vendredi 16 décembre 2016

Lapérouse et d’Entrecasteaux en Nouvelle-Calédonie , ou le pommier malaque, le récif Mangalia, et le premier blanc mort enterré en Calédonie :Huon de Kermadec.

           Lapérouse et d’Entrecasteaux  en Nouvelle-Calédonie , ou le pommier malaque,  le récif Mangalia, et le premier blanc mort enterré en Calédonie :Huon de Kermadec.

J’ai passé mon enfance en Calédonie près de Hienghène à Tiouandé, près de l’îlot Camille, qui tient son nom d’un ressortissant Japonais originaire d’Okinawa, en face du récif Mangalia qui longe la côte est, le plus long des récifs  et à Sarraméa.
Le récif Mangalia ou des deux pirogues des blancs .
En lisant Lapérouse, le voyage sans retour, de Gérard Piouffre, librairie Vuibert , 2016, j’ai découvert,  p .  181,  que  la Recherche et l’Espérance de l’expédition commandée par Bruny d’Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse ,  le 20 juin 1792, au matin,  « doivent virer de bord en catastrophe pour ne pas être drossées contre une barrière de récifs coralliens sur laquelle se brise la houle du large. Chaque nuit les indigènes allument de grands feux sur les hauteurs, mais la barrière de récifs représente pour les frégates, et même pour les embarcations, un obstacle infranchissable. Durant près de 80 milles, soit 150 kilomètres,l’expédition longe à partir du nord la barrière corallienne,avant de rejoindre la mer libre le 1er juillet 1792. Une semaine plus tard, l’archipel des Salomon est reconnu avec les îles de la Trésorerie, puis l’île de Bougainville…. »  Or, le nom autochtone du récif ainsi longé par d’Entrecasteaux est Mangalia,lia , pour lua, signifie deux et manga pirogue ; Les bâtiments qui intriguèrent les canaques étaient la Recherche et l’Espérance. Son nom est à rapprocher de Makalu mu à Vanikoro, cité ainsi par Dillon en 1827, où mu signifie le récif ,  où maka désigne la « pirogue » comme manga et où lu, comme lia, veut dire deux. Mais cette fois il s’agit des bâtiments de Lapérouse, la Boussole et l’Astrolabe, qui vers avril 1788 firent naufrage en ce lieu, du moins pour la Boussole selon moi (voir mon blog), l’Astrolabe ayant pu se relever et longer l’île jusqu’à trouver la fausse passe du récif où on a retrouvé son épave .
Le 6 mai 1793, d’Entrecasteaux enterre le commandant de l’Espérance, Huon de Kermadec,atteint de tuberculose,  sur l’îlot Poudioué (malgré les recherches, on n’a pas retrouvé sa trombe, bien cachée par l’océan aujourd’hui), en face de Balade. Les insulaires épient les obsèques du premier blanc enterré sur l’île et prêtent une signification magique à l’opération.
La déclaration du chef des Pouebo, Koudjima en 1898 sur la migration des Haveke depuis la Papouasie et leurs conquêtes  à Ouvéa et en Calédonie.
Nous avons la bonne fortune d’avoir l’histoire de son peuple racontée par le chef Koudjima lui-même, grâce à Jules Durand qui a recueilli en 1898 ses déclarations  dans Chez les Ouébias (1908,republié par G. Coquilhat sur le net dans Approche pour une lecture des pétroglyphes néo-calédoniens) :
 « Nous étions loin, bien loin d’ici, là-bas où le soleil se couche dans notre patrie lointaine, Ahaké [aujourd’hui Koké (de Kawaké) en Nouvelle-Guinée –Papouasie] avec beaucoup, avec beaucoup de Canaques en train de construire des pirogues, lorsque le fils du chef qui jouait parmi nous fut victime d’un déplorable accident : une des haches de pierre que tenait un travailleur frappa malencontreusement  l’enfant qui fut tué.»
Par crainte de la vengeance  du chef ils décident de s’enfuir à bord des pirogues. Le chef  prophétise : 
« Vous ne trouverez de terres que loin, très loin d’ici, du côté où le soleil se lève, où vont les courants et la brise. Et retenez mes paroles, car vous rencontrerez  beaucoup d’écueils, des flots dangereux et stériles : ne vous arrêtez pas là ! Mais lorsque, après avoir longtemps voyagé, vous serez à bout de vos vivres, vous découvrirez une première île [au Vanuatu, près de  Manikula , la petite île Avokh où l’on reconnaît le nom de la langue calédonienne des Pouébos ,   l’aveké ], ne vous arrêtez pas là…
« Vous en verrez une autre plus grande [132 Km²], avec des cocotiers [Ouvéa, anciennement Ahaké ou Ouvake, de Awake, paronyme du nom polynésien Ouvéa], ne vous arrêtez pas là.
« Puis une troisième [île, la Nouvelle-Calédonie], hérissée de récifs, en face [d’ Ouvéa], ayant de hautes montagnes ;  débarquez-y votre malade [à l’îlot Poudioué :il s’agit du souvenir déformé du premier enterrement d’un blanc, le 6 mai 1793, 3 jours avant le départ des deux bâtiments l’Espérance et la Recherche,   de nuit et avec toutes sortes de précautions, ce qui marqua fortement l’imagination de tous les Mélanésiens comme le montre la rumeur dont M.Wabealo s’est fait l’écho sur un homme blanc venu  très anciennement sur un bateau ,  enterré à Koniene et dont le cyclone de 1992 aurait fait reparaître les restes . ll s’agit en réalité du commandant de l’Espérance,  Huon de Kermadec,de l’expédition d’Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse] et visitez la côte (est] car elle sera habitée (par les gens de Balade ). Quand les poissons sauteront sur l’eau autour des pirogues [prophétie étymologique qui joue sur le nom du waho, thon- banane, Acanthocybium solandri, gros poisson de plus de 2 mètres, avec le  nom voisin des Ohao], arrêtez-vous là [près de Pouébo, forme anciennement attestée Pweo, de  Weo, de Ohao].
« C’est ainsi que nous arrivâmes dans des parages peuplés de guerriers [les gens de Balade], lesquels avaient remplacé déjà des naturels  ne sachant pas construire des cases et vivant dans des trous (les Tuas qui donnent leur nom  à Touho [de Toua] et à Poindimié et occupent la région des Poyes, où mon ami le chef Néa Kyolet Galet me montra les grottes secrètes où ses hommes et lui se réfugièrent lors des troubles de 1917 : c’étaient ces « trous » dont parle Koudjima).
 « Il y eut de grandes guerres au commencement [entre gens de Balade qui s’étendaient bien au-delà de  Pouebo et gens nouvellement arrivés], dans l’endroit où l’on avait débarqué le malade [Balade ] et, victorieux, nous nous sommes,  par la suite des temps,  fondus avec les autres et répandus de toutes parts sur la terre d’Ohao.». Soulignons que le chef de balade -Pouébo utilise en 1898 la forme Ohao qui correspond  bien, avec une autre graphie, à waho et qui reprend le nom de Pweho ou Waho [Pouébo].
Le Cargo cult qui s’est épanoui à Tanna au Vanuatu est un mouvement antiblanc qui désire revenir en arrière et effacer la civilisation moderne afin de préparer la fin du monde, la remise du pouvoir confisqué par les Blancs aux Kanaks. Curieusement, il s’agit de devenir le supérieur abhorré, ce qui, pour eux, est le signe de la fin du monde,et l’homme malade, -en réalité l’agonisant Huon de Kermadec, devient l’un des leurs puiqu’il s’agit du premier blanc venu sur l’île. On retrouve le même phénomène avec le pommier canaque.



Pour l’expédition Lapérouse, lire mes blogs
1 LE BATEAU DE SECOURS CONSTRUIT APRES LE NAUFRAGE DE L’EXPEDITION LAPEROUSE RETROUVE, OU    L’AVEU DU MASSACRE AVEC CANNIBALISME DE SOIXANTE FRANCAIS (AFFAIRE LAPEROUSE) : RIEN QUE DES FAITS .

2 LES VESTIGES DE L’EXPEDITION LAPEROUSE IDENTIFIES D’APRES LEURS ARMOIRIES  A VANIKORO, OU LES  DEUX   CLOCHES DE LA BOUSSOLE,   LES POMPES ET LES PIERRIERS .  
3 Le scénario du naufrage de Lapérouse selon les insulaires  de Vanikoro : le sort ultérieur de deux  rescapés de la Boussole d’abord, puis du bateau de secours : Laprise- Martin et  Marin.   
4Le maïs pré- européen de Tanna (Vanuatu) et le sort d’un  rescapé  de la Boussole à Tanna : Nicolas Collignon, jardinier- botaniste et passager de la Boussole.
 5 L’Eure-et-Loir, la Calédonie et l’expédition Lapérouse : un survivant, Simon Lavo, chirurgien de l’Astrolabe
Et The Captain and « the Cannibal » de James Fairhead, Yale University Press, 378 pages, Londres, 2015, une biographie scientifique du capitaine Morrell,confirmant selon moi la déclaration de Morrell et le texte de Jacobs concernant Simon Lavo  ,  survivant de l’expédition Lapérouse.
ainsi que compte-rendu       Nos lectures
 James FAIRHEAD,  The Captain and « the Cannibal » , Yale University Press, Londres,  2015,  378 pages. 


