mardi 9 février 2016

Les migrations préeuropéennes vers la Calédonie

Essai sur les migrations préeuropéennes    
    vers la  Nouvelle-Calédonie et les  îles Loyauté
                        par Paul Griscelli

  La datation préhistorique a évolué. Par exemple,  des outils en pierre taillée de type  biface datant de 1 760.000 ans ont été trouvés au nord du Kenya (Nature, 31 août 2011),  près du lac Turkana,  dépassant la date  des plus anciennes pierres façonnées selon cette technique  découvertes jusque là ,  vieilles de1 400.000 années., soit 360.000 ans plus tôt.En Indonésioe, sur l’île de Florès,on a découvert des outils de 800 000 ans datant du temps où les continents étazient soiudés les uns avec les autres.  L’Angleterre était peuplée, il y a 800 000 ans, huit cent millénaires (fossiles trouvés  à Happisburgh  [Norfolk], sur une plage de la côte est de l’Angleterre), ce qui confirme une découverte, par la même équipe (Nature, Simon Parfitt)  à Pakefield dans le Suffolk, au bord de la Manche actuelle, de fossiles datant de 700 000 ans, avec un climat type Côte d’azur. Ajoutons qu’il s’agit probablement d’une branche du peuple ouigour qui va nous occuper. Dans Nature du 3 novembre 2011un bout de maxillaire avec 3 molaires, découvert en Angleterre à Kent’s Cavern, a été daté de 40 000 ans. , comme les 2 molaires découvertes en Italiedans le sud (grotte de Cavallo), 45 000 ans plus exactement (dans le même numéro de Nature). On a aussi découvert, en février 2011,   trois crânes sculptés, vieux de 14 700 ans et appartenant à deux adultes et à un enfant de trois ans, dans une grotte du sud-ouest de l’Angleterre, proches aussi des Ouigours.En Géorgie, plusieurs autres spécimens sont datés de 1, 7 million d’années, ce qui confirme la datation de la mandibule découverte en Europe de l’Ouest : plus d’1 million d’années. En Amérique, la date  de -15 500 pour des outils de pierre mis au jour au Texas (Science du 25 mars 2011) recule la date de colonisation.par les tibawés et les Djomons.
  De plus,  la navigation,  qu’on croyait récente, se révèle dater  d’au moins130 000 ans (Hesparia, 2010) grâce à des découvertes faites en Crète suggérant que les envahisseurs de l’Europe ont pu prendre une voie maritime par le détroit de Gibraltar. Intrigant aussi, le fait qu’on ait trouvé en Crète des hachettes d’un style suggérant l’âge de 700 000 ans .On avait trouvé auparavant une trace de voyage vers l’Australie datant de 60 000 ans ainsi qu’en Indonésie une trace de migration datant de cette époque  à Florès où un crâne de 17 000ans a été découvert. . Enfin le mythe bien pensant de l’Afrique « berceau de l’humanité » est mis à mal par la découverte en 2007 en Chine à Zhirendong (Pnas) de fossiles suggérant une émergence de l’homme moderne il y a un million d’années en Chine, ce que confirment des dents trouvées  en Israël dans la grotte de Qesem et datant de 400 000 ans. De plus,  des dents de petits primates  trouvées dans le désert libyen de Dar -at- Talah en 2007 et  datées d’il y a 39 millions d’années, appartenant au plus vieil hominidé connu en y incluant les grands singes et les hommes, plus ancien par conséquent  que le fossile tchadien de Toumaï (Sahelanthropus  tchadensis), concordent avec les fossiles similaires  découverts en Birmanie et en Thailande (Nature, octobre 2010) et appuient l’hypothèse de plusieurs origines asiatiques de l’homme. Il faut se souvenir enfin  que le climat et la géographie, les océans étant asséchés avec les diverses glaciations et de 300 mètres environ au-dessous de leur niveau actuel, ne ressemblaient guère aux nôtres, les deux pôles en particulier. Comme les hommes de cette époque n’étaient pas sédentarisés par l’élevage ou l’agriculture, ils n’hésitaient pas à migrer.
  Les grandes îles comme la Nouvelle-Calédonie ne peuvent avoir fait l’objet que de migrations successives et variées, et non d’une seule « flotte » de migrants: les nombreuses langues qu’on y trouve, actuellement une trentaine, en administrent la preuve, car il ne s’agit aucunement de la  différenciation, due à l’isolement, d’un idiome originel unique. A ceux qui objecteront à notre essai l’incertitude de nos données linguistiques, nous répondrons que mieux vaut une classification avec d’inévitables  erreurs que pas de classification du tout comme aujourd’hui, où l’on se contente de parler de langues « mélanésiennes » ou « océaniennes » qui seraient originaires de l’ « Asie du sud-est » (Indonésie et Malaisie). « Quand on ne peut pas être philologue, on est préhistorien ; quand on ne peut pas être préhistorien, on est sociologue ; quand on ne peut pas être sociologue, on est ethnologue ; quand on ne peut pas être ethnologue, on devient archéologue », disait à peu près Sylvain Lévy dans une célèbre boutade.


                                       Le mystère des trumulus de l’île des Pins.
 Nous suivrons,  tout au long de cet article,  les traditions dont s’est fait l’écho Gabriel Païta,  ce descendant de la grande chefferie des Kambwas, dans Gabriel Païta, témoignage Kanak, D’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie,  par Jérôme Casaumayou et Thomas de Dekker,  l’Harmattan :
« Si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens  d’Opao (la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge ; ils étaient velus et de petite taille. Dans le Nord, on les appelait les Gorouna.
Dans le Sud, on parlait des Tua.
Puis vint un jour le peuple des Ti [ plus exactement,  les Tibawé]…Venus de la mer, ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Ponérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes. »
  Aussi étudierons-nous, dans un premier article, les premiers habitants de l’archipel calédonien, les Gorounas,  pour reprendre le nom légué par leurs successeurs,  puis les Tuas qui sont des populations noires, enfin  les Tibawés, ces initiateurs de l’agriculture , cousins métissés des Gorounas et, dans une seconde partie,  les autres migrations plus récentes, leurs proches cousins, les Tibawés, parlant une langue apparentée, ces initiateurs de l’agriculture jusqu’à la dernière, la migration polynésienne  à  Ouvéa entre 1788 et 1793.

