samedi 7 mars 2015

D’où vient la tête de maure du blason corse?


Le Serpent de mer géant en Corse, origine lointaine de la tête de maure.

  Les Cantabres, peuple ibère de Tarraconaise en Espagne,  ont donné leur nom en latin  à un étendard, cantabrum. Cet étendard portait  une  tête de Serpent de mer,  niger en langue ibère, qui signifiait originellement  serpent, et non pas noir, sens secondaire (cf ; Montenegro, le mont du Serpent). Ceci a donné la tête de nègre ou de Maure ou plutôt de négresse ou de  Mauressque corse ; car le Grand Serpent est une déesse. Maure signifiait en langue ibère  le grand (mau) serpent (sagolos), comme le montre l’ancien nom de l’Indus, Mausoolos, de mau sagolos, le  Grand Serpent. On retrouve le même radical  sagol- dans le nom du roi d’Assyrie Sargon II, qui régna de 722 à 705 avant J. C  et aperçut à Chypre un  serpent de mer géant, ainsi qu’en Corse dans le nom des îles Sanguinaires ou dans celui de  Sagone, en Espagne tarraconaise dans les villes de Sagontium et de Seguntia (Siguenza aujourd’hui) , bien plus loin au Cameroun dans le nom du fleuve Sanga,  où il désigne un serpent de mer géant., le  « dragon congolais ».

  A partir de Mausagolos , le rhotacisme, phénomène phonétique de transformation du s en n ou en r , explique la forme  corse Monaccia (d’Aullène ou d’ Orezza),  de monak+suffixe locatif –ia,  l’habitation du Grand Serpent, comme le nom de Monaco. Le nom  du Maroc (en anglais, Morocco)  provient aussi  du  même radical, avec rhotacisation   cette fois du n en r. Le mot More a passé à la signification actuelle de maure, brun : la Mauritania , pays (tania) des Maures, fut   d’abord le  pays du grand serpent, le Nigeria fut aussi le pays du Niger,le  fleuve de la  déesse- Serpent. En latin, niger désigne les hommes du Grand Serpent : comme ceux-ci étaient majoritairement noirs, l’évolution sémantique  en a fait un synonyme de noir, sens second qui a prévalu.

   Quel était ce monstre ? En 1907, « toute la population locale observe, dans le golfe de Porto, un monstre à l’aspect de chapelet de corps flottants, et, le 6 mai 1924, un animal serpentiforme est aperçu dans le golfe d’Ajaccio, par C. Juranville, inspecteur de l’assistance publique en Corse » cité, p.140 dans  Serpent de mer et monstres aquatiques, par J.J. Barloy 1978, qui émet l’hypothése, p  171,  que ces serpents de mer  doivent être rangés parmi les des anguilliformes géants. D’après Ely Boissin, dans Secrets d’Epaves, cité par Barloy p., 136, des pastenagues de 8 mètres d’envergure fréquenteraient les parages de la Corse ; autrement dit, elles atteindraient les dimensions de la raie manta. Normalement, les pastenagues, qui sont des raies munies d’un aiguillon, ne dépassent pas un mètre d’envergure. Mais peut-être est-ce plutôt de mobulars, autre type de raies qu’il s’agit. ». Il existe aujourd’hui en Corse une association Diavulu di mari qui a pour mission d’étudier le diable méditerranéen, ce poisson inconnu.  

Du Serpent de mer à l’orque et à l’agneau blanc.

Si nous essayons de mettre de l’ordre dans les différents types de serpents de mer géants de Corse, on en distingue trois  au moins :

1) l’otarie géante (de 5 à 20 mètres, une dizaine en général) à long cou, la Mégalotaria longicollis, pek dans chipekwe en Angola (elle est couverte d’un léger pelage ras). En effet, en Angola (de Sangola), dans les marais de Dilolo, on rencontre un monstre  appelé chipekwe,p. 86,  où l’ibère pek indique qu’il s’agit d’un mammifère  à toison (grec alopeks, renard, pecari, etc.) . «  Sur la tête, écrit  Barloy, op. Cit. , p. 225, se dressent deux petites « cornes » dont la nature est mal définie : il pourrait s’agir de tubes érectiles prolongeant les narines et permettant à l’animal de respirer en surface tout en restant dans l’eau. Ce dispositif contribuerait à expliquer l’incognito des monstres lacustres. Mais ces «  cornes » pourraient être des oreilles, que l’otarie dresserait de temps en temps. Rappelons en effet que les otaries, au contraire des phoques, possèdent de petites oreilles, d’où leur nom en grec : otarion, petite oreille.  

