dimanche 29 janvier 2017

La visite mouvementée de Lapérouse à l'île des Pins et la perte du lgraphomètre

 C’est un Albigeois qui a découvert à l’île des Pins le graphomètre de Lapérouse.
Un  déporté politique à l’île des Pins,  amnistié le 20 octobre 1877  et rentré en France par le Navarin, Antoine Bonnemaisonoriginaire d’Albi, a déposé au musée de la Marine un graphomètre trouvé par lui à l’ïle des Pins.
Antoine Philippe Bonnemaison  était né le 28 novembtre1831 à Albi ; il était marié, sans enfant et employé d’imprimerie à Paris. Les Archives nationales, Bû 24732, BB27, et H colonies 72, reprises par le Dictionnaire ouvrier de Maîtron , nous apprennent que cet ancien voltigeur de la Garde devint, pendant le premier siège de la Commune, sergent au 150 e bataillon et après le 18 mars 1871 fut élu capitaine ; dans la nuit du 6 au 7 avril il fut dénoncé comme ayant pris part à l’engagement de Neuilly. Mais il  s’inscrivit en faux, affirmant être rentré auprès de sa femme dès le 20 mai. Son logeur et aussi  son patron, imprimeur -lithographe qui l’avait employé dix ans et qui était secrétaire de la Chambre syndicale des patrons imprimeurs témoignèrent tous deux en sa faveur . Le 13e conseil de guerre l’avait condamné, le 29 novembre1871, à la déportation simple à l’île des Pins, où il publia un journal, -peine commuée en six ans de détention le 15 octobre 1876.  Son patron écrivait le 24 août 1877, peu avant la remise de peine définitive qui eut lieu le 20 octobre 1877: « je n’ai jamais pu le remplacer ; c’est le seul homme qui se soit montré jusqu’à ce jour  digne de ma de confiance ». Il était tout disposé à le reprendre lorsqu’ilserait rentré en métropole.  A Paris, cet enfant d’Albi,  ce compatriote de Lapérouse, déposa au Musée de la Marine, sans réclamer de récompense, le graphomètre qu’il  avait trouvé avec son étui à fleur de lis dans la case canaque d’une tribu  aujourd’hui disparue à  Ouaméo, nom d’une des cinq communes de l’île des Pins, en particulier  de celle où il résidait. Mais Ouaméo est peu connu et il fut déchiffré  Ouambo, puis altéré en Nimbo, lieu de déportation des condamnés à la déportation en enceinte fortifiée sur la presqu’île Ducos, où il n’y avait jamais eu ni tribu ni case canaquesCoïncidence qui n’en est pas une :Bonnemaison était né à Albi,ce qui l’a peut-être amené à accorder de l’intérêt à un indice du  passage de son compatriote dans cette île du Pacifique.   
D’où provient ce graphomètre ? Les Instructions  prescrivaient à Lapérouse : « En quittant les îles des Amis [Tonga], il viendra se mettre par la latitude de l’île des Pins, située à la pointe sud –est de la Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue, il longera la côte occidentale. »   Lapérouse arrive au sud de la Nouvelle-Calédonie,  mouille à l’îlot Amere, comme Cook, et reconnaît  l’île des Pins une première fois, puis  reconnaît le sud –ouest de la Nouvelle-Calédonie., avant de retourner à l’île des Pins.
Les graves incidents au cours du second passage à l’île des pins et le vol d’un précieux  graphomètre.
Il se produit alors un  incident meurtrier avec les insulaires : nous le connaissons grâce à Bouquet de la Grye qui avait recueilli en 1856 , (Bulletin de la Société de Géographie 1858) le témoignage  du fils du grand chef Ti Toorou, savoir Ti-ote : « Aussitôt mouillés, plusieurs canots s’en détachèrent , chargés de monde,  et se dirigèrent vers la côte. Les naturels saisis de frayeur avaient fui sur le plateau supérieur : quelques-uns,  plus braves, accostèrent les étrangers qui avaient eu quelque peine à descendre à cause de la houle. Les témoignages d’amitié qu’ils en reçurent encouragèrent leurs camarades qui, mêlés dès lors aux matelots, ne songèrent qu’à s’emparer d’eux et de leurs richesses (wandu, outils). Le moment du réembarquement fut choisi comme signal de l’attaque ; mais, surpris par le bruit, nouveau pour eux, de la mousqueterie, ils s’enfuirent  dans les bois, abandonnant trois morts et plusieurs blessés. Les blancs, de leur côté, après une recherche d’eau douce infructueuse [et d’un  graphomètre qui leur avait été volé], retournèrent à leurs vaisseaux qui, après « un coup de tonnerre », disparurent bientôt ».
Jules Garnier (novembre 1869, Bulletin de la Société de Géographie) a interrogé un mélanésien de Gadgi (au nord de l’île) : ses ancêtre avaient aperçu, un matin,  pour la première fois, deux grands navires qui étaient mouillés à l’îlot Amere. Un peu plus tard, les deux grands vaisseaux vinrent à nouveau mouiller dans les mêmes parages.  Les rapports entre les indigènes enhardis et les marins se terminèrent mal, à la suite de vols d’armes et d’outils. Jusqu‘au départ régna la panique. «  Le tonnerre éclatait sur les côtes ». Le vol d’outils comprend  certainement  le vol d’un  graphomètre à boussole et à pinnule destiné à faire des relevés à terre (l’île des Pins n’avait pas été suffisamment relevée par Cook).   C’était l’un des « quatre théodolites, ou graphomètres, à lunette et sans lunette, pour mesurer les angles à terre et lever les plans » indiqués par l’Etat des instruments. Il échoua dans une case canaque de Ouameo où A. Bonnemaison le retrouva et le remit à Paris au Musée de la Marine.


DES VESTIGES DE L’EXPEDITION LAPEROUSE À VANIKORO IDENTIFIES D’APRES LEURS ARMOIRIES, OU LES DEUX CLOCHES DE LA BOUSSOLE, LES PIERRIERS ET LES POMPES. LES DEUX CLOCHES DE LA BOUSSOLE A La cloche signée « Pichard », cloche du fronteau avant de la Boussole. Une grande cloche a été retrouvée à Vanikoro, pesant 35 kilos, soit environ 69 livres, sans le battant qui ferait 4 kilo environ : elle est signée PICHARD, avec deux branches de houx et l’avertissement en latin Ne objecta ! (Ne t’y frotte pas ! Qui s’y frotte s’y pique !). Elle a été récupérée en mer par Claude Magnier sur le site de la faille du récif, site selon moi du bateau de secours des naufragés, et non de la Boussole comme en le croit souvent.. .Or, le houx est la marque d’Aigrefeuille d’Aunis, aigrefeuille venant du pluriel latin acrifolia qui signifie feuilles piquantes, acrifolium désignant le houx. Dans la paroisse d’Aigrefeuille se trouvait l’actuelle commune des Forges qui fabriquait les objets en bronze pour l’arsenal de Rochefort et c’est à Rochefort que la gabarre le Portefaix avait été armée le 26 avril 1785 avant de changer de nom à deux reprises, devenant d’abord l’Astrolabe, puis, à partir du 1er juin 1985, la Boussole. Le vice-amiral Duperrey, le 3 décembre 1829, répond au Ministre de la Marine : « Chacun des bâtiments de cette expédition avait deux cloches, une grande et une petite ;celles de la Boussole provenaient de son précédent armement. ; et , quant à l’Astrolabe, la grosse cloche se trouvait à bord à l’époque de son réarmement., et la petite fut délivrée en complément le 23 juin 1785…. Ce n’est donc qu’au port de Rochefort qu’il est possible de s’assurer si, à cette époque ou précédemment, la grosse cloche du bâtiment a pu être livrée dans les magasins de l’arsenal par le sieur Bazin [Pichard pour nous]. … Suivant l’usage, la grosse cloche [du fronteau avant] était restée constamment à bord pendant le désarmement de ce bâtiment. ». Une certitude : cette cloche PICHARD est donc la cloche du fronteau avant de la Boussole. Illustration, p. 38 in Bicentenaire du voyage de Lapérouse , 1785-1788 , colloque Lapérouse d’Albi, mars 1985, association Lapérouse-Albi France, 1522 p . Annexe, p.1-55 B La cloche à trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas, cloche de fronteau arrière de la Boussole. Dillon a trouvé à terre une petite cloche de fronteau arrière, pesant 5 kgs (sans battant), soit environ 9 livres, proche avec le battant du poids habituel des cloches de fronteau arrière de 14 livres et comptant trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas: c’étaient aussi les armoiries de la ville d’Aigrefeuille près de Rochefort. Il s’agit donc de la cloche de fronteau arrière de la Boussole, qui avait été armée sous le nom de Portefaix dans ce port de Rochefort. En somme, les deux cloches de la Boussole ont été retrouvées et elles équipaient toutes les deux la Boussole. Manquent les deux de l’Astrolabe. Illustration, p. 40, op. cit. C La cloche la plus énigmatique, la cloche signée « Bazin ». Illustration, p. 42, op. cit. La plus célèbre des cloches de Vanikoro est celle dont parle Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers, « une cloche en bronze, dit-il, portant l’inscription : « Bazin m’a fait », marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785 » , ce qui est faux, même si cela a été répété à l’envi. Mais cette cloche n’a pas le poids requis pour être ni une cloche de fronteau avant ni une cloche de fronteau arrière, donc pour être une cloche de navire. C’est Dillon qui rapporta cette cloche , qu’il avait récupérée à terre : il nous décrit la cloche comme présentant, d’un côté saint Jean Baptiste, de l’autre côté la Sainte Famille mais la description doit être complétée ainsi : il y a , d’un côté saint Jacques à la gauche d’une croix et , à la droite, saint Jean avec de l’autre côté la Sainte Famille (Joseph, Marie et Jésus).C’est une allusion au curieux nom de la paroisse nantaise de « Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille » , où se trouvait le couvent franciscain de Nantes, Saint Jean étant l’évangéliste et non saint Jean -Baptiste comme l’a cru Dillon. Or, à bord, figurait ce qu’on a retrouvé dans la faille du récif, une cloche d’office, une clochette, un grelot (qui était peut-être une objet d’échange destiné aux insulaires), une pierre d’autel (4 fragments dont certains ont été trouvés sur l’épave de l’Astrolabe), une boîte à huiles saintes, un crucifix avec 2 fleurs de lis et l’inscription INRI, un étui à missel en bois orné d’une fleur de lis, une médaille religieuse. Le Père Laurent Receveur, blessé à Tutuila et enterré à Sydney où il mourut des blessures, qui lui furent infligées par les insulaires samoans, était un franciscain et avait servi un temps au couvent franciscain de Nantes (couvent dit des cordeliers). On peut supposer que cette cloche était un souvenir du couvent nantais et qu’elle lui appartenait. En effet, les Bazin étaient une famille de fondeurs nantais selon Champeaux, Dictionnaire des fondeurs de cloches, 1886, et ils étaient spécialisés dans les cloches d’églises ou de couvents : selon Berthele, Enquêtes campanaires, ils avaient fondu deux cloches en 1754 pour le grand séminaire de Nantes (elles étaient pareillement signées Bazin ,sans prénom ) ; ils avaient aussi fondu une autre cloche , en 1779 pour une église de Vendée (elle signée pareillement Bazin sans prénom ). Jean Bazin le père est l’auteur de la grande cloche de Saint-Martin, paroisse de Châteauthébaud en 1753, Les plus connus des Bazin sont Jean Bazin père et Jean Bazin fils, qui figure sur la liste de la milice bourgeoise de Nantes de 1774 à 1778, avec l’indication « fondeur de la ville ». La cloche appartenait ainsi au Père Laurent Receveur, qui avait dû servir à Nantes comme régent dans un collège de la paroisse de « Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille ». Le canon signée Jean Bazin Nantes : à l’origine en lest sur l’Astrolabe ? On rencontre une autre fois le nom de Bazin sur un pierrier en bronze trouvé dans la faille du récif, avec « Fc (fecit) J(ean) Bazin à Nantes 1779 Dragon » . Le Dragon est le nom d’un bateau corsaire anglais capturé dans la Manche en 1781 et transformé en corvette par la Marine royale. Il était percé pour 20 canons et 4 obusiers ou pierriers. En 1782, et le 11 décembre 1787, il est à Brest d’où il part pour Saint-Domingue où les Anglais l’attaquent. Son épave a été fouillée par le Musée de la Marine et François Gendron. Le scénario qu’on peut imaginer est que Jean Bazin fils fond le canon à Nantes en 1779 et que la Marine le lui achète en 1781 pour le Dragon, mais , comme il n’y a de place à bord que pour quatre obusiers, elle reprend son pierrier et le remise à Brest : le Comte d’Hector le fournit en lest à Lapérouse. Etant donné que c’est sur la faille du récif, donc sur l’épave du bateau de secours principalement construit avec des éléments de l’Astrolabe, que le pierrier a été repêché, on doit en déduire que le pierrier fut chargé sur l’Astrolabe. DEUX PIERRIERS DE LA BOUSSOLE. Les deux pierriers d’une livre de la Boussole. Sur les 3 pierriers d’une livre que portait chaque bâtiment, on en a repêché deux dont l’un, rapporté par la Dunkerquoise, de la faille du récif, donc venant du bateau de secours, se trouve à l’entrée du bâtiment de la Marine nationale à la pointe Chaleix Nouméa. Sur le tourillon droit figure le poids en livres, soit 149 ½ ; sur le tourillon gauche, une marque de fondeur lue N231, mais qui se compose en réalité des armoiries de Ruelle-sur-Touvre, près d’Angoulême en Charente : deux canons de marine stylisés encadrant une ancre de marine surmontée d’un organeau. Les fonderies de Ruelle fournissaient Rochefort où fut armée la Boussole. L’autre pierrier, repêché en 1964 sur le même site par l’expédition Delauney, appartenait à Reece Discombe, avec le poids de 152 (livres) et le même sigle. LES CANONS FLEURDELISES Les canons en cuivre avec fleurs de lis. La plupart des canons ont été fabriqués dans l’île d’Indre, en Loire-Atlantique, commune d’Indret, près de Nantes, comme les ancres. Un tel canon de 2 pouces avec fleur de lis a été rapporté par Dillon ; un autre canon en cuivre avec fleur de lis a été vu en Micronésie à Pohnapé . LES POMPES Sur la faille du récif, donc en provenance de l’épave du bateau de secours avec des objets provenant majoritairement de l’Astrolabe, l’expédition Becker a retrouvé quatre corps de pompe, dont deux portent « Poisson père m’a fait à Rouen ». Or, la toile nous apprend que Poisson était le nom d’une célèbre famille de fondeurs de Rouen, qui fournissait les arsenaux du Havre en Seine maritime. C’est dans ce port du Havre que fut armée en 1782 la gabarre l’Autruche destinée à devenir l’Astrolabe. C’est donc une réutilisation sur le bateau de secours d’une pompe de l’Astrolabe. Sur ce site du bateau de secours, l’expédition Becker a repêché quatre corps de pompe dont l’un au moins mesure 86 cm. Or, les dimensions caractéristiques des corps de pompe de la fonderie de Rochefort, en Charente maritime, où fut armée la gabarre le Portefaix destinée à devenir la Boussole, sont de 2 pieds 98 pouces, soit 86,7 cm. Ce corps de pompe de la faille est donc une récupération pour le bateau de secours d’un corps de pompe de la Boussole, armée à Rochefort. Sur le site de l’Astrolabe, le commandant Benier en 1886 a repêché trois corps de pompe dont l’un semble être de 96 cm, ce qui correspond aux dimensions de l’arsenal de Brest , comme du Havre Ce sont les dimensions de deux des trois pompes repêchées par le commandant Benier en 1886 sur le site de l’Astrolabe,dont l’une porte l’inscription L 283 (livres) et la dimension de 2 pieds 98 pouces, s