Le pommier malaque introduit pas Colignon et l’expédition Lapérouse.
Les coquillages ramassés au cours des escales par les conchyliologues de l’expédition Lapérouse ont pu être identifiés par le professeur Bernard Metivier, maître de conférences au muséum d’histoire naturelle, département Milieux et Peuplements  aquatiques  , dans Le mystère Lapérouse, p.326 :
En Calédonie : Trochus niloticus (trocas) , 3 Lambis lambis(araignée), Turbo marmoratus, Nautilus pompilius,  Cypraea Childreni et Cypraea sp.( comme on en a trouvé à Goro sans marques et donc impossible à identifier, peut-être Vitellus ou Erronea),  et  Conus geographus, le plus révélateur étant la cypraea juvénile du sud, cyprea sp.
Collignon a ramassé en Calédonie et remisé sur le bateau de secours des graines de Xylocarpus granatum, Koenig. On trouve ailleurs  ces arbres de la mangrove,  certes, et ce n’est donc pas une preuve infaillible du passage de lapérouse.
Le botaniste de la Boussole  a  laissé en Calédonie dans le nord sur la côte est  des pieds de pommiers malaques (Syzigium malaccense) appelés pommiers canaques par les Calédoniens,l’escale de Macao,achetés à l’escale de Macao,tandis que les autochtones de la côte est les appellent les pommiers des blancs ou apopaleï, popalagni. J’aperçus, quand j’étais étudiant, à ma grande surprise, dans la vitrine de la boutique de Fauchon à la Madeleine, de somptueuses  et rutilantes pommes malaques importées de Malaisie, leur pays d’origine. Celles de mon enfance à Tiouandé étaient hélas ! dégénérées et atteintes de vers, de deux variétés, la rouge, la plus courante, et , plus rare, la blanche. Or, à Tanna, au Vanuatu, où selon moi Colignon a survécu, île qui est un haut lieu du Cargo Cult, il est interdit aux indigènes de manger des pommes canaques, sous peine de devenir blancs, c’est-à-dire d’entraîner la fin du monde à la fois souhaitée (elle rétablira les canaques dans leur suprématie sur les blancs) et redoutée. Le souvenir des Blancs est donc encore aujourd’hui vivant à propos des pommiers canaques, puisque l’arbre est toujours tabou. Le pommier canaque est peut-être la meilleure preuve du passage de Lapérouse sur la côte est ,à Pouébo,où il resta  trois jours,selon le mélanésien Touyada Dalap,  puis à Balade, où il fut obligé de se rendre, le chef de Pouébo lui ayant interdit de prendre du bois et lui ayant dit d’aller sur l’îlot Poudioué s’il en voulait (l’ilôt est représenté par Cook comme très boisé ,  mais qui ne l’était plus du tout lors du passage de d’Entrecasteaux). Le petit chef de Pouébo n’avait pas dit à Lapérouse que l’îlot ne dépendait pas de lui, mais du puissant chef de Balade. Lorsque les gens de Balade virent leur îlot envahi et rasé, ils durent s’insurger et Lapérouse fut dès lors contraint de raser leurs plantations admirées par Cook et de faire tirer sur eux. De là les modifications dans l’attitude des Mélanésiens  que les observateurs ont noté dans le nord comme à l’île des Pins (pour l’île des Pins,  voir Robert Langdon, « Early visitors to New Caledonia « , décembre 1967 in PIM , Pacific Islands Monthly) :il existe des contradictions flagrantes dans la pêinture du caractère du peuple de Balade par Cook et d’Entrecasteaux. « Pour le premier, ces indigènes ont toutes les qualités : bons, francs, paisibles ; pour le second, tous les défauts : voleurs, traîtres, anthropophages. Quelques faits extraordinaires, suivant M. Jules Garnier [Bulletin de la Société de géographie, novembre 1869], n’auraient-ils pas modifié la manière d’agir de ces naturels ? Une rixe n’aurait-elle pas eu lieu ?Les Européens n’auraient-ils pas été forcés de faire usage dev leurs armes ?n’auraient-ils pas détruit des plantations , brûlé des cases ?Ne faudrait-il pas attribuer à quelque événement de ce genre l’accueil hostile qui fut fait à d’Entrecasteaux entre ces deux visites ? » (Jules Verne, La Pérouse, p. 114). En effet, la population de Balade rencontrée par d’Entrecasteaux meurt de faim et en est réduite à manger de la terre (stéatite) pour tromper les tiraillements de son estomac.  Elle connaît le fer, qu’elle appelle fao, mot d’origine française, comme à Pouébo. Aussi bien le graphomètre rapporté par un déporté de l’île des Pins que l’épée fleurdelisée entre les mains d’un indigène de Païta par Jules Garnier, puis signalée par F. Paladini, ou encore que la médaille retrouvée à Prony par Varney  sont le « trésor » récupéré dans la rixe survenue à l’îles des Pins, puis dispersée.
Combien de jours Lapérouse resta-t-il dans le havre de Balade pour avoir le temps de couper tous les arbres de l’îlot ? S’ils lui étaient nécessaires, c’était en partie pour alimenter la cuisine, mais aussi pour réparer les dégâts commis par les indigènes de l’île des Pins. Peut-être 20 jours, pendant lesquels on peut supposer que les minéralogistes et les botanistes comme Collignon, protégés par des hommes en armes,ne restèrent pas inactifs et firent une incursion de quelques jours à l’intérieur des terres avec des plants à mettre en terre , vers la mine Pilou (altération peut-être de La Pérouse). Or, à Vanikoro, en 1965, sur le site selon moi du bateau de secours (la faille du récif) le chef des deux missions de plongée le docteur Becker, recensa 5 échantillons verdâtres ou grisâtres que l’on crut être du nickel calédonien. Le B. R. G. M. d’Orléans- la Source, M. Fonteilles, les analysa, concluant , le 3 décembre 1985, qu’il s’agissait d’échantillons ramassés au même endroit et qu’il s’agissait d’une diabase avec de la pumpeyllite  évoquant, « d’une manière très précise , les descriptions données par A.   Lacroix (1941)… et par J. J. Espirat (1973) des roches basiques de la série de Pilou, dans le nord de la Nouvelle- Calédonie ».  Les survivants ont pu récupérer des objets à bord de l’épave de la Boussole,  instruments de navigation,  objets personnels et  collections, ainsi que  les affaires auxquelles ils tenaient, les souvenirs de leurs  compagnons disparus, sur la Boussole comme sur l’Astrolabe,  et ils ont pu les remiser au même endroit sur le bateau de secours (vaisselle du Père Receveur, de l’Astrolabe,  mort à Sydney, échantillons de minerai de l’abbé Mongès).
Je récapitule l’itinéraire de Lapérouse en Calédonie.
  Les Instructions  prescrivaient à Lapérouse : « En quittant les îles des Amis (Tonga), il viendra se mettre par la latitude de l’île des Pins, située à la pointe du sud –est de la Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue, il longera la côte occidentale qui n’a point encore été visitée ; et il s’assurera si cette terre n’est qu’une seule île, ou si elle est formée de plusieurs. »   Lapérouse exécute à la lettre toutes ces instructions : de Tonga, il gagne le sud  de la Nouvelle-Calédonie, s’y assure que le sud de la  terre calédonienne appartient à  une seule île, gagne l’île des Pins où éclate avec les insulaires  un grave incident qui endommage l’une de ses frégates. Il longe ensuite la côte ouest de la Calédonie et afin de déterminer où finit la Grande Terre par rapport aux nombreuses îles comme les Belep, contourne par le nord la Grande Terre où les autochtones de l’île Yandé aperçoivent deux énormes pirogues qui tournent, dans le lagon, à la pointe Paava Tanlo.  D’Entrecasteaux nous apporte la confirmation de ce trajet circulaire  de Lapérouse autour de la Calédonie car, au cours d’une   seconde touchée de la Nouvelle-Calédonie, La Billardière, racontant une excursion qu’il fit aux montagnes dont est formée la chaîne de partage des eaux à l’extrémité septentrionale de la Nouvelle-calédonie, et d’où l’on aperçoit la mer des deux côtés, dit : « Nous n’étions plus suivis que par trois naturels, qui sans doute nous avaient vu un an auparavant longer la côte occidentale de leur île, car, avant de nous quitter, ils nous parlèrent de deux vaisseaux qu’ils avaient aperçu de ce côté. »(Jules Verne, Lapérouse, p. 115). Jules Verne s’interroge : « Etaient –ce les navires de Lapérouse ou ceux de d’Entrecasteaux ? Etait-ce bien un an auparavant ? » A tort ou à raison, je préfère  voir dans ce propos une confirmation du passage des deux navires de Lapérouse par le Nord. Il fait d’abord escale à Pouébo, et non à Balade comme Cook. Il y  fait escale  trois jours,  fait provision de bois de chauffage sur l’îlot Poudioué et se ravitaille en eau.  A Pouébo, Lapérouse laisse des pieds de pommiers malaques (Syzigium malaccense) appelés pommiers canaques par les Calédoniens, tandis que les autochtones de la côte est les appellent les pommiers des Européens, laissant supposer qu’ils les doivent au botaniste et « jardinier » Collignon. Il revient en arrière vers Balade pour joindre l’îlot Poudioué qu’il déboise complètement, d’où les incidents avec les Mélanésiens de Balade. .   
Il  navigue ensuite  au large de  la côte est pour éviter le grand  récif Mangalia. Ce faisant,  Lapérouse rencontre  les îles Loyauté, dont il est ainsi le véritable  découvreur   de ces îles   qui n’ont pas encore de nom : d’abord, Lifou,  puis Maré (voir mon blog sur Lapérouse, découvreur des Loyauté)
Dans le bulletin de la Société d’Etude historique de la Nouvelle-Calédonie  n°179, 2e trimestre 2014, p.53, Charles Merger , pour l’Association Salomon, dans un article intitulé « Sur les traces de Lapérouse », p.73,aboutit à une autre solution :a défaut de Lamanon tué à Tutuila,  « Ce furent donc le père Receveur [sur l’Astrolabe] et l’abbé Mongez [sur la Boussole] qui, ayant des connaissances des minéraux prélevèrent les échantillons de dolérite ».Mais le Père Receveur était déjà mort des blessures reçues à Tutuila et enterré à Botany Bay. Il y a eu confusion entre l’îlot Poudioué  avec  le premier blanc enterré en Calédonie, sur la côte est,  et l’îlot Koniène, sur la côte ouest. Son propriétaire, le sociologue Jean Guiart s’est fait l’écho d’une rumeur concernant un blanc mort il y a très longtemps enterr » sur l’îlot Koniene, mais il s’agit d’une confusion avec Huon de Kermadec. Pour l’auteur de l’article, la dolérite  a été recueillie dans la baie de Gomen. .
Je reviens quelques instants sur le livre de G. Piouffre et sur sa bibliographie qui a le mérite de donner des indications intéressantes sur des ouvrages concernant la marine française. Mais y manquent les noms de l’ulmien André Bellesort (Lapérouse), de Bernard Brou, de Jean Guillou, la référence à mon blog.


