vendredi 29 juin 2018

ESSAI D’EXPLICATION DES TUMULI DE L’ILE DES PINS


ESSAI D’EXPLICATION DES  TUMULI DE L’ILE DES PINS

Origine naturelle
  Les deux hypothèses d’une origine naturelle, géologique ou animale des tumuli.
1) En Australie, on a trouvé des stromatolithes, c’est-à-dire des colonnes calcaires fossiles formées par l’activité de bactéries. Pascal Philippot, au CNRS, Institut de physique du globe, Paris, a étudié ces bactéries , très nombreuses d’il y a 2,72 milliards d’années, vivant dans des lacs  hypersalés et peu profonds  et capables de se nourrir d’arsenic,  malgré la toxicité de cet élément. Le seul fait d’avoir déposé des détritus de coquillages sur le plateau de l’île des Pins, comme sur l’îlot Koniene, pourrait  avoir stimulé l’activité bactérienne. On pourrait supposer que les courants ou  les vents ont accumulé des terres latéritiques autour de ces colonnes.
2) Un  mégapode pourrait, selon ses partisans,  être  le  bâtisseur du cylindre et du tumulus.
1Worthy, Trevor H. (2000). "The fossil megapodes (Aves: Megapodiidae) of Fiji with descriptions of a new genus and two new species.". Journal of the Royal Society of New Zealand 30 (4): 337–364. doi:10.1080/03014223.2000.9517627. 
2 Worthy, T., Mitri, M., Handley, W., Lee, M., Anderson, A., Sand, C. 2016. Osteology supports a steam-galliform affinity for the giant extinct flightless birds Sylviornis neocaledoniae (Sylviornithidae, Galloanseres). PLOS ONE. doi: 10.1371/journal.pone.0150871
3"Object: Fiji Scrubfowl, Megapodius amissus; holotype". Collections on line. Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa. Retrieved 2012-08-18.
Bien que je ne souscrive pas à cette  hypothèse, je tiens à la rappeler : des spécialistes du Jardin des Plantes,- même si d’autres  ont plus tard contesté l’ identification avec ceux d’un mégapode, qu’ils ont faite des ossements, découverts par leurs soins,  ont relié une tradition de l’île des Pins que j’avais rapportée dans le bulletin de la SEHNC , Société d’Etude Historique de la Nouvelle-Calédonie (« Deux oiseaux fossiles de Nouvelle-Calédonie, bulletin n° 29, 2e tr. 1976, savoir : un oiseau noir aptère appelé du et une sorte de dindon)  à l’existence d’un grand mégapode présent dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée sur l’île Waigeo, localité de Jeimon (Aegypodius brujnii ou talégalle de Bruijin). Celui-ci constitue la seule espèce d’oiseaux qui ne couve pas ses œufs mais, au lieu d’un nid, construit un monticule d’incubation haut de 2 mètres avec toutes sortes de débris,  si bien que, au centre, se forme un cylindre organique sur lequel le mégapode dépose ses œufs et les recouvre de terre. Le mâle porte trois caroncules rouges et une crête noire. Les mégapodes, en voie d’extinction, étaient largement répandus aux Philippines, en Indonésie, en  Australie, aux Fiji,  et existaient   à l’île des Pins, si l’on se fie à  la tradition locale que j’ai rapportée.
Mais les zoologistes penchent aujourd’hui plutôt pour un rattachement au Mégapode noble de Fiji, Megavitiornois altirostris,  éteint, qui ne pouvait bâtir de telles colonnes et de tels monticules, étant donné la configuration de ses pattes. Il couvait ses œufs comme les poules qui lui sont apparentées. Cette hypothèse semble donc  devoir être également rejetée.
Discussion.
Les trous de poteau signalés par Luc Chevalier, au sommet ou à côté des tertres, incitent, selon moi, à préférer une origine humaine.