DES VESTIGES DE L’EXPEDITION LAPEROUSE À VANIKORO IDENTIFIES D’APRES LEURS ARMOIRIES, OU LES  DEUX   CLOCHES DE LA BOUSSOLE, LES PIERRIERS   ET LES POMPES.                      
 LES  DEUX   CLOCHES DE LA BOUSSOLE
A La cloche signée « Pichard », cloche du fronteau avant de la Boussole.  
Une  grande  cloche a été  retrouvée à Vanikoro, pesant 35 kilos, soit environ 69 livres,  sans le battant qui ferait 4 kilo environ : elle est  signée  PICHARD, avec deux branches de houx et l’avertissement en latin  Ne objecta ! (Ne t’y frotte pas ! Qui s’y frotte s’y pique !). Elle a été récupérée en mer  par  Claude Magnier sur le site de la faille du récif, site selon moi du bateau de secours des naufragés, et non de la Boussole comme en le croit souvent.. .Or, le houx est  la marque d’Aigrefeuille d’Aunis, aigrefeuille venant du pluriel latin acrifolia  qui signifie feuilles piquantes, acrifolium  désignant  le houx. Dans la paroisse d’Aigrefeuille se trouvait l’actuelle commune   des   Forges qui fabriquait les objets en bronze  pour l’arsenal de Rochefort et c’est à Rochefort que la gabarre le Portefaix avait été  armée le 26 avril 1785 avant de changer de nom à deux reprises,  devenant d’abord l’Astrolabe, puis,  à partir du 1er juin 1985,  la Boussole. Le vice-amiral Duperrey, le 3 décembre 1829, répond au Ministre de la Marine : « Chacun des bâtiments de cette expédition avait deux cloches, une grande et une petite ;celles de la Boussole provenaient de son précédent armement. ; et , quant à l’Astrolabe,  la grosse cloche se trouvait à bord à l’époque de son réarmement., et la petite fut délivrée en complément le 23 juin 1785…. Ce n’est donc  qu’au port de Rochefort  qu’il est possible de s’assurer si, à cette époque ou précédemment, la grosse cloche du bâtiment a pu être livrée dans les magasins de l’arsenal par le sieur Bazin [Pichard pour nous]. … Suivant l’usage, la grosse cloche [du fronteau avant] était restée constamment à bord pendant le désarmement de ce bâtiment. ». Une certitude : cette cloche PICHARD est donc la cloche du fronteau avant de la Boussole.
Illustration, p. 38 in Bicentenaire du voyage de Lapérouse , 1785-1788 ,  colloque Lapérouse d’Albi, mars 1985, association Lapérouse-Albi France, 1522 p . Annexe, p.1-55
B La cloche à trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas, cloche de fronteau arrière de la Boussole. 
 Dillon a  trouvé à terre  une petite cloche de fronteau arrière, pesant  5 kgs  (sans battant), soit environ 9 livres,  proche avec le battant du poids habituel des cloches de fronteau arrière  de 14 livres et comptant  trois fleurs de lis, deux en haut, une en bas: c’étaient aussi   les armoiries de la ville d’Aigrefeuille près de Rochefort.  Il s’agit donc de la cloche de fronteau arrière de la Boussole, qui avait été armée sous le nom de Portefaix dans ce port de Rochefort.
En somme, les deux cloches de la Boussole ont été retrouvées et elles équipaient toutes les deux  la Boussole. Manquent les deux de l’Astrolabe.
Illustration, p. 40, op.  cit.
C La cloche la plus énigmatique, la cloche signée « Bazin ».
Illustration, p. 42, op. cit.
 La plus célèbre des cloches de Vanikoro est celle dont parle Jules Verne   dans Vingt mille lieues sous les mers, « une cloche en bronze, dit-il,  portant l’inscription : « Bazin m’a fait », marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785 » , ce qui est faux, même si cela a été répété à l’envi. Mais cette cloche  n’a pas le poids requis pour être ni  une cloche de fronteau avant ni une cloche de fronteau arrière, donc pour être une cloche de navire.  C’est Dillon qui rapporta cette cloche , qu’il avait récupérée à terre : il nous décrit la cloche comme présentant, d’un côté  saint Jean Baptiste, de l’autre côté la Sainte Famille mais la description  doit être  complétée ainsi : il y a , d’un côté saint Jacques à la gauche d’une croix et , à la droite,  saint Jean   avec de l’autre côté  la Sainte Famille (Joseph, Marie et Jésus).C’est une allusion au curieux nom de la paroisse nantaise de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille » , où se trouvait le couvent franciscain de Nantes,   Saint Jean étant l’évangéliste et non saint Jean -Baptiste comme l’a cru Dillon.
Or, à bord, figurait ce qu’on a retrouvé dans la faille du récif,  une cloche d’office, une clochette, un grelot (qui était peut-être une objet d’échange destiné aux insulaires), une pierre d’autel (4 fragments dont certains ont été trouvés sur l’épave de l’Astrolabe), une boîte à huiles saintes, un crucifix avec 2 fleurs de lis  et l’inscription INRI,  un étui à missel en bois orné d’une fleur de lis, une médaille religieuse. Le Père Laurent  Receveur, blessé à Tutuila et enterré à Sydney où il mourut des blessures, qui lui furent infligées par les insulaires samoans,  était un franciscain et avait servi un temps  au couvent franciscain de Nantes (couvent dit  des cordeliers). On peut supposer que cette cloche était un souvenir du couvent nantais et qu’elle lui appartenait.  En effet, les Bazin  étaient une famille de fondeurs nantais  selon Champeaux, Dictionnaire des fondeurs de cloches, 1886, et ils  étaient spécialisés dans les cloches d’églises ou de couvents : selon Berthele, Enquêtes campanaires, ils avaient fondu deux cloches  en 1754  pour le grand  séminaire de Nantes  (elles étaient pareillement  signées Bazin ,sans prénom ) ; ils avaient aussi fondu une autre cloche , en 1779 pour une église de Vendée  (elle  signée pareillement Bazin sans prénom ). Jean Bazin le père est  l’auteur de la grande cloche de Saint-Martin, paroisse de Châteauthébaud en 1753,
 Les plus connus  des Bazin sont Jean Bazin  père et  Jean Bazin fils,  qui figure sur la liste de la milice bourgeoise de Nantes  de 1774 à 1778, avec l’indication « fondeur de la ville ». La  cloche appartenait  ainsi au  Père Laurent Receveur, qui avait dû servir à Nantes comme régent dans un collège de  la  paroisse  de «  Saint Jacques Saint Jean Sainte Famille ». 
Le canon signée Jean  Bazin Nantes : à l’origine en  lest sur  l’Astrolabe ?
On rencontre une autre fois le nom de Bazin sur un pierrier en bronze trouvé dans  la faille du récif, avec «  Fc (fecit) J(ean) Bazin à Nantes 1779 Dragon »  . Le Dragon est le nom d’un bateau corsaire anglais capturé dans la Manche en 1781 et transformé en corvette par la Marine royale. Il était percé pour 20 canons et 4 obusiers ou pierriers. En 1782, et le 11 décembre 1787, il est à Brest d’où il part pour Saint-Domingue où les Anglais l’attaquent. Son épave a été fouillée par le Musée de la Marine et François Gendron.
  Le scénario qu’on peut imaginer est que Jean Bazin fils fond le canon à Nantes en 1779  et  que la Marine le lui achète  en 1781 pour le Dragon, mais , comme il n’y a de place à bord que pour quatre obusiers,  elle reprend son pierrier et  le remise  à Brest : le Comte d’Hector le fournit en lest  à Lapérouse.
Etant donné que c’est sur la faille du récif, donc sur l’épave du bateau de secours principalement construit avec des éléments de l’Astrolabe, que le pierrier a été repêché, on  doit en déduire  que le pierrier fut chargé sur l’Astrolabe.
       