Cette otarie ne nous concerne pas pour la tête de maure, non plus que l’anguilliforme. .

2)Le calmar géant, de couleur rouge lorsqu’il est  mort, Architeuthis princeps, dont la carcasse échouée  a pu donner les noms de Sagone, Sanguinaires, etc. Sanguis, sanguinis, qui en latin désigne le sang , a pu lui être appliqué en raison de sa couleur. La couleur rouge de certains bandeaux ibères en provient.

3) Enfin, pour expliquer les couleurs noires et blanches qu’on trouve dans le cantabrum corse,   il nous faut avoir recours à un auteur grec du IIIe siècle après J. C.,Elien,  La personnalité des animaux, tome II, livre XV, 2, p 137 :  « selon ce que racontent les hommes qui vivent au bord de l’Océan,  les anciens rois d’Atlantide, nés de la semence de Poseidon, auraient porté en serre-tête les bandes des béliers de mer (krios en  grec à cause des bonds) mâles  comme insignes de leur pouvoir ; et leurs épouses, les reines, auraient porté les boucles des femelles, également comme une marque  de leur pouvoir . » Ces béliers de mer, souvent représentés dans les œuvres d’art, passaient leurs quartiers d’hiver entre la Sardaigne et la Corse, vers Bonifacio ; « autour d’eux nagent des dauphins de très grande taille. Le bélier mâle a une bande blanche qui fait le tour de son front et qui fait penser au diadème de Lysimaque, d’Antigone [Antigonus II Gonatas, de Macédoine, les extrémités du bandeau ayant  souvent été prises pour des cornes par la suite] ou d’un autre roi de Macédoine [du III e siècle avant

J. C]; quant au bélier femelle, il a des boucles qui, comme les barbes des coqs, lui pendent sous le cou. » Une note de A .Zucker précise qu’il doit s’agir de l’Hyperoodon arctique (Hyperoodon ampullatus) dont certains individus présentent bien une nette bande claire autour du cou, alors que l’orque (Orcinus orca  ou Orca gladiator selon Thompson, épaulard ou baleine tueuse, n’a qu’une petite tache ovale  derrière l’oeil. La baleine arctique n’est plus présente que dans l’Océan Atlantique  En tout cas, l’Hyperoodon arctique confirme la localisation nordique de l’Atlantide, ainsi que l’origine nordique des Macédoniens et même des Corses.

Nous pensons qu’il  s’agissait à l’origine (de -10000 environ à -300)  de l’Hyperoodon arctique, mais qu’il y a eu contamination avec l’orque par la suite. Précisons que  l’orque tire son nom du dieu étrusque de la mort, Orcus, et  que certaines   ont  une tache blanche caractéristique derrière et au-dessus de l’oeil, le reste du corps étant noir. Le nom grec de l’orque ou de  la baleine tueuse  est  phalaina, en latin ballaena, emprunté à l’ibère phalos cité par Hésychius  au sens de blanc (cf . latin  pallor,pâleur,  palatium , palais royal , pallium, manteau blanc, etc.).