L’origine humaine. Citons l’article du docteur  J. Exbroyat :  « Les tumuli de l’île des Pins, un système d’irrigation ? », bulletin de la SEHNC  n°146, 1er tr. 2006.
C’est le professeur de géologie Paul Avias qui, le premier, attira l’attention sur ces tumuli.  On connaît sa théorie des Aïnous comme occupants  de la Calédonie et de l’île des Pins.  
Introduction : Les monticules de coquillages de l’îlot Koniene, en face de Koné. 
J’emprunte à Max Shekleton (Bulletin de la SEHNC, n°158, 1er tr. 2009, « « Walkabout du 14 juillet 1941, sur l’îlot Koniene en Nouvelle-Calédonie, par Wilfred G. Burchett ») la description suivante :
« Alors que nous traversions l’île vers la côte faisant face au récif, nous avons rencontré des hectares et des hectares de coquilles en tout genre y compris des huîtres, des bénitiers, des conques et bien d’autres coquillages qui me sont inconnus, des monticules entiers formés de masses compactées de ces coquillages. Mon guide [originaire de Lifou] m’indiqua qu’on les trouvait jusqu’à une profondeur de deux mètres. Deux mille tonnes ont déjà été prélevées  pour en faire de la chaux et l’impact sur la ressource est insignifiant ; mon hôte [Jules Calimbre] est convaincu qu’elles représentent des siècles d’accumulation alors que l’île était un lieu de festins pour les indigènes se rendant au récif à marée basse, récupérant les coquillages par pirogues entières et  revenant sur l’île pour un festin et un pilou- pilou… « Mais ce n’était pas seulement un lieu pour festoyer », mon hôte interrompit ainsi mes pensée. «  Venez par ici ! ». Et,  en me retournant, je remarquai un grand banyan. Nous nous en approchâmes lentement, les coquillages s’écrasant en poudre sous nos pas. A l’ombre, sous les racines du banyan, se trouvait une possibilité d’explication horrible pour ces festins.   Des os blanchis y étaient éparpillés et, scrutant la pénombre, je pouvais voir les orbites vides de crânes humains. Lisses, gris et polis, il y en avait à tous les stades de conservation, certains dont les dents étaient intactes. Il y avait des os de bras et de jambes, certains avec des traces de fractures. En certains endroits, les racines et les branches avaient entouré les ossements humains, -bien implantés dans le bois de l’arbre, -laissant supposer que les corps avaient pu être placés sur l’arbre même. « Il y avait des centaines de crânes quand je suis arrivé, mais les Javanais les ont dispersés et jetés. Pas les indigènes. » Le guide de  Lifou  apprend au journaliste  qu’il ne s’agissait pas de cannibalisme, mais de tombes.
  Il est gênant que les populations noires appelées Tuas par G. Païta aient ravagé le site gorouna dont les monticules de coquillages compactés  sont le seul  souvenir. En revanche, les squelettes à même le tapis de coquillages ou déposés sur des arbres qui ont poussé par la suite sont récents et sont l’œuvre de ces Tuas.
Au Japon :   les dépôts de coquillages associés aux tombes.
Chez les Djomons du Japon, c’est sous le tumulus que se trouvent les ossements.
On peut songer aux kanjo dori qui sont des sépultures collective, d’une hauteur de 0, 50 à 5 mètres et d’un diamètre de 30 à 75 mètres ;  le montant de terre est estimé à 300 m² : il faudrait 25 personnes travaillant  pendant 123 jours pour remuer cette terre en provenance du puits funéraire voisin, un homme remuant 1 mètre cube par jour .Ces tumuli sont associés à des dépôts coquilliers du Djomon final. Il y  a 14  kanjo dori  contenant de 1 à 21 puits funéraires à Kiusu près de Chitose.
Au Japon préhistorique,  à Terano– Higashi, on compte 127 dépôts coquilliers (et 804 dans la région entière), nombre qui serait plus proche du nôtre : 300 tumuli  à l’île des Pins. Il y a 1108 dépôts djomons au Japon ; d’autres avancent le chiffre de 4 000 mais en comptant des dépôts de période plus tardive .Les archéologues japonais pensent qu’il s’agit au départ de détritus d’ordures qu’on aurait transformés, au fil du temps,  en  tumuli funéraires.  
  A l’île des Pins, c’est à Vatcha,  qu’on a  trouvé des poteries lapita. Or, ce toponyme évoque le catcha de Lifou, c’est-à-dire ces débris coralliens qui ont donné à Gaitcha (Lifou) son nom,  et il est intéressant de voir associées  poteries lapita et  débris coquilliers. Il faut décomposer les mots Vatcha, Gaitcha ou catcha en un mot signifiant coquillage en djomon, kai, et  un suffixe de collectif  en
 –ka : on a kaika, puis  Gaitcha.
L’habitation de l’île des Pins, est construite sur le modèle du catamaran monda aux Indes avec double plancher, c’est-à-dire un plancher à claire-voie qui reproduit  le plancher surélevé où l’on mettait passagers et marchandises à l’abri des embruns, autant que faire se pouvait, et un plancher inférieur, en contact avec la mer dans le cas du catamaran.  Ce type d’habitation  est répété dans le catamaran ou dans le  praoh djomon (aînou), car  pour les Gorounas,  habitation, embarcation et tombe doivent être bâtis sur le même modèle. La pirogue, personnelle,  est sacrée et son propriétaire veut s’y faire enterrer comme le guerrier gaulois dans son char.   C’est le plancher inférieur, en contact avec  la terre dans la  réalité, mais  pour les Gorounas avec la « mer» à travers des coquillages encore vivants offerts en sacrifice, qui  va recevoir le cadavre pour sa putréfaction. Le praoh aïnou (pirogue) devenu tombe  est renversé ou posé verticalement et démâté,  ou bien avec un mât qui s’enfonce dans la terre en signe de mort, l’utilisateur n’en ayant plus l’emploi .
 L’explication des tumuli avec deux trous à leur sommet et de leur cylindre central  de chaux.
Voici le scénario,  tel qu’on peut vraisemblablement le reconstituer pour expliquer les quelque 200 ou 300 tumuli de l’île des Pins :
1) une  maison sur pilotis funéraire est bâtie à l’occasion du décès,  où cohabitent,  pour le  temps du deuil,  les parents du défunt et le cadavre ; la maison a deux planchers à claire-voie  et  le cadavre est mis à pourrir sur le plancher inférieur,  à ras du sol, au-dessous du  second plancher,   avec ,  sur le cadavre   des coquillages encore vivants ;
2) au bout d’un certain temps, une fois les chairs décomposées, les parents  recueillent  le crâne et le squelette, ils les placent dans une jarre lapita pour ce qu’on appelle  une inhumation secondaire. Ils construisent ensuite un mât, sous la maison, avec des blocs de coraux et des coquillages, puis  brûlent à grand feu  l’habitation sur pilotis et les coquillages amassés. Ils édifient  autour du mât, formé de coquillages spathifiés, concassés et compactés, transformés en chaux  sous l’action de la chaleur,  un tumulus qui imite la forme d’une pirogue   renversée. C’est le cylindre de coquillages transformés en chaux qui constitue le mât de la pirogue,  renversée en signe de mort. Ils mettent  la jarre avec les reliques  au pied du tumulus ;
3) plus tard, intervient  la levée de deuil  avec  transport de  l’urne funéraire au bord de la mer, dispersion des restes dans l’océan et bris de la jarre sur la plage ; 
4) éventuellement, un substitut du mort en une matière quelconque :   nacre, argile, pierre etc., le remplace  sous la forme d’une « tête de monnaie » conservée par les parents.
 Si le conservateur du musée de Nouméa Luc Chevalier a trouvé deux pieux de soutien dans l’un  des quatre tumuli éventrés par ses soins,  ce sont des quatre pilotis qui  appartiennent à  une maison mortuaire sur pilotis.
Les tumuli récents, œuvre des Tibawés.
 Les quelque 200 ou 300 tumuli de l’île des Pins ne relèvent peut-être pas tous des mêmes rites funéraires et certains, plus récents, peuvent être l’œuvre, non des Gorounas, mais de leurs premiers successeurs, les  Tibawés, comme l’indique aussi  la présence de pétroglyphes à l’île des Pins sur le pic N’Ga, pétroglyphes qui, selon G. Païta,  sont l’œuvre des Tibawés et non des Gorounas. Les Tibawés , -gorounas métissés,- se sont installés assez souvent dans le voisinage de leurs parents et devanciers, les Gorounas : ainsi ont-ils fait à Koné avec les tribus de Tiaoué et de Cradji ou , sur la côte est , avec celles de Tchamba. On trouve dans la vallée de Tchamba des tumuli qui présentent,  par rapport à ceux de l’île des Pins ou de Païta,  la particularité d’être clos d’une enceinte de pierres circulaire. Les Tibawés avaient occupé aussi l’île des Pins, où les toponymes N’Ga et Gadgi (ces deux derniers se retrouvant à Païta) en témoigneraient selon G. Païta. Il y a d’ailleurs trois tumuli et des menhirs  à Païta.  Le nom de Gadgi évoque celui de Cradji près de Poya.  Cradgi semble  bien être le  nom  tibawé  de ces monticules préhistoriques  de coquillages  appelés kaizuka au Japon et sambaqui au Brésil.
 D’où viennent les mots gadji ou cradji. ? Ils sont apparentés à l’aïnou kai, coquillage, avec un suffixe  de pluriel  ainou en –ki. Au singulier, sans le suffixe de pluriel –ki,  on a la forme N’ga (de kai), le pic de 250 m  de l’île des Pins ou celui de Païta étant comparés à un  coquillage pointu. A noter qu’il existe aussi  des sortes de menhirs à Cradji.
  Un trou figurait aussi au sommet de certains tumuli récents, selon une indication orale recueillie par Luc Chevalier. Ce trou aurait pu servir à  planter au sommet de ces tumuli récents, au demeurant très peu élevés,   une perche ou rame,  aujourd’hui disparue,  dont le bout variait selon le sexe de l’individu ;  c’est ce qu’on retrouve dans les cimetières  ainous actuels observés par Ruffié et  dans les cimetières ouigours fouillés par les archéologues chinois dans le bassin du Tarim et  dans les cimetières  ainous actuels observés par Ruffié
  Au nord du Tibet, dans l’immense désert de Taklamakan , des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens (ce sont des ouigours ou ibères) aux cheveux châtains et au nez long, datant d’il y a 4 000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache , avec un mât de bois situé à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe : pour les hommes , le sommet est effilé, symbolisant,selon les archéologues chinois, des phallus,  tandis que , pour les femmes, le sommet serait plat et  peint en noir et rouge, évoquant des vulves. On peut toutefois se demander si le mât renversé des Djomons n’a pas cédé la place, chez les Tibawés, pour les hommes, à la rame  (à la proue du bâtiment) permettant de se diriger  dans les eaux de l’au-delà et pour les femmes à la navette ou la quenouille, attributs de leur sexe que les Chinois n’ont pas compris. O’Connell ; en Micronésie décrit cette habitude en précisant qu’il s’agit de fuseau (spindle) ou de quenouille (distaff). Les couleurs noire et rouge  rappelleraient les maternels et les couleurs blanche et rouge  les paternels.