                  DEUX PIERRIERS DE LA BOUSSOLE.
Les deux pierriers d’une livre de la Boussole.
Sur les 3 pierriers d’une livre que portait chaque bâtiment, on en a repêché deux dont  l’un, rapporté par la Dunkerquoise, de  la faille du récif, donc venant du bateau de secours,  se trouve à l’entrée du bâtiment de la Marine nationale à la pointe Chaleix Nouméa. Sur le tourillon droit figure le poids en livres, soit 149 ½ ; sur le tourillon gauche, une marque de fondeur lue N231, mais qui se compose en réalité des armoiries de Ruelle-sur-Touvre, près d’Angoulême en Charente : deux canons de marine stylisés encadrant une ancre de marine surmontée d’un organeau. Les fonderies de Ruelle fournissaient Rochefort où fut armée la Boussole.
L’autre pierrier, repêché en 1964 sur le même site par l’expédition Delauney,  appartenait à Reece Discombe, avec le poids de  152 (livres) et le même sigle.
                LES CANONS FLEURDELISES
Les canons en cuivre avec fleurs de lis.
La plupart des  canons ont été fabriqués  dans  l’île d’Indre, en Loire-Atlantique, commune d’Indret, près de Nantes,  comme les ancres.
Un tel canon de 2 pouces avec fleur de lis a été rapporté par Dillon ; un autre canon en cuivre avec fleur de lis a été vu en Micronésie à Pohnapé .
                                 LES POMPES
Sur la faille du récif, donc en provenance de l’épave du bateau de secours avec des objets provenant majoritairement de l’Astrolabe,   l’expédition Becker  a retrouvé quatre corps de pompe, dont deux portent « Poisson père m’a fait à Rouen ». Or, la toile nous apprend que  Poisson était le nom d’une célèbre famille de fondeurs de Rouen, qui fournissait les arsenaux du Havre en Seine maritime. C’est dans ce port du Havre  que fut armée en 1782 la gabarre l’Autruche destinée à devenir l’Astrolabe. C’est donc une réutilisation sur le bateau de secours d’une pompe de l’Astrolabe. Sur ce site du bateau de secours, l’expédition Becker a repêché quatre corps de pompe dont l’un au moins mesure 86 cm. Or, les dimensions caractéristiques des corps de pompe  de la fonderie de Rochefort, en Charente maritime,  où fut armée la gabarre le Portefaix destinée à devenir la Boussole,   sont de 2 pieds 98 pouces, soit  86,7 cm. Ce corps de pompe de la faille  est donc une récupération pour le bateau de secours d’un corps de pompe de la Boussole, armée à Rochefort. 
Sur le site de l’Astrolabe, le commandant Benier en 1886 a repêché trois corps de pompe dont l’un  semble être de 96 cm, ce qui  correspond aux dimensions  de l’arsenal de Brest , comme du Havre 
Ce sont les dimensions de deux des trois pompes repêchées par le commandant Benier en  1886 sur le site de l’Astrolabe,dont l’une  porte l’inscription L 283 (livres) et la dimension de 2 pieds 98 pouces, soit  86,7 cm propre à l’arsenal de Rochefort. C’est donc bien un corps de pompe de l’Astrolabe. Toutefois, les dimensions d’un 3e semblent  être de 96 cm, au lieu des 86 cm attendus, mais cela pourrait  correspondre  aux dimensions  de l’arsenal de Brest qui aurait complété l’armement pour la mettre en réserve.
            

Lapérouse, le véritable découvreur des îles Loyauté en 1788.

Lapérouse,  le véritable  découvreur des îles Loyauté en            
                                           1788.
  Les Instructions  prescrivaient à Lapérouse « en quittant les Tonga,de venir  «  se mettre par la latitude de l’île des Pins, située à la pointe du sud –est de la Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue, de  longer la côte occidentale qui n’a point encore été visitée ; et il s’assurera si cette terre n’est qu’une seule île, ou si elle est formée de plusieurs. »   Lapérouse exécute à la lettre toutes ces instructions : de Tonga, il gagne le sud  de la Nouvelle-Calédonie, s’y assure que le sud de la  terre calédonienne appartient à  une seule île, gagne l’île des Pins où éclate avec les insulaires  un grave incident qui endommage l’une de ses frégates. Il longe ensuite la côte ouest de la Calédonie et afin de déterminer où finit la Grande Terre par rapport aux nombreuses îles comme les Belep, contourne par le nord la Grande Terre où les autochtones de l’île Yandé aperçoivent deux énormes pirogues qui tournent, dans le lagon, à la pointe Paava Tanlo. Il fait escale à Pouébo, et non à Balade comme Cook. Il y  fait escale  trois jours,  fait provision de bois de chauffage sur l’îlot Poudioué et se ravitaille en eau.  A Pouébo, Lapérouse laisse des pieds de pommiers malaques (Syzigium malaccense) appelés pommiers canaques par les Calédoniens, tandis que les autochtones de la côte est les appellent les pommiers des Européens, ce qui laisse supposer qu’ils les doivent au botaniste et « jardinier » Collignon. Il revient en arrière vers Balade pour joindre l’îlot Poudioué qu’il déboise complètement : il suffit de comparer les vues de l’îlot laissées par  Cook et celles de d’Entrecasteaux pour prendre conscience du fait qu’entre les deux passages l’îlot a été déboisé.    
Il  navigue ensuite  au large de  la côte est pour éviter le grand  récif Mangalia. Ce faisant,  Lapérouse rencontre  les îles Loyauté. Il est ainsi le véritable  découvreur   de ces îles   qui n’ont pas encore de nom : d’abord, Lifou,  puis Maré.
La découverte de Lifou avant les Britanniques.
A Lifou existent des traditions sur le premier navire aperçu, traditions que le professeur australien  D. Shineberg  a   rapportées à Lapérouse,  sur la base du  rapport du santalier Simpson. Ce santalier, en 1844, fit escale à, Lifou et y recueillit le souvenir du premier navire européen.
Selon les gens de  Lifou, le navire  fut aperçu à Chépénéhé (toponyme signifiant le lieu du mouillage); il était très grand ; il avait deux gaillards d’avant et d’arrière, de grands canots et beaucoup d’hommes portant des chapeaux à cornes, avec  des vestes rouges et bleues (la langue lifoue n’a pas de terme propre  pour désigner le bleu). Ce ne peut  pas être la gabarre britannique,  la Fancy,  qui passa devant Lifou en 1796, sans s’y arrêter. Les hommes avaient des boucles à leurs souliers et portaient des gants. Le navire resta à l’ancre pendant deux jours à environ un mille à l’intérieur de la pointe sud. L’équipage coupa un cocotier avec un instrument en fer (lifou fao, du français fer,  pour désigner la hache), et les gens de Chépénéhé montraient encore en 1844 la base coupée de ce cocotier qu’ils regardaient comme étant le souvenir des premiers blancs qu’ils aient jamais vus.
On peut supposer que Lapérouse, mis en garde par les incidents de l’île des Pins, décida de n’approcher qu’une frégate à la fois, la seconde restant au large pendant ce temps , prête à venir en aide à la première, ou faisant le tour de l’île. Une chaloupe de la Boussole  avait été endommagée par les naturels de l’île des Pins  et il fallait un espar pour la réparer. C’est la Boussole, commandée par Lapérouse,  qui mouilla à Chépénéhé, avec à bord Collignon, le botaniste de la Boussole, dont nous retrouvons encore  le nom, à peine altéré,  dans celui du village de Kedegne qui fut fondé à cette époque et nommé ainsi en son  honneur. Dès le départ de l’expédition à Brest, les frégates avaient été chargées de graines  à semer, ainsi que d’une soixantaine d’arbres en pots  à planter dans les terres lointaines et, sur l’île Sainte- Catherine, Lapérouse avait embarqué quelques orangers, citronniers et mandariniers en pots ainsi que des graines et des pépins. L’expédition  en avait planté à l’île de Pâques. Collignon  laissa à Lifou   des orangers et des mandariniers qui prospérèrent, mais il n’y a pas trace de maïs da ns cette île , semble-t-il, si bien qu’on peut imaginer que les grains de maïs ne poussèrent pas.
Selon les gens de  Lifou, le navire  fut aperçu à Chépénéhé (toponyme signifiant le lieu du mouillage); il était très grand ; il avait deux gaillards d’avant et d’arrière, de grands canots et beaucoup d’hommes portant des chapeaux à cornes, avec  des vestes rouges et bleues (la langue lifoue n’a pas de terme propre  pour désigner le bleu). Ce ne peut  pas être la gabarre britannique,  la Fancy,  qui passa devant Lifou en 1796, sans s’y arrêter. Les hommes avaient des boucles à leurs souliers et portaient des gants. Le navire resta à l’ancre pendant deux jours à environ un mille à l’intérieur de la pointe sud.
La découverte de Maré, par Lapérouse  en 1788, cinq ans  avant le britannique Raven en 1793.

 C’est Lapérouse qui a découvert Maré. En 1887, le Maréen Louis Saiwene déclare que,  peu  avant un navire britannique  (le Britannia de Raven en 1793, navire britannique que les Maréens  appellent Betischo  par altération du mot anglais British, réellement le second navire à être passé devant Maré)   Lapérouse , et plus probablement, son botaniste, Collignon,   « laissèrent dans l’île une hache (encore fao dans leur langage, emprunt au français fer), des graines d’orangers et de mandariniers, ainsi que quelques grains de maïs qu’il apprit aux indigènes à mettre en terre», ceci  vers Tadine. . Les gens de Maré font remonter au don de Lapérouse  l’introduction de cette plante si précieuse pour eux. Lapérouse  a aussi  offert aux Maréens une poule plus grosse que ces poules indigènes  qui venaient de l’île voisine de Tanna.  

LE PEUPLEMENT DE MARE ET DE LIFOU PRES DE LA NOUVELLE-CALEDONIE

L’ORIGINE DU PEUPLEMENT DE DEUX  ILES LOYAUTE PRES DE LA NOUVELLE-CALEDONIE,MARE ET LIFOU ,  ET LE DEBUT DE LEUR HISTOIRE EUROPEENNE .


Maré, colonie de Tanna au Vanuatu et,  auparavant,  de Ndéni (Santa –Cruz) aux Salomon, et le  nengoené, langue  de Maré .
Résumé des migrations :
1 Les Eteoke, ou marengo ou menehune, d’origine mélanésienne.  Le mot étéoké se retrouve en aïnou avec le sens de terre et se présente,  en toponymie japonaise, sous la forme Sir etoke, à Hokaido,  qui signifie la fin de la terre. Ils laissent à Maré des fortifications à Hnakudotit et à Waninetit. 

2 Les Si-ningone, ou na-dene, de Tanna, des proto-polynésiens apparentés à ceux qui  s'installent en Amérique du sud (voir mon blog sur la formation des races en Amérique du sud) et à ceux qui  existent aux Salomon  sur l'île N'Deni , anciennement Santa Cruz,  que  les Maréens revendiquent pour ancêtres. 
 De Malekula (Mallicolo),au Vanuatu,  une importante migration allait s’arrêter un temps  à Tanna,  puis passer  à Maré. Les noms de noengoené, la langue de Maré,  ou nëninë-fe (fe signifiant langage),   une langue de Tanna, sont à rapprocher   de Si-ningoné. Ils se sont arrêtés d’abord sur la côte est de la Calédonie, , à Kokingone, nom où l’on reconnaît bau (bau est un souvenir de leur origine austro-asiatique et  signifie   originaire de la Birmanie au sens géographique du mot) ningone.
3 Les Kwamera ou Kuamere, des descendants d’aborigènes australiens venant d’un village du même nom, Kwamera, au sud de Tanna.  