I Les premiers habitants : les Gorounas,  les Tuas et les Tibawés
A) Les Gorounas et les Tuas
1) La « vieille race blanche » (Paul Rivet). L’archipel des Gorounas (de Karen-ni, nom d’une ethnie de Birmanie) ou Menehune,  premiers habitants de Nouvelle-Calédonie  (-1350 avant J. C., éruption du Witori en Nouvelle-Bretagne), venus de Ouatom (Nouvelle-Bretagne) en plusieurs vagues.
Gabriel Païta  nous dit que les premiers habitants « avaient la peau rouge (c’est-à-dire blanche), qu’ils étaient velus et de petite taille : dans le Nord on les appelait les Gorouna».Le mot Gorouna vient du nom d’une ethnie de Birmanie, les karen-ni. Ce mot donne goreni, puis goroni,  enfin goruna écrit gorouna en français. . Nous retrouvons dans le nord leur nom dans les noms de Paa (de parama, birman) Goumène (Gomeni) et de Kaala (de barama, birman, cf. Baaba) Gomen (i). Jules Durand cité par Coquilhat nous dit que les Ouébias de Pouébo  désignaient les premiers habitants d’un autre nom,  Menehune, forme  qui se retrouve en Polynésie jusqu’à Hawaï. Le plus clair des noms qui viennent de karen-ni,  Karen de petite taille (ni), est encore celui de l’île N’Gameini aux Salomon (Ouaménie en Calédonie), île où l’on trouve la poterie ouatom ou lapita.  Menehune vient d’une  métathèse d’évitement pour raisons religieuses, à partir de N’Gameini, et donnant meinguni, puis menegune qui se retrouve dans Marino (de marehuno), nom d’une langue à Maëwo (Vanuatu), dans Farino (de marehino) en Nouvelle-Calédonie ou  Mérina [de merehuna] à Madagascar.
  La mention par G. Païta d’un système pileux fourni fait songer aux Jomons ou  Djomons  du Japon préhistorique, les ancêtres de  ces blancs que nous appelons Aïnous.
 Les Gorounas sont de petite taille, nous apprend G. Païta, et,  dans Karen-ni, le mot ni signifie de petite taille.   Le chef des Ouébias  nous confirme aussi  la petite taille de ces Gorounas qu’il appelle  Menehune, en précisant qu’ils étaient constructeurs de maisons, à la différence des Tuas, qui étaient également petits. Ensuite  Gabriel Païta parle de couleur rouge (mi) et les Karenni de Birmanie portent une écharpe de couleur rouge, en l’honneur de la déesse aïnoue Kamui Akkoro, représentant un monstrueux calmar rouge. Mais il y a vraisemblablement  eu confusion entre mi, rouge et ni, petit, car il est bien établi que Karen-ni signifie Karen de petite taille.En tout cas, c’est bien  leur peau qui, selon le descendant de la Grande Chefferie, est de couleur « rouge », entendons blanche. En Micronésie, O’Connell note, p. 193, l’existence d’une femme parfaitement blanche, réalisant un type récessif, à qui les natifs d’autres îles que celle où elle résidait rendaient souvent visite, tant sa renommées »étendait loin.A côté de nombreuses Européennes, son teint aurait encore paru clair
Les noms des blancs
En effet, comment appelle-t-on les blancs chez les « Mélanésiens » ? ALifou on appelle le blanc un «  rouge », ka madja et, sous les formes maja, manga, mangi, ce nom se retrouve dans le Pacifique, réservé  aux Européens. Le Français se dit marangi, farani, maran. Il est naturel pourles indigènes  d’appeler « rouges »et non blancs les visages cuits par le soleil comme des homards sous le casque colonial.
  Mais  on a aussi une autre appellation calédonienne pour les blancs, plus énigmatique à premier examen, celle de apopalangni ou apopalei. Il me faut ici faire amende honorable car j’avais été tenté, autrefois, par   l’hypothèse de l’influence du nom de Magellan, faute d’admettre qu’il avait pu exister un nom pour des blancs anciens et qu’il était disponible et s’appliquait à nous. En effet, les Karenni étaient des blancs , comme certains de leurs cousins tibawés qui,   nous apprend encore  G. Païta, étaient de haute taille et par conséquent des karens tout court, sans le diminutif-ni. Les Tibawés de Polynésie, les Pakéas,  étaient blancs aussi, mais certains Tibawés de Nouvelle-Calédonie semblent avoir été basanés ou noirs. Ce sont ces Ouigours métissés dont nous parle  Amédée Thierry dans son  Histore d’Attila, 1864, tome I,  p 7. Il  nous y apprend que  les Ouigours « se divisaient en deux grandes branches,  qu’un  rameau européen portait le nom de Huns blancs », par opposition à un autre rameau « dont les tribus nous sont représentées comme basanées ou plutôt noires. »
. C’est du mot bau- karenni (bau signifiant birman) que dérivent les formes qualifiant les blancs anciens de Calédonie ; apopalangi ou apopaleï,  bau signifiant birman et donnant apo-,  le a notant une glottalisation initiale.L’ironie de l’histoire a fait que les Mélanésiens nous donnent le nom des premiers occupants dui territoire, blancs comme nous, et que nous sommes pour eux des apopalangni !
 Les formes de Polynésie viennent également de baukaren , mais  sans l’adjectif –ni, signifiant de petite taille, puisqu’il s’agissait de Tibawé qui étaient de grande taille :  il y a, pour désigner les blancs, papaa chez les Touamotous qui désigne les anciens habitants blancs d’Anaa, papa’ à l’île de Pâques, popaa à Tahiti et pakéa en Nouvelle-Zélande , où il faut noter ‘Akaroa avec coup de glotte initial , de bau karen, dans l île du sud , sur la péninsule Banks , Waka papa non loin et Tongariro dans l’île du Nord. : il faut en rapprocker le nom d’un atoll des Touamotous,  Pakaroa .Ces formes viennent toutes  de Bau- Karen, le nom des Tibawés. On peut y joindre,  dans les îles  Mussau en Nouvelle-Bretagne, le nom de Tale pakemala, de tibawé er de pakéa mala, birman, île  voisine de l’île Ouatom où l’on trouve des habitations sur pilotis et de la poterie ouatom associée avec une pratique d’inhumation secondaire en jarre.
  Pour la Nouvelle-Calédonie, le nom de pakéa pour désigner les tibawes existe : G.  Païta nous apprend (Op. cit. p.28) que les Canala appelaient les gens de Païta des Bakéas, c’est-à-dire des Pakéas. Il existe, ajoute-t-il, un clan Bakéa à la grande chefferie de Canala. « Nous sommes famille », comme l’on dit ici », continue G. Païta et les Kambwa dont G. Païta descend ont toujours été alliés de Canala. Révélation passionnante de Gabriel Païta qui nous permettra de suivre, dans un troisième article, les Tibawés ou Pakéas de l’île Pakéa (aujourd’hui Kwakea)  et de Tongaroa (de bau garen) au Vanuatu à Galoa (de karen) aux Fidji  et à  Canala et Païta dans l’archipel calédonien (les Bakéas) et jusqu’aux îles Tokelau (de bau garoa) et en Nouvelle-Zélande (les Pakéas).
Bibliographie sur les Jomons. Citons avant tout le professeur Paul Avias dont j’entendis d’abord parler à Sarraméa lorsqu’il était en quête de crânes et en difficultés pour cela avec certains Mélanésiens. C’est  lui qui,  le premier, étudia sur place les Mélanésiens du point de vue de l’anthropologie physique et associa les habitants de Nouvelle-Calédonie aux Aïnous. L’historien Bonnefous,  dont j’étais l’élève en cagne au Lycée Louis-le-Grand, me parla un jour des travaux d’Avias en me disant : « Il suffit pourtant d’avoir regardé une photo de  Néo-Calédonien pour douter de leur origine aïnoue.  ». Il ignorait  que j’étais né en Nouvelle-Calédonie et que j’étais déjà l’adepte des théories d’Avias, lui-même disciple de Paul Rivet ! Mais j’aurais pu lui objecter : « Pourquoi alors personne ne fait-il le lien entre les autochtones de Nouvelle-Calédonie et les habitants de l’Afrique noire ? »
  Il  faut aujourd’hui y ajouter l’œuvre, publiée à Cambridge en 2004, d’une  Japonaise professeur d’anthropologie à Berkeley, spécialiste de préhistoire japonaise et américaine, Madame Junko Habu, Ancient Jomon of Japon. Les  Gorounas de Gabriel Païta sont des migrants apparentés aux  Océaniens blancs de Rivet, aux Aïnous d’Avias et aux Jomons (ou Djomons) de Madame Habu.
Bibliographie sur les tumuli. On la trouvera dans l’article de J. Exbroyat : « Les tumuli de l’île des Pins, un système d’irrigation ? », bulletin de la SEHNC  n°146, 1er tr. 2006.
Précisons maintenant  le sens de certains mots que nous utilisons dans nos  traductions.
Trois mots importants: Birman,  Djomon, et Kuna.
1) Le mot birman dans nos traductions.
Que signifie le mot birman par lequel je traduirai indifféremment les mots  parama,  mier,  mong,  bau ? La Birmanie est un pays grand comme la France et qui fut riche en minorités blanches ou noires venant elles-mêmes du Pamir, du Cachemire,  des îles  Laquedives (de malaka, aka signifiant île et dive signifiant seigneurie) et  Maldives (de malaka), de la côte des Malabar, où l’on reconnaît Myanmar et qui signifie les  Hmongs Ibères (Avars , Ouigours)Le mot Birman, Burma en anglais, Bama, Bamar passe pour appartenir au  registre familier. Dans la première syllabe bir on reconnaît  le bar de Malabar, Ibère, Ouigour, le br de Bornéo ou de Brujnii ou Bruijin en Papouasie et de Burnam en Malaisie
Quant à la seconde syllabe man, mar, mal, ou min, mir,  on la retrouve dans mir de Cachemir ou de Pamir,  min de Amindivi,  mal de Maldive,  cette syllabe mir ou mar  venant de Hmong .Ainsi, Mamar (de ma pour mar, signifiant hmong,  et de ma pour bar, Avar,  ibère) signifie les hmongs ibères ou ouigours.  Malacca, Malais, viennent de mal +aka, île, mal venant de hmong li, petit hmong tua, les premiers habitants de ces régions. .  Le nom officiel de la Birmanie est l’Union de Myanmar ou Myanmah.Le mot birman de mes traductions est  donc géographique et  ne renvoie pas à l’ethnie birmane aujourd’hui majoritaire, mais au pays originel peuplé d’ancêtres mythiques, appelés  les Bya Ma.
Le pays conpte aujourd’hui 130 minorités ethniques, appelées les « races nationales » : Shans, Rakhins (Arakhan), Mons, Karens, Karen-ni ou Petits Karens, les Chins, les Kachins. Les Karens noirs, Pa O ou Pwo ou Taung Thu (taung désignant les Tuas et Thu signifiant noir), vivent dans l’Etat des Shans et parlent une langue austroasiatique du groupe semai.  . Les Karens noirs  se nomment dans leur langue Hploun Hpou.
Les Karenni portent une écharpe rouge, leurs femmes ont le cou entouré d’un anneau de laiton qui les a fait appeler les femmes -girafes et ils habitent l’Etat Kayah., autre forme de Karen.
Bref, le mot birman par lequel nous traduirons les mots  parama ,  mier ,  mong ,  bau renvoie aux habitants anciens du pays , qu’il s’agisse de la  minorité blanche des  Karen-ni de l’Etat des Shans , des Karens ou d’autres minorités,  noires celles-ci,  comme les Taung Thu,  les Pao ou Pwo ou Tuas.
2) Le mot djomon et le mot chaman.
Chaman et Djomon  sont le même mot et signifient  le prêtre-roi (roi ou magicien,  sorcier).Djo signifie magicien, par suite le roi, qui, à date ancienne, est un magicien, et mon  signifie génie ou prêtre, intermédiaire divin avec la nature.  Le linguiste Jean Karst,   en 1954, a  posé pour djo une racine *yadu qu’on retrouve dans  douk-douk, (de yadouki répété), le nom des  sorciers dansants masqués de Papouasie, dans le zombi des Antilles (de yaduki), cf. le rocher Zombi à la Martinique ou les Zombi du Brésil, dans le doghi ou toghi au sens de sorcier en Mélanésie. Il n’est pas  étonnant de retrouver le zombi antillais  en Afrique noire (ambar zombi, calmar sorcier) ou dans le mot vaudou (de yadouki). Ki signifie  pierre ou hache de pierre et l’ensemble yadu ki le  magicien à la hache de pierre.
  L’ordre des mots présenté par djo mon  peut très bien être inversé et on a alors mon djo que nous retrouvons  dans Hmong do, ces  habitants du Guizou  au sud de la Chine ou dans la caste des chefs et des prêtres en Micronésie sur l’île Nutt, appelée Mondjob que O’Connell nous décrit. La société compte aussi des propriétaires terriens, les Jerejohs qui constituent la seconde classe et des esclaves, les Nigurts. . En Nouvelle-Calédonie, le toponyme Oun-djo, de Mon Djo, où l’on a trouvé des poteries, vient aussi de l’inversion de Djomon.
3) Les formes  kuna, kunya, kunie,  (ana) kena, puna, chon, kone         
Il est facile de confondre le nom Karenni, les petits Karens, porté par les Gorounas, ou le nom Karen,porté par les Tibawés avec Kuna ou Kunya qui donne Koné (site lapita, donc Gorouna précisément) , le nom de  l’îlot Koniene ou celui  de l’île des Pins , Kunie: ces formes  viennent directement de   arakounia,nom d’une région de Birmanie dont le nom a été donné, par exemple,  au Chili : l’Araucanie,  ou  aux îles Ryoukiou (de arouko) .Son étymologie nous est donné par le grand linguiste Jean Karst, qui reconstitue un radical composé , azika-anay, azika signifiant la tribu, la nation, tandis que anay signifie les frères (souvent traduit à tort  par hommes simplement, comme dans aïnou,eïno {le nom des Indiens Micmac],  inuit, T-aïno (Haïti),Hai-nan,  l’ensemble voulant dire les frères de la tribu..
 La génétique.
Les Ainous souffrent, aujourd’hui encore,  d’un déni de blancheur chez les blancs, dépités d’avoir des cousins sauvages. Le Larousse du XIXe siècle disait avec mépris qu’ils étaient 
«  si velus et si sales que nul n’avait  jamais pu déterminer la couleur de leur peau » !  Pourtant, au XIIIe siècle,  Marco Polo écrivait que Cipango (le Japon) était peuplé par « une race blanche et de belle allure »  
« Les Ainous, nous dit l’hématologue Jean Bernard, dans Le sang et l’histoire, 1985 p. 70, se séparent des populations mongoles [chinoises] par la présence dans leur sang d’un facteur V qui a été observé dan le système Rhésus des Amérindiens, mais jamais chez les Chinois ; par la fréquence  très élevée du sous-groupe Rhésus R et par une fréquence dans le système MN de NSS qui est la plus forte fréquence connue du monde. » On retrouve certains de leurs gènes dans les populations d’Andaman (de Djomon) où certains Djomons et certains  Tibawés sont passés. Paul Rivet fait remarquer que les caractéristiques aïnoues se retrouvent dans le crâne de l’homme de Cromagnon des gisements du quaternaire supérieur en Chine près de Pékin  (Chou -kou- tien) et ont des affinités avec l’homme de Chancelade et avec certaines populations blanches  du Turkestan, de Sibérie et d’Hainan,  les Ouigours pour simplifier.  Le crâne de l’homme de Kennewick trouvé dans l’Etat de Washington et âgé de 9000 ans, proche de celui des  des Inuits en  sont morphologiquement très proches. Bref, parenté des Ainous,  il y a  50 000 ans au moins,  avec les Esquimaux, les Amérindiens et, selon le Professeur Paul Avias, avec les Gorounas de Nouvelle-Calédonie.