En tout cas, le bandeau de la tête de maure corse est blanc et se porte au-dessus de l’œil  en souvenir d’un cétacé ancien qui hante la Corse, vers Bonifacio, et ravit même, en bondissant sur les roches du littoral ,   un Corse (trait qui semble caractériser une orque, comme le voisinage de dauphins),  raconte encore Elien comme une histoire célèbre de son temps : « les habitants de la Corse racontent qu’après le naufrage d’un bateau pris dans une tempête,un homme qui était un excellent nageur parcourut une grande distance sur la mer avant d’atteindre un promontoire de leur pays ; il y grimpa  et se mit debout , pleinement soulagé, comme s’il était désormais à l’abri de tout danger, sans crainte pour sa vie et maître de son sort. Mais un bélier de mer qui nageait par là aperçut l’homme debout et, comme il était tenaillé par la faim, il se ramassa sur lui-même et s’arc-bouta, et il poussa devant lui , avec sa partie caudale,  une énorme masse d’eau, avant de s’élever dans les airs, porté par la vague qu’il avait soulevée, et avant  d’être projeté en un rien de temps sur le promontoire, emportant l’homme à la façon d’un ouragan ou d’un tourbillon .Voilà pour l’histoire du rapt du bélier corse et de sa proie. » .L’histoire est confirmée par les attaques d’orque de nos jours.  On retrouve le même bandeau  chez les rois atlantes,  chez les rois de Macédoine et chez ceux de Corse, tous d’origine ibère. . La couleur noire de la tête de maure peut venir de la couleur du reste du corps  de l’orque.

 

Le prénom corse Parthénopée .

 On retrouve dans une  famille corse de Vezzani un prénom masculin  d'origine grecque, Parthénopée,  altéré en « Parthélope  » , nom qui vient de Parthénopéïos, consacré à Parthénopée, la Vierge noire , de « Parthénos », Vierge,  et d’ « Oupis » ou « Opis » (OupiV WpiV) , nom de la grande Déesse Mère lorsqu’elle est brunie par le Soleil .

  La Grande Déesse Parthénopis.

  Grâce à Frazer dans le Rameau d'Or, en particulier dans Le Roi magicien dans la société primitive, on peut interpréter Parthenos   comme la femme non mariée toute-puissante  de l’époque du matriarcat et « Oupis »  comme  le nom de la  Grande Déesse Mère d'Ephèse, une Vierge noire,  et de Délos, ,  plus tard  assimilée par les Grecs à Artémis, puis à  Diane par les Romains. Une trace du culte de la Grande Déesse mère Oupis se retrouve près d’Aleria dans le nom actuel de l’étang de Diane. Quelle est l’étymologie du nom Oupis ou Opis ? Le nom vient de l’ibère , grec ophis ou echis, ou ephis,  serpent, cf. ta Ephésia, de ephis,  fête en l’honneur d’Artémis : Apis, la déesse égyptienne, a la même étymologie.

En grec, Opoora, l’automne,  est la saison (ôra) d’Opis (de la cuisson, -optaô en grec signifie cuire, - des fruits par le soleil) commençant à la Canicule, c’est- à- dire qu’elle commence au 15 août, date de l‘Assomption de la Vierge, anciennement grande fête de la déesse Oupis à Ephèse.  . Quand Napoléon Bonaparte naquit, heureux présage ! un 15 août, sa mère Lætitia , née Ramolino et donc originaire du Vezzanais, lui imposa le diminutif  de Parthenopé  Partholopé, savoir Napoleone  . Napoléon lui- même fixa pour Naples le nom de République Parthénopéenne, sachant que l’île en face de Naples s’appelait Parthenopée et que Naples s’appelait d’abord Parthénopéia, nom  devenu au fil du temps Néapolis et Napolis par étymologie populaire (en grec,  la nouvelle ville) . 

 

  De  Parthenopis  (Artémis ou Diana) à la Vierge noire et à la tête de maure

   La tête de maure, en héraldique, se rencontre assez fréquemment : en Irlande (familles O’Conry, Conroy, etc. au XVIe siècle), en  Normandie près de Lisieux notamment

( Lexovium, de bascovium, Lisieux en latin , signifiant  basque),  en Italie,  en Allemagne (en particulier en Bavière), en Espagne où le roi d‘Aragon avait un sceau à 4 têtes de maure qu’il a légué à la Sardaigne et à la ville de Cagliari.

  Origine ibère du Maure de Freising,  la vierge noire de Chartres.