 Le nom du Nengoené , la langue de Maré, est à  rapprocher du nom d’une langue  pré –polynésienne d’Amérique, le   na-dene, qu’on retrouve dans le nom de l’île de Santa Cruz, N’deni, et ,  à Vanikoro aux Salomon, du nom des villages de  Danema ou Tanema, d’où eut lieu l’émigration vers Tanna : Tanema est un mot polynésien qui a donné  le nom de la langue téama , l’une des quatre  autres langues de Tanna.
 On retrouve  le nom des Etéoke , qui se retrouve dans le nom menéhune ou marengo, désignant les proto- mélanésiens dans le nom des hoka , groupe linguistique  d’Amérique du sud d’origine mélanésienne.
Le nom mystérieux de Maré donné à l’île par les européens.
Maré est une graphie anglaise pour maree et se prononçait mari. Le nom véritable de Tanna,  qui signifiait la terre,  était et est toujours Iparé et vient de  I (sorte d’actualisant) mparé, qui donne  Maré, nom de Tanna, donné à Maré parce que Maré était une colonie de Ipara ou Tanna.
Le  nëninë-fë  (fë, signifiant langage ) est le nom d’une des cinq langues de Tanna ; c’est de ce nom que vient le nom  de la langue de Maré, le nengoené.  La langue dite le nëninë-fë  est appelé la langue de Kwaméra, du nom d’un village de Tanna. A l’île des Pins, le nom de Kanuméra (de pwa mong li) révèle leur passage dans le sud.  Les Kwamera,  d’origine australienne,  vinrent du sud de Tanna et introduisirent à Maré   le boomerang. 
Les Maréens actuels revendiquent comme ancêtres les Si-ningone. En effet, de Malekula (Mallicolo) au Vanuatu, une importante migration allait s’arrêter un temps  à Tanna,  puis passer  à Maré. Les noms de Noengoené   ou nëninë-fë sont à rapprocher   de Si-ningoné. Les Si-ningone  se sont arrêtés d’abord sur la côte est de la Calédonie,  à Kokingone, nom où l’on reconnaît bau (d’origine birmane ) -ningone.
Quand les Papouas Haveke  (aujourd’hui les gens de Pouébo) toucheront Manikula au Vanuatu et s’installeront sur un îlot voisin  appelé Avokh,  ils y rencontreront les Nwhal de Tanna. Ceux-ci les renseigneront sur Ouvéa.  Beaucoup plus tard, au XIX é siècle,  il y aura un essai de conquête de Maré de la part des  Havekés de Pouébo : selon G. Païta, ce descendant de la grande chefferie des Kambas- Meidu, c’est leur  chef Kaba (cf. Kamba) qui  introduisit le niaouli et les joncs à Wabao et à Medu, village maréen qui tire son nom de la chefferie de  Kamba Meidu, Meidu signifiant  mong noir, de mein du

Les Européens.
La découverte de Maré, par Lapérouse  en 1788, cinq ans  avant le britannique Raven en 1793.
 C’est Lapérouse qui a découvert Maré. En 1887, le Maréen Louis Saiwene déclare que,  peu  avant le passage en 1793 d’un bâtiment  britannique,Lapérouse (et , plus probablement, son botaniste, Collignon)  « laissèrent dans l’île une hache (fao dans leur langage, emprunt au français fer), des graines d’orangers et de mandariniers, ainsi que quelques grains de maïs qu’il apprit aux indigènes à mettre en terre», ceci  vers Tadine. Le mot signifiant maïs en langue de Maré, kelaï, vient  probablement du nom de Collignon, botaniste à bord de la Boussole. Les gens de Maré font remonter au don de Lapérouse et de collignon  l’introduction de cette plante si précieuse pour eux. Lapérouse  a aussi  offert aux Maréens une poule plus grosse que ces poules indigènes  qui venaient de l’île voisine de Tanna. 
  Du  passage  du Britannia du capitaine Raven en 1793, après celui de Lapérouse , les Maréens tirèrent le mot bêtischo, altération du mot anglais  British, qui pour les Maréens, signifie bâtiment et qu’ils ont récemment donné à un bâtiment moderne destiné à une  liaison interîles.
Pour une étude historique du maréen, il faut utiliser le dictionnaire de la langue de Tanna paru en 1886 à Canberra, par L .Lindstrom : Kuamera dictionary ou Nikukua Sai nagiariien Ninnife.,ainsi que le récit qu’Eugène Caillot fit paraître sous le titre  Mythes , légendes et traditions des Polynésiens, textes recueillis, publiés ,  traduits en français  et commentés, 1914, réédition en 2010.


Tiga, la petite.  
On trouve dans les îles Banks du nord du Vanuatu une île Vanua Lava, à rapprocher aux Fidji ( Viti)  de Vanu Levu  ou de Viti Levu, Levu étant phonétiquement identique à Lifu,  la terre (Vanua) lava ou lafa, grande, qui s’opposent à d’autres îles dites petites, tiga. Le nom de Tiga  est à rapprocher du nom d’une île Torrès du nord du Vanuatu, Tegua, proche  lui-même du nom d’une île voisine, Toga. Le nom de Lifou , donné à l’île par les Européens, étonne aujourd’hui les Mélanésiens. C’est  le nom donné par les gens de Tiga à la grande île, levu, ou lefou.
 Le Dréhu, de Lifou,   langue apparentée au  munda, langue du sud de l’Inde. 
A). Le nom de  certaines  îles d’un archipel des Tonga va nous interpeller : celui de Lifouka (de ka, île, et lifou, grande) ; il y a donc deux Lifou dans le Pacifique , cf mon blog déjà ancien sur les migrations préhistoriques en Nouvelle-Calédonie.
B) Le mot dréhu, qui désigne le pays et la langue de Lifou, et qui signifie aussi grand,   est à rapprocher  du  nom de l’île fidjienne Dravuni,dr note également  une cacuminale, et c’est le même mot que le nom de langage Ladhusi ou Libo dans les langues myao d’Indochine.  L’accentuation sur la pénultième  a fait disparaître la syllabe finale –ni ou –si,  qui signifie  peut-être  île dans  dréhu -ni, la grande île.  Dréhu ou Lifou ont même origine
Le nom de Dokhin à Lifou , peut-être toujours signifiant grand, est  à rapprocher  de Lekhine à Ouvéa ,  du nom d’un dialecte  d’Araukhanie en Birmanie, le rakhin, et du nom du serpent géant ou du calmar géant.  Le mot dréhu  se retrouve dans dahua, nom d’une langue faisant partie de la famille myao.   Quelle était sa signification ? Ce pourrait être une forme ancienne du mot grand.
C) Une  migration   vers Lifou -  Dréhu ,nom venant phonologiquement  de drevu,  à partir des îles Dravuni et Galwa aux Fidji,  vers -1000.
Une éruption volcanique datée de -1000, celle du volcan Nabukulevu sur l’île de Kadavu, non loin de l’île Dravuni , aux Fidji, a amené le chef d’Ono  à émigrer vers Lifou  cf. P. Nunn, juin 2001, » On the convergence of myth and reality : examples of Pacific Islands », The Geographical Journal, Vol 167, n°2, p .125-138 et 2003 « Fished Up or Thrown Down : The Geography of Pacific Island Origin Myths », Annals of the association of American Geographers, 93(2), p. 350-351 . Voici le récit mythique de cette importante migration :
 «Il y a très longtemps (vers l’an 1000), le chef de Ono, Tanovo, avait l’habitude de  se promener sur la plage à la fin de l’après-midi afin d’admirer le coucher du soleil. Un jour, alors qu’il marchait sur la plage, il eut la surprise de voir une montagne qui lui masquait le soleil et qui n’existait pas la veille. Contrarié, Tanovo partit, la nuit, en emportant de très grands paniers en fibre de cocotiers pour enlever la terre de cette montagne qui l’empêchait de voir le soleil.Le chef de l’île sur laquelle avait poussé la montagne (l’île de Kadavu) prit Tanovo sur le fait et le chassa tout en projetant des cendres sur les îles voisines de Dravuni et de Galwa. » En réalité les projections de cendres et l’éruption du volcan Nabukukevu  ont chassé les gens de Dravuni et Galva.
Le petit python vert sacré, vivant aujourd’hui encore à Lifou, et importé (Engyralis australis  ou Morellia viridis) .
A Lifou on trouve encore aujourd’hui  un petit python arboricole qui a la curieuse habitude de se  lover en entonnoir pour recueillir l’eau de pluie, peut-être parce qu’il n’y a pas de rivière sur cette île, afin d’y attirer les oiseaux assoiffés dont il se nourrit après la pluie. Il n’appartient pas à la faune locale et a suivi les futurs Lifous  sur  leurs pirogues comme un protecteur sacré,  à partir de Talepakamale aux  îles Mussau (Nouvelle-Bretagne) d’où il semble originaire,   en passant par le Vanuatu,  puis  les Tonga et enfin Lifou. .
 C’est un substitut de la « roue » du calmar géant avec ses 8 bras toujours en mouvement  et c’est le symbole de la force magique du volcan de l’ île fidjienne, Nabukulevu..  Quel est le monstre symbolisé par ce python ? Pline l’Ancien (livre IX, 3, 1) parle d’un céphalopode  monstrueux appelé rota, la roue : « [Parmi les géants des mers], il y a aussi les «  roues »  qui tirent leur nom  de leur ressemblance avec la roue d’Ixion et  qui se distinguent par deux séries de quatre  rayons [en haut et en bas de la «  roue »] ,  deux  yeux barrant le moyeu de la « roue »  de chaque  côté». B  Heuvelmans, p. 153, tome I, Dans le sillage des monstres marins, commente en ces termes : « la description s’applique à un animal doté de 4 bras de chaque côté de la tête, où les yeux frappent sans doute par leur grandeur .On n’a pas de peine à reconnaître dans cette description un céphalopode aux huit bras toujours en mouvement.».Heuvelmans n’a pas voulu préciser s’agissait d’un poulpe (3 bras +1 tentacule x 2) ou d’un calmar (4+1 x 2), mais pour nous ce sera un calmar avec cinq « bras » de chaque côté.  Li-guro que j’ai traduit comme serpent enroulé  renvoyait primitivement à cette roue,  un monstrueux calmar,  Architeuthis  dux.ou bien à Octopus giganteus Verrill dans le cas du poulpe à 3 bras.

La découverte de Lifou par Lapérouse en 1788 avant les Britanniques.
On peut supposer que Lapérouse, mis en garde par de graves  incidents survenus à l’île des Pins, décida de n’approcher qu’une frégate à la fois, la seconde restant au large pendant ce temps , prête à venir en aide à la première, ou faisant le tour de l’île. Une chaloupe de la Boussole  avait été endommagée par les naturels de l’île des Pins  et il fallait un espar pour la réparer. C’est la Boussole, commandée par Lapérouse,  qui mouilla à Chépénéhé,  avec à bord Collignon, le botaniste de la Boussole, dont nous retrouvons encore  le nom, à peine altéré,  dans celui du village de Kedegne qui fut fondé à cette époque et nommé ainsi en son  honneur. Dès le départ de l’expédition à Brest, les frégates avaient été chargées de graines  à semer, ainsi que d’une soixantaine d’arbres en pots  à planter dans les terres lointaines. Sur l’île Sainte- Catherine, Lapérouse avait embarqué quelques orangers, citronniers et mandariniers en pots ainsi que des graines et des pépins. L’Astrolabe en avait planté à l’île de Pâques. Collignon  laissa à Lifou   des orangers et des mandariniers qui prospérèrent, mais il n’y a pas trace de maïs, semble-t-il, si bien qu’on peut imaginer que les grains de maïs ne levèrent pas.
 A Lifou existent des traditions sur le premier navire aperçu, traditions que le professeur australien  D. Shineberg  a   rapportées à Lapérouse,  sur la base du  rapport du santalier Simpson. Ce santalier, en 1844, fit escale à, Lifou et y recueillit le souvenir du premier navire européen.
Selon les gens de  Lifou, le navire  fut aperçu à Chépénéhé (toponyme signifiant le lieu du mouillage); il était très grand ; il avait deux gaillards d’avant et d’arrière, de grands canots et beaucoup d’hommes, portant des chapeaux à cornes, avec  des vestes rouges et bleues (la langue lifoue n’a pas de terme propre  pour désigner le bleu). Ce ne peut  pas être la gabarre britannique,  la Fancy,  qui passa devant Lifou en 1796, sans s’y arrêter. Les hommes avaient des boucles à leurs souliers et portaient des gants. Le navire resta à l’ancre pendant deux jours à environ un mille à l’intérieur de la pointe sud. L’équipage coupa un cocotier avec un instrument en fer  appelé  fao, du français fer,encore utilisé   pour désigner la hache), et les gens de Chépénéhé montraient en 1844 la base coupée de ce cocotier qu’ils regardaient comme étant le souvenir des premiers blancs qu’ils aient jamais vus.