L’origine proche des auteurs des tumuli.
Les migrations de N’Gameini et Nenumbo (îles Santa Cruz  aux Salomon) ,  de Ouatom  en Nouvelle-Bretagne (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et du Vanuatu (Anatom, Vaté) .
 Essayons maintenant de déterminer d’où virnrent les diverses vagues d’immigrants gorounas en Nouvelle-Calédonie et aux îles :
1) de N’Gameini, de karen-ni, aux Santa Cruz (Salomon) où l’on trouvé le même type de poterie et qui produit les noms de Paa (barama,  birman) Goumène, Kaala (de parama) Gomen, de Ouaménie, de  Cueménie;
  2) de Ouatom, de goromo, par harmonisation vocalique de gorouna, en Nouvelle-Bretagne (Papouasie-Nouvelle-Guinée), dont la poterie dite ouatom se retrouve,  en Nouvelle-Calédonie sous le nom de poterie lapita,  avec arrêt à Anatom ou Aneytum (de N’gameinu, puis   avec métathèse  N’ganeimo, Aneito) et à Eton (de eiton, aneiton à Vaté, au Vanuatu),  puis  en Nouvelle-Calédonie :
à  Ouatom (même  nom que pour l’île de Nouvelle-Bretagne, écrit parfois Watton, comme le surnom du chef de Païta Titéma),
à Tomo, Koutomo (de N’Kameino,Konomo ).
Ils ont touché aussi Koné et  l’îlot Koniene  ainsi que  Kunie, l’île des Pins,tous  de Araukhanya qui signifie la fraternité: à l’île des Pins, le nom de Kanumera vient  de kuna,   pour araukanya , la fraternité,  et de  mera , birmane à l’île des Pin,.
Les synonymes   ouatom et  lapita
Lapita est le nom donné à un site près de Koné où l’on a trouvé les premiers échantillons de poterie de ce type,  œuvre des Gorounas. . Mais le nom  Lapita  vient de Panita et honore une migration des Tibawés (cf. le nom de la tribu de Tiaoué [de Tibawé] dans les parages)   datant seulement du XVe siècle après J. C.  Nous emploierons le nom de poterie ouatom qui est plus adapté (il vient d’une île de Nouvelle-Bretagne où l’on a trouvé à la fois ce type de poterie, des habitations sur pilotis et des sépultures en jarre) et qui est d’ailleurs  connu internationalement. Vers 1350 avant J. C., a eu lieu une très importante éruption du Witori (de liguri, euphémisme signifiant l’enroulé et désignant la déesse Serpent, qui incarne la force magique du volcan) en Nouvelle-Bretagne, éruption qui a dû entraîner une migration à partir de l’île de Ouatom vers l’archipel calédonien..
Avec les rites funéraires  les plus anciens (tumuli) et des poteries datées de -1300 environ, c’est Kunie, l’île des Pins, qui semble le plus ancien établissement.

L’habitation sur pilotis et à double corne, imitant le double plancher,   la proue et la poupe de  la pirogue, et la tombe en forme de pirogue renversée des Gorounas
A Ouatom, en Nouvelle-Irlande, la poterie funéraire dite  ouatom est associée à des habitations sur pilotis et à  des rites d’inhumation secondaire dan ces mêmes jarres ouatom. On retrouve ces habitations sur pilotis à Madagascar (Malombo), au Cambodge et  à Célèbes où, par exemple, le peuple toraja (altération de gorouna) a d’intéressantes maisons sur pilotis et à double corne imitant la proue et la poupe des pirogues, « en tombeau » pourrait-on dire par analogie avec la forme de certaines commodes et …de certains tombeaux. .On y appelle ces maisons des tong uma, de uma, maison, et de tong ou pwang, à double corne : on a  en Nouvelle-Calédonie Ouango, toponyme près de Voh, ou encore Manghine près de Ouégoa. Le nom de Kongouma sur la côte est est exactement celui des Torubas aux Célèbes : tong ouma. Aux Santa Cruz (Salomon),  on a une île Nenumbo (de uma, maison, et de pwambo, courbe),  également associée aux poteries ouatom, qui est la  voisine d’une autre île  appelée N’Gaménie (Cf. Gomen, Ouaménie)  et dont le nom rappelle celui d’Erromango (errue signifiant double, uma maison et pwango corne) au Vanuatu. En Australie centrale, près d’un lac, on trouve Erromanga. Il existe aussi au Vanuatu Narango (de uma, maison, et rango, à corne) à Santo, Marengo à Païta,  Maragous à Malekula etTamambo (pour uma et mambo) à Malo. Même à l’île de Pâques, on trouve   au Cap Nord, pour désigner ce type de maison en pierre, Puna Marango avec  puna pour  kuna, c’est-à-dire  les maisons (uma, ma) à double pointe (rango) des Kunas. Il est amusant de relever que le mot Marengo existe à Païta aussi pour désigner l’emplacement d’une telle maison tibawé. Sur l’île de Pâques,  dans la baie d’Anakuna, où les premiers colons , peut-être des Tibawés, auraient débarqué, on trouve des maisons en pierre à double corne imitant la proue et la poupe d’une pirogue, maisons de type non polynésien et appelées hare paenga, ce qui évoque les  tong uma des Torubas aux Célèbes (paenga ou tong  , à double pointe et uma ou hare, faré signifiant maison).Le pourrissoir, nous dit Alfred Métraux dans L’île de Pâques, p189 , pouvait d’ailleurs avoir également  la forme d’un bateau.et la tombe celle d’une pirogue renversée. Le corps principal du sanctuaire, appelé ahu (de aku, cf. akkoro, calmar géant écarlate, dieu des Enfers) est flanqué d’ailes inclinées qui se dépoyaient sur les côtés et qui, selon moi, rappellent la proue et la poupe de la pirogue qui doit emporter le mort vers le pays de ses ancêtres,  Le plan incliné qui menait aux statues était constitué par un prodigieux entassement  de blocs de lave et de gros galets qui dissimulait des caveaux contenant un ou plusieurs squelettes. Cet amas de galets, retenus par des dalles plantées verticalement, ce qui évoque les sépultures djomon au Japon,  se prolonge par un espace pavé. Le nom de moai  pour désigner les statues  correspond à l’ainou mui, dieu ,  dans ka mui Akkoro, le divin calmar écarlate géant., de liguro, le calmar enroulé.Les moai étaient  teints à l’ocre rouge pour que leur couleur rappelle celle du  divin calmar écarlate et leur chapeau en blanc.