Bibliographie impertinente et très pertinente  sur Lapérouse :  
André Bellesort, La Pérouse. Plon, 1926. Œuvre, non pas d’un bourlingueur, mais  d’un fin lettré, traducteur de l’Enéide de Virgile, 1925 et 1936, les Belles lettres (Budé), encore qu’on puisse lui préférer la traduction de mon maître J. Perret.
La malédiction Lapérouse, présenté par Dominique Le Brun, recueil commode en un volume du journal de Lapérouse édité par le général Milet-Mureau, de celui de Dillon et de Dumont d’Urville.
LES VESTIGES DE L’EXPEDITION LAPEROUSE RETROUVES A VANIKORO,OU LES  DEUX   CLOCHES DE LA BOUSSOLE ET DEUX PIERRIERS DU BATIMENT
Paul Griscelli, blog,  Le scénario du naufrage de Lapérouse selon les insulaires  de Vanikoro : le sort ultérieur de deux  rescapés de la Boussole d’abord, puis du bateau de secours : Laprise-Martin et  Marin .    
Bernard Brou, « Lapérouse Vanikoro,  campagne de recherches 1990 », bulletin de la Société d’étude historique de Nouvelle-Calédonie n°90 janvier 1992,en particulier  p.46, la déclaration du chef Makataï qui proclame être l’auteur du massacre.
Pedro Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions australes, 2002, L’Harmattan, 2002 ;
Paul Griscelli, Vanikoro avant Lapérouse, voir mon blog.
Bernard Brou et Paul Griscelli, Examen critique des indices recueillis à Vanikoro : les épaves de l’expédition Lapérouse, supplément au bulletin de la SEHNC, Ier trimestre 1985, repris dans Colloque Lapérouse- Albi, 1985, Association Lapérouse -Albi.
Le passage sur les cloches est à corriger d’après Paul Griscelli, voir mon blog, bazin ,  Les vestiges de l’expédition Lapérouse retrouvés à Vanikoro, ou les deux cloches de la Boussole et deux pierriers du bâtiment.

Paul Griscelli, « Des nouvelles de M. de Lapérouse ? »Une île  pour l’Eurélien Simon Lavo, hommage à Jean Guillou », Cahiers de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, 2015, 1, p.327-332 compte rendu de mon blog de 49 pages, Cold case à la française : le mystère Lapérouse à Vanikoro, ou du nouveau sur la fin de l’expédition. La suite reconstituée du voyage de Lapérouse, de Botany Bay (Australie) à Vanikoro et au-delà, Gmail coldcasefrance@gmail.com,  coldcase28.blogspot.fr malheureusement défiguré par des coquilles dont la plus grave  est, p .328, dernier paragraphe, 3e ligne : « cette faille du récif où coula la Boussole » au lieu de : « où il est bien invraisemblable que la Boussole ait cherché à pénétrer et qui est le lieu où gît le seul bateau de secours (et non la Boussole qui a coulé au près de l’îlot Noungna).  ». Il faut prendre la dernière mouture de ce blog, car , par exemple, j’ai été obligé de corriger un détail en apprenant que Gaspard Duché de Vancy avait été transféré sur l’astrolabe et que c’est donc lui qui est « l’inconnu de Vanikoro », le squelette trouvé dans l’épave du bateau de secours brûlé par Makataï et qui dériva jusqu’à une faille du récif.
Jean Guillou, Peter Dillon capitaine des mers du sud, le découvreur des restes de La pérouse, L’Etrave, 2000.
Jean Guillou, L’odyssée d’Ann Smith, une femme en révolte, L’Etrave, 2002. Histoire d’une passagère clandestine peu connue de l’expédition, embarquée à Sydney et dont les Australiens ont retrouvé le squelette à Vanikoro.
Jean Guillou,La Pérouse… et après, dernières nouvelles du mystère de l’Astrolabe, L’Harmattan, 2011.
Jean Guillou, « Santa Cruz, ou l’occasion manquée, » bulletin n°102 de la société d’étude historique de Nouvelle-Calédonie, P.53à 58, 1995,1. Sur les traces des survivants de l’expédition à Santa Cruz.
Paul Griscelli, Hommage à Jean Guillou, voir mon blog.
Sur les deux passages aux Tonga :
Paul Griscelli, La seconde visite de Lapérouse aux Tonga (entre Sydney et la Calédonie), voir mon blog.
Sur le passage en Calédonie et aux Loyauté:
Bernard Brou, « Lapérouse, découvreur de la Nouvelle-Calédonie, 4 preuves après 15 ans de recherches », bulletin de la Société d’Etude historique de la Nouvelle-Calédonie, n°74 du Ier tr. 1989.
Paul Griscelli, dans Journal de bord n°66, hiver 20015, p. 65 « Le graphomètre de l’île des pins », association Lapérouse-Albi.
Paul Griscelli, « Vestiges du passage de Lapérouse trouvés  en Nouvelle-Calédonie », bulletin n°33 d’octobre 1977 à propos de la découverte d’une médaille en argent  représentant le premier Bourbon, Henri IV, avec bélière d’origine,  à Prony (mais venant de l’île des Pins selon moi) par Varney Wallace.   
Paul Griscelli, Lapérouse et les îles Loyauté. 28 l Voir mon blog.  
Sur les survivants :
Lavo,
Jacobs, Thomas Jefferson, Scenes , incifents and Adventures in the Pacific Ocean, or Theislands of the AustralasianSeas during thecruise of theclipper Margaret Oakley, under Capt. Benjamin Morrell, , New Ypork, Harper and brothers, 1844;première mention sérieuse d’un  survivant de l’expédition, Lavo.
James Fairhead, The Captain and theCannibal », an epic story of exploration , kidnapping and the Broadway Stage, Yale University presse, Nexw Haven and London, 2014, seule biographie récente et prudente du Capitaine Morrell .Voir mon blog , The Captain and « the Cannibal » de James Fairhead, Yale University Press, 378 pages, Londres, 2015, une biographie scientifique du capitaine Morrell,confirmant selon moi la déclaration de Morrell et le texte de Jacobs concernant Simon Lavo  ,  survivant de l’expédition Lapérouse.
ainsi que Compte-rendu       Nos lectures
 James FAIRHEAD,  The Captain and « the Cannibal » , Yale University Press, Londres,  2015,  378 pages. 
Jean Guillou, « Sur les pas de Simon Lavo, chirurgien de l’Asqtrolabe ».167-177et annexe, 497-506, dans Navigateurs d’Eure-et- Loir, société archéologique d’Eure-et-loir, 2006.
Alain Denizet, « Simon Lavo, Germignonville, chirurgien major de l’Astrolabe, P 32-50, Bulletin de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, n°84, avril, mai, juin 2005.
Paul Griscelli, sur les survivants menés par Lavo: blog, L’Eure-et-Loir, la Calédonie et l’expédition Lapérouse.
Pour Collignon,
Peter Worsley, The trumpet shall sound, a study of « Cargo cults »in Melanesia, London, Maccibbon et Kee, 1857.
Marc Tabani, Une pirogue pour le Paradis, le culte de John Frum à Tanna (Vanuatu), Editions de la Maison des sciences de l’homme, ,2008.
blog de Paul Griscelli , Le maïs pré- européen de Tanna (Vanuatu) et le sort d’un  rescapé  de la Boussole à Tanna : Nicolas Collignon, jardinier- botaniste et passager de la Boussole.
Sur Laprise- Mouton :Joseph de Rosamel, Ponhpei, Micronésie en 1840, Société des Océanistes, 2005
Jean –Christophe Galipaud et Valérie Jauneau, Au-delà d’un naufrage, les survivants de l’expédition Lapérouse, Errance, 2012 (le chef Mathew, dont le nom est l’altération de [Laprise]-Mouton).
Paul Griscelli, blog, Le scénario du naufrage de Lapérouse selon les insulaires  de Vanikoro : le sort ultérieur de deux  rescapés de la Boussole d’abord, puis du bateau de secours : Laprise-Martin et  Marin .    
Curios :
Anonyme, Fragments du dernier voyage de La Pérouse (1797) , canular de l’ulmien,botaniste  et franc-maçon  Eloi Johanneau , publié avec l’aide de son frère, voir mon blog déjà cité ;l’abbé Mongès, créateur du Grand Orient, fut recruté par Lapérouse, initié à Brest, parce que franc-maçon et intervint à Botany bay pour faire embarquer par Lapérouse le franc-maçon Paris , condamné au bagne et évadé  et Ann Smith , tous les deux coupables d’avoir pris le parti de l’Amérique insurgée,  dont les Australiens ont découvert le bassin à Vanikoro. Tel est le sens de la dernière phrase du Journal de voyage de Lapérouse :
 « … l’établissement anglais, dont les déserteurs [Ann Smith, la nièce du célèbre économiste libéral du XVIII e siècle , et son compagnon le Français  Paris]nous causèrent beaucoup d’ennui et d’embarras .  »Telle est aussi la raison pour laquelle Lapérouse a avancé son départ de Botany Bay , craignant que ses clandestins ne soient découverts. Voir mon blog : Qui est l’auteur des Fragments du dernier voyage de La Pérouse ?  1000
Jules Verne, La Pérouse, 1880.
La leçon morale et politique.