  D’autre part,  le fondateur de l’hématologie, Jacques Ruffié,  alla observer, en 1978, les derniers Ainous d’Hokkaido, ces parents des Gorounas. Il  note qu’à Nibutani les tombes sont surmontées « d’un curieux poteau de bois dont la partie supérieure sculptée varie avec le sexe du mort ».

Un nom de « polissoir » peu connu : celui de grael ou graal


Un nom de « polissoir » peu connu : celui de grael ou graal
Au moment de mettre un point final à mon étude des mégalithes dans le monde : Europe, Perse ,  île de Pâques , Costa Rica, Amérique du sud, Tonga, Laos,  étant rappelé que je m’intéresse essentiellement  à l’âge  de la pierre et non à celle de l’âge de bronze ( pour spécialistes, savoir mes blogs  sur les gravures et  sculptures des statues-menhirs et pétroglyphes , souvent liés selon moi à la circoncision, au totémisme et à la chasse ou à la pêche), même si je me suis penché sur les tokhariens pour des raisons personnelles, je m’aperçois que je n’ai guère traité de la littérature chrétienne concernant, au Moyen Age, les « ressuscités des dolmens et des polissoirs ». Je rappelle, pour les spécialistes, que j’ai commis une étude fouillée  sur Wolfram d’Eschenbach dans un  blog. Je rappelle aussi que les noms à l’origine dévolus respectivement aux   dolmens, aux  « polissoirs » et aux  menhirs  passaient parla suite  de l’un à l’autre indifféremment par la suite.
Chronologie vraisemblable : 1) Avant 1161 : (Robert) Khiôt de Boron : Estoire del Graal, perdu, dont s’inspire Wolfram von Eschenbach ;  
Perceval en vers,  perdu, qui serait le livre dont Chrestien deTroyes s’inspira (« le livre prêté par le comte de Champagne ») ;
2) Chrétien de Troyes, vers 1175,  Perceval, dont l’histoire s’arrête au vers 6438 (« le conte s’arrête ici de parler plus longuement de  Perceval ») pour reprendre le fil, avec La quête du Graal,   là où finissent les aventures de Perceval et où débutent celles de Gauvain  ;
3) Wolfram von Eschenbach, en allemand, Parzival, vers 1200,  a lu les deux oeuvres de Chrestien , désapprouve le rôle confié à Galaad en tant que conquérant du Graal au détriment de Perceval par Chrétien et affirme suivre  de près l’Estoire del Graal de Khyôt.
La première apparition dans la littérature française du mot graal au sens de vase sacré, mais aussi, selon une anagramme, au sens de livre religieux  (Evangile de saint Jean , ou plus probablement de Saint Nicodème)
 Ce serait graal , au sens de vase sacré, dans l’œuvre perdue  de Khyôt, au moins dans son titre,  l’Estoire del Graal, mais aussi dans le même ouvrage,  selon une anagramme, au sens de livre religieux  (l’Evangile de saint Jean , ou,  plus probablement,  de Saint Nicodème), puis au sens de vase sacré dans l’œuvre de Chrestien , Perceval, au vers  3158.
La première apparition en français du mot graal au sens de « polissoir ».. 
Ce serait dans l’œuvre de Wolfram,  Parzival.
1° Etude sommaire de la vie et l’œuvre de  Khyot de Boron.
La  phrase qui suit est la seule citation de Quiot de Boron que, grâce à Wolfram,  nous possédions ; il est vrai qu’elle serait tirée du prétendu manuscrit trouvé à Tolède : « Une légion d’anges déposa sur la terre le graal, au sens de  «  polissoir » ou de dolmen,  (trop lourds  pour avoir été installé et maniés  par des êtres humains),  
« Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur »,
 comme dit le poète, puis remonta au plus haut du firmament. Confié à un pêcheur (altération du nom du dieu des enfers, Phorkheus, gardien des dolmens),  le graal  disparaîtrait, car il n’admet en sa présence que ceux qui en sont dignes : il a donc fallu désormais, pour le garder, le rejeton baptisé d’une race pure [sans péché, Perceval]. » Avec le  nom de Liddamus, -peut-être une mauvaise leçon pour li-dan, dolmen (li) aux urnes,- donné par Quiot de Boron  à un personnage que Chrestien n’a pas cru bon de nommer, ce sont les seuls vestiges du texte de Khyot de Boron.  
Laissons la parole à Wolfram  à la fin du Parzival : « Maître Chrestien de Troyes [dans la Quête del saint Graal] a raconté cette histoire d’une façon infidèle et il y aurait de quoi éveiller la colère de Quiot  qui nous en avait donné, lui, la version authentique. L’homme originaire du village de   Boron  raconte véridiquement que [Perceval] le fils d’Herzéloïde hérita du Graal qui lui était destiné et dont son père Amfortas avait été déchu. C’est depuis  la ville de  Boron  que nous fut transmis, en région allemande, le récit authentique et la conclusion de cette aventure. Quant à moi, Wolfram d’Eschenbach, je n’en veux pas dire plus long que le maître [Quiot de Boron] n’en a dit. J’ai parlé du véritable Perceval, de son berceau et de ses illustres parents. Je l’ai conduit là où son destin le voulait. »
Un indice que  Perceval, de Quiot de Boron , est bien l’œuvre dont  s’inspira Chrestien  est une  déclaration faite par  Quiot et    citée par Wolfram déclaration que l’on passe généralement sous silence parce qu’elle jette bas beaucoup de systèmes,  à la fin  de l’Estoire del Graal : « je suis le premier à raconter l’histoire du Graal avant tout autre », et parce que ,  par conséquent,  il a précédé Chrestien : chez Chrétien,  le mot graal apparaît au vers  3158 , mais ce n’est  pas la première apparition du mot dans la littérature française, puisque Quiot de Boron  en avait déjà fait usage, ne serait-ce que dans son titre : le (poème) roman (en langue romane et non en allemand ni en latin, ni en gallois) de l’estoire du Graal.  De même, c’est Boron qui, le premier, emploie l’expression « service du graal » que Chrestien reprendra. De même également, avant Chrestien, Quiot de Boron, avec son Perceval en vers perdu, est l’introducteur de Perceval dans la littérature française.  Chrétien n’aura plus qu’à se servir du personnage, déjà connu des lecteurs, aussi bien dans Erec et Enide (1160) que dans Cligès, avant de se décider à lui consacrer un conte entier, Perceval , et de l’abandonner au profit de Galaad dans La queste del Graal.

