudié un fossile, Genyonis newtoni, ancêtre de l’émeu, dont il a retrouvé des œufs braisés par l’homme en Australie datant d’il y a 50000 ans. Le Genyonis newtoni  était, comme l’oie, riche en duvet.     
Les pieds ou flèches (avec 2 ailettes représentant les deux morceaux de peaux retombant de chaque côté du pénis incisé) Ils représentent, selon Roheim, p.128, le pénis incisé.
Les wondjina ou wondzina, wondzad, wondjad, op. cit.,  p. 177-179 et 233-234, liés à l’éclair, à la pluie et au serpent arc-en-ciel.
Dans les grottes de Kimberley, on trouve des peintures rupestres avec des représentations  d’un homme gigantesque, haut d’environ 4 mètres , et portant une coiffure en forme de fer à cheval,le (g)upi,le blasonnant comme initié,   avec une ligne qui  représenterait  l’éclair. Les retouches permanentes dont elles sont l’objet sont censées provoquer la pluie. On trouve dans diverses grottes des têtes sans bouche et entourées d’une sorte d’auréole que les indigènes appellent ungud ou wondjina, ce qui désigne le serpent arc- en- ciel. Les wondzina sont une cause déterminante de la croissance et de la multiplication des  espèces.Photo n°1
Ci-dessus (première photo) deux serpents arc-en-ciel  avec des points jaunes (œufs) représentant deux femmes mythiques et la Voie lactée.
On peut voir une  tache noire sous une  tête auréolée de rayons ou de poils. Ces derniers sont des objets cérémoniels constitués de baguettes  appelées lyampa par les Aranda et  kililin ou ilyin par les Pitjentara, les Jumu et  les Pindupi  (Roheim, L’énigme du Sphinx, p. 128 de l’édition française, cité par Roheim, Héros phalliques et symboles maternels, p.128). Les baguettes  sont, soit  piquées dans cheveux, soit travaillées en forme de croissant ou d’arc, rappelant une demi-lune avec des rayons. Cette tache  est ce que les autochtones  appellent  le sac à charbon de bois (altawaritji), Roheim, L’énigme…, p. 130 et 146,  ambilia- ijura , poche marsupale, -ikura, - avec deux tjurungas (planchettes cérémonielles) à l’intérieur  : il s’agit de l’amnios qui enveloppe l’embryon dans le ventre de la mère,  terme  employé aussi bien pour les humains que pour les animaux.