L’habitation est construite sur le modèle du catamaran monda avec double plancher : un plancher à claire-voie qui reproduit  le plancher surélevé où l’on mettait passagers et marchandises à l’abri des embruns, autant que faire se pouvait, et un plancher inférieur, en contact avec la mer dans le cas du catamaran, Ce type d’habitation  est répété dans le catamaran ou dans le  praoh djomon, car  pour les Gorounas,  habitation, embarcation et tombe doivent être bâtis sur le même modèle. La pirogue, personnelle,  est sacrée et son prpriétaire veut s’y faire enterrer comme le guerrier gaulois dans son cher.   C’est le plancher inférieur, en contact avec  la terre dans la  réalité, mais  pour les Gorounas avec la « mer» à travers des coquillages encore vivants, offerts en sacrifice, qui  va recevoir le cadavre pour sa putréfaction. Seule différence : le praoh est renversé ou posé verticalement et démâté ou avec un mât qui s’enfonce dans la terre en signe de mort.
  Il est intéressant de  suivre à Nutt et à Pohnapé en Micronésie, chez les Torajas en Indonésie ou au Vanuatu une cérémonie funéraire voisine.  
1) Ecoutons  J. O’Connell qui, jeté par un naufrage en 1830 sur l’île de Nuut en Micronésie, s’y maria, fut tatoué et  y resta cinq ans. Il nous décrit certte société proche de celle des Tibawés dans A residence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands, being the adventures of James F. O’Connell (Google Books et réédition moderne), p. 186: « Le prêtre s’assied sur le tapis près de l’agonisant, les jambes  croisées, se frottant les mains lentement l’une contre l’autre, puis sur ses jambes alternativement, en poussant un cri guttural qui commence lentement « eeeah ! » et « oooah ! » et s’interrompt lorsque les mains atteignent les genoux. La chambre de l’agonisant est toujours remplie de monde et aussditôt qu’on ;le suppose mort, même s’il respire encore, les assistants forment une pyramide de corps sur l’agonisant et se jettent sur son corps pour l’embrasser ou au moins le toucher.Il y a d’ordinaire une lutte furieuse et ceux qui sont derrière attrapent celui quoi est devant eux par les talons et le tirent en arrière.Durant tout ce temps un gémissement sourd est poussé par toute la compagnie, un peu à la manière des Irlandais. Avant d’enterrer le mort, on le  promène sur les épaules devant toutes les cases de ses parents et amis pour prendre congé d’eux.Devant chaque hutte, la procession s’arrête dix minutes environ et pousse le même cri guttural : « eeeah ! » et « oooah ! »La coutume invariable est d’enterrer le corps avant le coucher du soleil.Le cadavre est inhuméà trois pieds sous la surface du sol avec un rouleau de tapis.La saison du deuil actif dure environ douze jours.S’il s’agit d’un homme, on, enlève une paghaie de son canoë et on l’enterre avec lui ; s’il s’agit d’une femme, avec saon fuseau (spindle) ou avec sa quenouille (distaff). On construit sur la tombe une petite hutte où dorment  les plus proches durant  cinq ou six nuits. Ensuite la hutte est détruite .Les deuilleurs et deuilleuses se coupent les cheveux.
Autre élément de la cérémonie, un prêtre  parade dans le village cinq ou six nuios après l’inhumation, une lance à la main [cf. Halloween]
Il y a sur l’île de Nutt un cimetière.Il est situé au bord de la mer, si prèsqu’à marée haute il est recouvert ; il est enclos d’un gros mur de pierre et empli de cocotiers, dont personne  ne  cueille les fruits.La coutume est de planter sur chaque tombe un cocotier, et en plus des godilles enterrées avec le mort, de déposer sur sa tombe une ou plusieurs pagaies. Une fois par an, à marée basse, les pagaies  sont ramassées par les , chacune par un descendant du premier propriétaire, et tous les habitants de l’île font le tourde l’enclos La procession n’a pas d’aspect funèbre ; les personnes qui la forment sont décorées de fleurs, portent des habits de gala et déposent des fleurs sur les tombes [C’est la levée dce deuil que perpétue pour nous le jour des morts et le fait d’offrir des fleurs ou de déposer suir les tombes des chrysanthèmes].Cette cérémonie est placée sous l’autorité des prêtres, qui marchenr à côté des chefs dans la procession.Ainsi chaque partie de meur conduitetend à respecter les ancêtres.Le temps ordinaire du deuil est d’un mois environet durant cette périodeil ya chaque jour une heure fixée  pour pleurer le mort, -celle à laquelle le mort est décédé. »
2) Joseph de Rosamel en Micronésie à Pohnapé (1840): « Dès que  [le défunt] a rendu le derniers soupir, on le place sur une natte neuve…On huile amplement la natte …La fosse, de deux pieds et demi de profondeur,  a été creusée dans la maison ou auprès. Le prêtre descend dans la tombe avec une pierre à la main ; il pose cette pierre sur l’estomac du mort, pour empêcher son âme de venir troubler les vivants. Le prêtre se retire en laissant la pierre, et la fosse est recouverte de pierres et de terre… Quand le mort a été enterré dans la maison, il n’y a plus que le père, la mère, les frères et sœurs qui puissent entrer dans la partie séparée où est la tombe.De temps en temps, ces parents vont visiter le mort, ils enlèvent le plancher et ce qui est sur le cadavre et le frottent d’huile,  puis pleurent.Au bout de quelques mois, le corps se trouve en quelque sorte embaumé, on le retire de la fosse et on le place dans un coin de la maison où on le couvre de nattes.J’ai cherché à voir des cadavres ainsi conservés, mais .je n’ai pas pu en trouver.On dit qu’ils sont parfaitement secs, sans aucune odeur, que les traits se conservent presque naturels,  mais qu’au bout de deux ou trois ans,  suivant le soin qu’on en a, les chairs tombent en poussière ». Pohnpeï Micronésie 1840.  
3) Chez les Torajas le  stade final est  intéressant : une effigie, destinée à représenter le mort et appelée tau-tau, est exposée sur une sorte de balcon à l’intérieur de la maison. Le mot tau-tau est parent du mot  djomon dogu qui désigne une poupée en argile  souvent enterrée avec le mort pour le protéger. Le mot calédonien  toghi au sens d’amulette pour protéger ou pour envoûter lui est  apparenté.
4) Au Vanuatu nous avons deux exemples de rites funèbres liés à des populations proches :
1) Sur l’îlot corallien  de Retoka au Vanuatu a été découverte une tombe collective, la plus importante du Pacifique en raison de son mobilier et du nombre d’individus inhumés : celle du chef  Roy Mata.  Il est inhumé au pied de deux pierres dressées,  avec, autour,  un cercle de coquillages, en compagnie de son épouse et de divers représentants de clans qui, tous, furent enterrés vivants.
2) A  la suite de la  très violente éruption volcanique du Kuwae qui fit disparaître cette île située entre Epi et Vaté, un rescapé, Ti Tongoa Liseiriki, « fut inhumé près de l’ancien village de Panita, à Tongoa (Vanuatu), en compagnie de ses femmes et de quelques représentants de sa suite.On entoura les corps d’un cercle de coquillages et de dalles basaltiques, puis on planta quelques pierres dressées afin de signaler la sépulture en surface, une fois les corps recouverts de terre » (J. Garanger, 1976, Tradition orale et préhistoire en Océanie », Cahiers de l’O. R. S. T. O. M., Série Sciences Humaines, vol. XIII, n°2, p. 147-161).
                            La signification funérfaire des tumuli.
 Voici le scénario,  tel qu’on peut vraisemblablement le reconstituer pour l’île des Pins :
1) le cadavre est mis à pourrir sur le plancher inférieur à ras du sol, avec une pierre au-dessus et des coquillages encore vivants, au-dessous du  second plancher   de la maison sur pilotis, qui a été bâtie à l’occasion du décès et où cohabitent,  pour le  temps du deuil,  les parents du défunt et le cadavre ;
2) au bout d’un certain temps, une fois les chairs décomposées, les parents  recueillent  le crâne et le squelette, ils les placent dans une jarre ouatom Ils construisent ensuite un mât, sous la maison, avec des blocs de coraux et des coquillages, puis  brûlent à grand feu  l’habitation sur pilotis et les coquillages amassés. Ils édifient  autour du mât, formé de coquillages spathifiés, concassés et compactés, transformés en chaux  sous l’action de la chaleur,  un tumulus qui imite la forme d’une pirogue   renversée. C’est le cylindre de coquillages transformés en chaux qui constitue le mât de la pirogue renversée en signe de mort. Ils mettent  la jarre avec les reliques  au pied du tumulus ;
3) plus tard, intervient  la levée de deuil  avec  transport de  l’urne funéraire au bord de la mer, dispersion des restes dans l’océan et bris de la jarre sur la plage ;  
4) éventuellement, un substitut du mort en une matière quelconque :   nacre, argile, pierre etc., le remplace  sous la forme d’une « tête de monnaie » conservée par les parents.
 Si Luc Chevalier a trouvé deux pieux de soutien dans l’un  des quatre tumuli éventrés par ses soins,  ce sont des pilotis qui  appartiennent à  une maison mortuaire sur pilotis.
Les monticules de coquillages de l’îlot Koniene
J’emprunte à Max Shekleton (Bulletin n°158, 1er tr. 2009, « « Walkabout du 14 juillet 1941,sur l’îlot Koniene en Nouvelle-Calédonie, par Wilfred G. Burchett ») la description suivante : « Alors que nous traversions l’île vers la côte faisant face au récif, nous avons rencontré des hectares et des hectares de coquilles en tout genre y compris des huîtres, des bénitiers, des conques et bien d’autres coquillages qui me sont inconnus, des monticules entiers formés de masses compactées de ces coquillages. Mon guide [originaire de Lifou] m’indiqua qu’on les trouvait jusqu’à une profondeur de deux mètres. Deux mille tonnes ont déjà été prélevées  pour en faire de la chaux et l’impact sur la ressource est insignifiant ; mon hôte [Jules Calimbre] est convaincu qu’elles représentent des siècles d’accumulation alors que l’île était un lieu de festins pour les indigènes se rendant au récif à marée basse, récupérant les coquillages par pirogues entières et  revenant sur l’île pour un festin et un pilou- pilou… « Mais ce n’était pas seulement un lieu pour festoyer », mon hôte interrompit ainsi mes pensée. «  Venez par ici ! » et,  en me retournant, je remarquai un grand banyan. Nous nous en approchâmes lentement, les coquillages s’écrasant en poudre sous nos pas. A l’ombre, sous les racines du banyan, se trouvait une possibilité d’explication horrible pour ces festins.   Des os blanchis y étaient éparpillés et, scrutant la pénombre, je pouvais voir les orbites vides de crânes humains. Lisses, gris et polis, il y en avait à tous les stades de conservation, certains dont les dents étaient intactes. Il y avait des os de bras et de jambes, certains avec des traces de fractures. En certains endroits, les racines et les branches avaient entouré les ossements humains, -bien implantés dans le bois de l’arbre, -laissant supposer que les corps avaient pu être placés sur l’arbre même. « Il y avait des centaines de crânes quand je suis arrivé, mais les Javanais les ont dispersés et jetés. Pas les indigènes. »Le guide de  Lifou  apprend au journaliste  qu’il ne s’agissait pas de cannibalisme, mais de tombes.
  Il est gênant que les Tuas aient ravagé le site gorouna dont les monticules de coquillages compactés  sont le seul  souvenir. En revanche, les squelette à même le tapis de coquillages ou déposés sur des arbres qui ont poussé par la suite sont récents et sont l’œuvre des Tuas. .

  L’hypothèse contestée d’une origine naturelle des tumuli : un  mégapode pourrati être  le  bâtisseur du cylindre et du  tumulus.
Bien que je ne souscrive pas à cette  hypothèse, je tiens à la rappeler :d es spécialistes du Jardin des Plantes, même si d’autres  contestent l’ identification qu’ils ont faite des ossements, découverts par leurs soins avec ceux d’un mégapode, ont relié une tradition de l’île des Pins que j’avais rapportée dans le bullein sur un oiseau fossile noir, le  du,  à l’existence d’un grand mégapode présent dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée sur l’île Waigeo, localité de Jeimon (avec nom dérivé de Djomon) (Aegypodius brujnii ou talégalle de Bruijin). Celui-ci constitue la seule espèce d’oiseaux qui ne couve pas ses œufs : aux Fidji, près des volcans où le sable est chaud, cet oiseau au plumage noir peut se contenter d’enfouir ses œufs sans les couver, mais ailleurs, il erst contraint de construire, au lieu d’un nid,  un monticule d’incubation haut de 2 mètres avec toutes sortes de débris,  si bien que, au centre, se forme un cylindre organique sur lequel le mégapode dépose ses œufs et les recouvre de terre. Le mâle porte trois caroncules rouges et une crête noire. Les mégapodes, en voie d’extinction, étaient largement répandus aux Philippines, en Indonésie et en  Australie et pouvaient très bien exister  à l’île des Pins., comme le rapporte la tradition locale.  
Au Japon :   les dépôts de coquillages associés aux tombes.
Chez les Djomons du Japon, c’est sous le tumulus que se trouvent les ossements.
On peut songer aux kanjo dori qui sont des sépultures collectives, d’une hauteur de 0, 50 à 5 mètres et d’un diamètre de 30 à 75 mètres ;  le montant de terre est estimé à 300 m² : il faudrait 25 personnes travaillant  pendant 123 jours pour remuer cette terre en provenance du puits funéraire voisin, un homme remuant 1mètre cube par jour .Ces tumuli sont associés à des dépôts coquilliers du Djomon final. Il y  a 14  kanjo dori  contenant de 1 à 21 puits funéraires à Kiusu près de Chitose.
Au Japon préhistorique,  à Terano– Higashi, on compte 127 dépôts coquilliers (et 804 dans la région entière), nombre qui serait plus proche du nôtre : 300. Il y a 1108 dépôts djomons au Japon: d’autres avancent le chiffre de 4 000 mais en comptant des dépôts de période plus tardive .Les archéologues japonais pensent qu’il s’agit au départ de détritus d’ordures qu’on aurait transformés, au fil du temps,  en  tumuli funéraires.   
  A l’île des Pins, c’est à Vatcha,  qu’on a  trouvé des poteries ouatom. Or, ce toponyme évoque le catcha de Lifou, c’est-à-dire des débris corailliens qui ont donné à Gaitcha (Lifou) son nom,  et il est intéressant de voir assocées  céramiques ouatom et  débris coquilliers. Il faut décomposer les mots Vatcha, Gaitcha ou catcha en un mot signifiant coquillage en djomon, kai, et  un suffixe collectif  en –ka : on a kaika, puis  Gaitcha.




Les tumuli récents, œuvre des Tibawés.
 Les quelque 200 -300 tumuli de l’île des Pins ne relèvent peut-être pas tous des mêmes rites funéraires et certains, plus récents, peuvent être l’œuvre des Tibawés, comme l’indique aussi  la présence de pétroglyphes sur le pic N’Ga, pétroglyphes qui sont l’œuvre des Tibawés et non des Gorounas. Les Tibawés  se sont installés assez souvent dans le voisinage de leurs parents et devanciers, les Gorounas : ainsi ont-ils fait à Koné avec les tribus de Tiaoué et de Cradji ou de Tchamba. On trouve dans la vallée de Tchamba des tumuli qui présentent,  par rapport à ceux de l’île des Pins ou de Païta,  la particularité d’être clos d’une enceinte de pierre circulaire. Les Tibawés avaient occupé aussi l’île des Pins, où les toponymes N’Ga et Gadgi (ces deux derniers se retrouvant à Païta) en témoigneraient selon G. Païta. Il y a d’ailleurs trois tumuli à Païta. Le nom de Gadgi évoque celui de Cradji. près de Poya.  Cradgi semble  bien être le  nom  tibawé  de ces monticules préhistoriques  de coquillages  appelés kaizuka au Japon et sambaqui au Brésil. D’où viennent les mots gadji ou cradji. ? Ills sont apparentés à l’aïnou kai, coquillage, avec un suffixe  de pluriel  ainou en –ki. Au singulier, sans le suffixe de pluriel –ki,  on a la forme N’ga (de kai), le pic de 250 m  de l’île des Pins ou celui de Païta étant comparés à un monticule ou à un coquillage. A noter qu’il existe des menhirs à Cradji
Un trou figurait au sommet de certains d’entre eux, selon une indication orale recueillie par Luc Chevalier. Ce trou aurait pu servir à  planter au sommet de ces tumuli récents, au demeurant très peu élevés,   une perche,  aujourd’hui disparue,  dont le bout variait selon le sexe de l’individu, phallique pour les femmes,  en forme de vulve pour les hommes : c’est ce qu’on retrouve dans les cimetières  ainous actuels observés par Ruffié et  dans les cimetières ouigours fouillés par les archéologues chinois dans le bassin du Tarim.  
  En effet, le fondateur de l’hématologie, Jacques Ruffié,  alla observer, en 1978, les derniers Ainous d’Hokkaido. . Il  note qu’à Nibutani les tombes sont surmontées « d’un curieux poteau de bois dont la partie supérieure sculptée varie avec le sexe du mort »
   De plus, au nord du Tibet, dans l’immense désert de Taklamakan , des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens, aux cheveux châtains et au nez long, datant d’il y a 4 000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache , avec un mât de bois situé à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe : pour les hommes , le sommet est effilé, symbolisant,selon les archéologues chinois, des vulves, tandis que , pour les femmes, le sommet serait plat et  peint en noir et rouge, évoquant des phallus.On peut toutefois se demander si le mât renversé des Djomons n’a pas cédé la place, chez les Tibawés, pour les hommes, à la godille (à la poupe du bâtiment) permettant de se diriger  dans les eaux de l’au-delà et pour les femmes à la navette ou la quenouille, attributs de leur sexe que les Chinois n’ont pas compris. O’Connell, en Micronésie, décrit cette habitude en précisant qu’il s’agit de fuseau (spindle) ou de quenouille (distaffe). Les couleurs noire et rouge (rhodonite ou variolite) rappelleraient les maternels et les couleurs blanche et rouge (rhodochromite, diorite de Corse ou jaspe orbiculaire) les paternels.