La  source  de Wolfram  est   ainsi, de son propre  témoignage, Quiot de Boron, auteur de l’Estoire del Graal et  d’un Perceval en vers perdu. Wolfram  est, comme son modèle  Quiot de Boron, le champion  de Perceval comme candidat à la  royauté du Graal. 
La source de Chrestien de Troyes est   également Quiot de Boron : ce dernier, Kiot,  aurait suivi dans son Perceval perdu  un manuscrit écrit en syriaque ancien et  trouvé par lui à Tolède  et une   chronique d’Anjou en latin. Le comte de Champagne, protecteur de Chrestien, lui prêta  le livre de Quiot de Boron, Perceval
 On ne sait rien de Quiot de Boron.  Il savait le latin,  est allé  à Tolède et aurait  appris le syriaque ancien. Peut-être était-il  le protégé d’un duc d’Anjou et  avait-il  assisté à des cérémonies du rite byzantin à Constantinople dans l’église Sainte Sophie au cours d’une croisade.
Les noms de famille au XII e siècle, à l’époque de leur création.
Chrestien de Troyes n’a pas de prénom, pas plus que Wolfram  d’Eschenbach . Quiot est un  nom de famille bien attesté,   écrit parfois Quiot dans la Meuse aujourd’hui, mais écrit  le plus souvent Quillot. Son état-civil est  ainsi Rober Quiot   de Boron, ou Borron, ville située  dans le territoire de Belfort.
  2) Etude sommaire de la vie et l’ œuvre de Wolfram d’Eschenbach. . Eschenbach est la région de la naissance de Wolfram, qui  évoque, op. cit.,  p.67, son lieu de naissance exact, Truhendigen en Bavière, et  la misère qui était parfois  la sienne en ces termes : « la cruche ne s’inclinait plus très souvent  pour verser l’hydromel ; les crêpes ne chantaient plus guère dans la poêle de Truhendigen, pour eux, cette musique était finie. » C’est ainsi qu’il évoque  le   lieu de sa naissance, près de Wassertruhendingen, à 5 kilomètres d’Eschenbach. Plus haut, il a évoqué le comte de Wertheim, son protecteur, qui céda la paroisse d’Eschenbach à l’ordre germanique des Templiers et qui le fit admettre dans cet ordre initiatique. Il a dû être le protégé d’Aliénor et être présent à la cour à Domfront. Surtout ce Bavarois, qui a fait de Wildenberg en Bavière le château de  Wildenburg, nom qui sera traduit par  Montsalvage (wilden), a hanté la cour du comte  Gautier de Montbéliard à Montbéliard, où il a peut-être rencontré notre fameux Quiot,  qui ne venait pas de loin, puisqu’il était originaire de Boron. Nous savons encore par une confidence qui lui échappe dans son Titurel qu’il n’avait pas d’enfant.