Lapérouse était un humaniste des Lumières (il «était franc-maçon). Mais ses opinions se modifièrent lors du massacre de son ami de Langle qui, la veille encore, développait devant lui, ses théories naïves sur les « sauvages ».On s’aperçoit que, lors de son escale à Annamouka, ses hommes n’hésitent pas à tirer sur un simple  voleur, sans que cette manifestation de force entraîne une émeute. A l’île des Pins et surtout à Balade, la même chose dut se réduire au cours des échanges qui avaient lieu désormais à terre. Aux Loyauté, une seule frégate est visible pour les indigènes, la seconde étant prête  venir à son secours. « Ces réflexions avaient changé nos manières d’agir à l’égard des Indiens [Polynésiens de Samoa ou de Tonga et Kanaks de Calédonie], écrit Lapérouse . Nous réprimions par la force les plus petits vols et les plus petites injustices ; nous leur montrions, par l’effet de nos armes, que la fuite ne les sauverait pas de notre ressentiment ; nous leur refusions la permission de monter à bord, et nous menacions de punir de mort ceux qui oseraient y venir malgré nous. » Adieu l’angélisme vertueux   des utopistes dont parlait Jospin! Comme me le dit un jour à Nouméa  le sociologue Métais, -un ami de mon père,-« Je vais peut-être vous choquer, mais, je vous le dis, nous avons tort, nous autres humanistes. »Car le premier devoir doit être  de défendre sa vie, celle de ses parents et le patrimoine de la civilisation occidentale et chrétienne, dont la supériorité, à tous points de vue, sur les « cultures » dites premières, disons plutôt préhistoriques, des cannibales et autre sauvages, est évidente. Les gouvernements, quels qu’ils soient, devraient avoir la sagesse de s’en inspirer vis-à-vis des auteurs des attentats terroristes, au lieu de brandir « l’état de droit », la Constitution et les droits de l’homme que leurs adversaires bafouent. Les bisous nounours , les ballons et marches blanches , les déclarations d’amour sont d’une sottise affligeante, d’une incongruité révoltante qui humilie rétrospectivement les résistants.  Comme le disait déjà Rabelais, lorsque l’attaque d’un couvent par des fanatiques  avait lieu et que les moine se contentaient de prier  à qui mieux mieux ,  « le bon moment pour prier ! » Les trois mille morts des tours de New York, les 300 morts du sol de France et les 300 cadavres à moitié dévorés de Vanikoro en attestent.

vendredi 9 septembre 2016

Débarrassez-vous d'une idée fausse:Catulle, le poète de l'amour, n'est pas né à Vérone!

Débarrasez-vous d’une idée fausse : Catulle, le poète de l’amour, n’est pas né à Vérone !
Les homonymies sont trompeuses. Au XVIIe siècle, on attribua à Catulle le lac de Garde au nord de l’Italie (Gargano en italien) alors qu’il s’agissait des deux plus grands lacs de l’Italie du sud, dont l’un s’appelle pareillement  en français   le lac de Garde, Gargano en italien.
Dans le poème 4, Catulle donne la parole à l’épave d’une goêlette (phaseolus) échouée dans un lac, le lac de Garde ,Garde(Gargano) du nord , a-t-on supposé à tort. Mais ce yacht, nous dit le poète ou plutôt le bateau lui-même, « de la mer la plus éloignée, vint jusqu’à ce lac limpide ».Or, le lac de Garde, non plus qu’aucun lac du nord, acne communique avec la mer Adriatique. En revanche, dans l’Italie du sud, certains des plus grands lacs, communiquent avec cette mer. Dans le Parc National du Gargano (de Garde), existent deux lacs qui sont les plus grands d’Italie du sud, le lac de Lesino et le lac de Varano, qui sont en réalité des lagunes. Les deux lagons sont séparés de la mer par une langue de terre boisée communiquent par des chenaux avec la mer Adriatique. Les détritus et alluvions diverses ralentissent le cours du courant de ce chenal, un seul à date ancienne, qui se serait scindée en deux au Moyen Age avec les apports alluviaux. La colonie ancienne se nommait Unia (de Venia, la grâce) sur le lac de Lesino , près de la passe, et le cours d’eau s’appelait l’Uniello, dérivé de  Unia. Cela fait partie de la région des Abruzzes etdes Marrucini, avec des temples dédiés à Mars et à l’agriculture, Rodi Garganico, Rignano Garganico et San Giovanni Rotundo, le nom du Mars ancien étant Rudianus (qui donne Rodi, Rignano et même Rotundo).Exit Brixia, Mella, Cycnus.  
Penchons-nous maintenant squr un passage très obscur de 67, vers 32 et suivants , qu’on a voulu à toute force rattacher à Vérone et au lac de Garde du Nord, donc à Brixia que le  fleuve (flumen) Mella (masculin !) traverserait selon le poète, alors que dans la réalité c’est le Garcia qui  traverse Brixia et que ce n’est qu’un ruisseau ; On a inventé  que la colonie Brescia aurait fondé Vérone, la ville natale supposée du poète et l’observatoire de Cycnus, inconnu par ailleurs. Le responsable de toutes ces inventions est  l’éditeur Vossius. Voici les3 vers de l’édition Budé restitués par Vossius :
Brixia, Cycneae supposita speculae
Flavus quam molli percurrit flumine  Mella,
Brixia Veronae mater amata meae,
que l’on traduit ainsi : « Brescia, assise au pied de l’observatoire de Cycnus, la ville que le jaune Mella parcourt de ses eaux indolentes, Brescia, mère bien aimée de ma Vérone. »
 Je restitue :
Unia , Lecineae (manuscrit chinea)  supposita lagunae (manuscrit specula)
Flavus quam molli percurrit lumine Uniello (lumine au sens de chenal, ouverture, molli au sens d’encombré par les alluvions, donc peu rapide)
Unia , Varanae  mater amata meae.
Je traduis ainsi : Ville d’Unia,  au fond du lagon de Lesino, ville d’Unia,  toi  que l’Uniello doré parcourt grâce à son indolent chenal, Unia, mère de ma bien aimée Vérone (de mon bien aimé Varano).
                              Autres remarques sur le texte.
La religion de Catulle : le poème 62.
Il s’agit peut-être d’un poème isiaque qui fut adopté dans les cérémonies officielles de la religion. Faut-il en rapprocher le poème 61  sur le mariage ?
Le poème 63,  lui, oppose la cruauté des rites de Cybèle.