  Le pape Benoît XVI, originaire d’Allemagne, archevêque de Freising et de Munich en Bavière a tout naturellement  pris pour blason pontifical la tête de maure de Freising  au naturel (couleur brune) dont les lèvres, la couronne et le collier sont rouges : c’est l’antique emblème de l’archevêché de Freising, emblème attesté au VIIIe siècle. A l’origine de cet emblème se trouve le premier évêque de Freising, saint Corbinien, né à Chartres vers 680 et mort le 8 septembre 730, qui a introduit en Bavière la Vierge noire  encore adorée aujourd’hui dans sa ville natale à Chartres dont le nom ancien, Autricon rappelle les Autricons ou Ostricons de Tarraconaise et de Corse (l’Ostricon, les Lestrygons dans l’Odyssée. A rapprocher du nom de Logron  nom d’un peuple cantabre proche des basques et des Gascons, Logron venant de lau(stry)gon bauscon, qui existe  non loin de Chartres comme en Cantabrie espagnole) .

Première constatation: il s’agit d’une femme. Deuxième source d’étonnement : le bandeau blanc corse (le « tortil argent » des héraldistes) est remplacé par un diadème royal de couleur rouge flamme, la  pourpre étant la couleur du soleil levant ; la mauresque porte aussi un collier de pierres précieuses et des boucles d’oreille de perle sur ses oreilles percées. Il s’agit bien évidemment d’une reine : « je suis noire, et pourtant je suis belle », comme dit la Bien -Aimée  du Cantique des cantiques. Il s’agit ici  indiscutablement de  la représentation héraldique d‘une vierge noire.

   Or les vierges noires, pour J. Huynen, (L’énigme des vierges noires), sont des avatars de la déesse Oupis ,  la déesse d’Ephèse ,   Parthenopis , qui était liée au culte héllène du soleil levant  et des déesses- terre  de couleur noire fécondées par le Soleil:

  « A Ephèse, écrit J. Huynen,  dans le Temple de Diane (Artémis), l’une des sept merveilles du monde, on vénérait une statue noire de la Grande Déesse, sœur de l’Apollon solaire, et il est frappant de relever que c’est à Ephèse que la Vierge Marie aurait vécu après la mort du Christ et qu’une tradition y place son Assomption, le lieu même de celle-ci étant appelé en turc karatchlti, c’est- à- dire exactement « la pierre noire » , noire parce que brûlée par le soleil- dieu. La maison de la Vierge Marie à Ephèse (en Turquie aujourd’hui) attire  les pèlerins : on l’appelle Panaya Kapulu, la Maison de la Vierge, et on doit sa découverte à une vision de Catherine Emmerish, morte en 1824. Elle en avait donné le signalement exact et sa vision correspondait à une réalité qu’elle ne pouvait connaître. Marie-Madeleine, l’une des trois Marie, fille de Anne, la grand-mère du Christ, confondue en Corse avec Sara la noire,  est morte à Ephèse.  Enfin, c’est dans cette ville qu’eut lieu le concile qui, en 431, proclama le dogme de Marie mère de Dieu. On mesure la force du lien entre le culte marial et Ephèse.

  Citons d’autres exemples de cette couleur noire étrangement associée au culte du soleil. D’après E. Saillens (Nos Vierges noires, 1945), la plus ancienne idole du Hedjaz était une pierre noire, volcanique et météorique, dite la Kaaba : à la Mecque, la pierre noire a cette couleur parce qu’elle a été brûlée par le feu  du soleil.