Mon condisciple au Lycée Louis –le-Grand et ensuite à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, Joël Grisward, ce disciple favori de Georges Dumézil,  a très justement écrit  dans sa contribution à Georges Dumézil à la recherche des indo-européens, de Jean-Claude Rivierre, « dans le Parzival  , de Wolfram d’Eschenbach , le graal n’est pas un récipient, mais  une pierre » .
Quelle est cette pierre ? Un polissoir ou un dolmen ? C’était, en tout cas, « une pierre turquaise , donc un mégalithe préhistorique . On appelait pierres turquoises  les dolmens parce qu’on en prêtait la construction aux Turcs. On attribuait la création de ces  mégalithes aux Infidèles qu’on appelait indifféremment Turcs ou Sarrasins, par exemple   la Table des Sarrazins, un dolmen de Mantilly dans le Passais en Normandie , ou bien la Pierre turquoise, une  allée couverte dolménique  de Beaumont-sur-Oise dans la forêt de Carnelle (Val d’Oise)  .  dolmen de la Pierre à Gargantua, près de Fontenay- sur- Conie.  Pierre turquaise est l’homonyme de la pierre précieuse bleue appelée turquoise. C’est « une pierre précieuse que traversaient les rayons du soleil et qui tirait son nom [lapis-lazuli] de son éclat » (le lapis-lazuli, orthographié lapsît exilis,  est interprété par Flegetanis , l’auteur présumé du manuscrit qu’il a trouvé à Tolède, chez Wolfram comme lapsus ex caelis, la pierre turquaise  pierre tombée du ciel et qui a conservé la couleur bleue du ciel . On confondait le lapis-lazuli, l’émeraude (à rapprocher de  l’émeraude qui « constitue » le coussin supportant le graal et  celle qui orne le front de Lucifer, littéralement « celui qui porte la lumière ») et la turquoise, ainsi appelée en raison du fait qu’on avait découvert cette dernière en Turquie.
Le graal, pour Wolfram, est donc  une « pierre turquaise », un  dolmen, que seuls des anges ont pu porter, vu son  poids,  et poser au sol.
Les anagrammes de Wolfram. 
1)      L’anagramme contenue dans le nom de Khiot de Boron et dans le nom  de  Tolède : c’est le mot (religion) orthodoxe, le x  étant rendu par la lettre grecque khi (dans Khiôt),  le t et le  d étant présents dans Tolède comme le o et le e.
Une autre anagramme confirme la première. Ce sont les trois mots église bisantine et graal, au sens de polissoir ou dolmen (cf . l’historique du mégalithe , trop lourd  pour avoir été installé et manié  par des êtres humains , cité par Wolfram  comme de Khyot : « Une légion d’anges déposa sur la terre le graal,  
 puis remonta au plus haut du firmament. [Le mégalithe fut
alors ] confié à un pêcheur (altération du nom du dieu des enfers, Phorkheus, gardien des dolmens, et cf . le Roi Pêcheur),  [car autrement]  le graal  disparaîtrait, étant donné qu’ il n’admet en sa présence que ceux qui en sont dignes : il a donc fallu désormais, pour le garder, le rejeton baptisé d’une race pure [sans péché, Perceval ») . Ces mots sont contenus dans le nom de l’inspirateur prétendu de l’œuvre de Khyot, savoir Flegetanis –Salamis et, pour le b initial, dans  roBert de Boron  
La ressemblance des cérémonies du rite liturgique orthodoxe, en particulier la Grande Entrée, avec le cortège du Graal,  est saisissante et on peut la situer à Noël.  
Une  procession solennelle  ouvre la liturgie byzantine de  la messe.    [Joseph d’Arimathie] frappe le pain  eucharistique, ainsi fractionné en hosties  avec l’hagia longue (hagia [ machaira ] qui  signifie  [couteau] sacré, long couteau triangulaire, servant à découper des hosties , pendant   la phosphora (iera), fête aux flambeaux, depuis  l’Amnos (l’Agneau, Evangile selon Saint Jean, 18, 28 ) à la prothèse (exposition des hosties consacrées dans un ostensoir), et il prononce en latin  le verset de l’Evangile de Saint Jean , 19,29 : « Un vase était là rempli d’un vin amer. On mit au bout d’une lance une éponge imbibée de ce vin avec un extrait de noyaux d’amandes amères, et on l’approcha de sa bouche ; quand il eut pris de ce vin, Jésus dit : « Les Ecritures sont accomplies »  ; le célébrant place ensuite l’hostie sur  le diskos, petit plat, patène,  disculus en latin, ayscl en gallois ( mot venant de disculus). 
La Grande Entrée commence alors. L’ordre est le suivant : des lecteurs du livre ou graal, graduel chanté entre l’office et la prose sur les degrés (gradus) de la cathédrale, portent des cierges allumés, puis viennent  le prêtre avec le calice,  le diacre avec le diskos (patène), puis un célébrant avec la lance, un autre avec l’éponge (spongia en grec)et d’autres avec les Evangiles et les reliques. A noter que la lance, hyssos en grec, remplace l’hysope de l’Evangile classique : c’est la lance  qui a servi à donner à boire au Christ avec l’éponge trempée dans un vase contenant un vin amer, ce n’est pas la  lance d’un  centurion romain qui aurait  ouvert le flanc du Christ : le passage de l’Evangile de saint Jean  relatif au percement du flanc du Christ avec une  lance  , 19, 33 :ils trouvèrent Jésus déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes ; l’un des soldats,  de sa lance,  lui perça le flanc et il sortit aussitôt  du sang et de l’eau »a été rajouté par la suite,  semble-t-il.
On  trouve pareillement dans le cortège du Graal  la lance, le graal , ajout qui correspond au calice  [un vase à pied en or contenant du vin, symbole du sang du Christ , auquel les fidèles ne doivent pas toucher], couvert de la patène [un vase  en forme de petite assiette creuse qui sert à couvrir le calice  et à recevoir l’hostie une fois celle-ci  consacrée ),  le tailloir d’argent correspondant au diskos qui sert à exposer les hosties non encore consacrées, enfin   le cortège aux chandelles.
Quiot avait assisté à Constantinople,  à l’église Sainte Sophie, à une telle cérémonie pour la Noël. . Notons aussi que  Thierry d’Alsace, le père du protecteur de Chrétien, un certain Philippe,  avait apporté à Bruges le sang du Seigneur.
Les divers sens et étymologies du mot graal.
1°graïl ou graille ,  du latin craticulum, désigne un gril ou une grille, par suite et par métaphore un « polissoir » comme celui d’Arrou , appelé précisément les Grilles du diable, à cause de’ ses  stries spectaculaires . Telle est la pierre à laquelle Joël Grisward fait allusion. De « polissoir », le mot a passé au dolmen, comme le confirme le mot féminin gralepois, de graale et de pese, du latin pensa, suspendue, pour désigner un dolmen cette  fois.
graël ou graal,  du latin gradualem, , désigne un graduel, c’est-à-dire des versets  qui se chantaient à l’office, sur les degrés du jubé ou de l’ambon, ou bien un livre d’église contenant ce qui se chante au lutrin pendant la messe, ou bien enfin, n’importe quel livre ou registre .
graal, du latin cratalem, de cratella, diminutif de crater. En grec, kratèr  désignait  un  grand vase où l’on mêlait le vin et l’eau pour y puiser avec les coupes ordinaires, plus petites et désigne un bassin dans un roc, une cupule, par exemple dans la tragédie de Sophocle, Œdipe à Colonne, vers 1593, ou dans Platon, Phèdre 111 d. Chrétien parle d’ « un graal » : il était donc loin d’être unique. C’est ce que les spécialistes de la préhistoire appellent les cupules ; elles sont abondantes sur les « polissoirs », que ceux-ci soient énormes ou au contraires très petits et donc portables jusqu’au malade ;  on leur rendait un culte, elles étaient considérées comme sacrées et leur eau passait pour une panacée miraculeuse. On va passer du dolmen (« pierre turquaise ») et du « polissoir » chez Kiot et chez Wolfram au seul « polissoir » pour le « service du graal » (la cupule dans un petit «  polissoir »)  chez Wolfram et chez Chrestien. On peut supposer que,  pour ce « service », on puisait l’eau sacrée avec un petit graal de pierre dans une grande cavité d’un « polissoir » imposant. Ce « service » prolongeait la tradition indo-européenne de la graha que rapporte,  dans Orion ou Recherches sur l’antiquité des Védas,  Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak rappelle que graha est le nom en sanskrit d’un récipient sacrificiel utilisé le jour de la pleine lune du 24 décembre, et que chaque jour de la semaine avait sa propre coupe. Le culte des cupules (creux artificiels ou naturels dans le roc) remplies d’un liquide rouge est souvent associé aux polissoirs. La cratera de Joseph d’Arimathie peut avoir hérité du sens indo-européen de graha.
  Dans Orion ou Recherches sur l’antiquité des Védas, Tilak nous explique comment, pour les Hindouistes,  le solstice d’hiver, dans la région « polaire », où leurs ancêtres habitaient,  avait lieu le jour de la pleine lune de Phâlguna, nom d’un des 12 mois lunaires correspondant à janvier et consacré aux Mânes des ancêtres. Le sanskrit Phâlguna (à rapprocher du nom de la Paphlagonia et du grec phlegô, brûler en parlant du soleil, radical indo-européen bhelg-, grec phlox, flamme, latin fulgur, foudre, fulgo, fulmen ,védique bhrajate (le sanskrit varunah, le grec ouranos, ciel, le latin Urania, relèvent de la même  racine, mais avec deux  labio-vélaire : bhwelgw)   doit aussi être rapproché de l’irlandais  fal (g), dans la pierre de Fal, nom du menhir qui criait lorsqu’il se heurtait à un roi. Pour leurs cousins Parsis en Perse, les 5 jours de l’année qui commence sont appelés les jours Fravardigan, de phwargduna, et le mois de janvier, mois où l’on célébrait aussi les mânes des ancêtres appelés frohar,de phregwar, ceux qui ne sont que flamme solaire,  est appelé Fravashinam,de phwragwa .  Les frohar, c’est-à-dire les représentants spirituels des défunts incinérés, sont l’équivalent,  pour les Hindouistes des pitri, les mânes des pères.  Pour les Hindouistes,  les fêtes du Pitriyana peuvent s’étendre sur cinq jours seulement ou bien sur une quinzaine de jours (un mois pour les Occidentaux) pendant lesquels les âmes  des pitri  viennent dans les maisons de leurs parents  vivants.
  Les auteurs vont jouer sur les sens de ce mot graal. Ainsi s’expliquent d’autres énigmes de Wolfram.
Les énigmes de Wolfram.
 Les énigmes sont bien dans le goût du Moyen Age et nous en avons décelé, dans le Parzifal (entre 1206 et 1216 ?) de Wolfram. Il y  en a quatre   que nous allons tenter  de déchiffrer.
  1) Voici  la première énigme   : « les caractères A, B, C »  permettent de déchiffrer le manuscrit «  arabe » (syriaque ancien, dit-on) découvert à Tolède par Quiot de Boron .
Nous sommes renvoyés, par ces lettres  A,  B, C,  à l’abaque ou tailloir, synonymes désignant un  polissoir préhistorique avec ses stries parallèles. Tel est le sens de cette   énigme qui fait   manifestement allusion au  mystérieux graal, au sens de « polissoir ».   
  Le mot tailloir évoque, à cette époque,   un plat  avec des rigoles où coule le sang de la viande découpée, mais il peut aussi désigner la tablette  qui supporte le chapiteau roman, lui-même orné de crânes sculptés. Chez  Chrétien,  ce tailloir  ou plat en argent serait  un symbole de la lune et on y découpe un cerf, symbole de la lune et de l’année  finissante au 24 décembre. Au vers 3218 sqq de son Perceval : « le premier mets fut d’une hanche d’un  cerf de haute graisse, épicé au poivre…Un jeune homme a, devant eux,  découpé la hanche de cerf au poivre qu’il a d’abord tirée à lui sur le tailloir d’argent, puis il leur en présente les morceaux sur une large galette.  »
2) La 2e  énigme : interviennent dans  Parzifal  « deux couteaux tranchants » qui font allusion à  l’hagia longue (hagia
 [ machaira ] qui  signifie  [couteau] sacré, long couteau triangulaire, servant à découper des hosties , pendant   la phosphora (iera), la fête aux flambeaux de la liturgie byzantine. On peut aussi y voir una allusion à   deux menhirs du Passais, appelés les Pierres- couteaux: le menhir du manoir du Perron à Passais-la- Conception et le menhir de la Châtaigneraie à Saint- Siméon.
 3) 3e énigme,  la lance qui saigne que nous trouvons dans le cortège du Graal renvoie à un autre menhir de la région, celui de la route de Banvou près de Saint- Bômer-les -Forges appelé la Pierre lance. A l’époque, on connaissait la phrase du Christ (Apocryphes, Epître de Barnabé, Agrapha, 12, 1) : «  quand un bois aura été couché et relevé, et quand du bois couleront des gouttes de sang, la fin des temps sera proche » et le Messie reviendra. La lance qui saigne est le signe pour les millénaristes que la fin des temps est proche (1200), ainsi que le salut pour les hommes qui ont vécu avant la mort du Christ, comme les squelettes qui sont dans les urnes entreposées dans les dolmens normands, qui eux aussi seront sauvés par le Messie.
 4) 4e énigme : le  cortège du Graal.  Il y avait dans la région de Passais, sur la route de Banvou, un  dolmen troué  et l’allée couverte dolménique des  Creux,  en granit roussâtre, avec trois cupules et une rigole. Le mot creux, au pluriel ici pour désigner chacun des éléments composant l’allée couverte, est un   doublet  dialectal de graal, graus ou craus ,  est le  nom d’un autre  dolmen de la région, Le  Creux de la fée,et vient lui aussi  du grec  cratèr, diminutif cratella,  donnant grazel , attesté en provençal, puis crael, creu:   comme cratèr, il désigne les bassins dans le roc ou  cupules sur le  dolmen ou sur  le  « polissoir ». C’est ce mégalithe qui donnait lieu à des cérémonies chrétiennes autour de Domfront où résida      it Chrétien , à la cour d’Aliénor d’Aquitaine, et qui a pu inspirer Chrétien, d’autant que le dolmen  est lié à Perceval parce qu’il est un dolmen troué et que Perceval est le héros qui se fait lui-même en sortant par ses seuls moyens du dolmen,  bouché à son entrée une grosse pierre comme celle du tombeau du Christ.;
Chrestien de Troyes  a certainement assisté à ces cérémonies autour du dolmen du Creux. Ces processions  qui reflétaient de vieilles traditions  commençaient dans une allée couverte encore appelée la Table- au- Diable, table païenne de tous les mets et boissons aux yeux des croyants (cela deviendra dans l’oeuvre le repas plantureux du graal, le banquet de réveillon).
On peut en rapprocher certains vestiges de superstition , comme à  Brèches,  en Indre-et-Loire,  sur la route de l’ancienne voie romaine du Mans à Tours, avec un  menhir qui a  un mètre soixante quinze de haut. « A son sommet,  écrit Louis Bousrez, existe un creux … Dans ce trou, où l’on peut mettre la main comme dans un bénitier, on trouve, de temps à autre, des pièces de monnaie et certains comestibles, pain, fruits, fromages, etc., offerts par des gens qui attribuent à la pierre des propriétés merveilleuses. Ces objets sont déposés en offrande, sans aucun but charitable, car l’on sait bien que personne ne peut les apercevoir de la route et que les comestibles sinon l’argent sont perdus.  » Ceci rejoint la tradition des banquets offerts aux mânes des défunts le 24 décembre.
Cette Table -au-Diable dolménique , rectangulaire et réputée maléfique ,  chargée de victuailles et devenue chez Chrestien   la Table du Graal  , s’opposait, pour les Chrétiens rigoristes, à la Sainte Table chargée du calice  pour le vin et du ciboire  pour les hosties,  ainsi qu’à celle  des Chevaliers de la Table ronde. Perceval le « nice »,  le simple, frappé d’un tabou, d’une leis  celtique, qui lui interdit de  poser la question rituelle salvatrice  de savoir pour qui est ce service du Graal (pour les morts incinérés, aux cendres entreposés dans les urnes du  dolmen, et morts avant la Résurrection),  ne rompt pas l’envoûtement qui empêche ces hommes du dolmen d’être sauvés et laisse leurs  cendres dans leur état maudit. En expiation, avait lieu, sur les mêmes lieux  une procession dite des Anges (figurée dans une grande fresque à l’église de Passais- la- Conception dans la région), le lundi de  la Pentecôte et le  vendredi saint.