La discontinuité apparente  de certains poèmes : l’hommage de Catulle à  César  en 44 av . J. –C.
Même si Catulle s’inspire aussi d’un poème alexandrin de Callimaque, La boucle volée, la chevelure de Bérénice dans le poème 64 est une allusion à la comète qui apparut à la mort de César.  Suétone, 88: «  aux jeux que, pour la première fois,  célébrait après l’apothéose de César en son honneur son héritier Auguste, une comète brilla pendant sept jours de suite » .En avril - 44,  7 étoiles brillent pendant 7 jours sous le nom de Berenices Caesaries, la chevelure de Bérénice. Pour le peuple, c’était la preuve de sa divinité, nous dit encore Suétone. Catulle nous dit que l’assassinat de César a fait que les dieux ne daignent plus visiter nos assemblées et qu’ils ne se laissent plus apercevoir en plein jour, lumine claro, vers 408, entendons qu’ils apparaissent seulement de nuit sous la forme de la comète.
L’épithalame de Thétis permet à Catulle d’opposer Ariane à Bérénice.
Notes  sur les manuscrits  de Catulle.
Le manuscrit et l’édition de Corradino.
 Dans le passé il y eut ce qu’on doit appeler des  dénis  de manuscrits de Catulle : d’abord celui du manuscrit trouvé à Venise, puis arrivé à Rome et dont le texte  fut publié en 1738 par le Vénitien Corradino  sous le titre C. Valerius Catullus in integrum restitutus, ex manuscripto nuper Romae reperto, Venise,  petit in- folio et republié par Coustelier dans son Catulle, Leyde (Paris en réalité) en 1743, in- 12, Catullus , Tibullus et Propertius pristino nitori restituti: accedunt fragmenta Corn. Gall. (Cura et studio Nicolaï Lenglet Dufresnoy), 3 tomes en un vol., puis en 1747 à Leyde (Paris), en 1749 (Londres) , en 1754 chez Barbou dit Lenormand, Paris, in-12, en 1779 (Birmingham), en 1794 (Parme).Toute une polémique éclata : le malheureux Corradino fut traité de faussaire et d’imposteur pour avoir publié des leçons différaient  de la vulgate et qui venaient de son très ancien manuscrit,  transporté de Venise à Rome . On en a rejeté, avec beaucoup de hargne,  l’authenticité, car Jean- François Corradino dell‘Aglio était fort mal vu des érudits presque tous catholiques de son temps. Au surplus, le poète de l’amour, le chantre de Lesbie qu’était Catulle avait fort mauvaise presse aux yeux des catholiques qui ne voyaient pas en Lesbie  une référence à la poétesse Sapphô,  auteur comme elle de vers, Grâce à Google Books et à la Bodléïenne d‘Oxford, j’ai pu consulter une édition de 1754 qui donne les leçons  contestées de Corradino. Son apparat critique est intéressant et j’ai pu récupérer au moins 3 vers et 3 beaux poèmes absents de l’édition Budé, et je  fais remarquer qu’il y a à récupérer des leçons intéressantes dans cette édition décriée malhonnêtement, voire de nombreux vers absents chez Budé et remplacés par des points, par exemple dans le poème 61, le chant de noces.
L’édition Thomson.
  L’édition qui fait autorité aujourd’hui est, comme toujours, une édition anglaise, celle donnée en 2003 par D. F.S. Thomson, Catullus, 578 p.  Il a consulté 129 manuscrits, mais pas l’édition publiée par Corradino et ses épigones, fondée sur un manuscrit vénitien devenu  romain dès l’époque de Corradino . A noter une variante Nonacrios, mont d’Arcadie,  64, 288, donnée par Corradino et indiquée par Thomson comme « R², manu recentiore » (il a collationné  les éditions de 1472 à Venise [édition de Spira] à 1535).
Le fameux manuscrit  Corradino est donc identique au non moins célèbre manuscrit romain datant de 1390 (et non du XV e siècle comme indiqué dans Budé) découvert  au Vatican par un Américain en 1896, W. G. Hale, puis étudié par  R. L. Ullman . Ce dernier  a montré que ce manuscrit avait été connu de Achille Statius [ le codex Maffeianus ] et utilisé pour son édition de 1566 dont Scaliger s‘est inspiré.  Ce manuscrit a toujours curieusement créé polémique, que ce soit au temps de Corradino ou au temps de Hale, provoquant un déni de manuscrit remarquable .A noter l’efficacité des méthodes paléographiques puisque Thomson, ignorant pourtant  l’origine vénitienne de son manuscrit romain puisqu’il négligeait  Corradino,  déduit cependant de certaines graphies qu’il a été rédigé par un Vénitien…
3 poèmes absents de l’édition Budé.
Lafaye a supprimé les poèmes 18, 19 et 20 de son  édition. Or, il déclare,  p.99,  le 18 authentique avec une correction de Bücheler (lege) car il est cité par Terentius Maurus qui en évoque d’autres du même style priapéïen, comme le fait aussi Nonnius Marcellus. J’ai pu récupérer ce poème et deux autres dans l’édition du Codex Corradino et dans l’édition Nisard, rangés chez Nisard à leur place traditionnelle.
Remarques sur quelques autres  passages des poèmes 63, 64 et 65-66.
  Poème 63 :
Dans le poème d’Athis (63) ,
-vers 14, le manuscrit Corradino porte:
Alienaque, exules, ite pede loca celeri,
Aliena que se retrouvant dans , que étant à corriger en quae ;
Ce qui est mieux que la vulgate:
Aliena quae petentes, velut exules loca,
où le velut est gênant. Dans l’apparat de Lafaye, on a comme chez Corradino et comme dans V celeri  après loca. Allez, exilés, d’un pîed léger sur des terres étrangères !
-vers 70, la traduction Lafaye est illogique:  « Moi, habiter sur l’Ida verdoyant des lieux glacés, recouverts de neige? » Certes, en été, l’Ida est verdoyant (63, 30 : Viridem Idam), mais non en hiver, même si l’on a supposé que l’enneigement était partiel. Viridis me semble  un nominatif appliqué à Athis plutôt qu‘un génitif se rapportant à Idae et une des épithètes rituelles  indiquées par James George Frazer, Le rameau d’or, Atys et Osiris, coll. Bouquins, p.390 appliquées au dieu, «  le très fécond »   « l‘ épi vert des blés moissonnés », celui dont tout doit renaître, appliquée au néophyte sous la forme abrégée viridis. Il s‘agit d‘un oxymore : « Moi, alors que je suis l‘épi vert des blés moissonnés ( on pourrait utiliser le souvenir superstitieux d’Osiris persistant aujourd’hui et risquer) :Moi qui suis l’atys aux doigts verts , habiter ces lieux glacés recouverts d’un manteau de neige? » Cf. Isis,  « Créatrice de la verdure », « Verte déesse, dont la couleur verte est semblable à la verdure de la terre », p. 472, les deux religions étant proches, voire confondues avec le christianisme également comme le montre (p. 416) l’épiclèse d’Osiris Ounnefer, l’être bon traduit par  Comme Hepding dans son Attis, p.140, Frazer pense à juste titre (op. cit., p.659) que le Atys du poème n’est pas le héros légendaire, mais l’un de ses prêtres ordinaires de Rome qui portait le nom du dieu Atys et imitait ses souffrances. « Ainsi interprété, ajoute Frazer, le poème gagne beaucoup en force et en pathétique. Les souffrances réelles de nos semblables (le prêtre et l’amoureux) nous touchent de plus près que les douleurs imaginaires des dieux. » Le néophyte quitte Rome dans les transes avec ses compagnons pour le temple de Cybèle en Mysie dans la chaîne de l’Ida pour s’y livrer au sacerdoce, à ses mutilations et à ses jeûnes solennels (sine Cerere, v.36), car il leur était alors défendu de manger du grain de blé et des racines de légumes. « Le tumulte et l’émotion une fois calmées et l’homme revenu à lui, le sacrifice irrévocable était sans doute souvent suivi de plaintes amères et de regrets, nous dit Frazer, p.388.Catulle  a décrit dans un poème célèbre ce retour des sentiments humains si naturels après les accès effrénés d’une religion fanatique. » Mais ce sont les trois derniers vers qui donnent peut-être le sens du poème, sa morale: l’amour-passion est pareil à la transe religieuse; puisse Cybèle épargner au poète ses fureurs, ses regrets et ses souffrances! Le poème , en reprenant un thème religieux et amoureux à la mode (Cf.95, le poème de C. Cinna Helvius sur la Vénus de Paphos Isis et la mère d’Adonis Zmyrna) , lui donne une valeur allégorique personnelle ,  évoquant une possibilité que redoute” le fou de Lesbia”  : il risque de ressentir , par suite de sa haine contre Lesbia, une haine extrême contre Vénus, v. 17 Veneris nimio odio et ses conséquences : l’esclavage de Cybèle. Toutefois cette interprétation peut être mauvaise car Cybèle et Isis sont identiques et le poète se réclame d‘une obéissance à Cybèle qui devrait lui épargner la punition infligée à Athys par la Grande Déesse..

Poème 64 :
V. 35 : lire Cieros, comme Thomson,  et non Scyros qui est ridicule. Cieros est le nom d’une ville près de Pharsale.
V. 23b : compléter comme Thomson :iterum, salvete, bonarum : « salut (à ses contemporains qui vivent à  l’âge d’or sous César) , une nouvelle fois, ,brave descendance de braves mères! »
2) Le vers donné par le seul Codex Corradinio (poème 64, après 235) :
Lucidaque splendent summi carchesia  mali
était placé en un passage où Muret et Bergk (ce dernier cité par Lafaye mais au vers 253 ) avaient déjà soupçonné une lacune. Or, Lafaye classe apocryphe (p. 100) ce vers pourtant cité par Nonnius Marcellus. Isidore de Séville, Origines, 19, 2, 1 et Lucain, Scolies, 5, 418, attribuent par erreur à Cinna des vers très semblables. Je traduis : (Pélée évoque la voile blanche que son fils devra arborer à son retour) je veux que des drisses solides hissent des voiles blanches
 et que resplendissent , éclatantes, au sommet du mât,  les hunes.
Ce très beau vers claque au vent.
V.  227. Dans Budé, p. 100, classé apocryphe, on trouve une remarque d‘une scolie véronaise sur l‘Enéide à propos du genre masculin ou féminin du mot carbasus employé par Catulle. En l‘occurrence, Catulle dans le poème des noces de Thétis et de Pélée emploie le mot au féminin (64, 227).
V. 287 (Tempe …) Haemonisin (datif grec poétique de Haemonia ) linquens claris celebranda choreis
A corriger : Naiasin est une correction de Haupt au lieu de mimosim, donné par V, claris  une correction de  Ald. au lieu de doris, donné par V et de coreis donné par m.
Non vacuos (nominatif pour vacuus comme  chez Corradino), au lieu de
nonacrios donné par R²m’ ou nonacrias donné par G² et l’édition romaine. .
(Pénée) abandonnant les verdoyants vallons de  Tempé  aux chœurs sonores de l’Hémonie (la Thessalie et n’arrivant pas  les mains vides.
V.390-391: à supprimer ici (Bacchus n’a rien à voir avec Apollon)  et à replacer après 253 où il y avait précisément une lacune signalée qui rendait le texte illogique. De plus, le manuscrit d’Oxford, datant de 1360, porte au vers 253 Thyiadas (au sens de Ménades) qui est le premier mot du vers 390 si on inverse les deux vers comme Thomson.
Deux autres vers cités par  Corradino (68, vers 47 et 48, mais à replacer selon moi en 64 après le vers  364 (le tombeau d’Achille):
Vivat in ore hominum plus uno clarior aevo
Omnibus inque locis celebretur fama sepulti
  Le premier vers est le seul à nouveau à être cité par le Codex Corradino ; le second était déjà connu de Scaliger : « Que ce tertre vive dans la bouche des hommes et continue à être illustre plus longtemps qu’une vie d’homme et que dans tous les lieux soit célébrée la renommée de celui qui a été enseveli (Achille) ».
390-391 : à supprimer car ces 2 vers se rapportent aux Thyades de Bacchus et n’ont rien à voir avec Apollon. Il faut les replacer après  le vers 254, ce qui comble la lacune.