LA VIERGE NOIRE

                                   LA VIERGE NOIRE
C’est chez les hyperboréens dans la région du cercle arctique dans la patrie des Ibères, que se trouve la solution de l’énigme de la Vierge noire. En effet, près du  pôle nord, la clarté diurne  est très faible durant six mois, et le soleil semble mourir
vers le 24 décembre. Le mot noël signifie étymologiquement jour de la (re)naissance du soleil et vient du latin (dies) natalis : il n’a que secondairement été rattaché à une naissance supposée du Christ à cette date. Le soleil noir, l’absence de soleil, symbolise la mort avant la renaissance et, paradoxalement, elle est donc signe de fécondité. Le mot soleil est féminin dans les langues du nord de l’Europe et c’est tout naturellement dans deux  jeunes filles que le soleil va s’incarner, deux  déesses, l’une pour le soleil dans sa force,dans une Vierge brillante,  l’autre pour le soleil dans sa mort : dans une Vierge noire.  Le mot vierge désigne une femme qui n’est pas en puissance de mari et qui, dotée de la pleine autorité d’une matriarche, commande à tous et aux hommes en particulier.
  La mythologie grecque nous fait connaître les noms de ces Vierges hyperboréennes. Ce sont deux vierges hyperboréennes, Argès , dont le nom signifie en grec la brillante,et Opis ou Oupis,dont le nom signifie celle qui a brûlé jusqu’au bout,viennent à Délos pour y apporter des objets sacrés destinés à favoriser l’accouchement de Latone, la mère de jumeaux, Apollon et Artémis- Diane.
Ces vierges viennent aussi de leurs lointains frimas jusqu’à la chaude Ephèse, en Turquie aujourd’hui, en particulier Opis, appelée Parthénopée, c’est-à-dire la vierge Opis ,  où elle assiste Cybèle qui, elle, représente le soleil dans sa force. 
Le nom de Cybèle, la Mère des dieux,  la Grande Mère, vient d’une racine signifiant soleil, kwelyè : c’est une déesse phrygienne qui était honorée  sur le mont Cybèle en Phrygie.
En 204 av ; J.-C., le Sénat romain décida de faire venir de Pessinonte en Galatie la « pierre noire » qui incarnait la déesse Cybèle et lui construisit un temple sur le mont Palatin. La pierre noire est un substitut de la Vierge noire, c’est- à -dire du soleil éteint , et on retrouve le  culte de l’une ou de l’autre, en association ou non,  dans les régions habitées un moment par les Ibères : l’Espagne, l’Irlande (Iberia, pays des Ibères), Corse, etc. Mais nous  allons examiner un texte biblique , le
Cantique des Cantiques, qui peut nous offrir des traces du culte de la déesse.
Il s’agit de poèmes qui étaient chantés dans les rites des mariages cananéens et dans ceux  de Tibériade (dont le nom est apparenté à celui des Ibères). Quoi de plus naturel que le mariage fût placé sous l’égide de la déesse de la fécondité,la sumérienne Inanna ?
 La liturgie païenne du mariage sacré ou hiérogamie   était pratiquée en Mésopotamie (T.J. Meek, W. Wittekindt, H. Hempel). Dans le Proche-Orient, on parle d'une coutume selon laquelle le roi devait s'unir charnellement une fois l'an avec une prêtresse de la déesse de la fécondité, afin d'assurer la fertilité des terres et des animaux. La prêtresse prenait ainsi la place de sa déesse et le roi, celui de son mari. De là le nom de « roi » utilisé dans le Cantique.Le jeune couple du Cantique des Cantiques représente la déesse  sumérienne Inanna avec le dieu Dumuzi , dont l’  équivalent akkadien est  la déesse Ishtar ou Astarté ou Astrea et le dieu Tammouz ou Adonis. Le nom mystérieux de Sulamite donné à la jeune fille dans le Cantique est l’altération, par in compréhension, de l’Inannite, la femme qui est le substitut de la déesse Innana. Comme pa  r hasard, elle déclare : « je suis noire et pourtant belle … Ne prenez pas garde à mon teint basané : c’est le soleil qui m’a brûlée. »La Bible de Jérusalem commente : « Elle a le teint hâlé par les travaux campagnards auxquels elle a été astreinte, v. 6 ; elle se compare aux tentes noires des Bédouins tissées avec du poil de chèvre.  » Les tentes des nomades  Quédar et  Salma évoquées sont-elles  noires parce que la peau des  chèvres et des brebis de la région est , non pas blanche, mais noire , ou bien, ce qui serait plus vraisemblable,- parce que le sable du désert leur a donné cette couleur ?Ajoutons que , en 2, vers 22, l’invocation au bien-aimé : à l’aube, « sois semblable , mon bien –aimé [le Soleil], à une gazelle, à un jeune faon sur le mont Kybelè [et non  Béteré, traduction de la Bible de Jérusalem] renvoie en réalité, le mot bétérè étant sans signification,au mont Kybélè où était honorée le Soleil- Cybèle. 
Les Adonies.
 Aphrodite tint à rendre hommage à son amant défunt et organisa en son honneur une fête funèbre célébrée chaque printemps par les femmes phéniciennes. Ce rituel consistait à planter des graines et à les arroser d'eau chaude de manière à accélérer leur croissance. Ces plantations, surnommées « jardins d'Adonis », mouraient également très rapidement, symbolisant la mort du jeune homme J’ajoute qu’elles se pratiquent encore en Corse  où j’ai eu le plaisir de me conformer à la tradition. A [Athènes dès le ve siècle av. J.-C. les femmes rendaient à Adonis un culte vibrant, dont s'est moqué Aristophane[]. Elles se lamentaient alors bruyamment sur le sort tragique des deux amants, gémissant et criant : « Il est mort, le bel Adonis. »[]
On célébrait ces fêtes  en l’honneur de la mort d’Adonis au printemps  avec grande pompe,  à Byblos, à Alexandrie, etc. Elles duraient deux jours : le 1er    avril  était consacré au deuil (de la mort d’Adonis, mais aussi de la disparition du soleil),  le 2e à la joie (le retour de la chaleur). Seules les femmes prenaient part à ces fêtes. Adonis était appelé Adon en Phénicie, et « Thammouz » en Mésopotamie, souvenir du  dieu Dumuzi/Tammuzdu . Le mois de Tammouz existe dans le calendrier juif ;  en arabe et en turc son nom a été transféré du printemps à l’au solstice d’été, soit au mois de  juillet. Salomon Reinach a proposé de voir dans ce rite l'explication de la légende relatée par Plutarque concernant un pilote de navire égyptien qui aurait entendu une voix venue du rivage de l'île de Paxos l'appelant par son nom (il s’appelait  Thamous) , et lui demandant d'annoncer au monde :  « le grand Pan est mort » : selon S. Reinach, il faudrait comprendre que la voix disait « Thamous (nom du pilote), Thamous, (nouvel appel au pilote), Thamous, le très -grand (en grec Panmegas) est mort », Thamous étant à la fois l'hétéronyme d'Adonis et le nom du pilote. [
Les  Templiers
Ils ont découvert en Orient cette religion de la Vierge noire, symbolisée chez eux par des rouelles solaires et représentée par leur culte de la Vierge, « reine des terres et des cieux ». avec une couronne symbolisant les rayons solaires et les fleurs blanches  de l’aubépine . Partout où l’on trouve des références à sainte Radegonde,reine  franque pouvant justifier sa couronne, il y a un souvenir des templiers.


La Corse et son blason à tête de maure (voir pour une étude plus détaillée mon blog sur le drapeau corse).
 Callimaque appelle la déesse d’Ephèse  du nom d’Oupis (Hymne à Artémis, 3, 204) et ce nom d’Oupis est celui sous lequel la Terre- Mère s’était  d’abord installée à Ephèse. Or, elle y était représentée par la statue d’une   vierge noire. Les Phocéens, voisins d’Ephèse, ont aussi pratiqué le culte de la Vierge noire avant de s’installer en Corse, à Aléria.
   C’est d’ailleurs à Aléria, comme par hasard, que la légende corse situe l’enlèvement d’une jeune fille appelée Diana (La vierge noire fut assimilée à  la déesse romaine Diana, d’où le nom d’étang de Diane en Corse) par un Maure, Mansour,   venu d’Espagne : son fiancé, Paolo,  part à sa recherche et coupe la tête du Maure, qui saigne sur le bandeau (la couleur rouge se retrouvera dans le   bandeau royal de Neuhoff),  la présentant sur un drap blanc :telle  serait l’explication populaire du drapeau corse.
  Mais c’est à l’Immaculée Conception de la Vierge Marie  par sa mère sainte  Anne  que Paoli avait voué la Corse, le 30 janvier 1735, devant la consulte de Corte:c’est  la une vieille tradition ibère, car au VIe siècle le Roi Arthur au pays de Galles du nord porte un bouclier où l’image de Marie le mère était peinte (clypeum in quo imago sanctae Mariae genetricis impicta », p. 6, Annales Cambriae). « Nous élisons pour la protection de notre patrie et de tout le royaume l’Immaculée Conception  de la Vierge Marie et nous décrétons de plus  que toutes les armes et drapeaux de notre dit royaume soient empreints de l’image de l’Immaculée Conception, que la veille et le jour de sa fête (8 décembre) soient célébrées dans tout le royaume avec la plus parfaite dévotion et les démonstrations de foi les plus grandes ».
  En 1745, Gaffori reprend en le modifiant le blason de Théodore  Neuhoff sur le drapeau de son armée : est-ce que les vieilles traditions vezzanaises et alérianes ont joué un rôle dans son choix? En tout cas, son choix est officialisé par Paoli  , mais,   le 24 novembre 1762, soit 27 années après avoir consacré la Corse à l’Immaculée Conception de la  Vierge, Paoli  semble changer  d’avis et consacre la Corse,  cette fois-ci,  à la Vierge noire ;  il reprend le blason du précédent roi et surtout de Gaffori,   transforme le diadème royal qui n’avait plus lieu d’être pour une république  en bandeau blanc à l‘italienne et non plus pourpre comme en Allemagne (la couleur du soleil ), mais il garde son  aspect féminin à ce qui deviendra  la tête de maure:   à ses yeux , il s’agissait sans doute, non de la tête coupée d’un sarrasin brandie comme une tête de Méduse, mais d’une des trois Marie qui avaient débarqué, assurait-on,  aux Saintes- Marie -de- la- Mer (où le processus de l’immersion d’une statue de la Vierge noire rappelle l’immersion du soleil couchant)  , très honorées en Corse : il s’agirait de trois filles de sainte Anne, Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobée:  Marie-Madeleine  est  confondue avec  Marie  l’Egyptienne et avec Sara la Noire,  la sainte des Tziganes . Mon père,  qui habitait à Ajaccio le quartier des Trois- Marie, avait la plus grande vénération pour elles et il n’hésita pas à assister au pèlerinage des  Saintes- Maries de la mer. Le  teint basané de Marie l’Egyptienne  s‘expliquait  par son   origine égyptienne.

Les prénoms corses Napoléon et  Parthénopée .
 On retrouve dans une   famille corse de Vezzani , la mienne, un prénom masculin  d'origine grecque, Parthénopée,  altéré en « Parthélopé  » , nom qui vient de Parthénopéïos, garçon  consacré à Parthénopée, la Vierge noire , de « Parthénos », Vierge,  et d’ « Oupis » ou « Opis » (OupiV WpiV) , nom de la grande Déesse mère  ou vierge noire . Oupis est le nom de la  Grande Déesse Mère d'Ephèse, une Vierge noire,  et de Délos, une Vierge noire aussi,  plus tard  assimilée par les Grecs à Artémis, puis par les Romains à  Diane. Une trace du culte de la Grande Déesse mère Oupis se retrouve près d’Aleria dans le nom actuel de l’étang de Diane.
En grec, Opoora, l’automne,  est la saison (ôra) d’Opis (de la cuisson, -optaô en grec signifie cuire, - des fruits par le soleil) commençant à la Canicule, c’est- à- dire qu’elle commence au 15 août, date de l‘Assomption de la Vierge, anciennement grande fête de la déesse Oupis à Ephèse.  Quand Napoléon Bonaparte naquit, heureux présage ! un 15 août, sa mère Lætitia , née Ramolino et donc originaire du Vezzanais, lui imposa le diminutif  de Parthenopé  Partholopé, savoir Napoleone . Napoléon lui- même fixa pour Naples le nom de République Parthénopéenne, sachant que l’île en face de Naples s’appelait Parthenopée et que Naples s’appelait d’abord Parthénopéia, nom  devenu au fil du temps Néapolis et Napolis par étymologie populaire (en grec,  la nouvelle ville) . 
 