Ci-dessus (2e photo) des têtes wondjina fraîchement repeintes (cercles de fécondité de la Voie lactée ) dans une grotte australienne, Roheim, Héros phalliques … p. 335
 Autres figures dans la partie droite de la grotte de Kimberley,Roheim, op. cit. ,  p.176 , montrant la présence de  deux cercles concentriques faisant comme un « soleil » (est-ce les seins nourriciers postiches arborés par les initiateurs au cours de la cérémonie d’initiation transférant la « paternité »  sociale de la mère à l’oncle maternel, à un mâle par conséquence ?),   une femme dont les organes sexuels sont clairement indiqués,  des points représentant des nénuphars ou lis  comestibles ou des œufs de serpent  des mains et un kangourou.
Le petit python vert sacré, vivant aujourd’hui encore à Lifou, et importé par les Tibawés (Engyralis australis  ou Morellia viridis).  
A Lifou on trouve encore aujourd’hui  un petit python arboricole qui a la curieuse habitude de se  lover en entonnoir pour recueillir l’eau de pluie, peut-être parce qu’il n’y a pas de rivière sur cette île, afin d’y attirer les oiseaux assoiffés dont il se nourrit après la pluie. Il n’appartient pas à la faune locale et a suivi les Tibawés sur  leurs pirogues comme un protecteur sacré de leurs cérémonies de circoncision  à partir de Talepakamale aux  îles Mussau (Nouvelle-Bretagne) d’où il semble originaire. Son nom local, de ligoro, le serpent (wi) enroulé (gyro),  a servi souvent,  par métaphore  à désigner les atolls à une lagune centrale, au moins à l’époque de leur nomination, puis tout atoll avec de l’eau,  par exemple Erakor, Vanikoro, etc.
Les lyampa des Aranda  appelés kililin et ilyin par les Pitjentara, les Jumu et les Pindupi.
Les baguettes de longueur variée, plongées dans le sang et recouvertes de copeaux à une de leurs extrémités (Roheim, L’énigme du Sphinx, p. 128 de l’édition française,cité par Roheim, Héros phalliques et symboles maternels, p.128) sont   sont, soit piquées dans les cheveux (haute coiffure de branchages appelée upi), soit travaillées en forme de croissant ou d’arc (cf. le serpent arc-en-ciel), rappelant une demi-lune avec des rayons. On les imprègne de sang, tout particulièrement la partie médiane de la demi-lune et l’extrémité des rayons. Pour Roheim, « l’arrangement en forme de croissant teint du sang de la subincision  représente l’orifice de la subincision, tandis que les petites baguettes trempées dans le sang représenteraient le pénis».
Les waninga (en anglais thread- cross) ou ngapa-tjinbis, Roheim, L’énigme du sphinx, p. 137.
Ces objets  ont la forme  des   croix enveloppées ou non  et croix dites grecques, d’Anjou ou de Lorraine,  Roheim, Héros phalliques…  p. 18. Ce sont des  croix à une ou à deux branches au centre d’un enveloppement en V .La traverse supérieure est plus longue que la traverse inférieure, alors que, dans notre croix de Lorraine,  c’est l’inverse. L’enveloppement en V est une suite de constellations, dont les Pléiades, annonciatrices de pluie et donc de fin de saison sèche. La barre inférieure est peut-être E Crux de la Croix du Sud (waratjupi- tjipi, c’est-à-dire des  tjurungas,  mots signifiant « attachés tout autour » ou plutôt « ensemble »), dont les étoiles sont binaires, ce qui a dû faire songer les Aborigène à leurs héros duels, unis comme des Siamois, et surtout comme  la mère et son fils. Les  deux morceaux de bois attachés ensemble  représentent un jeune garçon et un démon femelle.
Ce sigle très répandu de par le monde, comme la circoncision, quelle que soit sa forme, qu’il a pour mission de symboliser,  a  fait l’objet de deux articles sur son extension de  Carl Schuster. Ce dernier  le retrouve en Amérique du Sud et en Extrême-Orient. Il a exposé ses vues   dans « Joint- marks.  A possible index of cultural contacts between America, Oceania and the far East” . Koninklijk Institut voor de Tropen. Medeling n°XCIV. Afdeling Culturele em Physiche Anthropologie, n° 39. Amsterdam, 1951,  et dans  « V- shaped chest- markings. Distribution of a design- motiv in and around the Pacific » Anthropos.  Posieux, t. XLVII, 1952, pp. 99-118, n° 39. Amsterdam, 1952.
Dans certains de leurs dialectes, les Australiens appellent la Voie lactée yulparari, qui est le lieu où demeurent les ancêtres,  une  barrière,une palissade , ;  mais le mot palissade signifie rangée défensive de  tjurungas , Roheim,L’énigme du sphinx, p.130, et ils lui associent la Croix du sud , les Pléiades, et  les Nuages de Magellan ,Roheim,  L’énigme du sphinx,    136.  Les deux taches sombres de  la Voie lactée : deux objets cérémoniels composés de deux tjirungas disposés en croix et entourés de ficelle.  Ils représentent la Voie lactée sous l’aspect de deux serpents arc-en-ciel mâle et femelle accouplés  dont les étoiles sont les œufs, -jaunes comme la lumière diffusée  naturellement, voir les photos des peintures de la grotte de Kimberley ci-après) aux objets rituels liés à la cérémonie de la circoncision, comme les cercles concentriques de fécondité.

Image d’une étoile de  la Voie lactée imitant les cercles de fécondité.


Le bois  vertical des waninga est une tige garnie de  branches d’une longueur qui varie d’un ou deux centimètres à deux ou même trois mètres : entre les branches, on tend des fils  représentant le serpent et le cordon ombilical,  confectionnés avec des cheveux humains ou des poils de roussettes, d’’oppossums et de bandicoot- lapins, et recouverts de duvet d’oiseau blanc  et de peinture d’ocre rouge. Les waninga se portent sur la tête et sont alors appelés upi : ce sont les  emblèmes du Serpent Arc-en-ciel qui mue et perd sa peau,   ils symbolisent les hommes initiés.

