C’est un Albigeois qui a découvert à l’île des Pins le
graphomètre de Lapérouse.
Un déporté politique à l’île des Pins, amnistié le 20 octobre 1877 et rentré en France par le Navarin, Antoine Bonnemaison, originaire d’Albi, a déposé au musée de
la Marine un graphomètre trouvé par lui à l’ïle des Pins.
Antoine Philippe Bonnemaison
était né le 28 novembtre1831 à Albi ; il était marié, sans enfant
et employé d’imprimerie à Paris. Les Archives nationales, Bû 24732, BB27, et H
colonies 72, reprises par le Dictionnaire
ouvrier de Maîtron , nous apprennent que cet ancien voltigeur de la Garde
devint, pendant le premier siège de la Commune, sergent au 150 e bataillon et
après le 18 mars 1871 fut élu capitaine ; dans la nuit du 6 au 7 avril il
fut dénoncé comme ayant pris part à l’engagement de Neuilly. Mais il s’inscrivit en faux, affirmant être rentré
auprès de sa femme dès le 20 mai. Son logeur et aussi son patron, imprimeur -lithographe qui l’avait
employé dix ans et qui était secrétaire de la Chambre syndicale des patrons imprimeurs
témoignèrent tous deux en sa faveur . Le 13e conseil de guerre
l’avait condamné, le 29 novembre1871, à la déportation simple à l’île des Pins,
où il publia un journal, -peine commuée en six ans de détention le 15 octobre
1876. Son patron écrivait le 24 août
1877, peu avant la remise de peine définitive qui eut lieu le 20 octobre 1877:
« je n’ai jamais pu le
remplacer ; c’est le seul homme qui se soit montré jusqu’à ce jour digne de ma de confiance ». Il était
tout disposé à le reprendre lorsqu’ilserait rentré en métropole. A Paris, cet enfant d’Albi, ce compatriote de Lapérouse, déposa au Musée
de la Marine, sans réclamer de récompense, le graphomètre qu’il avait trouvé avec son étui à fleur de lis dans la case canaque d’une tribu aujourd’hui disparue à Ouaméo,
nom d’une des cinq communes de l’île des Pins, en particulier de celle où il résidait. Mais Ouaméo est peu
connu et il fut déchiffré Ouambo, puis
altéré en Nimbo, lieu de déportation
des condamnés à la déportation en enceinte fortifiée sur la presqu’île Ducos,
où il n’y avait jamais eu ni tribu ni case canaques. Coïncidence qui n’en est
pas une :Bonnemaison était né à
Albi,ce qui l’a peut-être amené à accorder de l’intérêt à un indice du passage de son compatriote dans cette île du
Pacifique.
D’où provient ce graphomètre ? Les Instructions prescrivaient
à Lapérouse : « En quittant les îles des Amis [Tonga], il viendra se
mettre par la latitude de l’île des Pins, située à la pointe sud –est de la
Nouvelle-Calédonie ; et après l’avoir reconnue, il longera la côte
occidentale. » Lapérouse arrive au sud de la
Nouvelle-Calédonie, mouille à l’îlot
Amere, comme Cook, et reconnaît l’île
des Pins une première fois, puis
reconnaît le sud –ouest de la Nouvelle-Calédonie., avant de retourner à
l’île des Pins.
Les graves incidents au cours du second passage à l’île des pins et le
vol d’un précieux graphomètre.
Il se produit alors un
incident meurtrier avec les insulaires : nous le connaissons grâce
à Bouquet de la Grye qui avait recueilli en 1856 , (Bulletin de la Société de Géographie 1858) le témoignage du fils du grand chef Ti Toorou, savoir
Ti-ote : « Aussitôt mouillés, plusieurs canots s’en détachèrent ,
chargés de monde, et se dirigèrent vers la
côte. Les naturels saisis de frayeur avaient fui sur le plateau
supérieur : quelques-uns, plus
braves, accostèrent les étrangers qui avaient eu quelque peine à descendre à
cause de la houle. Les témoignages d’amitié qu’ils en reçurent encouragèrent
leurs camarades qui, mêlés dès lors aux matelots, ne songèrent qu’à s’emparer
d’eux et de leurs richesses (wandu,
outils). Le moment du réembarquement fut choisi comme signal de
l’attaque ; mais, surpris par le bruit, nouveau pour eux, de la
mousqueterie, ils s’enfuirent dans les
bois, abandonnant trois morts et plusieurs blessés. Les blancs, de leur côté,
après une recherche d’eau douce infructueuse [et d’un graphomètre qui leur avait été volé],
retournèrent à leurs vaisseaux qui, après « un coup de tonnerre »,
disparurent bientôt ».
Jules Garnier (novembre 1869, Bulletin de la Société de Géographie) a interrogé un mélanésien de
Gadgi (au nord de l’île) : ses ancêtre avaient aperçu, un matin, pour la première fois, deux grands navires qui étaient mouillés à l’îlot Amere. Un peu plus tard, les deux grands vaisseaux vinrent à nouveau mouiller dans les mêmes
parages. Les rapports entre les
indigènes enhardis et les marins se terminèrent mal, à la suite de vols d’armes et d’outils. Jusqu‘au
départ régna la panique. « Le tonnerre éclatait sur les côtes ». Le
vol d’outils comprend certainement le vol d’un
graphomètre à boussole et à
pinnule destiné à faire des relevés à terre (l’île des Pins n’avait pas été
suffisamment relevée par Cook). C’était
l’un des « quatre théodolites, ou
graphomètres, à lunette et sans lunette, pour mesurer les angles à terre et
lever les plans » indiqués par l’Etat
des instruments. Il échoua dans une case canaque de Ouameo où A. Bonnemaison
le retrouva et le remit à Paris au Musée de la Marine.
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