La signification des poteries ouatom, ces  jarres funéraires

On peut suivre le trajet des Djomons : ces hardis chasseurs de baleines  partent du Japon et, tandis que la branche  qui nous intéresse traverse le Pacifique, une autre, à une époque où l’Antartique était de climat presque chaud, vers -15 500, suit sur ses praohs ces cétacés,  et ouvre  vers  l’Amérique du Sud la voie que suivront ensuite les Tuas et les Tibawé. Les Djomons  colonisent sur le continent américain le territoire peuplé des  Tchons.   Au Chili, à Valdivia, on a retrouvé  des jarres  identiques aux urnes ouatom des Djomons . Mais les Djomons se sont aussi servi de bois ou de  bronze pour leurs urnes funéraires.
  Les grands  « tambours » à fente  d’Ambrym, au Vanuatu,  pour  garder leur appellation traditionelle, ne sont aucunement des instruments de musique, mais des objets sculptés destinés à recevoir,  par leur longue fente latérale,  les restes  du ou des défunts. Ils sont en bois local et atteignent parfois 6 m de haut.   Ils sont dressés en groupe sur la place centrale du village. Pareillement,   dans la plaine des Jarres, au Laos, sur le plateau de Khorat en Thailande et au nord de l’Inde, il existe d’énormes jarres de pierre avec couvercles  (les cadavres semblent avoir été incinérés au lieu de passer par un pourrissoir).
  Les tambours de bronze de Pejeng à Bali et ceux de Java, datant de 500 avant J. C.  , comme les tambours en bronze du Vietnam  appelés Dong Son et qui datent de 400 avant J. C.,  sont également utilisés comme coffres funéraires.Les motifs sont dignes d’être notés : des bateaux, des spirales (stylisant la poupe et la proue d’une pirogue), des maisons. Relevons encore les grands tambours en bronze moko trouvés à Nuss Tennggara (cf. Pagara, de pa karen,  à Houaïlou) à l’est de l’Indonésie.
  Les tambours d’Ambrym nous aident à comprendre le sens des jarres  ouatom, car  ce sont, en effet, des pirogues –tombes dressées verticalement, comme si leur propriétaire, provisoirement,  ne s’en servait pas, la fente représentant la carène de la pirogue.
  Au Mexique, certaines jarres funéraires sont terminées par deux « pieds » qui sont en réalité les courbes de la proue et de la poupe de la pirogue, ces deux extrémités finissant par se fondre en une seule, comme dans les amphores hélléniques, terminées par un « pied » qu’il faut enfoncer dans le sol. Elles ne peuvent reposer sur la terre, n’ayant pas de fond plat, et elles doivent y être plantées par le pied. .
  Un motif courant des poteries ouatom consiste dans des  v ou guillemets qui se retrouvent sur les poterie shan et qui, pour nous, représentent la déesse de la mort aïnou Kamui Akkoro, savoir un calmar super- géant écarlate (Architeuthis dux Steenstruop 1857)  adoré par les Djomons.Ici les deux barres du V (à voir  avec la pointe en haut) représentent schématiquement  les deux séries de 4 bras de chaque côté du corps du calmar. Il n’est que de comparer avec les dessins d’Architeuthis, p.444, tome 2 dans B. Heuvelmans, Dans le sillage des monstres marins, Le poulpe et le Kraken.
Nous allons tenter de vérifier la couleur de ce calmar divin et colossal grâce au livre passionnant de Bernard Heuvelmans sur les calmars, Dans le sillage des monstres marins, Le kraken et le poulpe colossal, tome second, p. 298.  Etant précisé que ces monstres peuvent mesurer 20 m de long et peser 700 kg, voici ce que ce cryptozoologue écrit à propos de la couleur décrite comme un manteau d’écarlate par un observateur   :
« Cette teinte est familière à la plupart des calmars d’une taille exceptionnelle.  En réalité il est impossible de définir la couleur des céphalopodes, car ceux-ci, grâce au jeu des chromatopohores qui garnissent leur peau, en changent avec une facilité surprenante.Ainsi les poulpes , qui , à l’état de repos, sont d’une couleur gris verdâtre, marqués de taches ou de mouchetures rousses, ont le corps parcouru de vagues multicolores quand ils sont excités : toutes les nuances du rouge, du pourpre, du violet et du bleu déferlent sur eux en un éclair et se fixent parfois en des marbrures très contrastées. ..Parlant d’un calmar-flèche de la Méditerranée, Jean-Baptiste Vérany écrivait : « Dans l’état de vie, ce céphalopode est d’un blanc livide peu transparent, se nuançant de bleu, de verdâtre et de rose irisé par des reflets argentés…Quand il a perdu toute vitalité, et que le jeu des points chromatophores a cessé, sa couleur est d’un  rouge brique uniforme. » Il n’est pas étonnant que les calmars géants trouvés moribonds sur une plage ou à la surface de la mer, -ou même leurs restes mutilés,- aient souvent été décrits comme d’un rouge plus ou moins éclatant.  » Tel est le cas au Japon, où akkoro (de ligoro, l’enroulé, parfois le serpent) désigne le calmar super-géant, Architeuthis dux. .
Le motif de l’ « œil qui pleure » si répandu à la proue des pirogues, comme celui des « côtes saillantes » prises pour un signe de famine,   me semblent  refléter les bras du calmar super-géant , comme le v des poteries djomon .De même ,  certaines figures géométriques  des urnes ouatom comme celle du  losange,  renvoient  peut-être  aux bras  des  encornets
Ainsi, la jarre funéraire  ouatom représente  une pirogue renversée ;  ses anses éventuelles sont les courbes de la proue et de la poupe, tandis qu’elle représente elle-même le ventre de la pirogue.  

Les inventeurs de la poterie préhistorique : une société de chasseurs-cueilleurs- pêcheurs (Madame Habu).
   Certes, les fouilles dans une grotte de Chine ont exhumé desdez fragments de poterie de 20000 ans (Science, juin 2012) et dont on pense qu’elles servaient à la conservation de la nourriture à une époque où celle-ci était devenue rare, l’époque de la petite ère glaciaire.On en a trouvé qui sont datées de 18000 ans et les fouilles de Sibérie ont donné des poteries de 10 000 ans d’âge, mais certaines poteries djomon peuvent remonter à 16 500 ans. Les poteries de Nouvelle-Calédonie et des autres sites de Mélanésie ou de Polynésie  sont beaucoup plus tardives (-1000) et datent du Djomon final :   la couleur rosâtre  de certaines d’entre elles peut suggérer  une influence de  la nouvelle poterie coréenne (qui avait passé du style Chulmun au style  Mumun de couleur rougeâtre) inspirant une  mode dans le  nord-ouest de Kyushu.
Cette première forme  d’art, qui semble être  liée à la mort, est apparue chez un peuple nomade de pêcheurs–chasseurs-cueilleurs. Suivons les Djomons à partir du Tukestan chinois, du bassin du Tarim devenu un immense désert , où  l’on a retrouvé un de leurs cimetières, avec des momies et des poteries noires portant des  incisions et datant de – 2000 , analogues à certaines poteries  de l’île des Pins.  Nous retrouvons les Djomons à Borasan et à la ville fluviale de Khotan ou Chotan, connue pour les poteries et les bronzes qu’elle exporte jusqu’à la Méditerranée et jusqu’en Chine, où certaines poteries attribuées à la dynastie schang en proviennent : ces poteries dites shan rappellent étrangement les jarres ouatom par leurs décors géométriques.
Marcel Griaule dans Les Saôs légendaires parle d’une entrevue qu’il eut étant jeune avec le grand et déjà célèbre  africaniste allemand Léo Frobenius ; ce dernier lui décrivait le Chari du Cameroun oriental et lui recommandait de s’intéresse à l’inhumation secondaire en jarre : « Dans les berges de terre à pic, on voit des jarres enchâssées. Certaines se sont fendues et dans l’humus dont elles sont pleines apparaissent des tibias et des fragments de crâne. C’est une question du plus haut intérêt ; si vous passiez par là, vous devriez creuser… » . Marcel  Griaule écoutera ces conseils et ses fouilles  feront sortir la cité Saô aux grandes urnes du Tchad (Djameina évoque pour nous N’Gameini, comme le nom du Cameroun  celui de  karen-ni  et de Gorouna), ainsi que  les sépultures en jarre de Goulfeil. On connaît de telles sépultures, notamment aux Philippines, dans les grottes de Tabon (jomon)  ou dans celles de Manunggi (maison à double corne, de uma et de pwangi) sur l’île Palawan., où 78 urnes  funéraires ont été retrouvées.