Les pétroglyphes calédoniens  sont des cercles concentriques de fécondité, des pierres totémiques, c’est-à-dire capables d’engendrer magiquement des animaux.
Pour Roheim,  le cercle concentrique représente un nombril en relation avec  le cordon ombilical, -c’est un euphémisme, lui dirent les aborigènes qu’il interrogea,  pour le vagin, précisons  le vagin dans le pénis incisé de la subincision ou de la superincision calédonienne, mal décrite par Leenhardt, car elle semble avoir été bien plus lourde et le pendant de la subincision, mais sur la face supérieure de l’urètre (Voir internet à superincision).  Ajoutons une précision supplémentaire : dans la commune de Hienghène, près de Ouaré où existe un beau pétroglyphe représentant un cercle de fécondité (reproduit sur les timbres de Calédonie, où les images sont très heureusement choisies) sur la propriété de mon ami Similien  Nahiet, fils d’un coutelier de Saint- Etienne et d’une femme d’Ouvéa,  existent quelques pétroglyphes sur une grosse roche au bord de mer. A ma demande, Similien  avait interrogé un ancien sur leur signification et ce dernier  lui répondit  que les cercles concentriques comme celui de Ouaré  étaient un symbole femelle, dans lequel le mâle était caché : allusion à la superincision pratiquée en Calédonie qui,  comme la circoncision et la  subincision australiennes (pratiquées toutes les deux sur le même initié)  affirment la prééminence du rôle du mâle dans la  naissance d’un enfant.
Les  pierres qu’il étudie sont pour lui des symboles maternels, appelés par les Aborigènes des  tjurunga ou churinga  (kuntanka dans d’autres dialectes, comme celui de Pidjentara).Ils peuvent être de bois ou de pierre.







Il existe d’ailleurs d’autres objets cérémoniels du même type appelés pirnmal, plus longs et plus fins, qui sont des bâtons de fécondité: ce qu’on appelle à tort la « hache de Poya » n’a rien d’énigmatique, c’est un pirnmal qui reflète l’influence australienne et qui prouve l’existence calédonienne de ces tjurunga.
 Le centre totémique  (Roheim, Héros phalliques…, p. 168), figuré sur bois ou sur la roche du pétroglyphe, est l’endroit où l’ancêtre totémique   est en quelque sorte descendu »,  , cherchant un endroit où se fixer ; c’est  le centre de multiplication magique des animaux pris comme totems,et  toujours situé dans des régions où l’animal correspondant était prolifique à un moment donné , mais dont l’ espèce était  menacée parce qu’elle avait été  trop   chassée  ou pêchée et que ses œufs éventuels avaient été mangés, comme les œufs de l’ancêtre de l’émeu.
Souvent, le centre totémique est reproduit par tatouage sur le corps du « totémite », ainsi que sur le sol au voisinage. Roheim, Héros phalliques…, p .140, rapporte que des exécutants  d’une cérémonie de l’émeu  portaient sur leur dos des cercles concentriques tatoués, ainsi que des traces de pas des ancêtre émeus .
 Il ne faut pas confondre ces cercles concentriques qui  représentent  le lieu originel mythique des animaux convoités  avec le motif appelé « soleil »,  qui représente  en Australie et en Calédonie la collerette de l’iguane, disparu en Calédonie. Frilled-lizard500.jpg