   .Dans Philostrate, La vie d’Apollonios de Tyane, nous avons un récit,  par un témoin oculaire,  vers 62,  qui établit le  lien entre le culte du soleil levant et la pierre noire du colosse  Memnon à Thèbes en Egypte (VI, 4, p.1214, Romans grecs et latins, la Pléiade): « La statue est tournée vers le Levant : c’est celle d’un jeune homme qui n’a pas encore de barbe; elle est faite de pierre noire, ses deux pieds sont réunis comme dans le style des statues dédaliques  ; ses bras, tout droits, s’appuient sur le siège, car il est représenté au moment où il est en train de se lever  ». «  Lorsque les rayons du soleil frappèrent la statue, ce qui arrivait au moment du lever de l’astre, continue le témoin, les spectateurs ne purent maîtriser leur admiration, car la statue se mit à parler dès l’instant où le soleil effleura sa bouche,  les yeux se mirent à briller et s’animèrent à la lumière, comme ceux des hommes qui aiment le soleil.  Les spectateurs comprirent alors que la statue est représentée dans l’acte de se lever, comme le font ceux qui adorent debout les puissances divines. Les prêtres  offrirent  un sacrifice au Soleil Ethiopien et à Memnon fils de l’Aurore  et  expliquèrent aux spectateurs qu’ils devaient  faire le même sacrifice, ajoutant que le nom du premier Ethiopien venait des mots grecs aithô voulant dire «  brûler », et  ops, voulant dire «  visage  », au visage brûlé par le soleil) … »  La tête de maure  se dit d’ailleurs en latin  caput æthiopicum, tête éthiopienne, brûlée par le soleil, l’épithète éthiopienne étant une épithète rituelle et non géographique.  Il s’agit d’une statue fruste mais animée, dite dédalique, par conséquent d’une sorte d’automate comme ceux que mentionne parle Platon, dans le Ménon (97, 2).

 

L’origine historique de la tête de maure corse.

 Callimaque appelle la déesse d’Ephèse  du nom d’Oupis (Hymne à Artémis, 3, 204) et ce nom d’Oupis est celui sous lequel la Terre- Mère s’est d’abord installée à Ephèse. Or, elle y était représentée, nous venons de le voir, par la statue d’une   vierge noire. Les Phocéens, voisins d’Ephèse, ont aussi pratiqué le culte de la Vierge noire avant de s’installer en Corse, à Aléria.

   C’est d’ailleurs à Aléria , comme par hasard, que la légende corse situe l’enlèvement d’une jeune fille appelée Diana  par un Maure, Mansour,   venu d’Espagne : son fiancé , Paolo,  part à sa recherche et coupe la tête du Maure, qui saigne sur le bandeau (  l la couleur rouge se retrouvera dans le   bandeau royal de Neuhoff ),  la présentant sur un drap blanc :ce serait l’explication populaire du drapeau corse.

  Les historiens font remarquer que la première apparition certaine de ce blason en Corse date de 1736 avec le roi de Corse d’origine allemande  Théodore de Neuhoff,  qui peut très bien avoir été inspiré par des armes comparables vues en Allemagne : bandeau rouge et diadème royal, et avoir pris ces armes à titre personnel.

  C’est à l’Immaculée Conception de la Vierge Marie  par sa mère sainte  Anne  que Paoli avait voué la Corse, le 30 janvier 1735, devant la consulte de Corte:celapeut être une vieille tradition, car au Vie siècle le Roi Arthur au pays de GFalles du nord porte un bouclier où l’image de Marie le mère était peinte (clypeum in quo imago sanctae Mariae genetricis impicta », p6, Annales Cambriae.

 « Nous élisons pour la protection de notre patrie et de tout le royaume l’Immaculée Conception  de la Vierge Marie et nous décrétons de plus  que toutes les armes et drapeaux de notre dit royaume soient empreints de l’image de l’Immaculée Conception, que la veille et le jour de sa fête (8 décembre) soient célébrées dans tout le royaume avec la plus parfaite dévotion et les démonstrations de foi les plus grandes ».