Première constatation à propos de cette tête de maure: il s’agit d’une femme, d’une mauresse. Deuxième source d’étonnement :le bandeau blanc corse (le « tortil argent » des héraldistes) est remplacé par un diadème royal de couleur rouge flamme, la  pourpre étant la couleur du soleil  ; la mauresque porte aussi un collier de pierres précieuses et des boucles d’oreille de perle sur ses oreilles percées. Il s’agit bien évidemment d’une reine. Il s’agit ici  indiscutablement de  la représentation héraldique d‘une vierge noire.
   Or les vierges noires, pour J. Huynen, (L’énigme des vierges noires), sont des avatars de la déesse Oupis ,  la déesse d’Ephèse ,   Parthenopis , qui était liée au culte héllène du soleil levant :  
  « A Ephèse, écrit J. Huynen,  dans le Temple de Diane (Artémis), l’une des sept merveilles du monde, on vénérait une statue noire de la Grande Déesse, sœur de l’Apollon solaire, et il est frappant de relever que c’est à Ephèse que la Vierge Marie aurait vécu après la mort du Christ et qu’une tradition y place son Assomption, le lieu même de celle-ci étant appelé en turc karatchlti, c’est- à- dire exactement « la pierre noire » , noire parce que brûlée par le soleil- dieu. La maison de la Vierge Marie à Ephèse attire  les pèlerins : on l’appelle Panaya Kapulu, la Maison de la Vierge, et on doit sa découverte à une vision de Catherine Emmerish, morte en 1824. Elle en avait donné le signalement exact et sa vision correspondait à une réalité qu’elle ne pouvait connaître. Marie-Madeleine, l’une des trois Marie, fille de Anne, la grand-mère du Christ, confondue en Corse avec Sara la noire,  est morte à Ephèse.  Enfin, c’est dans cette ville qu’eut lieu le concile qui, en 431, proclama le dogme de Marie mère de Dieu. On mesure la force du lien entre le culte marial et Ephèse.
  Citons d’autres exemples de cette couleur noire étrangement associée au culte du soleil. D’après E. Saillens (Nos Vierges noires, 1945), la plus ancienne idole du Hedjaz était aussi une pierre noire, volcanique et météorique, dite la Kaaba : à la Mecque, la pierre noire a cette couleur parce qu’elle a été brûlée par le feu  du soleil.
   Dans Philostrate, La vie d’Apollonios de Tyane, nous avons un récit,  par un témoin oculaire,  vers 62,  qui établit le  lien entre le culte du soleil levant et la pierre noire du colosse  Memnon à Thèbes en Egypte (VI, 4, p.1214, Romans grecs et latins, la Pléiade): « La statue est tournée vers le Levant : c’est celle d’un jeune homme qui n’a pas encore de barbe; elle est faite de pierre noire, ses deux pieds sont réunis comme dans le style des statues dédaliques  ; ses bras, tout droits, s’appuient sur le siège, car il est représenté au moment où il est en train de se lever  ». «  Lorsque les rayons du soleil frappèrent la statue, ce qui arrivait au moment du lever de l’astre, continue le témoin, les spectateurs ne purent maîtriser leur admiration, car la statue se mit à parler dès l’instant où le soleil effleura sa bouche,  les yeux se mirent à briller et s’animèrent à la lumière, comme ceux des hommes qui ont de l’amour pour  le soleil.  Les spectateurs comprirent alors que la statue est représentée dans l’acte de se lever, comme le font ceux qui adorent debout les puissances divines. Les prêtres  offrirent  un sacrifice au Soleil Ethiopien et à Memnon fils de l’Aurore  et  expliquèrent aux spectateurs qu’ils devaient  faire le même sacrifice, ajoutant que le nom du premier Ethiopien venait des mots grecs aithô voulant dire «  brûler », et  ops, voulant dire «  visage  », au visage brûlé par le soleil) … »  La tête de maure  se dit d’ailleurs en latin  caput æthiopicum, tête éthiopienne, brûlée par le soleil, l’épithète éthiopienne étant une épithète rituelle et non géographique.  Il s’agit d’une statue fruste mais animée, dite dédalique, par conséquent d’une sorte d’automate comme ceux que mentionne  Platon, dans le Ménon (97, 2).
L’Irlande.
  La Vierge noire  de Offaly en Irlande a inspiré les armes des  familles Conroy, O’Conry  au XVIe siècle. Le pallium de la  famille O(Conry peut être rattaché à une femme qui était archevêque de Tuam, Florence O’Conroy ou O’Conry (1561-1629) :elle a composé un traité théologique important en gaëlique et a anglicisé son nom irlandais qui signifiait d’origine royale, savoir  O’Maolconaire.
L’Espagne et la Sardaigne , ou  la tête de maure en héraldique.
en  Normandie près de Lisieux notamment( Lexovium, de bascovium, Lisieux en latin , signifiant  basque,  en Allemagne (en particulier en Bavière), Des vierges noires existaient en Aragon : celle de Valence, celle de  Sarragosse, et enfin la plus célèbre,  grâce à Richard Wagner, celle de l’abbaye de Montserrat près de Barcelone appelée la Morenata, la mauresque (de la Maurétanie) , de couleur brune.
Les 4 têtes de maure du roi d’Aragon, de la Sardaigne et de sa capitale Cagliari s’expliquent  par une allégorisation des trois Marie (Marie- Madeleine, Marie - Salomé, Marie Jacobée, la mère de Jacques) et de la Vierge noire. Rappelons, pour  Cagliari, que selon Diodore de Sicile (V, 13, 3) les Phocéens, qui étaient voisins d’Ephèse, avaient fondé une ville appelée Calaris, qu’il situe par erreur en Corse, mais qui coïncide avec l’actuelle Cagliari de Sardaigne.  Florus (II, 2) la nomme Carala, d’autres Caralis .
L’Italie.   
  Le pape Pie VII Barnaba Gregorio Chiaramonti (1800-1823), né à Césène en Italie , avait dans son blason pontifical 3 têtes de maure, donc une allusion à la Trinité (ou aux 3 Maries).La Vierge noire  dont il s’inspire pour son blason peut être la Vierge noire  de Loreto.  
La France
On en trouve en  Normandie près de Lisieux ( Lexovium, altération de bascovium en latin , signifiant  basque, donc ibère ; à Puy –en- Vélay et à Chartres. . Le nom ancien, de Chartres,  Autricon,  rappelle les Autricons ou Ostricons de Tarraconaise (dont le nom vient de [Os]tricon ) et de Corse (l’Ostricon, les Lestrygons dans l’Odyssée. A rapprocher du nom de Logron  nom d’un peuple cantabre proche des basques et des Gascons, Logron venant de lau(stry)gon  donnant bauscon, qui existe  non loin de Chartres comme existe Logroño en Cantabrie espagnole) .
L’Allemagne, soit surtout la Bavière.
  Les historiens font remarquer que la première apparition certaine du  blason à tête de maure  en Corse date de 1736 avec le roi de Corse d’origine allemande  Théodore de Neuhoff,  qui peut très bien avoir été inspiré par des armes comparables vues en Bavière, savoir le bandeau rouge et le  diadème royal. Quant au  pape Benoît XVI, originaire d’Allemagne, archevêque de Freising et de Munich en Bavière, il a pris pour blason pontifical la tête de maure de Freising  « au naturel » (couleur brune) dont les lèvres, la couronne et le collier sont rouges (couleur du soleil) : c’est l’antique emblème de l’archevêché de Freising, emblème attesté au VIIIe siècle. A l’origine de cet emblème se trouve le premier évêque de Freising, saint Corbinien, né à Chartres vers 680 et mort le 8 septembre 730, qui a introduit en Bavière la Vierge noire  encore adorée aujourd’hui dans sa ville natale à Chartres .

  La déesse Oupis et son héritière Artémis agréaient les offrandes d’agneaux blancs et on se souvient de la colère d’Artémis lorsqu’ Atrée hésita à lui sacrifier le plus bel agneau de son troupeau aux cornes d’or qui évoquaient le soleil. L’épithète rituelle, Karneïos, appliquée à son frère Apollon, indique cette référence à l’agneau blanc (karnos est attesté par Hésychius au sens de mouton) et à Chartres la région était peuplée par les Carnutes  qui ont laissé leur nom à la ville actuelle de Chartres, de carnutarum (civitas); la cité des Carnutes.

Selon  les croyances, l’agneau naît noir au solstice d’hiver, puis devient de plus en plus blanc jusqu’à devenir immaculé au 15 août et devient  alors l’Agneau pur. C’est le symbole du Soleil levant, il  y a un « aspect solaire, viril et lumineux, de l’agneau ».

vendredi 27 janvier 2017

Qui est la Vierge dans la 4e Bucolique de Virgile?

QUI EST LA MYSTERIEUSE DEESSE QUI DONNE SON NOM A LA CONSTELLATION DE LA VIERGE DANS LA IVE BUCOLIQUE DE VIRGILE ?
                                                     Virgilius : Virgo.
En -40, date de la composition présumée de la IVè Bucolique , 713 ans après la fondation de Rome, non loin de Cumes, la ville de la Sibylle et des vers sibyllins cités par le poème (Cumaei carminis) , quelques années après le passage de la comète qui avait accompagné la mort de César, les astrologues égyptiens amenés par Cléopâtre prédisent la fin de la Grande Année (aevum dans la bucolique) et la fin du monde  qui se continuera  dans le début d’une nouvelle Grande Année dédiée à un nouvel âge d’or. Au bout d’un certain temps , « tous les astres,  pensent les Grecs,  reviendront exactement dans la même configuration ; cette durée correspondant logiquement au plus petit multiple commun des périodes de révolution de chacun des astres,  chacun y va de son chiffre, selon ses calculs ou sa fantaisie : 10.800 ans pour Héraclite, 2.484 ans pour Aristarque, 3.942.000 ans pour Diogène le Stoïque, etc. » Au bout de cette période, qui se termine par un cataclysme assez radical, un déluge ou un embrasement , la Terre, avec tout ce qu’elle héberge – animaux, végétaux – sera revenue dans un état semblable à son état initial. Un nouveau cycle commence qui durera le même temps ; puis encore un nouveau, etc, et cela sans fin.
Catulle, dans le poème 66-67, prête à la boucle de cheveux de Bérénice le désir de revenir en arrière, au commencement du cycle, dans les vers suivants :
Vers 93 : au lieu de la correction corruerint  suivi de utinam de Budé,p. 73,  il faut reprendre la leçon Corradino et la meilleure édition, celle de l’Anglais  Thomson et mettre un subjonctif présent (potentiel) du verbe iterare :
 Sidera cur iterent? Iterum coma regia fiam!
 Proximus Hydrochoi fulgeret Orion !
 Pourquoi les astres, eux, pourraient-ils renouveler leur position! (allusion à l’éternel retour) Ah! si, moi, je pouvais reprendre ma place dans la chevelure de ma reine! (subjonctif à valeur d’optatif). Ah! Si l’étoile Orion pouvait rebrousser chemin et briller à nouveau à côté du Verseau!(expression du regret, subjonctif imparfait,  irréel du présent).
Dans la 4 è bucolique, c’est la constellation de la Vierge et non celle d’ Orion qui revient réellement à la même place dans le ciel étoilé.
Cette  IVè Bucolique est dédiée au consul Pollion. Qui est Pollion ? Caius Asinius Pollio (78 av.  J . -C. -5 ap. J. –C.)fut un partisan de César , puis d’Antoine ; il protégea Virgile lorsque , gouverneur de la Gaule Cisalpine au nom d’Antoine, il fut chargé d’y distribuer des terres aux vétérans et aurait pu exproprier  Virgile de  ses biens familiaux. Son fils, Caius Asinius Gallus Saloninus, fut consul en 8 ap. J.-C et mourut vers 30 ap. J.-C.
Qui est l’enfant à naître  de la IV è  Bucolique, ce demi-dieu qui doit sauver le monde ? Jérôme Carcopino, dans Virgile et le mystère de la IVè Eglogue, a tenté d’établir que l’enfant en question était ce second fils de Pollion, savoir Saloninus .
D’autres ont vu dans l’enfant Horus,  le  fils d’Isis et du dieu à tête de faucon, Osiris, et l’éclosion à l’équinoxe de printemps  des œufs de faucon, qui donnera les œufs de Pâques. Ou encore, à cause en partie de la Vierge, le Christ (nova progenies, une race nouvelle). Saint Augustin, Lactance et les auteurs chrétiens, puis Dante,   ont vu chez Virgile l’annonce  de la naissance du Christ. En revanche, saint Jérôme,  dans une lettre, dit : « Ce sont là des enfantillages, et c’est pur charlatanisme que de prétendre enseigner  ce que l’on ne sait pas.  »
Mais aujourd’hui on voit plutôt en lui le fils, à naître prochainement,   du mariage d’Antoine et d’Octavie, la sœur d’Octave ( le futur   Auguste), cette Octavie  qu’il vient d’épouser et qu’il répudiera pour Cléopâtre en 36 ap. J. –C. ; ce pacte de famille est conclu pour éviter le renouvellement des guerres civiles et Virgile le voit comme la  promesse d’une nouvelle Arcadie mythique,  d’un nouvel âge d’or qui sonne le glas des terribles guerres civiles et  qu’il va chanter dans cette églogue .
 