L’évolution du motif des cercles concentriques  de fécondité en Calédonie.
Haddon évoque ce qu’il appelle l’ « angularisation » des cercles en losanges en Papouasie. Peut-être est-ce dû à la difficulté de graver un cercle régulier sur le bois. En tout cas, telle  est bien  la signification des losanges que nous rencontrons sur les chambranles mélanésiens. la langue tirée est peut-être un pénis .
Les lignes droites parallèles qu’on trouve aussi sous ce premier motif sont le résultat d’une autre  évolution du dessin initial. Elles rappellent pareillement la cérémonie dont les autochtones s’enorgueillissaient.
D’autre part, avec l’introduction de l’agriculture concernant les ignames et les taros, il y a apparition de pierres à ignames et de pierres à taros qui , sans cesser d’être des centres totémiques de multiplication des tubercules, sont aussi des catalyseurs magiques de pousse.
Le sens de certains motifs totémiques animaux  d’après ceux qu’on observe en  Australie.
A Sur la côte, la pêche
Effigie de poisson sur les pétroglyphes : 4592 b (numérotation de F. Jammes).
Le poisson-perroquet en Australie.  Roheim, Héros phalliques…,  p.  170 :
« Le centre de multiplication du perroquet consiste en une pierre ovoïde partiellement enterrée dans le sol suivant son axe longitudinal. Cette pierre est le perroquet lui- même. On creuse autour de la pierre, et, ce faisant, on proclame que le perroquet doit se multiplier et fournir une pêche abondante. A mesure que la terre est enlevée, on l’éparpille vers le nord et vers le sud et on prononce les noms de différents endroits où le poisson est censé pulluler [et qui sont représentés sur le tjurunga , au sol et sur le corps du célébrant par des cercles concentriques]. Après avoir enlevé ainsi une certaine quantité de terre, on retire la pierre de son trou et on la dépose tout à côté sur le flanc. On s’adresse à elle en ces termes : « A marée basse, tu seras couchée de cette manière. » On la peint ensuite avec du charbon et de l’ocre jaune et rouge mêlé à de la graisse, on la replace dans son trou, et on amoncelle de la terre tout autour. On tend des branches d’arbre par-dessus la pierre pendant un moment, puis on  traîne ces branchages sur un sentier en direction de l’océan. »  Ainsi est-on assuré que les poissons quitteront leur rocher maternel et descendront jusqu’à la mer.
B) Sur le bord des creeks ou des rivières comme la Coulé ou à Canala : l’anguille.
  C) Des animaux calédoniens  aujourd’hui disparus : l’iguane et le dindon de Latham.
 1) L’iguane, représenté par une sorte de soleil (la collerette du reptile), Roheim, Héros phalliques…, p.170.
 Il doit être précisé que le mot iguane, d’origine caraïbe et avec un i préposé,  doit être réservé aux reptiles américains, mais le terme apparenté, goana ou godarge en australien , gosana à Ouvéa , amène Roheim  à s’en servir.
Au Nicaragua, existent justement, comme en Guadeloupe,  des pétroglyphes qui semblent reproduire la collerette du saurien (ci-dessous) et ressemblent aux pétroglyphes calédoniens.



A la cérémonie du lézard à collerette (en anglais lace- lizard ou  frilled –lizard, Chlamydosaurus kingi),  les exécutants se décorent de façon à ressembler aux iguanes. Dans l’Australie méridionale , les lignes en zigzag ou les méandres qui figurent sur certains pétroglyphes comme sur certaines planchettes totémiques australiennes et qui sont tatouées en blanc sur la poitrine des participants  représentent les marques que porte  l’iguane sur son (Roheim, op. cit. , p . 142).
 Ils nettoient un trou dans le sol avec des branchages et dessinent différents sentiers le long desquels les iguanes seront censés se rendre vers diverses régions où  ils seront ensuite capturés. Finalement, des tiges sont enroulées à l’intérieur du trou, puis tirées avec vigueur le long des sentiers, -entraînant ainsi, dit-on, les iguanes, rite qui rappelle celui du perroquet de mer.
 Les iguanes sont très convoités des aborigènes qui sont friands de certains morceaux, notamment  de la graisse et les grands muscles de la queue. Ces sauriens ont certes disparu de Calédonie, mais il reste un nom comme Gosana à Ouvéa et l’on peut imaginer qu’à l’époque de la création de ces pétroglyphes où déjà ils commençaient à se raréfier, ils existaient encore. On  songe à des  variétés  du lézard à collerette, d’une laideur terrifiante. Lorsque ce dernier est attaqué, il gonfle et étale la collerette qui entoure son cou, et prend un aspect farouche qui est censé terroriser l’adversaire. Il est appelé à collerette à cause du large repli de peau qu'en temps normal il tient appliqué sur son cou et ce repli en fait un symbole tout naturel pour la circoncision australienne.
La collerette (ou chlamyde) est pourvue de « baleines » cartilagineuses et lorsque l'animal se sent en danger, il ouvre sa gueule en grand et déploie sa collerette, formant une vaste tache menaçante jaune et rosée. Il semblerait que cette collerette, richement vascularisée, intervienne aussi dans la thermorégulation de l'animal.
 Il lui arrive de marcher en « bipède » ;  il se tient alors en équilibre sur sa longue queue, tandis que ses pattes antérieures pendent le long de son corps.
On le trouve en Papouasie, en Australie du nord et dans le Queensland et une de ses variétés  a dû exister au Nicaragua, de nikar -igua (n), le pays du Serpent likar, cf.  ligur) -iguane, où les autochtones en ont fait un motif de pétroglyphe.