  En 1745, Gaffori reprend en le modifiant le blason de Théodore  Neuhoff sur le drapeau de son armée : est-ce que les vieilles traditions vezzanaises et alérianes ont joué un rôle dans son choix?. En tout cas, son choix est officialisé par Paoli  , mais,   le 24 novembre 1762, soit 27 années après avoir consacré la Corse à l’Immaculée Conception de la  Vierge, Paoli  semble changer  d’avis et consacre la Corse,  cette fois-ci,  à la Vierge noire ;  il reprend le blason du précédent roi et surtout de Gaffori,   transforme le diadème royal qui n’avait plus lieu d’être pour une république  en bandeau blanc à l‘italienne et non plus pourpre comme en Allemagne (la couleur du soleil levant), mais il garde son  aspect féminin à ce qui deviendra  la tête de maure:   à ses yeux , il s’agissait sans doute, non de la tête coupée d’un sarrasin brandie comme une tête de Méduse, mais d’une des trois Marie qui avaient débarqué, assurait-on,  aux Saintes- Marie -de- la- Mer (où le processus de l’immersion d’une statue de la Vierge noire rappelle l’immersion du soleil couchant)  , très honorées en Corse : il s’agirait de trois filles de sainte Anne, Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobée et Marie-Madeleine, qui est  confondue avec  Marie  l’Egyptienne et avec Sara la Noire,  la sainte des Tziganes (mon père qui habitait à Ajaccio le quartier des Trois-Marie avait la plus grande vénération pour elles et il n’hésita pas à assister au pèlerinage des  Saintes-Maries de la mer) son  teint basané s‘expliquant par son   origine égyptienne. Le blanc du nouveau blason reprend l’ancienne Immaculée Conception par Anne, la mère de Madeleine. .

  L’origine païenne du tortil corse : l’Agneau aux cornes d’or, héritier du bélier des mers

L’agneau blanc  (jeune mouflon) avec ses petites cornes, est un avatar du grand serpent de mer, du bélier des mers ou  orque.  Le bandeau  blanc, signe de royauté, attesté  par Elien, provient de l’orque - serpent de mer et  ce sont les extrémités du bandeau qui  ont été prises pour des cornes.  .

 Mais d’autres peuples ont déifié un autre Serpent de mer géant,  le calmar géant, ce dernier  lui donnant alors  sa couleur rouge. 

  Par la suite, le paganisme classique donnera au Serpent de mer des connotations solaires.  

  La déesse Oupis et son héritière Artémis agréaient les offrandes d’agneaux blancs et on se souvient de la colère d’Artémis lorsqu’ Atrée hésita à lui sacrifier le plus bel agneau de son troupeau aux cornes d’or qui évoquaient le soleil. L’épithète rituelle, Karneïos, appliquée à son frère Apollon, indique cette référence à l’agneau blanc (karnos est attesté par Hésychius au sens de mouton).

Selon  les croyances, l’agneau naît noir au solstice d’hiver, puis devient de plus en plus blanc jusqu’à devenir immaculé au 15 août et devient  alors l’Agneau pur. C’est le symbole du Soleil levant, il  y a un « aspect solaire, viril et lumineux, de l’agneau ».

 En résumé, le tortil rouge   a originellement  fait référence au  calmar  géant, puis au Soleil, tandis que le tortil blanc de Corse renvoie à une orque, enfin  à un Agneau immaculé renvoyant  au soleil et à  la Vierge noire, brûlée par la puissance des radiations solaires lors de son Assomption surnaturelle à Ephèse.

Les têtes de maure ailleurs qu’en Corse : la Vierge noire en Aragon, en Sardaigne, en Irlande, etc.

   Les 4 têtes de maure du roi d’Aragon, de la Sardaigne et de sa capitale Cagliari s’expliquent  par une allégorisation des trois Marie (Marie- Madeleine, Marie - Salomé, Marie Jacobée, mère de Jacques) et de la Vierge. D’autres vierges noires existaient en Aragon : celle de Valence, celle de  Sarragosse, et enfin la plus célèbre,  grâce à Richard Wagner, celle de l’abbaye de Montserrat près de Barcelone appelée la Morenata, la mauresque (de la Maurétanie, la couleur brune trahissant  l’origine : le serpent de mer, niger évoluant vers le sens de noir).

Rappelons, pour  Cagliari, que selon Diodore de Sicile (V, 13, 3) les Phocéens, voisins d’Ephèse, avaient fondé une ville appelée Calaris, qu’il situe par erreur en Corse, mais qui coïncide avec l’actuelle Cagliari de Sardaigne.  Florus (II, 2) la nomme Carala , d’autres Caralis . 