La lance et les chandeliers «  à dix chandelles » (Chrétien), 10 pour les 10 mois de l’année primitive (décembre est le nom du dixième mois).
  La  lance est qualifiée en ces termes par Chrestien, au vers 3129 sqq. : « Un jeune homme sortit d’une chambre, porteur d’une lance blanche qu’il tenait empoignée par le milieu [pour ne pas se brûler les mains à ce  contact incandescent]. Il passa  par l’endroit entre le feu et le lit (de laye, dolmen dans le conte de Khiot) où ils étaient assis, et tous ceux qui étaient là voyaient  la lance blanche et l’éclat blanc de son fer. Il sortait une goutte de sang, du fer à la pointe de la lance,  jusqu’à la main du jeune homme coulait cette goutte vermeille. » La croyance que lorsque le bois, puis  la lance saigneraient, la fin du monde serait proche et que les hommes incinérés se trouvant dans les dolmens seraient sauvés et ressusciteraient était alors largement répandue .
C’est la lance de Lug, rapportée depuis les  îles originelles  de Scandinavie jusqu’au Pays de Galles,  une lance de feu  qui jette des étincelles et dont les blessures sont mortelles : ainsi, Celtchar a-t-il été tué par une goutte de sang qui avait coulé de la hampe  de cette  lance. Tenue par un héros irlandais, elle est comparée à un chandelier, dont la branche principale est l’axe solsticial et dont les dix  chandelles  renvoient aux dix  mois  de l’année primitive dans les régions du cercle arctique, vite éclipsés par la naissance du  soleil après un  long  temps d’obscurité. Au vers 3164 : « Quand la porteuse du Graal fut entrée dans la pièce, avec le graal qu’elle tenait, il se fit une si grande clarté  que les chandelles en perdirent leur éclat, comme les étoiles au lever du Soleil ou de la Lune. »