                                                                                Suite sur les Tuas, les Tibawés et les autres

2) Les Tuas  en provenance de Tasmanie via Vaté (Vanuatu), vers 1350 avant J. C. (éruption du Witori en Nouvelle-Bretagne) et en une autre vague vers l’époque du Christ (éruption d’Ambrym).Les  moakens, mythe ou réalité historique ?
  G. Païta (Op.cit.) appelle  Tuas ces populations noires et de petite taille venues de Tasmanie. Ce sont des veddoïdes, c’est-à-dire qu’ils sont originaires d’Afrique noire et de Ceylan (les Nittaewo disparus aujourd’hui, de ni, petit, taungwo (pour pwo), nom de certains Negritos tuas) qui était appelé Vedda, d’où vient le nom de tuas, de Vduas, qui signifie noirs. Monda signifie personnes (mon) noires (da de dua) et désigne une famille de langues austroasiatiques. D’où venaient-ils avant l’Inde ? D’Afrique noire vraisemblablement puisque les Dravidiens  affirment venir d’un continent au sud de l’Inde et qu’on est tenté de songer  à l’Afrique, où l’on trouve des pygmées appelés Tuas au Rwanda et au Burundi et Tua-Tua en proto zoulou. On retrouve ce même nom  chez les Sakai veddoïdes de Malaisie :Skeat et Blagden cités par B. Heuvelmans, dans Sur la piste des bêtes ignorées, P. 191, tome I, parlent d’ «  une race sauvage dans l’intérieur de Bernam (« Burnam», limite entre les Etats de Perak et de Selangor à Malacca) appelée tuah benuah [signifiant en malais la terre, fenua en tahitien, tua] par les gens de Selangor »Au Congo certaines tribus pygmées sont appelées Wambouti (de tua hpou ti, ti signifiant petit) ou M’Buti, ce qui rappelle les noms de  Pouembout (de tua hpou ti) ou de Ouenkout (de tua hpou ti)  . Citons encore  leurs escales en Birmanie, en Thaïlande (les Mani, de hmong li, petit hmong),  aux Philippines où on les appelle Negritos (Semang de Malaisie) ou veddoïdes (Senoi ou Sakai de  Malaisie). Le mot Nigtito est philippin et, bien qu’on ait voulu en faire un diminutif de l’espagnol negro, il est proche de Niggurt en Micronésie qui désigne des esclaves noirs. Il est à rapprocher du nom du fleuve africain le Niger, du Nigeria, de ligur, serpent ou poulpe enroulé.
 Les Karens noirs, Pao ou Pwo ou Taung Thu (taung désignant les Tuas et Thu signifiant noir), vivent dans l’Etat des Shans et parlent une langue austroasiatique du groupe semai,  le.pao,  apparentée au pwo. Pwo  et Pwe désignent   les langages de certains Karen en Birmanie. Les Karens noirs  se nomment dans leur langue Hploun Hpou
 Le mot mala, mara ou le mot mei  indiquent leur provenance, après l’Afrique lointaine et divers et nombreux métissages, de Birmanie. Leurs reliques en Calédonie sont
1 le pwa-pwa (de pwo tua), parlé à  Boyen, près de l’ilôt Koniene. A rapprocher du wowo parlé à Epi ;
 2 le  pwa mei (de pwo et mongh li), langue agonisante parlée  près de Voh, à rapprocher du maëwo (de mei, birman, et de pwo) .Voh vient de pwo ;
3 le pwamale, de pwo et mong li (Cf. Temala, de gate, cœur, trésor et mong li), jadis habitants des grottes de la côte est, près de Touho (toponyme venant de tua). A rapprocher du kwa mera (de pwa mong li) parlé à Tanna.  Le nom des gens de Poyes vient de Bwo kayah .Ouenkout vient de  tua hpou ti. Poindimié   vient de pwo,  et de   du myao, qui signifie  Hmongs noirs. Le nom est un souvenir des premiers occupants tuas, comme Touho ou Thio
4 le bwa too (de pwo tua), langue morte de l’îlot Koniene .Pouembout vient de tua hpou ti. A raprocher du  valuwa (de hploun  qui donne valu ou voro, et de tua) ou volow parlé aux Banks;
5  labwewe (de a, langage, et  de pwe pwe) ou orowe (de hploun pwe) dans la région de Bourail. Le nom de l’orowe est à raprocher du lonwolwol (de li  hploun hploun, donnant, par harmonisation vocalique, lowolwol) parlé à Ambrym de l’ouest (Vanuatu). L’étymologie populaire de Bourail donne « la queue du Serpent », mais en réalité Bourail, comme Ourail, vient de Hpou Kaya, qui est un nom  qu’on retrouve au complet dans Nepoui (de Li Hpou Keye, le nom que se donnent les Karens noirs); Boyen, Boghen et Boaken viennent de hpou- kaye-ni (ni au sens de de petite taille).  Citons comme noms tuas  Nera (altération de Kayah, autre nom des Karens), où l’on a trouvé des poteries, comme à Naïa (de Kaiah),
Langue wa : le wa mwang,  de tua hmong, langue morte de la région de Voh. A rapprochert d’une langue parlée à Epi au Vanuatu, le bonkovia, avec bonk pour hmong  et de ovia  pour twa.  . Poya vient de Hpou kaya. Kaya ou Keye est un nom des Karens
 Le nom de Ploum, de hploun, où l’on on  a  découvert d’antiques  poteries à anse très différentes des poterries ouatom,  vient du nom de ces  Karens noirs  de Birmanie qui, dans leur langue, se nomment  Hploun Hpou. Hpou est un mot karen (signifiant homme).  Ouen toro vient de tua ou pwa ligoro, le peuple tua du Serpent.
De Birmanie une branche des  Tuas migra, par le pôle sud, moins glacial à l’époque, jusqu’en Amérique du Sud. Puis ces Tuas  gagnèrent les Toua -motous.Dans les atolls de l’archipel des Touamotous qui ont nom Reao,  Tatakoto, Napuka, Tepoto, non seulement les observateurs ont remarqué un type physique très différent du type dit « polynésien », savoir un type très noir, proche, selon le Major Douglas,  des Vedas du sud de l ‘Inde,  et un langage différent des langues polynésiennes. Dans les  Tonga, on a l’île HaApai dont le nom vient de Sakai, nom qui signifie les hommes en Malaisie.
 Une migration tua de  Tonga, de Ha’apai exactement (-600),  vers Ouvéa, vers La Foa et Voh.
Les Gorounas  émigrés de Ticopia  ont colonisé les Tonga et précisément l’archipel Ha’apai où ils ont laissé des débris de poterie ouatom datés de -700 avant J. C. Les Tuas qui avaient colonisé les îles voisines de Ticopia les suivent. Les noms de  certaines  îles vont nous interpeler : celle  d’’Uiha qui, comme Ouvéa, révèle l’origine ticopienne de certains Tuas,  et  celle de Vava’hu (de vavatu, de tua pou ti) ,   qui rappelle le nom de  Vavouto.  Il faut noter encore les îles de Foa (cf. la Foa, de pwa, près de Tia, de tua) et surtout  de Lifouka (de ka, île, et lifou, serpent) ; il existe ainsi aujourd’hui une île Lifou aux Tonga ! Mais, dans l’archipel calédonien, seul les Européens emploient le nom de Lifou tandis que les autochtones se servent du mot Dréhou. L’ont-ils emprunté à Ouvéa –Uiha ?

Des Tonga les Tuas  reprirent leus migrations pour l’île de Pâques, qu’ils atteignirent après les Tibawés ou Pakéas qui avaient construit les premières statues, mais avant une dernière  migration, polynésienne   au XVIIe siècle.Les Longues Oreilles pascuans, ainsi appelés à cause de leurs boucles d’oreille, sont des Tuas venant des Touamotous où les populations portaient des boucles d’oreille consistant anciennement en un cristallin de céphalopode géant ressemblant à une perle, puis en une perle. Nous savons que Tahiti importait des perles montées en boucle d’oreille et des pectoraux appelés taumi en poil blanc de « chien » (taumi qui signifie chien de mer). Les poils du taumi conservé au musée de  Salem sont lonsg de 20 cm et de couleur grise, blanche et jaunâtre.A quoi correspond ce chien de mer ou loup de mer ? Ce ne peut être un chien, même si les Polynésiens connaissaient un type de chien : curieusement,  ils connaissaient un chien de race  poméranienne, qu’ils appelaient en maori porro, emprunt espagnol hérité du naufrage  du San Lesmes en 1521 en Polynésie (voir Robert Langdon, The lost Caravel re-explored). C’est probablemen le Poméranien,  blond et aux yeux bleus,  appelé Pomar,  qui en avait un couple avec lui lors du naufrage.Si l’on en croit Peter Costello, reprenant les travaux d’Heuvelmans,le taumi serait  la crinière blanche d’un mammifère marin, une otarie à long cou.

Autres migrations depuis le Vanuatu
Ce sont vraisemblablement les éruptions volcaniques, notamment celles d’Embrym (de amari, de hmong li ou longli, hmong de petite taille), qui, peu avant notre ère, amenèrent des Tuas,  les Kwamera  notamment, à fuir du sud de Tanna  vers Ouvéa (Mouli, de Hmong Li), vers l’île de Maré (prononcé Mari),  et vers la côte est, puis vers l’îlot Koniene et le sud de la Nouvelle-Calédonie (Mouri, ancien nom de Païta), .Le chef des Papouas Aweke raconte son arrivée :« C’est ainsi que nous arrivâmes dans des parages peuplés de guerriers [les gens de Balade], lesquels avaient remplacé déjà des naturels  [les Tuas] ne sachant pas construire des cases et vivant dans des trous (grottes] ». Les Maréens confirment cette description.  G. Païta confirme que leurs maisons étaient de simples «  huttes de la taille d’un pygmée. . 
  G. Païta,  après avoir évoqué le métissage des Gorouna, des Tuas et des Tibawés, ajoute : « au fil des siècles,  les uns et les autres se mélangèrent, et  les Tuas disparurent progressivement. Mais  [les Tuas] nous laissèrent en héritage les « rouquins », qu’on croise encore aujourd’hui dans nos tribus. » C’est ceux qu’on appelle pure-pure en Polynésie, de hploun, cf. vole aux Banks .Le même nom est donné métaphoriquement aux porcelaines tachetées comme la Cypraea chinensis.   Cette particularité génétique  était liée aux Karens noirs parlant notamment  le valuwa aux Banks,  le bwa too ou le orowe en Nouvelle-Calédonie


