vendredi 18 septembre 2015

Le rhinocéros marsupial fossile de Nouvelle-Calédonie

Le rhinocéros marsupial fossile de Nouvelle-Calédonie

Au siècle dernier, on avait  trouvé, dans les alluvions aurifères  du Diahot, près de la mine de Fern Hill, non loin  de Manghine, une dent fossile que H. Filhol , en 1876, avait  rapportée à un rhinocéros fossile (« Note sur la découverte d’une dent de rhinocéros fossile à la Nouvelle-Calédonie » dans Annales des Sciences naturelles, Paris, 6e série Zoologie et Paléontologie, tome III , art. 2, 1 p.). En 1876, la dent fut donnée au Musée national d’histoire naturelle de Paris. Elle a été récemment étudiée plus soigneusement et, pour  les chercheurs (Guérin, Winslow,Piboule et Faure, dans Geobios, n°14, fasc. 2, P . 201-217, 4 figures, 2 tableaux, 1 planche, Lyon, avril 1981, « Le prétendu rhinocéros de Nouvelle-Calédonie est un marsupial (ZYGOMATURUS DIAHOTENSIS nov. Sp.) , solution d’une énigme et conséquences paléogéographiques » .Elle appartient bien à un rhinocéros , mais un rhinocéros marsupial diprotondonte, voisin des wombat, genre Zygomaturus, espèce nouvelle Zygomaturus diahotensis, parente du Zygomaturus,trilobus de Tasmanie et d’Australie (Billabong, Australie Occidentale et Queensland),ainsi que de Nouvelle- Guinée (diprotodontes pliocènes appartenant à la même sous-famille) datant du Plio- Pleistocène.  Une  conséquence importante est que, beaucoup plus tard qu’on ne le pensait, au pleistocène -pliocène, il y avait passage à pied sec  de l’Australie (et donc de la Papouasie-Nouvelle-Guinée) à  la Nouvelle-Calédonie. « on peut imaginer, écrivent les auteurs de l’article cité, que cette connexion était établie par l’arc insulaire prolongeant la pointe Sud- Est de la Nouvelle-Guinée, ou encore plus probablement par un chapelet d’îles passant par le plateau du Queensland et le prolongement Nord de la ride de Lord Howe, secteurs dont la bathymétrie est actuellement inférieure à 1000 m. » La ride de Lord Howe était  une sorte de pont continental dont témoigne l’existence de deux grands râles , l’un sur l’île de  Lord Howe, l’autre sur la Nouvelle-Calédonie. Le grand râle de Calédonie, Tricholimnas lafreyanus, éteint, analogue à celui  de l’île de lord Howe, Gallirallus sylvestris, éteint aussi en raison de l’action de convicts tasmaniens échappés qui se sont nourris de leurs œufs (voir mon article, Les quatre squelettes de Walpole, bulletin n°184, 3e tr. 2015).
La logique voudrait donc que l’on puisse trouver des animaux parents de l’ornithorynque australien en Nouvelle-Calédonie.
Le teganpaïk, présent en Calédonie,    une sorte d’otarie  à long cou, parente de l’ornithorynque, Megalotaria longicollis Heuvelmans 1965.
  Selon  B. Heuvelmans, dans Sur la bête des bêtes ignorées, tome 1,  p.133,  ce mammifère marin   a été entendu pour la première fois en 1801 en Australie.   « En juin 1801, le minéralogiste Charles Bailly et ses compagnons de l’expédition de Nicolas Baudin s’enfonçaient dans l’intérieur des terres après avoir donné le nom de leur bâtiment, le Géographe, à la baie de la côte occidentale.  Et soudain les voilà glacés de terreur par un rugissement terrible, plus bruyant qu’un beuglement de taureau, et qui semble sortir des roseaux de la rivière des Cygnes. Terrorisés, nos hommes ne demandent pas leur reste et s’éloignent à toutes jambes. Mais il ne fait pas de doute à leurs yeux qu’une bête aquatique formidable hante le nouveau continent. » Or, dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, où j’avais   aussi  trouvé des dents que j’avais attribuées à des  otaries,un vieux mineur ,  Edouard Normandon,  a raconté avoir  entendu s’élever des marécages de l’embouchure du Diahot l’effrayant rugissement d’un animal, et les Mélanésiens ont confirmé ses dires, tandis que  des métropolitains incrédules se gaussaient et cherchaient à expliquer le phénomène  par le cri d’un lion évadé d’un cirque du temps des Américains ! Le  nom  de ce mammifère marin subsiste dans le nom de la tribu littorale de Touho teganpaïk (de tegan, serpent de mer, et de païk, « long-cou » du type du  héron des récifs [Ardea sacra albolineata]. Cela correspond  au katenpaï d’Australie  (katenpaï est la métathèse religieuse de tekan- paï). D’autres tribus aborigènes l’appellent tunatapang (tunata, métathèse  de  tutan-a, de tukan-a, et pang de païnk).
Le toponyme Terenba en Nouvelle-Calédonie a la même origine : la palatale g devient souvent r. Il  garde le souvenir de la présence aperçue du monstre sur cette plage marécageuse.Ce mammifère marin (Heuvelmans Op. cit. p.125, tome 2 et  Peter Costello, dans A la recherche des monstres lacustres,  p. 233) pondrait des œufs mais allaiterait ses petits comme l’ornithorynque et ressemblerait à  une otarie à long cou,avec une crinière blanche et à trois bosses,  caractérisée par des rugissements rappelant ceux d’un lion.      
 Maoris et  Polynésiens  semblent avoir été frappés par  l’allaitement maternel  des petits d’otaries à la surface de la mer, les pores des bosses diffusant le lait. Rien d’étonnant dès lors si les tiki (nom pouvant être apparenté à tegan ,tuka,  serpent de mer) autrefois gravés par trois dans des dents d’otarie aux Touamotou, en gardent le souvenir, car on peut être tenté de  voir dans ces figures inexpliquées que constituent les tikis de Nouvelle-Zélande la représentation d’un embryon d’otarie à long cou, dans lequel  les Polynésiens voyaient le début de toute vie. Pour eux, le fait à partir de  l’œuf  cosmique, de passer à l’allaitement emblématique des vivipares représente l’histoire de la vie,  depuis  son origine à notre époque. D’autre part, le  haka  (de taka, serpent  de mer ?) peut imiter le cri du teganpaïk.Tonga-tapu,  Tiga sont aussi apparentésq à tiki.
 Ainsi, la Nouvelle-Calédonie n’a-t-elle pas été isolée du continent australien et elle garde des traces de sa faune préhistorique. .











 

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