2) Le talégalle de Latham en Calédonie,  Megapodius mollistructor Balouet 1989 .
On trouve ce talégale   en Australie dans le nord du Queensland et dans la  Nouvelle- Galles du sud jusqu’à Illawara. Or, ce dindon existait à  l’île des Pins (voir Paul Griscelli,  bulletin n°29, 2e tr.  1976, « Deux oiseaux fossiles de Nouvelle-Calédonie ») et sur la grande Terre. Il avait été aperçu  par William Anderson (Notes manuscrites) lors du second voyage de Cook  et celui-ci le nomma Tetrao australis, trouvant qu’il ressemblait aux tétras d’Ecosse, précisant qu’il, était noir  et sans plumes sur les pattes , à la différence du coq de bruyère ou grouse.  Ce mégapode   fut encore aperçu en 1860 par Verreaux et des Murs qui le décrivent comme un dindon des broussailles (les insulaires de  Morari [Boulari] , au Mont-Dore, l’appelaient ndino). Balouet, qui en a trouvé des ossements fossiles, l’appelle Megapodius mollistructor, nouvelle espèce.
Le Sylviornis neocaledoniae Poplin 1980, dont le statut est très débattu,  pourrait n’en être qu’une variété (Mourer- Chauviré et Balouet, monographie de 2005)
  Il ne faut pas confondre ces dindons de grande taille avec le du des Kounié , une sorte de poule noire aptère ,Megapodius eremita, analogue à des volatiles voisins aux Salomon (Megapodius eremita, mégapode mélanésien), au Vanuatu (Megapodius layardi),  et en Papouasie (Megapodius decollatus).
Roheim, Hérosq phalliques… , p.131, nous apprend qu’un pulapa (danse des hommes) pitjentara correspond au mythe du totem du dindon australien apparenté au Megapodius mollistructor, nouvelle espèce.
D) Les insectes à métamorphose comme les chenilles ou les libellules  ou à mue comme les hannetons, les criquets, ou les sauterelles, qui perdent leur peau, dépouilles ou exuvies, ont piqué la curiosité des Aborigènes.
La chenille de bancoulier (witchetty grub en anglais), de couleur blanche, si appréciée des Australiens comme du Sud-est asiatique en général et que , aux dires de l’introducteur de Roheim dans Héros phalliques…, les femmes détectent avec un flair incroyable.
 Son goût, cru ou à peine grillé », rappelle, dit-on, celui du rôti de porc ou des œufs frits. Ce sont les larves d’un lépidoptère, Endoxyla leucomochia. En tant qu’aliment  (ce sont pourtant des charançons !), elles sont  les héritières  des vers de sagoutiers de Papouasie , que l’on consomme partout en Asie du sud, parfois aussi sous forme de farine.
Art aborigène : cercle de fécondité, sentiers (en marron) et chenilles (en vert).


 Ci-dessus, sur la fig.7 à gauche et au milieu, ce pourrait être des représentations du totem des  chenilles de Ouégoa, à côté d’une croix enveloppée à droite  ( les Pléiades, annonciatrices de pluies et donc de fin de saison sèche, donc de chenilles abondantes . ) et de deux   cercles concentriques  de reproduction totémique. A Farino et à Sarraméa, les chenilles sont encore aujourd’hui très appréciées.  






Dans Roheim, p.302, op. cit. , 2e figure, pour la représentation australienne des chenilles.