L’homme de Néanderthal et ses descendants calédoniens, les Moakens (de Hpou kaye ni, ni au sens de petite taille) : mythe ou réalité historique ?
Ainsi G. Païta ratache-t-il l’existence  de ces hommes roux à l’existence passée des Tuas et non, comme on aurait pu s’y attendre, à celle des Gorounas (ou même des Tibawés), blancs et blonds ou châtains.  De plus il parle d’ « hominiens », visant par là une composante primitive des  ancêtres des Tuas, les Moakens ou hommes de Neanderthal qui se sont métissés avec les Tuas.
  Or, on  admet que les néandertaliens avaient souvent les cheveus roux. .Aujourd’hui, on réhabilite ces hommes de Néanderthal et on sait que, sur le continent  Sahul (Australie et Nouvelle-Guinée), il y a 60 000 ans, ils étaient plus avancés que nos ancêtres Homo sapiens, se servaient d’outils, parlaient, se paraient de plumes rouges  d’oiseaux en signe d’autorité, honoraient  leurs morts, bref constituaient un modèle envié pour les autres hommes préhistoriques. Ils auraient conservé la  démarche sur la pointe des pieds qui en avait  fait des  grimpeurs habiles adaptés aux  pentes rocheuses.Ils se sont métissés avec nos ancêttres et notre génome se constitue d’une partie du leur, malgré la diffamation  dont ils ont été victimes depuis des siècles.Par exemple, dans Science du 13 mai 2011, l’équipe de Ludovic Slimak, du CNRS,  fait état de ses découvertes  au niveau du cercle polaire, dans une région où , l’hiver,  la température descend au-dessous de -40°C , d’outils moustériens du paléolithique moyen, des os de mammouths débités , de renne, de loup et d’ours (site de Byzovaya au nord de la Russie, près des côtes sibériennes) , le tout datant de – 26 000 ans.
Le  moaken, selon le nom  qu’on leur donne en Calédonie, ce qui rappelle le mythe français du dahu,  a toutes les caractéristiques du migo (migheu, migu, mirka, mirgo), nom par lequel  on les désigne  en Mongolie. L’étymologie populaire  rattrache le nom du migo à une de ses caractéristiques légendaires, sa mauvaise odeur, faisant venir ce mot  de mi, personne, et de ken, sentir mauvais (allusion à une odeur de charogne,  de coquillages en voie de putréfaction  ou de cadavres,  à cause de leurs rites mortuaires associant les coquillages et les hommes ?). Au Brésil on a pour eux le nom de mapinguary (de pwa pou,  et nguary, de kaye ni, petit karen). Leur nom calédonien moaken vient du nom de leur ethnie tua,  pwo kaye-ni (de petite taille), qui est le  nom de certains tuas et qu’on retrouve dans dans le paronyme Boaken ou  Boghen.
Quelles sont les caractéristiques de ces hybrides d’homo sapiens et de  néandertalien ?
1 Une odeur épouvantable
Depuis l’archer Philoctète piqué au pied par un serpent et débarqué à Lemnos à cause de l’odeur excrémentielle de la blessure jusqu’aux femmes de Lemnos qui durent tuer leurs maris affligés de la même maladie que Philoctète, il existe à leur sujet  une tradition d’odeur épouvantable.
L’explication peut être cherchée dans le fait que , chez beaucoup de mammifères, putois, mouffettes ou gorilles,  il existe des glandes anales, peut-être originellement déclenchéeslors de la défécation, puis qui ont conquis leur indépendance et servent à marquer leur territoire ou à éloigner le prédateur. Elles se déclenchent lors de stress dû à une menace, ou à un changement de régime alimentaire,  comme on en a eu la preuve dans un zoo londonien où les gorilles avaient été nourris de chous de Bruxelles et ainsi donné lieu à dégagement d’une odeur insupportable et nauséabonde. Philoctète à bord de la flotte achéenne avait nécessairement changé de régime et de même les maris des Lemniennes. 
2Une jambe plus courte que l’autre
Le tibia des 400 squelettes de néandertaliens aujourd’hui retrouvés est  bien plus court proportionnellement que le fémur, et chez les hybrides cela pourrait donner des hommes avec une jambe plus courte que l’autre (un mélange des deux hérédités) ; telle est bien  la caractéristique qu’on  atribue aux moakens dans les légendes calédoniennes.
D’après les An nales de l’Académie nationale américaine des sciences, juin 2012,  les chercheurs (Français Jean-Jacques Jaeger) ont découvert en Birmanie plusieurs dents de peits primates datant d’environ 37 millions d’années quoi doivent êre ses ancêtres et ceux dses Tuas. . Des versions similaires de ces dents ont été trouvées en Libye., datant d’il y a seulement moins de 2 millions d’années, attestant d’une présence plus récente en Afrique..A noter qu’on trouve précisément le même mélange de gènes chez  l’Australopithecus sediba (trouvé dans un état de conservation remarquable au fond d’une grotte sud-africaine par Lee Berger et datant de 2 millions d’années) dont les mains et les pieds présentent simultanément les caractères de grimpeurs propres aux grands singes (tibia proportionnellement plus court) et d’autres  caractères typiques de l’homme. Cet australoïde, nom donné aux anciens habitants des continents appelés Sunda, Wallacea, Sahul (c’est-à-dire l’Australie et la Papouasie qui étaient alors soudées), intégrant l’Afrique,  le sous-continent indien, le Sud-Est asiatique qui s’enfonçait profondément en Asie centrale et le Japon,  est à rapprocher des outils trouvés à Florès et datant de  800 000 ans !  La datation préhistorique, en effet, a évolué. Par exemple,  des outils en pierre taillée de type  biface datant de 1 760.000 ans ont été trouvés au nord du Kenya (Nature, 31 août 2011),  près du lac Turkana,  dépassant la date  des plus anciennes pierres façonnées selon cette technique  découvertes jusque là,  vieilles de1 400.000 années, soit 360.000 ans plus tôt. L’Angleterre était peuplée, il y a 800 000 ans, huit cent millénaires (fossiles trouvés  à Happisburgh  [Norfolk], sur une plage de la côte est de l’Angleterre), ce qui confirme une découverte, par la même équipe (Nature, Simon Parfitt)  à Pakefield dans le Suffolk, au bord de la Manche actuelle, de fossiles datant de 700 000 ans, avec un climat type Côte d’azur. Ajoutons que des archéologues chinois ont trouvé en Chine (PloSOne) des fossiles humains datant de 14500 à 11 500 ans dans la grotte de Maludong (du cerf rouge en chinois) près de Mengzi (Hmong li, petit hmong) dans le sud de  la province du Yunnan et d’autre part ,  dans la région de Guangxi (hmong li) qui est limitrophe du Yunnan , un quatrième squelette qui complète les trois crânes et les dents  découverts près du village de Longlin (de Hmong li, petits hmongs ). Ces squelettes présentent aussi un mélange de traits archaïques et modernes et sont contemporains des débuts de l’agriculture en Chine.Il fallait, avant  cette découverte,  remonter à 100 000 ans pour trouver cet amalgame, selon le Professeuir Damien Curnoe, de l’université de Nouvelle-Galles du Sud et le professeur Ji Xueping, de l’Institut d’archéologie du Yunnan. De plus, il y a 2 millions d’années et plus, d’après des fossiles humains découverts en 209 au Kenya, deux mâchoires et une face (Nature, août 2012), il existait certainement au moins deux espèces d’Homo erectus, Homo habilis et Homo rudolfensis qui coexistaient.En 2012 on a trouvé au Laos  un crâne d’Homo erectus appelé Jacqueline par les paléologues et vieux de 50000 ans, le plus ancien Homo erectus trouvé .
Le melting-pot originel qui s’est formé à  Longlin en Chine
Dans cette région originelle,  le métissage  a formé plusieurs peuples :
1) les hommes de Neanderthal (appelés migo ou myao)  vont s’hybrider avec des jaunes (yoi) et donner  les (m) ya (o) -yoi, les yayoi de Corée qui, connaissant l’agriculture, vont passer au Japon vers l’époque du Christ et former, par un métissage avec les Jomons,  les Japonais modernes. Les Tuas, les jaunes et les Djomons donnent les habitants de l’archipel Ryou Kyou.  ;
 2) les Tuas et les Mongs jaunes de Birmanie donnent les austronésiens (Indonésiens et Malais) ;
3) les  jaunes, les Tuas et les hommes de Néanderthal forment ce qu’on appelle les Polynésiens,  qui gardent le nom de Hmong Li (Longli) : ce dernier devient maoli à  Hawaï et aux Marquises, maori aux îles Cook et maori  en Nouvelle-Zélande, maohi,  à Tahiti, Mouréa, Bora-Bora et Murua aux Iles Trobriand. Notons aux Comores Mayotte dont lr nom est Mahore en langue locale, Mohéli, Moroni, Longoni.
4) les Tuas  fondus avec les néandertaliens donnent les mani (de Hmong Li) de Thailande. 
Les noms de Maré (graphie anglaise qui se prononçait Mari), de Mouli à Ouvéa,  de Mouri l’ancien nom de Païta,  révèlent le passage des Tuas dans les îles Loyauté et à Païta. .

D’autre part, le docteur David Reich, généticien à la Harvard Medical School, et son équipe ont établi qu’un petit nombre d’hybrides, mi-néandertaliens, mi –Homo sapiens, avaient vécu en Sibérie, près de la grotte de Denisov  il y a  entre 46 000 et 67 000 ans et que des hybrides denisoviens-sapiens avaient existé plus récemment.. L’analyse de soin ADN a permis de dreser un portrait : peau noire, yeux bruns et 6%du génoime des peuplements d’Ausytralie et de Mélanésie. Du matériuel néandertalien se retrouve dansles populations d’Amérique du sud et d’Asie.(Science, août 2012). Enfin le néandertalienfossile nommé Regourdou 1 trouvé non loin la grotte de Lascaux en 1957(Plos One, août 2012), âgé d’environ 70000ans étaiot droitier.
En Birmanie, sur les bords du lac Inle, les pêcheurs rament d’une façon qui nous paraît extraordinaire. Les pêcheurs se tiennent debout à la poupe sur une seule jambe, la droite, l’autre étant enroulée autour de la godille.S’ils avaient à ameublir la terre dans le billon d’ignames à flanc de colline,  on les imagine nien  dans cette position typique du moaken légendaire, ce qui a dû exciter les  railleries des autres ethnies.
3 Un langage sifflé ?
On a remarqué que dans certaines régions du monde (sur l’île de Gomera aux Canaries, au Mexique, à  Tursch en Lydie sur le lieu  du royaume légendaire  de Philoctète et à Casamance en Afrique). Philoctète, le seul à qui Hercule a confié le lieu de son bûcher, persuadé que son mutisme l’empêcherait de le révéler, indique celui-ci …en allant sur l’emplacement avec des Grecs et en pressant la terre du pied. Il pousse d’autre part d’horribles cris inhumains analogues à l’Irrintzina basque.
4 Les rites funéraires  et la «  momie ».
Lorsque les chairs des cadavres  ont été mises à pourrir, le crâne est broyé  et devient une mixture, la momie, que les Tuas absorbaient, -omme une sorte de ce soma védique originel dont la composition est restée secrète.  Voici ce qu’écrit à ce sujet Bernard Heuvelmans, p. 156, dans L’homme de Néanderthal est toujours vivant : « Le nom du médicament , à savoir moumieu, provient de l’iranien moum, qui veut dire « graisse » ou « cire », et du tibétain mi-eu, ou plutôt migheu, qui signifie « homme sauvage [notre moaken] . Au Moyen Age, les Arabes ont vendu en Europe un baume analogue, et, en Egypte ancienne, le mot momie avait fini par désigner l’embaumement lui-même. La couleur particulière et les propriétés colorantes de la substance originale sont même passées dans le langage courant pour désigner une teinture, voire une teinte, qu’on appelle en russe moumiya. » La nuance « brun momie » existe encore aujourd’hui pour les artistes-peintres. Les noms des plantes amômos, cinnamomum (cannelle) renvoient à des ingrédients de la mixture.

5 Le problème de l’albinisme
Il y a plusieurs types d’albinisme  plus ou moins total., souvent caractérisé par d’importantes hémorragies et une prédominance  de globules blancs comme dans la maladie de  Waldenström (celle dont Pompidou est mort) ou dans le syndrome de Griscelli (du nom de mon parent,  le Professeur Claude Griscelli,  qui a étudié ces enfants appelés enfants de la lune parce qu’ils craignent le soleil ).Or,  nous avons,  dans ces régions   aujourd’hui  glaciales de Laponie (de arakaunia),  la trace de populations qui précédèrent les Esquimaux ou Inuits.A l’arrivée des Inuit au Groenland, au nord-ouest, existait encore une population appelée «  Dorset » par les archéologues et qui s’y était installée vers – 1000 en provenance du Canada actuel.. Dans un manuscrit du XVIe siècle, l’Histoire de la Norvège, voici comment  ils  sont décrits : « Plus au nord, au-delà des établissements viking, des chasseurs ont rencontré des petits hommes qu’ils appellent skraelings …. Lorsqu’ils sont poignardés, mais que la blessure n’est pas mortelle, celle-ci devient blanche et ils ne saignent pas (de sang rouge), mais, lorsqu’ils sont mortellement touchés, ils saignent abondammen ».  Ils ont disparu, peut-être suite à leur perturbation sanguine, mais aussi par métissage ou par migration en Amérique.
La toponymie calédonienne héritée des Tuas.
Les Tuas ont laissé des traces   dans le sud de la Grande Terre, où P. Avias voyait, à Goro un des rares  endroits de présence négroïde en Calédonie. Le nom de  Naïa  près de Païta, où l’on a découvert des poteries, vient de Kaiah, le nom que se donnaient les Karens noirs de Birmanie, appartenant au même groupe linguistique que les  Abwéwé de la région de Bourail où la Néra, doublet dialectal de Naïa, offre également  un gisement de poteries tuas, comme celui de Ploum. 
  Ainsi,  Touaourou vient de tua ligoro et signifie la Déesse poulpe géant  comme Goro  et comme Oro  à l’île des Pins viennent de goro, euphémisme signifiant l’enroulé et désignant le poulpe géant ou le serpent.  Le nom du col de Mouirange renvoie, à cause de la forme des collines qui, près de l’ancienne carrière du col, sont coudées,  au nom du boomerang (en Nouvelle- Galles du Sud, wo- mour-rang).  Le nom de la  Tontouta vient de too pota, signifiant la rivière tua. 
1 Les pyramides de coquillages  de Tasmanie, de l’îlot  Koniene et de  Touaourou.
  Voici comment Péron, qui passe un mois en Tasmanie en 1800, nous décrit les Tasmaniens. 
Les Français, dit-il, aperçurent  une case de naturels. « Ce n’était, écrit-il, qu’un seul abat-vent d’écorces disposées en demi-cercle et appuyées contre quelques branches sèches. Un aussi frêle abri  ne pouvant avoir d’autre objet que de préserver l’homme de l’action des vents très froids, j’observai que sa convexité se trouvait en effet opposée à ceux du sud-ouest, qui sont les plus glacés, les plus constants, les plus impétueux  de ces parages.  En avant du pauvre ajoupa que nous venions de découvrir, se trouvaient les débris d’un feu récemment éteint, et de gros tas de coquillages, d’huîtres et d’haliotis gigantea se montraient à peu de distance, exhalant, par la corruption des débris d’animaux  que les coquilles pouvaient conserver, une odeur putride et nauséabonde…. Tous les individus étaient chargés de coquillages appartenant à la grande espèce d’oreilles –de- mer [haliotis] particulières à ces rivages. »
De tels amoncellements de coquillages ont été  signalés en Nouvelle- Calédonie à Touaourou, à Païta et surtout à l’îlot Koniene, sur un site initialement gorouna.
 