Un passage obscur : le poème 66 et  les vers 52 sqq.
 ( Memnonis         aethiops (correction de aethiopi sUnigena impellens nutantibusaera pennis) Obtulit Arsinoe obeliscou s ales equos (nominatif)
(le jumeau éthiopien de Memmnon fendant l’air du battement de ses  ailes) s’offrit à ma vue, lui ,  l’ibis, le messager ailé du temple d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé .
La vulgate donne elocridicos corrigé parfois en chloridos, le manuscrit Corradino locricos. Bentley a corrigé en Locridos, la Locrienne. Je corrige en obelisci, génitif de obelicos.   
Le jumeau est un oiseau qui fait partie du mythe solaire de Memnon. Voici ce qu’en rapporte Ovide (Métamorphoses, XIII, 600-628): (la déesse Aurore demande à Jupiter que le maître des dieux apaise son chagrin causé par la mort de son fils Memnon tué par Achille  en lui conférant l‘immortalité et celui-ci exauce son vœu  au moment où ) « le bûcher de Memnon, grandi par les hautes flammes, s’écroula, où des tourbillons de sombre fumée obscurcirent le jour, comme aux heures où, des fleuves, montent les brouillards formés par leurs eaux et que le soleil ne peut percer. Les cendres noires s’envolent, s’agglomèrent en une masse unique, qui prend consistance et forme, et tire du feu chaleur et vie; leur légèreté en fit un être ailé, tout d’abord semblable à un oiseau, bientôt oiseau véritable, aux plumes bruissantes, au bruit desquelles (allusion au son qui s’échappait du colosse de Memnon lorsque l’Aurore aux doigts de roses le touchait de ses rayons) répondit celui des ailes d’innombrables oiseaux, ses frères, nés comme lui et de même origine (unigena). Trois fois ils font le tour du bûcher , et dans les airs , à l’unisson, montent trois fois leurs cris; au quatrième vol, ils se divisent en deux camps; alors les deux groupes,  s’élançant chacun de son côté,  combattent avec acharnement; à coups de bec et,  de leurs ongles recourbés, ils assouvissent leur colère; leurs ailes se fatiguent au choc contre la poitrine de l’adversaire; leurs corps, apparentés à la cendre ensevelie, tombent, vraies victimes funéraires, et ils se rappellent (Mnemon en grec) qu’un héros valeureux leur avait donné naissance. On donna son nom à ces êtres ailés, soudainement apparus .Appelés, à cause de lui, Memnonides, lorsque le Soleil a achevé le cycle des douze signes du zodiaque, condamnés à mourir, avec les cris des jours de deuil, ils se livrent à cette lutte. » Memnon, à la demande de sa mère, a obtenu l’immortalité, mais sous la forme de cet Eternel Retour à date fixe. Cette fête des Parentalia , avec jeux funèbres de gladiateurs , se passait à l’équinoxe de printemps .  Elle était célébrée pour tous  les  morts  et avaient lieu en mars (On doit lire Marte, semble-t-il, dans le texte). Memnon est rapproché,. Callimaque semble l‘appuyer par l’emploi de gnotos , demi-frère , et qualifie ses ailes de balia, rapides, faisant allusion ainsi à Balios,  le cheval d‘Achille, offert par Poseidon en cadeau de noces au mariage de Thétis et de Pélée et qui était le fils de Zéphyr et d‘une Harpye.
Callimaque  avait osé comparer le mont Athos, croit-on par contresens,  à une broche d’Arsinoé, bouporos Arsines, servant à rattacher ses cheveux et à les orner, en réalité à l’obélisque du temple d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoè.  Cette prétendue  broche d’Arsinoé est élucidée aujourd’hui grâce à un scoliaste de Callimaque qui nous a appris que le mot bouporos de Callimaque, -étymologiquement une broche à transpercer complètement un bœuf,  une longue tige de fer, - désigne chez Callimaque  un obélisque égyptien ainsi nommé à cause de sa forme avec,  à son sommet,  le pyramidion doré sur lequel se réverbèrent les rayons du soleil naissant. Le mont Athos doré par le soleil naissant est comparé par Callimaque à l’obélisque  d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé, la déesse et non les femmes portant ce nom en l’honneur de la déesse.  L’obélisque d’Alexandrie dédié à la déesse Arsinoé (veru arsineum) devant le temple d’Arsinoè resté inachevé a été signalé par Frazer, Ptolemaïc Alexandria, JHS, 2, 104, et  cité par Anthony W. Bulloch,dans Images and idéologies (dans le monde hellénistique), 1994, où l‘on peut  lire (sur le Net ) un excellent chapitre sur les fragments conservés  de Callimaque intéressant son poème La Boucle de Bérénice .
Le mot arsineum  cité par Pline l’Ancien, 36, 68, sous la forme  arsenoeum (Gaffiot), rectifiée aujourd‘hui en arsineum,  désigne  un temple élevé par Polémée Philadelphe à sa « sœur »   Arsinoé  avec, au devant, un obélisque,  dont le nom est (veru) arsineum. La boucle se lamente d‘avoir été coupée.  « Mais qui prétendrait pouvoir rivaliser avec le  fer? Elle a é&té abattue  aussi, cette montagne, la plus haute que franchisse sur terre la fille resplendissante de Thia [l’Aurore] , lorsque les Mèdes engendrèrent une mer nouvelle et qu’une jeunesse barbare vogua en plein milieu de l’Athos »,  qui est  comparé à l’obélisque d’ Arsinoé [illuminé à son sommet par les rayons de l’Aurore].
Vers 93 du poème 66. : au lieu de la correction corruerint  suivi de utinam de Budé, il faut reprendre la leçon iterent de Corradino et autres  :
 Sidera cur iterent? Iterum coma regia fiam!
 « Pourquoi les astres, eux, pourraient-ils  reprendre (potentiel) leur position (allusion à l’éternel retour : Apollon retourne tous les 19 ans chez les Hyperboréens, car c’est la période au bout de laquelle les astres ont accompli une révolution complète et sont revenus dans la même position) !Ah! si, moi, je pouvais reprendre ma place dans la chevelure de ma reine (optatif) !  Ah! Si Orion pouvait rebrousser chemin et briller à nouveau à côté du Verseau! (Regret, irréel du présent, vœu que le monde s‘engloutisse dans un cataclysme cosmique



jeudi 7 avril 2016

Les fourchettes de cannibales du Musée de Nouméa.

 Les fourchettes de cannibales du Musée de Nouméa.
Au Musée de Nouméa, on peut voir une « fourchette de cannibale »  fort ancienne et dont on ignore la fonction. Je suis toujours tenté de rapprocher les choses calédoniennes obscures des choses australiennes étudiées par Roheim. C’est ce que je vais faire ci-après.
Selon Roheim, dans Héros phalliques et symboles maternels, p. 16, 17 et 171, lorsque le guérisseur  pointe l’os de la mort (pointing bone en anglais)  en direction de son ennemi, il le rend malade ou le fait mourir. Il s’agit de tibia de kangourou ou d’émeu, en Calédonie de tibia de dindon de Latham, aujourd’hui disparu, qu’on a poncé et appointé à une de des extrémités ; on le place dans une fourmilière, afin que les insectes l’enduisent de leur poison magique (arunkulta) ; il est fixé ensuite à une  ficelle avec de la résine. Puis le sorcier se coupe la langue avec un couteau de pierre, crache sang et salive mêlés sur l’os, l’enduit du sang qu’il fait couler de l’orifice de la subincision en Australie, de la superincision en Calédonie, et le recouvre  pour finir de duvet. On dit que l’os de la mort est extrait d’une zone du corps située entre le pénis et l’anus ; il est censé pénétrer dans le corps de la victime par le scrotum, c’est-à-dire la peau très fine qui entoure les testicules comme un sac. Les Nambutji  cachent l’os dans un trou, à l’endroit où la victime a coutume d’uriner, la pointe dressée vers le haut : lorsque la victime urine, l’os pénètre dans son corps par le jet d’urine et le tue. Souvent, on agit à distance, parfois à plus de 100 km. Le guérisseur tient l’os à deux mains, comme s’il s’agissait, pour ce subincisé ,de son pénis , et le dirige vers l’ennemi. Pour que ce dernier, où qu’il se trouve, ne puisse apercevoir l’opérateur, celui-ci jette en l’air de l’urine et des excréments qui forment un nuage et dissimulent l’os. Le plus souvent, l’os est pointé dans le prolongement d’un bras et d’une  jambe en extension, l’autre bras maintenant la ficelle contre l’autre jambe ployée à terre.
Selon Roheim, dans L’énigme du Sphinx, p. 59, le sorcier prend du sperme de son pénis et des excréments de son anus (les narrateurs miment avec du sable la façon dont il procède) et , en les lançant dans la direction de l’ennemi, fait apparaître un nuage derrière lequel il se cache comme le poulpe derrière le  nuage d’encre qu’il projette.

Roheim,op .  cit. ,  p. 171, compare ce rituel totémique des tribus australiennes avec celui des tribus mélanésiennes de Normanby, la tribu  des Marindan-im notamment, et en particulier  le sable lancé, l’éparpillement des graines, le lancer de copeaux empreints de sang, ou de duvet blanc d’oiseau L’action de jeter ou d’éparpiller est l’équivalent de l’éjaculation et le sable ou le duvet blanc est un symbole du sperme. 

samedi 2 avril 2016

LES TARODIERES QUI S’ETAGENT SUR LES MONTAGNES CALEDONIENNES N’ETAIENT-ELLES PAS PLUTOT DES RIZIERES ?

LES TARODIERES QUI S’ETAGENT SUR LES MONTAGNES CALEDONIENNES N’ETAIENT-ELLES PAS PLUTOT DES RIZIERES ?
  L’émission du 12 mars 2016 sur  Arte  concernant les jardins suspendus d’Asie et les Ya- ho était particulièrement intéressante : elle nous a montré des rizières  en terrasse sur les montagnes du Yunnan au sud de la Chine, où l’eau est amenée par des kilomètres de bambous géants évidés et attachés les uns aux autres. Ces rizières fonctionnent aujourd’hui, avec un faible rendement il est vrai (2 sacs de 50 kilo par ensemble), et elles  évoquent bien les « tarodières » calédoniennes abandonnées depuis un millénaire au moins . Dans le yunnan, leurs « sillons »,  qui sont remplis d’eau, sont larges de 2 mètres et bordés d’un « billon », -c’est -à –dire d’un muret de terre argileuse et de pierres èches surmonté d’un bambou et percé d’interruptions qui amènent l’eau en cascade  à la rangée inférieure. Comme plantes adventices sauvages, on remarque, à l’émission,  des taros à feuilles innervées de rouge. C’est l’ethnie   Ya-ho ou  Minyao Mong  qui cultive ces rizières au Yunnan, à Wongjizai, où a eu lieu l’essentiel du tournage, et aussi à  Lyangdanac ;  la ville proche de ces hameaux qui est  le grand marché de la région a nom  Mengla.