vendredi 22 juin 2018

Les Tokhariens B ou Kouchéens.


DU NOUVEAU SUR LES STATUES-MENHIRS DU TARN ET DE L’AVEYRON AIBNSI QUE  SUR LES AUTEURS DES GRAVURES , DES COUSINS DES ETRUSQUES, LES TOKHARIENS B OU KOUCHEENS . 



Chez les Romains, on disait qu’on ne  peut parler de civilisation que lorsqu’on peut se déplacer partout en sécurité ;.Tel était à peu près le cas autrefois,  et , en 1977 encore , je pus visiter la Bactriane de l’Antiquité. . Dans son ancienne capitale,  Termez,  où avaient eu lieu quelques  fouilles, j’achetai à un « indigène » une lampe funéraire en argile trouvée dans un tombeau.  Elle représente ,   en argile avec engobe verte  , un prêtre du feu(Agni, cf . ignis en latin)« tokharien » B  avec moustache et barbiche très courte,  avec un chapeau pointu en paille tressée  en forme de chevrons, , un collier auquel semble s’attacher à droite  ce que les descriptions de statues-menhirs appellent une pendeloque en y , descendant jusque sur la jambe gauche, à gauche le baudrier des descriptions, à l’extrême gauche une sorte de repli serpentin fermé  ,  des épaulettes ( ce qu’on appelle omoplates –crochets dans la description des statues-menhirs), une ceinture avec boucle rectangulaire.  A l’extrême gauche, accroché à la 2e branche du y, pend une sorte d’insigne  avec deux chevrons (est-ce l’ « objet » mystérieux des descriptions des statues-menhirs, étui pénien ou poignard ?),   Les trous pour la lampe sont au niveau des oreilles et du nombril, d’où , comme un cordon ombilical sacré, montent les flammes de la lampe vers le Créateur.