  Le pape Pie VII Barnaba Gregorio Chiaramonti (1800-1823), né à Césène en Italie , avait dans son blason pontifical 3 têtes de maure, donc une allusion à la Trinité (ou aux 3 Maries).La Vierge noire  dont il s’inspire pour son blason peut être la Vierge noire  de Loreto,

La Vierge noire  de Offaly en Irlande a inspiré les armes de la famille O‘Conry. Le pallium de cette dernière famille irlandaise peut être rattaché à l’archevêque de Tuam, Florence O’Conroy ou O’Conry (1561-1629) qui a composé un traité théologique important en gaëlique et a anglicisé son nom irlandais signifiant d’origine royale, savoir  O’Maolconaire.

Le tortil blanc qui orne la tête de maure(sse) corse

Le tortil est, selon la définition du Larousse, un « bourrelet en torsade à bouts pendants par derrière, qui ceint une tête de maure ». On peut penser que le tortil de la tête de maure a succédé au tortil au sens également attesté par le Larousse : « cercle d’or gemmé, rebordé plus fortement en haut qu’en bas et autour duquel est passé en spirale un collier de perles: c’est la couronne des barons », autrement dit à la couronne solaire dont les pointes symbolisent les rayons du soleil, pointes dorées qui étaient jadis remplacées par des cornes de bélier. Le tortil blanc du blason corse  est  un symbole de juridiction  épiscopale, l‘agneau signifiant le Christ et ses représentants sur terre, du chef de la religion aux évêques. »

  Quant aux nœuds à l’arrière de la tête de maure corse ou au-dessous de l‘écu de Benoît XVI, il ne s’agit pas de quelque frivole catogan, mais du reste de l’offendix du Souverain Pontife (Pontifex Maximus) des Romains, souvenir des prêtres  indo- européens qu’on retrouve sur les bustes de Bouddha en Inde et qui consiste dans les nœuds qui attachent les brides du bonnet pontifical ou tiare appelé en latin apex. 

 

 

Le pallium (manteau)  ou plutôt l’omophorion (du grec omos, épaule, et phoreo, porter, cape qu’on jette sur l’épaule) en laine blanche d’agneau ou l’origine chrétienne du bandeau blanc corse. 

Le pallium (ou omophorion) souvent confondu avec le tortil blanc dont il a pris la suite signifie  toujours une allégeance de l’évêque  par rapport à l’évêque de Rome, le pape : évêque d’Aléria pour la Corse,  évêque de Tuam pour la famille irlandaise,  évêques de Chartres et  de Freising, Mais,  pour l’Aragon et pour la Sardaigne, le bandeau blanc est exclusivement un tortil et non un pallium.   

Dans le blason du pape, nous avons un pallium blanc, insigne liturgique typique du souverain Pontife, selon Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezomolo, nonce apostolique, et qui indique sa charge de pasteur du troupeau qui lui a été confiée par le Christ : « « au cours des premiers siècles, les papes utilisaient une véritable peau d’agneau posée sur l’épaule » : c’est le pallium ou plus exactement l’omophorion utilisé aujourd’hui encore par les patriarches orientaux. « Puis apparut l’usage d’un ruban de laine blanche, tissée en pure laine d’agneaux élevés dans cette intention. Le ruban portait plusieurs croix, qui lors des premiers siècles étaient noires ou parfois rouges. » Au IVe siècle,  le pallium  était déjà un insigne liturgique spécifique et typique du pape. L’usage que le pape confère le pallium aux archevêques métropolitains commença  au VI1e siècle. »

 

 

Conclusion pour le drapeau corse.

Le drapeau corse a une origine ibère.  De même pour  les armoiries irlandaises ou espagnoles et sardes, normandes (Lisieux) et chartraines. L’image était devenue celle du Soleil et il pouvait y en avoir trois ou quatre, voire plus, comme on le voit sur  la toge d’un prêtre –roi de la civilisation de Mohendjo Daro datant de -2000. La tête de maure est ainsi le résultat de l’évolution de la déesse du  Grand Serpent, devenue une Vierge noire brûlée par le Soleil. 

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