L’ethnie Ya-ho ou Mien ou Minyao Mong, parlant des  langues  Hmong mien encore appelées  Miao- yao.  
 L’histoire a dispersé les Yao sont à travers la Birmanie, la Thaïlande.  Le sud-ouest de la  Chine (Yunnan), le Laos et  le Vietnam. Voici ce qu’on peut lire à leur sujet sur Internet :
« Ils sont environ 60 000 en Thaïlande, et représentent l'une des six principales tribus des collines. Ils s'appellent eux-mêmes en Chine les Mien (ce qui signifie « personne »)  ou Iu- Mien, de yao mong.  
En Thaïlande, les femmes yao gardent en permanence autour du cou un boa de fourrure rouge écarlate. Leurs enfants sont coiffés d'un bonnet brodé avec trois gros pompons symbolisant le bonheur, la richesse et la longévité.
Les femmes yao ont une caractéristique particulière : elles ne coupent leurs cheveux que deux fois dans leur vie, une fois à 18 ans et une fois à 38 ans ; c'est en effet, pour leur ethnie, un critère de beauté. Elles coiffent leurs cheveux en les remontant sur leur tête, et en ajoutant à leur coiffure des cheveux déjà coupés ou tombés, qu'elles ont reçus comme héritage de leur mère et de leur grand-mère.
Les langues des Ya-ho sont apparentées à certaines  langues de Calédonie.
Leurs idiomes font partie des langues austroasiatiques mon- khmer : l’austronésien, avec l’indonésien,est aussi une langue austroasiatique . Au sein des langues mon -khmer on range, dans une même sous - famille, les langues hmong de Birmanie, de Thailande,  etc., et,  à l’intérieur de ces  langues hmong, les langues  Hmong mien ou Miao- yao   Certains chroniqueurs chinois vantent la civilisation des Hmong mien ou Miao- yao  et voient en eux les fondateurs de la Chine sous le nom de Shan.
Bibliographie
Barbara Niederer, Les langues Hmong –Mjen (Miao-yao). Phonologie historique, 1998, Munich.
Les pseudo- tarodières de Calédonie.
Loin de moi la pensée de nier qu’il existe  de vraies tarodières en Calédonie, c’est-à-dire des champs soigneusement irrigués et plantés de taros, c’est-à-dire d’une des nombreuses variétés  de Colocasia esculenta. Le nom vernaculaire du taro est  parfois traduit de l’anglais par lis ou par nénuphar, par exemple dans les traductions des ouvrages de  Roheim sur l’Australie.  L’influence  polynésienne,  relativement récente sur cette culture en Calédonie, se manifeste , par exemple, dans le nom polynésien qui désigne cette plantation  en Calédonie, alors que le même mot , avec plus de chances d’être fidèle au sens originel, désigne  en Polynésie un broyeur destiné à pétrir le taro avant la cuisson.
Ces plantations de type polynésien  n’ont pas grand’chose à voir avec les « tarodières » archéologiques à flanc de montagne, qui, seules, nous intéressent ici.  
Ni Cook, ni aucun autre des découvreurs de la Calédonie  n’ ont  vu ces « tarodières » en fonctionnement. Et pour cause, car elles datent,  pour le  moins,  de l’époque du Christ.

Fernand Jammes me signale un passage de Cook à la date du 12 septembre 1774 (extrait de Pisier, SEH, 1974, La découverte de la Nouvelle Calédonie) :