 Qui sont les Tokhariens d’abord ? Ce sont deux peuples indo-européens, partis d’Europe.  Les Indo-européens  orientaux se subdivisent en indo-aryens (indiens parlant le sanskrit et népalais) et en iraniens (avestique, vieux –perse) .Les « Tokhariens » sont des peuples  qui , au premier millénaire avant notre ère,étaient installés à l’ouest du Turkestan chinois et qu’on divise en deux langues : A ou Agni (cf. latin ignis, le feu), B ou koutchéen (du nom de la capitale  de Bactriane, Koucha, qui signifie cité  en tokharien).
La langue de Koucha, ou Tokharien B.
Turkesthan ,Afghanisthan,   Kurdhisthan, Usbekhisthan sont des mots de composition kouchéenne .  Turkhesthan signifie le  pays des Tokhariens, et non des Turcs, et vient de tokhar-i-sthan , comme Kurdh-i -sthan ou Usbek-i -sthan , à comparer avec d’autres formations en -tania : Aqu-i –tania, Br-i-tania(de iberi-tania) , etc.
Il y avait au moins trois  gutturales à appendice sifflant en indo-européen, ks (ci-dessus), gsh, gswh.
1° Ks : le nom de Koucha, la ville.
La correspondance entre indo-européen ks ,  grec kt, sanskrit ks, avestique s,ou xs, arménien é, latin cs,simplifiée en s à l’initiale et après r,   vieux  haut allemand hs, irlandais t, , koutchéen k°s  est bien établie :   par exemple,  pour koucha, la cité, il faut partir d’un radical ksei avec n  o  infixé souvent  , le k étant un q qui donne kw, ,qui signifie  fonder, établir, à rapprocher du  dorien ktoina ,  de ksoina,  homérique eu-ktimenos, bien fondé, amphiktiones, signifiant  établis à l’(entour,   ktitès,, fondateur, delphien Foikos, établissement, maison correspondant au latin vicus, quartier,  et  villa, de vik-la, ferme, grec   pnux, tribune, acropole, de kseni , donnant  pw°nisk,  sanskrit kseti, ksiti demeurer, ,avestique saeti, siti, à  rapprocher du sanskrit pur, ville, de kwser -, du  lituanien pilis , des doublets grecs ptolis et polis  . Le latin est intéressant : urbs, la ville, mot d’origine étrusque, donc tokharienne, vient,  par métathèse religieuse,  de ksur , psur  , donnant urps, puis urbs. Le latin Quirinal est à rapprocher du dorien  Ktoina ,  de ktwosinal et du nom de la capitale tokharienne  Kucha,de kwosi(nal), donnant kwosi(n)a, donnant kusya , kuscha. ;  Qurites , correspondant à grec politai, citoyens, vient de quisites, de kwis-,  par  rhotacisme, comme Quirinal, de quisinal.. .Enfin civis , citoyen, vient de skiv- , de ksi-v.
Citons un autre exemple : latin orcsos donnant ursus , ours, grec arktos, sanskrit rksa, avestique aresa,  arménien arj, irlandais art, de l’ indo-européen rkso-.
gzh : le nom de la Tokhar-isthania.
Nous pouvons, grâce à i-sthania, compléter le Traité de  Phonétique grecque de Lejeune, p. 32, appuyé sur les travaux de A. Cuny (Revue de phonétique, II, [1917], p ; 97-133) et E.  Benveniste (Bull. Soc. Ling. , XXXVIII,[1937], p .139-147) en notant d’abord que le - i- est un morphème de composition qui se retrouve en latin (ex .  agr-i-cultura), et que la correspondance entre khth, du grec, ks du sanskrit , gd du phrygien , d de l’irlandais avec l’indo-européen gsh  peut être complétée par le kouchéen , par exemple : pour le mot terre, patrie , sthania, qui nous occupe :    sanskrit ksam, de ghzem, avestique zam, de ghzem, phrygien zémélô , de ghzem,  phrygien gdan, irlandais du (accusatif don) de gdon , dorien gdana donnant, soit  dâ (cf . Daamètèr, Démétér, la Terre-Mère) , soit  gâ, de gana  donnant grec .  La forme sans sifflante est  largement attestée : grec chamai, chamèlos,   latin humus, humilis, le  basque herria, de henria, du doublet indo-européen sanbs sqifflante  ghem .
gswh : le nom des Tokhariens et des Etrusques, Tusci en latin.
Le nom de tokharien est à rapprocher de celui des Etrusques, Tusci en latin, de Torski, qui signifie les destructeurs, les anéantisseurs,  d’une racine gswher , détruire. Le latin  ulciscor, et  vulnus , blessure , viennent de la même racine , savoir pour ulciscor de (gs)whk, le k étant une métathèse du g initial assourdinen k,, + suffixe désidératif –sk,  , chercher  à nuire, vouloir tirer vengeance , l et pour vulnus, blessure,   de (gs)whel+ n infixé
 Il y a correspondance entre grec  phth , sanskrit ks , avestique gz, ,koutchéen kts ou khws :  grec  phtheirô ou (glose) pseirô, de psariô,  détruire, sanskrit ksar, avestique gsar , tokharien B :avec métathèse du r voyelle donnant or  , du s et du k,  torskoi,  de ktsoroi, torskoi ; les tokhariens, tokhares , de ghzwares, avec métathèse du kh ghtwakhares, tokhares.  
  Ceux qui seraient effrayés par l éloignement asiatique des Tokhariens par rapport au Tarn et à ses statues-menhirs peuvent songer aux Etrusques, bien plus proches.

 Le royaume de Bactriane est, à l’époque, koutchéen.et de religion mazdéiste . Ils pratiquent le culte des ancêtres et adorent Ahura Mazda, ahura, de sawura ,aryen sawel, , gothique savil, crétois abélios, latin sol, grec èelios, désignant le soleil , et de ma, grand , et de za,de dyan,  latin diem, jour, lumière,  ou Iovem , Jupiter,  sanskrit dyam , ancien accusatif grec Zèn pour Zan ,  du nom de la lumière dei-w  , soit la grande lumière du soleil , créatrice de toutes choses. Leur hache de pierre polie, éventuellement emmanchée ,   est appelée  cherma ou chermadion en grec homérique, du radical déjà vu  de gswher, détruire,, et elle est utilisée dans l’Iliade  ( cf. .Vinci, p. 136), en même temps que l’arc et les flèches et que les glaives de bronze.  Ils pratiquent la circoncision.
Mon propos ici n’est pas d’élucider le sens de tous les  symboles graphiques  qu’on voit tant sur ma statuette que sur les statues-menhirs. Toutefois, j’insinuerai seulement que l’insigne situé à gauche , à l’emplacement du cœur du prêtre,  est celui d’Ahuara Mazda, que les deux chevrons représentent  à l’origine  l’ondulation des flammes sacrées devenues par la suite les ailes d’oiseau sacré qui doivent porter au ciel l’âme du guerrier.  Citons les noms de deux statues-menhirs dont 1 perdue à Maz d’AzaÏs, venant de mazda, à Montlaur (Aveyron), cf. Mas –Viel à Mounès-Prohencoux (Aveyron) et Mas –Capelier, à Saint-Izaire (Aveyron). Citons aussi le nom d’une autre statue-menhir ,
Les Arribats, de Ahura Mazda donnant  arri-batsa,   à Murat
-sur- Vèbre dans le Tarn. Mon but est seulement d’établir un lien entre les Koutchéens et les statues-menhirs du Tarn.
Illustration prise, p.25, dans le livre de Jean-Pierre Serres, Les statues –menhirs du Rouergat, 1997, Musée archéologique de Montrozier.