 « Cet enfant aura part à la vie des dieux [Octave , son oncle, adopté par  César, et sa soeur Octavie ] ; il verra les héros [pluriel de majesté pour désigner Antoine, par flatterie, mais Antoine affirmait descendre d’Hercule et descendait donc d’un demi-dieu, d’un héros au sens propre] mêlés aux divinités [Octave], on le verra lui-même parmi elles,  et il gouvernera le monde pacifié par les vertus de son père [il héritera du pouvoir d’Octave dont Antoine est le chef de guerre] (Trad. Jean Giono). 
Au Vè siècle après Jésus-Christ, Macrobe, dans ses Saturnales (3,7, 2), nous apprend que Virgile a puisé dans un ostentarium (liber) ou livre des prodiges étrusque ses prophéties de fin du monde et de retour de l’âge d’or, ainsi que ses moutons multicolores. Les vers sibyllins de Cumes cités par Virgile complètent le climat. L’adunaton (impossibilité) caractéristique de l’âge d’or  est patent : l’abondance symbolisée pa     rle blé règnera, le raisin poussera  sur des ronces sauvages,  les chênes distilleront du miel lorsque l’enfant grandira. Virgile en parle comme d’un puer (vers 18, 60 et 62),   puer désignant   un adolescent jusqu’à dix-huit ou dix-neuf ans. « Lorsque tu pourras connaître la valeur et les héros, lire la geste de ton père (parentis, Antoine], la grappe rouge éclairera la ronce inculte, le miel scintillera  sur l’écorce des chênes. Quelques traces de l’antique malice ( savoir les guerres civiles] » (traduction de J. Perret).  La gestation de l’enfant dure curieusement  « dix » mois : certes, dix mois lunaires, soit neuf de nos mois, mais cette computation lunaire inhabituelle montre que nous sommes chez les déesses ou , peut-être,sont un rappel de l’ostentaire étrusque ; .
L’origine étrusque de l’ostentaire est à lier avec la Vierge, qui donne son nom à une  constellation dont le retour annonce le retour de  l’âge d’or  .   Astrea est le son nom étrusque  de la Vierge et c’ est l’altération en étrusque du nom syrien de la déesse, Atargatis.
Les quatre derniers vers(vers 59-63) dont le texte est corrompu et qui ont donné matière à controverse.   
Texte : Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem
-matri longa decem tulerunt fastidia menses- ;
incipe, parve puer, qui non risit  parenti  ,
nec deus  hunc mensa ,dea nec dignata cubili est.
Ma traduction : Commence, petit enfant, à montrer à ta mère que tu la reconnais en lui faisant risette  (car , à ta mère,  [Octavie] dix mois ont apporté de longs dégoûts),  commence, petit enfant : celui qui n’a pas souri à sa mère  [ Octavie],  un dieu [Antoine , cf le vers 15 : Ille deum vitam accipiet , où le génitif pluriel deum désigne Octave , sa sœur Octavie et  Antoine ] ne le  juge [parfait gnomique] digne de sa table, ni une déesse [Octavie]de sa couche.
Traduction de J. Perret, p.54, dans Virgile, « Ecrivains de toujours » :
 Petit enfant, commence à sourire à ta mère,
Ta mère, elle a pâti dix longs mois ennuyeux ;
Petit enfant, il faut avoir fait sa risette :
A ceux-là seuls, table des dieux , lit des déesses. »

Quintilien, au premier siècle après J. –C.,  a jugé que la  fin du texte  était  corrompue. Aussi l’ai-je corrigé sans vergogne (qui non risit parenti au lieu de cui non risere parentis  ou de cui non risere parentes).
Les commentateurs voient à tort dans ce garçon à naître  qui, selon moi est l’enfant d’Antoine et d’Octavie, Vulcain enfant (voir mon blog sur le rire sardonique), faute de comprendre que le sourire maternel d’Octavie n’est pas un rire de moquerie, mais, en même temps qu’un rire exprimant la délivrance et le soulagement d’une gestation portée à son terme, un sourire plein de tendresse, sourire d’affection que peut partager le père Antoine. Vulcain, alias Soranus, originellement, le dieu des sillons (de l’indo-européen swelk, sillon) était originellement le dieu étrusque de la fécondité agricole  et il  est devenu par la suite le dieu du feu.Sa mère se serait moquée à sa naissance de son pied boiteux et aurait éclaté de rire à la vue de l’enfant. Sa difformité fit que «  Minerve n’en voulut pas pour mari » (Marcel Pagnol).
Vulcain a eu comme mère Maia, celle qui nous a laissé le nom du mois de mai, et le « mari » de celle-ci était Picus, devin habile, fils de Saturne, autre dieu  de la fécondité de l’âge d’or. Picus a eu pour enfant Faunus (dont le nom correspond à Pan en grec), un Satyre ou Silène à pieds de chèvre et  à queue de cheval. Quand Pan naquit, sa mère eut peur de cet enfant à l’aspect  de chèvre et  s’en moqua de lui , éclatant de rire. Faunus , le « chèvre-pied », comme dit Ronsard,  a fondé un culte, celui des Luperques, où intervient le rire sardonique en tant que partie intégrante d’un rite.
Avant la procession, qui avait lieu  le 15 février, le prêtre immolait une chèvre, touchait le front de chaque  Luperque de son couteau sanglant, en essuyait la trace avec un flocon de laine imbibé de lait et, à ce moment, chaque  Luperque devait lui répondre en faisant entendre un éclat de rire rituel. On peut rapprocher leur confrérie de celle des Hirpi Sorani (les boucs de Soranus, autre nom de Vulcain) qui dansaient pieds nus sur des charbons ardents  en l’honneur de Vulcain.
Vulcain était d’abord le dieu de la viande crue ; ce n’est que  par la suite qu’il est devenu le dieu du feu et celui des aliments qu’on fait cuire. Dans le culte des hirpi sorani, on racontait que des loups étaient survenus au cours d’un sacrifice et avaient arraché à la flamme impie des morceaux de chair des victimes.


Allusions historiques obscures, pour lesquelles je donne la traduction de J. Perret, ulmien, qui fut mon professeur de latin en Sorbonne , étant rappelé que la IVè Bucolique fut  composée à Baïes en 40 ap. J. –C. :
«On songe encor à traverser les mers [allusion à Enée ?] ; il faut
Bâtir des  camps, forcer la terre par le fer.
Nous reverrons Tiphys [le pilote du navire Argo qui conquit la Toison d’or], une seconde Argo [la première guerre punique où la     flotte romaine est victorieuse des Carthaginois aux îles Egates près de la Sicile en -241],
D’autres héros [Scipion l’Africain]; nous reverrons encor des guerres,
Contre Ilion va repartir un grand Achille [César partant pour l’Egypte  à la poursuite de Pompée, ; à Alexandrie, nouvelle Troie, Cleopatra est l’équivalent d’Hélène].

Ces éléments sont transposés par la magie de l’ostentaire étrusque dans l’irréel, - un âge d’or qui commencera avec l’année du consulat de Pollion  et s’épanouira lorsque le fils d’octavie et d’Antoine aura pris le pouvoir , si bien qu’on a pu dire que ce n’était pas vraiment une pastorale. Pourtant,  il existe dans ce poème des éléments de bucolique pastorale malgré tout : le baccar, l’amome assyrien, plantes odoriférantes, la colocasie, l’acanthe, le sandyx [herbe rouge], le crocus [de couleur jaune, safran ou  gaude], le lierre, la ronce, l’ortie, le blé, le raisin, le chêne, la chèvre, les bœufs, les agneaux, les tamaris, les vergers, les bois. A noter que les béliers de  couleur jaune  safran  portent la couleur des prêtres de la déesse syrienne (comme aujourd’hui les moines bouddhistes).
On s’est interrogé depuis l’Antiquité sur l’identité de la déesse à laquelle la Constellation citée par le poète et annonciatrice de l’age d’or fait référence, savoir  la  Vierge. Pour certains , c’est la Vierge Marie et son fils :
1)             « Quarante ans à peine avant la naissance du Christ, Virgile annonce … qu’une ère nouvelle va commencer par la naissance d’un enfant », argumente Marcel  Pagnol.
2)              De plus, il a une double nature, divine et humaine ;  il est le fils d’un homme et d’une
femme, mais  « des dieux il recevra la vie »(trad. Perret).
 3) Comme dans la prophétie d’Isaïe, le lion jouera avec l’agneau, car il fera régner sur terre la paix et la douceur.
4) Le péché originel est évoqué par les mots scelus, forfait, crime,   et fraus, mauvaise foi, perfidie.
5) Le serpent, symbole du mal,  est présent, comme l’agneau  sanglant, symbole du Christ innocent sacrifié.

Ce sont certes des  similitudes troublantes ; mais,  selon moi, s’il y avait une Vierge , et puisée dans le traité étrusque  des prodiges, il ne pourrai s’agir que  de la déesse syrienne, dont le nom ne se dit pas, et sur laquelle nous avons un précieux opuscule du pseudo- Lucien de Samosate, La déesse syrienne, qui nous raconte une visite en Syrie, en-150 peut-être (voir mon blog Atargatis ,  la déesse syrienne),   au temple de Hiéropolis, nom qui en grec signifie la ville sacrée.  En effet, nous connaissons malgré tout le nom de cette mystérieuse déesse :   Astrée, Astrea en latin  (en grec Asreia),  la Vierge, : c’ était la fille de Jupiter et de Thémis (Justitia, la Justice divinisée )  et la  sœur de la Pudeur divinisée (Pudicitia).Elle régnait sur la terre au temps de l’Age d’or et répandait parmi les hommes les sentiments de justice et de vertu ;mais lorsque les mortels commirent des fautes contre les dieux et dégénérèrent, que la méchanceté humaine envahit le monde,elle se retira loin des villes d’abord, puis quitta la terre et devint une constellation. On voit qu’il s’agit d’une religion qui exalte les qualités morales. Dans un autre opuscule prêté aussi à Lucien, La mort de Peregrinus, l’auteur évoque la vie édifiante de ce sage qu’on a estimé être un des premiers chrétiens, mais qui est peut-être tout bonnement un adepte de la déesse syrienne.
Cette religion prophétisait la fin du monde par la survenue d’un deuxième déluge qui punirait les hommes mauvais : seuls dans le nouvel âge d’or seraient sauvés les bons,chrestoi en grec, et à ce propos il nous faut rappeler que l’une des premières apparitions du mot chrétien , chez Tacite, Annales, 15,44,   composées vers 110,  quos vulgus chrestianos appellabat, « ceux que la populace appelait les chrétiens », apparaît, non sous la forme attendue christianos ( du grec christos avec un i ,qui signifie  l’ oint du seigneur), mais sous la forme chrestianos, avec un e comme dans chrestos, bon, parfait, qu’on retrouve aussi chez Tertullien, Apologeticum,3,  composé vers 197.  Il est tentant  de considérer qu’il s’agit, non des chrétiens, mais des adeptes de la religion dont le nom est dérivé de chrestos, bon, l’idéal des adeptes de cette déesse syrienne fort ancienne. On a aussi une autre mention dans Suétone, Néron, 16, 2, composé vers 121 (« espèce d’hommes adonnés à une superstition nouvelle et nuisible », ce qui désigne peut-être les sectateurs de la déesse) et dans Apulée, les Métamorphoses, composées vers 161, où les adeptes de la déesse syrienne sont expressément évoqués comme p^rêtres mendiants   (la Pléiade, p .294) ainsi que  les chrétiens. Le christianisme à ses débuts sera proche de cette religion : au nord et à l'est de Hiéropolis, la ville de la déesse syrienne,  se trouvait Édesse (aujourd'hui Urfa, nom arabe de Vénus assimilée tant à Isis qu’à la Déesse syrienne). Selon la légende chrétienne, Edesse fut le premier royaume à devenir chrétien avec la présence ancienne d’Adam et Eve d’abord, puis celle d’Abraham. Un  plan d'eau contenant les poissons sacrés chers à la déesse existe toujours à Urfa, et il est consacré aujourd’hui à Abraham, en arabe Ibrahim.
Pour les adeptes de la déesse, l’Age d’or reviendra, annoncé par la naissance d’un sauveur.  Ainsi, dans Lucien, op .  cit. , 41 : « Dans la cour [du temple de Hiéropolis] paissent en liberté de grands bœufs, des chevaux, des aigles, des ours et des lions. Ils ne font de mal à personne; ils sont tous consacrés et privés ».  Virgile brosse dans la IVe églogue  à peu près le même tableau utopiste, peut-être emprunté également à l’ostentaire étrusque. La prophétie d’Isaïe, 11, 6, dit : « Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau , le lionceau et le bétail qu’on engraisse seront ensemble ; et un petit enfant les conduira .La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte, et le lion , comme le bœuf,  mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère. » . 