"... autour de (ce village de Balade, il y a) une bonne surface de terres cultivées, régulièrement disposées et plantées (ou en train d'être plantées) de taros, d'ignames, de cannes à sucre et de bananes. Les plantations de taro étaient joliment irriguées de petits canaux continuellement alimentés par le canal principal qui coule au pied des 
montagnes, et d'où ces canaux sinueux sont dirigés avec art. Ils ont deux méthodes pour cultiver ces tubercules.
1 Certains sont plantés dans des parcelles de forme carrée ou oblongue parfaitement horizontales et situées au dessous du niveau de la terre voisine; ils peuvent ainsi laisser au dessus d'elles autant d'eau qu'ils estiment nécessaire. J'ai également observé qu'ils les recouvrent de deux ou trois pouces d'eau. Mais je ne sais pas si c'est toujours nécessaire. 
2 D'autres sont plantés sur des monticules de deux ou trois pieds de large et hauts de deux pieds et demi. Sur le milieu ou au sommet du monticule est une étroite gouttière dans laquelle et le long de laquelle, comme je l'ai déjà décrit, l'eau est amenée et arrose les tubercules plantés de chaque coté du monticule; et ces plantations sont si judicieusement disposées que le même canal irrigue plusieurs monticules. Ces monticules marquent quelquefois les limites de plantations horizontales; et quand cette méthode est employée pas un pouce de terrain n'est perdu.
Il existe peut être quelques différences de qualité entre les tubercules qui peuvent justifier ces deux méthodes de culture. Certains tubercules ont meilleur goût que les autres et ils ne sont pas tous de la même couleur; mais, de toute façon, ils constituent un aliment très sain et les extrémités de ces tubercules font de bons légumes et sont mangés comme tels par les indigènes....."
Mais cette description ne parle que des champs de taros d’origine polynésienne, même s’ils ont subi l’influence des pseudo- tarodières : la « gouttière » est l’héritière du bambou évidé.
 Quant aux monticules de la description , leur signification est loin d’être claire ; A première vue,  ils  paraissent être une imitation des montagnes avec « tarodières ». Mais on peut aussi se demander si ce n’est pas là une sorte de menhir en terre très fruste destiné à mimer et à stimuler magiquement la croissance du riz ou plus tard, en 1774, du taro. Cela expliquerait l’absence de pierre à taro, à la différence des pierres à ignames. D’ailleurs, la pierre à taro n’intervient, ni dans les pseudo- tarodières, ni dans les vraies tarodières.
Le climat calédonien se prête à la riziculture, comme les colons européens en ont fait l’expérience, récemment encore, à Pouébo, à Saint-Louis ou à la Coulé. De plus, il y a dans cette affaire une contradiction : on dit en effet que les « taros de montagne » sont des plantes de région sèche, dont le  rendement est très faible, si bien qu’on les plante et qu’on les mange seulement en période de disette. Ce serait le souvenir d’une époque ancienne d’avant l’agriculture véritable représentée par les  tarodières,comme l’écrit dans son excellent blog sur les taros à Ouvéa Joachin  Tjibaou. Ajoutons que la préparation en est bien plus longue, notamment celle qui a lieu obligatoirement avant la cuisson, comme celle du riz gluant thaï (au moins 3 heures avant la cuisson).  
Il existe un riz « sauvage » (oriza neo -caledonica) en Calédonie ,  qui a été découvert en 1994 dans des endroits séparés de 117 kilomètres, ce qui démontre que c’est l’homme les a,  il y a longtemps, semés dans ces endroits éloignés les uns des autres, -et non le vent, -et que ces pseudo- tarodières étaient d’abord des rizières en terrasse, comme,  aujourd’hui encore,  au Yunnan, à Wongjizai (Chine du sud ) ou  au Népal. Les lieux où l’on a trouvé ces plants de riz sont :
1 à Pouembout, dans la réserve forestière de Tiéa créée pour sauvegarder ce riz .Le nom de Tiéa vient de Tibawé, le nom des créateurs des tarodières ;
2 à Poum, dans la forêt d’Ougne (de dougni, de dao nguöi cf le vietnamien người Dao, altération de  Miao- yao cf. Dogny à Sarraméa, nom de la montagne aux tarodières) et sur les rives de la Néhoué ornées de bambous très denses. Néhoué vient de néwari cf. la Fo nwhari à partir de néwai
Ceci n’a pas empêché le sociologue Jean Guiart de proclamer qu’on pouvait induire des tarodières de Calédonie le nombre de 300000 personnes présentes sur l’île !  Est-ce le colonialisme des blancs qui aurait décimé ces nombreuses populations ?
Le nom du riz, du seigle,  du taro et de quelques autres plantes.
C’est d’un radical hwarizo ou kwarizo , désignant toute plante à grains comestibles,que les noms du riz et du taro ont été dérivés.
En grec ancien, le seigle est appelé briza, et le mot survit aujourd’hui sous la       forme vrisa en Thrace et en Macédoine. Le nom grec du riz est oryza.  Le nom du taro (Colocasia esculenta), tara en mélanésien, dérive du mot  wara :   c’est le radical wara , par harmonisation vocalique, utilisé par les Tibawés , qu’on retrouve dans le nom mélanésien du taro cultivé, tara, ou dans son  nom polynésien,   taro (par conséquent sans le  suffixe -bi  signifiant sauvage).
 Le suffixe –bi, sauvage, indique une provenance nippone, djomon plus exactement .
Il existe au Japon une fougère sauvage (Pteridium aquilinum) dont les tubercules sont comestibles. Elle est appelée warabi en djomon. De warabi,  outre le nom tibawé du taro cultivé (sans –bi par conséquent),  tara ou  taro, on a :
1) le nom de l’igname cultivée par les Tibawés (donc sans-bi) à Santo, wara ; avec –bi, le nom calédonien d’une igname sauvage ou semi- sauvage de Calédonie et surtout d’Ouvéa, le waleïde wara-bi ;
2) le nom d’un condiment japonais appelé wasabi  ou karashi une sorte de moutarde sauvage,  appréciée pour ses racines,  qui ne pousse spontanément qu’à Formose, au Japon et à Sakhaline ;
3)  le nom d’un  cultivar tibawé d’arbre à pain,uru en polynésien, qui vient de wara, comme le mot mayoré (de mah-uru, d’un préfixe ma- signifiant arbre et de  –uru, mah-uru).
  Quelles sont  les  populations qui  nous ont laissé ces pseudo- tarodières calédoniennes  qui étaient des rizières?
Jules Durand, cité par G. Coquilhat , nous dit que les Ouébias de Pouébo  désignaient les premiers habitants de Calédonie du  nom de   Menehune, une forme  qui se retrouve en Polynésie jusqu’à Hawaï. Menehune se retrouve dans Marino (de marehuno), nom d’une langue parlée à Maëwo (Vanuatu), dans Farino (de marehino) en Nouvelle-Calédonie , dans Mérina [de merehuna] à Madagascar. On peut songer aussi en Papouasie à la tribu des Marind’anim et en Australie  au groupe de tribus du nom de Merino,dont font partie les Ngatatara et les Apatanguru, , avec le  nom du Mont Merino de marehuno  cité par Roheim, L’énigme du sphinx,  p.133, et au nom d’une île Santa Cruz  aux Salomon, Nanene , de  Menehune,  à rapprocher du nom d’une autre île Santa Cruz ,  Nenumbo (cf   Imbo en Australie).
Les  Menehune sont des  agriculteurs  venus de Birmanie ; leur nom vient de Mong-mien. Ils ont passé par les Philippines, où  Mindanao est le nom d’une île  et vient de Mien dao : en vietnamien les Yao sont appelés  người Dao, altération de  Miao- yao. Ces migrants ont ensuite passé par l’Australie,  par les Salomon et le Vanuatu avant d’arriver en Calédonie et de s’y installer un temps,  au Nord et sur la côte est d’abord.
Une seconde vague, les Tibawés ou Ti. 
Gabriel Païta,  ce descendant de la grande chefferie des Kambwas, dans Gabriel Païta, témoignage Kanak, D’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie,  par Jérôme Casaumayou et Thomas de Dekker,  l’Harmattan, leur donne le nom de Ti : « si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens (sic !)  d’Opao (de la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge (ce sont les Menehune, dont Païta ne prononce pas le nom, rouge, mi dans la langue du sud étant une traduction littérale pour blanche ou peut-être pour jaune).[Plus tard, ]  vint un jour le peuple des Ti [ou des Tibawé]…Venus de la mer, ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Ponérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes. »Notons que les noms  de Tchambouen, lieu  où précisément on trouve de beaux pétroglyphe, et de Tchamba proviennent peut-être du mot  tibawe (tchambayé).
Que reste-t-il de ces premières populations ? ce sont les rizières en terrasse qui couvrent certaines montagnes de Calédonie. On n’en a aucun recensement géographique, ce qui est dommage. Les européens ont désigné ces canalisations  de bois comme des « pirogues », des troncs de bambous creux qui amenaient l’eau.  De là le curieux nom de col de la Pirogue) à Païta (appelé kwa trebo, selon G.  Païta, trebo désignant la pirogue ou plutôt un  tronc creusé, ici un tronc de  bambou géant , et  kwa,  de kwara,  étant un mot archaïque pour riz et n’étant plus compris )  , ces canaux qui avaient suscité l’admiration de G. Païta,  ou de baie ,  rivière ou montagnes des Pirogues plus au sud.
On ne peut tirer argument de la présence actuelle de cinq langues apparentées à celles des premiers habitants de la première et seconde vague , dont 3 sont quasi éteinte, car leurs locuteurs ont pu se déplacer. Toutefois, pour mémoire, je cite ci-après  cinq langues calédoniennes apparentées , appartenant également  à la famille des  langues  Hmong mien  et constituant un groupe   bien  attesté  en Nouvelle-Calédonie, le groupe ho nte  ou she 
Langues she (cf .  le chinois shan): au moins 5  (en gras, les langues éteintes) :
1 le neku à Moindou ;    
2 l’ arha,  à Poya et Voh ;
3 le  siche , à Bourail ;
4 l’ aragure à Thio ;
5 l’ ajie, à Houaïlou ;
Le tiri, cf le nom de  Grand Couli, de tiri, dans la région de La Foa, est  à rapprocher du siche, dont il n’est peut-être qu’un dialecte.
A noter que larhe, qui n’est pas une langue she, est  peut-être  à rapprocher  du Eora de la région de Sydney et du Aoré (de newari, népalais, cf. Fo –nwari, la rivière Newari) de Santo au Vanuatu. Il existe au Népal, qui est  un  pays riche en terrasses, qui sont autant de  rizières comme l’étaient les pseudo-« tarodières » calédoniennes, une population appelée Newari, dans le nom desquels on pourra reconnaître le mot calédonien du sud  Tibawai ou Tibawé,  population qui a donné son   nom aux Népali et à leur pays, le Népal. Le nom actuel  de  sa capitale, Catmandu, vient de kat (le [Serpent] enroulé, de [li] koro),  et de Hmong du, de  Hmong yao, avec transformation du y en d. A rapprocher de Fo –nwari, la rivière Newari, et du nom des blancs en houaïlou, les Pa gara, gara étant à rapprocher de (ne)wari et du nom des Karen. .   
 L’arhe est une langue morte des tribus de  Nekliai ou Nekiriai près de Poya. Elle   appartient, dans le groupe Hmong mien,  à la sous-famille des  langues bunu, le bunu naoklao notamment, où Naoklao  rappelle le nom de la tribu Nekliai.
Les origines de ces populations qui parlent une langue apparentée à celle des premiers occupants nous permettront peut-être de mieux cerner l’origine des Menéhune. En provenance du Vanuatu :
1) de Tanna
Le neku, de anayasko, signifiant   (la communauté) fraternelle,  doit être rapproché du lenakel (de nayasko) parlé à Tanna. C’est une langue hmong mien quasi morte,  parlée jadis à Moindou et dont les rares ressortissants actuels habitent  Moméa (de Hmong myao) et Ouaoué (de Tibawé, attestant de la présence ancienne des Tibawés vers Bourail).  Le toponyme Moindou atteste d’une présence des Hmongs Yaho, le d venant du y de Yaho.
2) De Vaté ou Efate
Le xa- ragure, parlé dans la région de Thio,  doit être rapproché du E -rakor du sud de Vaté. Xa signifie langue et ragure  vient de a- ragunia, Araukhanie, ce dernier vocable  venant de azika anaïk, frères de race, membres de la tribu. Le nom de l’île, Efaté, eest à mettre en rapport avec le nom de Yaté en Calédonie (ti –bawé) qui témoigne également d’une occupation ancienne étendue des Tibawés.
3) D’Erromango
La langue de Houaïlou, l’a jie (a signifiant langue),  est à rapprocher du sie d’Erromango au Vanuatu. Elle fait partie d’un groupe de langues hmong mien dites she parlées en Malaisie par des populations dont la  langue est appelée   le kensieu, le kensiu ou le kensiw (de kanasia, de (i) kan métathèse de anaik, au sens de frère, et  azika, au sens de tribu, c’est-à-dire les  frères de la  tribu).J’avais jadis rapproché certains mots du houaïlou  des radicaux dégagés par Dempwolf à partir de l’indonésien 
d) Des Banks (Gava)
Le nemi parlé à Hienghène doit être rapproché du nume parlé aux Banks  à Gava (de garva, karen). Le nemi est apparenté au chon amérindien et à certains dialectes australiens. Ainsi, le mot chanem , qui signifie excrément en langue de  Hienghène et correspond à bomaign (de gonaym) en langue de Balade ,  à boné en langue de Maré , se retrouve en Amérique dans le chon ganum, le kechua huanu (d’où vient notre mot guano) et dans l’australien guna, gunong, ganing.

E) De Pentecôte
1) Larha de la région de Poya est apparenté au saa (de sarha) parlé dans l’île de Pentecôte.  .
2) Le siche, zire ou nerë,  langue morte parlée autrefois dans la zone littorale de Bourail, aujourd’hui à Moméa et à Gouaro, est à rapprocher du seke ou ske parlé à Pentecôte. C’est une langue she, dont le nom vient du finale de a-nayasko, les  frères,  avec suffixe adjectivant –sko. A Sarraméa,de zire myao,  dans l’ancienne  aire linguistique du sichë, on a des pseudo- tarodières très érodées par le temps, de chaque côté du creek qui descend de la Cuve, rizières que certains colons ont transformés en cressonnières   Amieu vient de myao, comme Méa, près de Kouaoua. De même, le plateau de Dogny, de dao nguöi cf le  vietnamien người Dao, altération de  Miao- yao. Le climat frais de ce plateau (le nom Dogny cf. celui de la forêt d’Ougne ou Dougne où l’on a trouvé du riz indigène,  devait désigner, non pâs le seul plateau, mais  toute la montagne aux  « tarodières) a fait que,  vers 1958,  le docteur Tivollier, ministre de la santé du gouvernement local, avait envisagé la construction d’un centre de plein air sur ce plateau de Dogny, de même qu’il inaugura le centre thermal de la Crouen et envisageait aussi un autre  centre à la Montagne des sources. Finalement, c’est au col de la Pirogue, également haut lieu des « tarodières », que fut bâti un plus modeste sanatorium.  
Les migrations des Menehune et des Tibawés, des Polynésiens et des Mélanésiens à partir de la Birmanie.
De Birmanie, les futurs Polynésiens se sont arrêtés à Formose qu’ils appellent Hawaïki et aux Philippines ; par le pôle sud, découvert de glaces à l’époque, ils ont essaimé en Amérique. D’autres se sont métissés avec des populations noires d’Afrique et ont donné certaines populations de Madagascar.
Quant aux Menehune de Calédonie, importateurs de leur techniques agricoles de riziculture et créateurs des pseudo -tarodières, ils viennent aussi de Birmanie. Certains rameaux se sont métissés avec des populations noires originaires d’Afrique et de l’Inde (les Monda) pour donner les populations du Népal, de la presqu’île malaise et d’Indonésie.  
Concernant les Mélanésiens, les ethnies birmanes  vont se métisser dans  la presqu’île malaise où existaient des populations noires, negritos et autres, et, par la Papouasie et par l’Australie,  vont se répandre dans le Pacifique.