Etymologie d’Astréa
C’est l’altération étrusque du nom syrien Atargatis. Pour la Grèce, c’est le nom d’Atlas qu’il faut rapprocher de Astrea , comme celui d’Atlantis (de atar et de atis) doit être rapproché  de Atargatis. Atlas, cité par le pseudo- Lucien (La déesse syrienne, 18),  a participé à la lutte des géants contre les dieux et, pour cette faute, encouru de Jupiter une punition éternelle : soutenir le ciel sur ces épaules. C’était, selon Platon, l’aîné d’une paire de jumeaux issue de Poseidon et de Clito. Poseidon avait eu, dans le partage du monde, l’Atlantide et l’Atlantique.
Une forme araméenne du  nom d’Atargatis s'écrivait Ataratha, dont les Grecs ont fait Derketo, citée par Lucien (14). On peut en rapprocher l’indo-iranien Ahri-man, (la terrible déesse de) Rha-mnon-te, dont le nom est composé de Rha et de Men (la déesse de Commana).la déesse  Rhéa (en grec Rheïa), liée à Saturne,   Artémis. Le nom d’Atargatis  signifie peut-être l’épouse d’Atar ;  son image apparaît  sur une "variété déconcertante" de pièces de monnaie datant de la dernière partie du IVe siècle et du début du IIIe siècle avant notre ère et, au V e siècle de notre ère, la cité de Hiéropolis  avait encore un temple dédié à Atargatis (comme elle en avait un autre dédié à un avatar d’Isis,  l'étoile Vénus, Urfa). L’évêque chrétien de cette période a dû interdire l'auto- castration qui se pratiquait toujours en l'honneur de la déesse.  
Les Kurdes  appellent la cité d’Hiéropolis et la déesse Riha, les Araméens Orhai,  les Grecs Osroë,  les Arméniens Urhai, les Syriens Urhoy, ce qui semble signifier la ville de Rhéa (cf. le latin rabia, rage, transports furieux, transes comme celles qui agitaient la déesse), assimilée à Cybèle,  à Atargatis, à la Fortuna, souveraine  du monde.
  Pour nous, tri  dans le  Trimalchion du Satyricon est  une forme syrienne de  Atar (gata)  + melchion, roi, de melch signifiant roi, et d’un suffixe -ion, ou -ior, signifiant  fils de, cf. Melchior. Trimalchion signifie ainsi le roi dieu et constituait peut-être un titre rituel pour le royal époux  d’ Arargatis, assimilé  à Jupiter.  Lucien, dans De Dea Syria, 31, écrit : « [Dans l’enceinte du temple de Hierapolis],   sont placées les statues de Junon et de Jupiter, auquel ils donnent un autre nom. Ces deux statues sont d'or, et assises, Junon sur des lions, Jupiter sur des taureaux. La statue de Jupiter représente parfaitement ce dieu : c'est sa tête, son costume, son trône ; on le voudrait, qu'on ne pourrait le prendre pour un autre. »  L’ « autre nom » donné par les indigènes syriens est Atargatis pour Junon  et  Trimalchion pour Jupiter.
Le culte de cette déesse fut répandu dans tout le sud de l’Italie, Naples en particulier  sous le nom de Parthénopée (la Vierge Opis) et en Corse (voir mon blog sur le drapeau corse); en Asie mineure, à Ephèse, Artémis avait pour parèdre une vierge appelée Parhénopée, Oupis .A Ephèse se trouve   la maison qui aurait été habitée par Marie avant son Assomption qui eut lieu à partir de cette ville, ce qui montre la continuité entre christianisme et culte de la déesse syrienne. 
De nombreuses traductions existent (en prose : Giono ; en vers Paul Valéry, en prose rythmée  J. Perret) J’ai choisi  la traduction  de Marcel Pagnol :  

« Muse sicilienne, il faut changer de style.
Les humbles tamaris, les buissons inutiles
Ne plaisent pas à tous dans leur rusticité.
J’abandonne Tityre à sa douce indolence
Et que,  du fond des bois, les échos du silence
Soient dignes du consul qui m’écoute chanter.



Voici l’âge dernier prédit par la Sibylle. 
Voici venir, d ‘un pas solennel et tranquille,
Des siècles révolus le cycle renaissant.
La Vierge brille au font de la voûte nocturne
Et, pour la race d’or du règne de  Saturne,
L’enfant prodigieux du ciel vers nous descend.

Et toi, chaste Lucine, à celui qui va naître,
Accorde ta faveur .C’est par ce nouveau maître
Que la race de fer disparaîtra demain.
L’âge d’or  nous ramène à l’époque première,
Le règne d’Apollon commence, et sa  lumière
Resplendit de nouveau sur tout le genre humain.

C’est toi qui des grands mois conduiras le cortège,
Pollion ! Tu seras le consul qui protège
Les hommes accablés par le mal et la mort,
Et si de notre crime il reste quelque trace,
C’est toi qui vas enfin délivrer notre race
De l’éternelle peur, de l’éternel remords…

L’enfant, prédestiné par sa haute naissance,
Vivant chez les humains, sera d’une autre essence.
Il voit les dieux assis parmi les demi-dieux…
Lui-même, il a son rang dans la troupe éternelle
Et, fidèle héritier de l’âme paternelle,
Il gouverne la paix d’un monde radieux.

Pour orner de présents ce siècle qui commence
La terre fournira, sans effort ni semence,
Une nappe de fleurs autour de tes berceaux,
Le baccar à l’odeur de miel et d’ambroisie,
Le lierre vagabond et la colocasie
Et la rieuse acanthe aux graciles arceaux…

La chèvre d’elle-même apporte aux bergeries
Son pis gonflé de lait. Au bétail des prairies
Le lion dévorant offre son amitié…
Le serpent va mourir, et l’herbe vénéneuse
Est morte ; au lieu d’ortie et de ronce épineuse,
L’amome assyrien pousse au bord du sentier.

Mais dès que tu liras les leçons de l’histoire,
Les héros  et ton père et leur longue victoire,
Et que de la vertu tu sauras la valeur,
Alors, le blé doré sur la plaine moutonne,
Le doux raisin mûrit sur les buissons d’automne
Et le chêne  de fer distille un miel de fleurs…

Mais tout n’est pas payé  de ta faute première
Sur la mer ténébreuse où tremble une lumière,
Le pin navigateur porte encor le marchand,
Les remparts meurtriers  gardent toujours la ville,
Il faut toujours, penché sur l’araire servile,
Dans le sein de Cérès pousser le soc tranchant.

Puis un second Tiphys , sur un nouveau navire..
Et des héros pareils à ceux qui le suivirent
Partent pour conquérir une autre Toison d’or,
La guerre de nouveau saignera sur la plaine …
Sous une autre ilion, qui garde une autre Hélène,
Farouche, un autre Achille égorge un autre Héctor.

Mais déjà tu parviens à la saison virile.
L’inutile marin, sur la vague stérile,
Ne porte plus les fruits d’un travail épuisant….
Tout climat produit tout. L’herbe est luisante et drue….
Plus de serpe à la vigne, aux champs plus de charrue
Et du front des grands bœufs tombe le joug pesant.

De trompeuses couleurs n’imprègnent plus la laine.
Le bondissant bélier des verdoyantes plaines
Nous garde une toison qui ne mentira pas.
Il est vêtu de pourpre, ou de safran d’Espagne.
Coloré d’écarlate, un agneau l’accompagne
Et broute le sandyx qui saigne sous ses pas…

Sur l’ordre du destin humblement accordées
Les Parques, les trois sœurs aux vieilles mains ridées,
Ont dit : « Filez, fuseaux, ce siècle de bonheur ! »
Enfant chéri des dieux dont tu as la nature,
Du puissant Jupiter noble progéniture,
Il est temps de monter au faîte des honneurs.


Vois ! Le monde  vers toi penchant sa lourde sphère
Te salue… Et la mer, et le ciel, et la terre,
Tout proclame sa joie au seuil des temps nouveaux…
Puisé-je au soir lointain d’une vieillesse heureuse
Garder assez de souffle et d’ardeur généreuse
Pour chanter dignement ta gloire et tes travaux !



Le fils de Calliope, en son divin délire,
Ni Linus, inspiré par le dieu porte- lyre,
N’égaleraient mon chant, par les cœurs entendu…
Et Pan lui-même, dieu des chants et de la flûte,
Et toute l’Arcadie arbitrant notre lutte,
Pan baisserait la tête et dirait : « J’ai perdu ».


 Du fond de ce berceau  que tous les dieux chérirent,
Petit enfant, connais ta mère à son sourire ;
Elle a subi pour toi dix mois fastidieux…
Ouvre tes yeux brillants de rêve et de chimères :
Celui qui n’a pas vu lui sourire sa mère
Ne s’est jamais assis à la table des dieux.


Victor Hugo évoquait la  « lumière étrange  »  qui se dégageait des vers de Virgile. Dans cet esprit, voici quelques vers anciens :

                                  



     A Virgile 
                                                         Virgilius : Virgo
                             I
Semeur mystérieux d’une tristesse obscure,
Sur les guérets sanglants que le divin Amour
Défonça, déchira, retourna, d’un labour
Dont personne que toi n’as senti la blessure,

Virgile, tes moissons, tes combats, tes pâtures,
Ont aux Muses redit jusqu’à la fin des jours
L’accord du sang farouche et de l’alme séjour
Qui vit naître et grandir la romaine aventure :

Mais la forêt de myrte et ses buissons secrets,
Agitant nos soucis, nos désirs, nos regrets,
Te racontent toi-même, ô Vierge taciturne,

Toi, ta chère Didon, votre gémissement
Près de l’ancien époux, loin du nouvel amant,
Lunes qui vous glissez sous les branches nocturnes !
                               II
 Lunes qui vous glissez sous les branches nocturnes,
Allaitez doucement la mémoire des Morts :
Le vin pâle et doré qui coule de vos urnes
Refleurisse à jamais les Ames et les corps !

Le murmure est tari de la fausse rivière,
Les flots de ce Léthé sont un rêve qui ment.
Le lys épanoui de vos glauques lumières
Chante :-TOUT CE QUI FUT DURE ETERNELLEMENT.

O trésor d’Eleusis, ô dépouille de Cumes,
Vers dorés de Samos à Parthénope inscrits,
Bûchers accumulés où la sagesse allume
Le faisceau prolongé des flammes de l’esprit ;

Et vous, lunes glissant sous les branches nocturnes,
Miroirs virgiliens qui opposent dans le soir
Aux célestes flambeaux la Vierge taciturne,
O larmes, fleur et fruit des graines de l’Espoir.

Le vain mot de tristesse est la mystique amphore
Où les Dieux ont caché le froment du Retour
Pour le temps que les feux d’une nouvelle aurore
Mûriront sa douceur dans l’âme de l’Amour.