2 Le boomerang    
L’emploi du boomerang  dans le Guzerat,  dans le sud-est de l’Inde et à Célèbes, atteste du  passage des Veddas, comme le font, aux îles de l’Amirauté,  les pointes de flèches taillées à grands éclats. Les lieux où l’on trouve la  trace indiscutable  de cette arme de jet sont la Tasmanie, la Nouvelle-Galles du Sud,  la Nouvelle-Zélande où les Tibawés sous le nom de Pakéas en ont  introdut l’usage,  Santo, Maré et Hienghène. .
   Mais l’association du boomerang et de l’Australie est si forte que, par exemple, le musée de Pithiviers, possesseur d’une  collection calédonienne dont un boomerang, a fait disparaître récemment, comme une pièce rapportée, ce boomerang ! Il a fallu les études de la SEHNC, de B. Brou et du P. Dubois, pour tenter de mettre l’accent sur les boomerangs de Maré ou de Hienghène. L’appartenance du boomerang à la culture de l’archipel calédonien est si peu connue qu’un collectionneur averti de mes amis  a commis la même méprise que le musée du Loiret. .



Le bestiaire sacré des Tuas
Ce bestiaire tua a exercé son influence sur les Djomons et sur les Tibawés.

1)    Le serpentaire (Sagittarius serpentarius) ou bateleur des savanes  (Terathopius ecaudatus) contre le serpent : un signe tua , repris parles  Tibawé
Pour les Tuas, certains oiseaux en voie d’extinction, parents des serpentaires de Madagascar (Eutriorchis astur) et des  bateleurs des savanes idolâtrés au Zimbabwé, étaient  plus forts que les serpents, puisqu’ils s’en emparent et que la queue de celui-ci peut dépasser de leur bec d’un mètre 50.Ce qu’on prend pour une langue tirée sur certaines sculptures est la menace que représente pour l’ennemi le serpentaire avaleur d’un serpent dont la queue sort de  la bouche.
Les anguilles ont  joué le rôle de substituts lors des cérémonies de deuil d’origine tibawé, tant en Microinésie qu’en Polynésie orientale, où l’on voit certaines femmes jeter en l’air des anguilles, ou bien en Nouvelle-Zélande, où l’énigmatique sculpture  koro tangi (un oiseau vert), qui tire son nom d’un mot tibawé konao, devenu koro et  signifiant pierre et de tangi signifiant déploration, est également associé à des cérémonies de deuil maories.
A date préhistorique il est  certain que la victoire d’êtres humains  sur un oiseau monstrueux  a dû marquer les esprits : s’agit-il de ce dinosaure à plumes dont le paléontologue chinois Xu Xing a  récemment découvert  le squelette fossile, le Gigantoraptor erlianensis ou Limnusaurus ? La mythologie grecque nous a parlé du lac Stymphale et de ses oiseaux monstrueux mangeuirs d’hommes que Hércule, pour venir en aide à  Philoctète et à ses « petits » compagnons, abattit à coup de flèches.   On songe à un souvenir de lacs  comme le Lac Vert, Ichil Koul, encore appelé le lac Saphir (le nom Stymphale est apparenté aux noms d’Omphale, d’ Opar, et au mot opale), entre  le Tibet et la Mongolie,  au Mustang, une région riche d’environ 10 000 grottes sacrées.  Mustang se décompose en Tang, qui est un autre nom pour les  Tuas (Taungs).
2) L’  œil du calmar super- géant, Architeuthis dux Steenstrup 1857 et les boucles d’oreille des Tuamotous
Dans la culture djomon, il existe une grande déesse, appelée Ka Mui Akkoro (ka mui, la divinité, la déesse et akkoro [de ligoro,  au sens propre l‘enroulé,  euphémisme pour calmar, parfois serpent] de couleur rouge, que les Tuas ont honorée également à travers les boucles d’oreille de leurs descendants tuamotous.
Heuvelmans écrit (Dans le sillage des monstres marins,  tome 2, p.271) à propos de l’œil de ce  monstre : « [Le fait ] que [son cristallin] ressemble,  tant par la forme que par l’aspect,  à une perle avait été remarqué depuis bien longtemps, puisque des fouilles archéologiues ont démontré qu’au temps des Incas, les Péruviens se servaient des cristallins des grands céphalopodes à des fins ornementales et que les anciens Egyptiens en mettaient comme yeux à leurs momies .A une époque plus récente, les indigènes des îles Sandwich en vendirent comme perles authentiques à de naïfs voyageurs russes. » On remarque aussi sur les masques calédoniens des opercules à la place des yeux.
  Les Tuamotous se servirent des cristallins comme boucles d’oreille qu’ils remplacèrent  plus tard par des perles lorsque commença le commerce de ces parures sacrées (taumi, etc.) vers  Tahiti.Mais le port d’une  perle, comme,  initialement, celui du cristallin, était un hommage au divin céphalopode et à sa force divine. Il sera aussi plus tard symbolisé par l’opercule d’un coquillage considéré comme l’œil du calmar  et porté en boucle d’oreille créole.
  Les lames ondulées, encore appelées  lames flamboyantes (luk en indonésien),  des kriss balinais ou malais, sont des représentations des bras ondulants du calmar,  comme les sceptres chinois appelés ru yin.


3) La « plume »  des calmars
La « plume » ou glaive  du calmar,-du carbonate de calcium,-est l’équivalent de l’ « os de seiche » : le pseudo-squelette de cet invertébré ressemble d’ailleurs vraiment à une plume. Il a servi de modèle aux Tuas et aux Tibawés pour leurs armes.courbes, boumerang ou autres,  comme les patu-patu ou mere.   Tant il est vrai qu’on  a trop  sous-estimé le rôle du monde sous-marin dans les représentations de ces cultures du Pacifique.
4) Le poulpe géant du pacifique, Octopus apollyon Gabb
Les Djomons ne se sont pas contentés du calmar super-géant : ils ont aussi honoré le poulpe géant (à moins qu’ils ne les aient confondus). En Calédonie,  on l’appelait  wiwa, de wi, serpent, et de wa, bec,mais le  nom a aéujourd’hui passé à un poisson Le plus grand poulpe du pacifique ou poulpe pointillé, qu’on reconnaît à ses grandes taches en forme d’anneaux parsemés sur tout le corps, a pu inspirer plusieurs formes d’art océanien.Ainsi, lorsqu’il y a une sphère avec une croix divisant l’espace par une symétrie à 4 (les 4 x 2 bras du poulpe), on peut interpréter le symbole par une représentation de ce poulpe. De même, les casse-têtes  dits à bec d’oiseau ou à bec de tortue  (tibawés) renvoient, selon moi,  au bec semblable à celui d’un perroquet de ces poulpes colossaux et seraient mieux appelés « casse-têtes à bec de poulpe géant  ».Il a dû y avoir une erreur de traduction sur le mot tortue (tortue-serpent). La hache ostensoir en serpentine  avec ses huit «  tentacules » et sa forme sphérique représente peut-être le corps du poulpe et ses huit tentacules et il n’est pas immpossible qu’elle soit d’origine tibawé.
5) Le ca       lmar colossal (Mesonychoteuthis hamiltoni)
« Ce céphalopode a trois cœurs , deux pour le fonctionnement des  branchies et un pour celui du  corps entier, un bec à la mâchoire inférieure proéminente de 5 cm, des tentacules armées de griffes, composées de chitine et dotées de la particularité de pouvoir effectuer des rotations afin d’agripper les proies . Les yeux sont énormes  et situés de chaque côté de la tête : ils mesurent 27 cm de diamètre, soit la taille d’une citrouille. Son corps est doté de deux ailerons d’un mètre de long sur un de large, de deux longs bras et de 8 tentacules pourvues  de photophores : ce sont des structures bioluminescentes  situées en bordure de rétine et qui, telles des lampes torches, émettent une lumière suffisante pour éclairer à  100 mètres devant l’animal et suppléer à la déficience de la vue bilatérale du calmar. .Pour partir en chasse, le calmar place ses bras au-dessus de sa tête. » (Sciences et Avenir, n°813, novembre 2014, Loïc Chauveau).
 Ce monstre, pêché pour la première fois par des Néo-Zeélandais , a inspiré plusieurs formes d’art océanien (voir mon article paru  dans le bulletin de la Société d’Etude Historique de la Nouvelle-Calédonie).
6) Un mammifère marin mystérieux : le teganpaïk,   une sorte d’otarie  à long cou, parente de l’ornithorynque, Megalotaria longicollis Heuvelmans 1965( ?)
Selon  B. Heuvelmans, dans Sur la bête des bêtes ignorées, p.133, tome 1, ce mammifère marin   a été entendu pour la première fois en 1801 en Australie.   « En juin 1801, le minéralogiste Charles Bailly et ses compagnons de l’expédition de Nicolas Baudin s’enfonçaient dans l’intérieur des terres après avoir donné le nom de leur bâtiment, le Géographe, à la baie de la côte occidentale.  Et soudain les voilà glacés de terreur par un rugissement terrible, plus bruyant qu’un beuglement de taureau, et qui semble sortir des roseaux de la rivière des Cygnes. Terrorisés, nos hommes ne demandent pas leur reste et s’éloignent à toutes jambes.Mais il ne fait pas de doute à leurs yeux qu’une bête aquatique formidable hante le nouveau continent. » Or, dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, où l’on a aussi  trouvé des dents qu’on a attribuées à des  otaries, Edouard Normandon a raconté avoir  entendu s’élever des marécages de l’embouchre du Diahot l’  effrayant rugissementd’un animal, et les Mélanésiens ont confirmé ses dires, tandis que  des métropolitains incrédules se gaussaient et cherchaient à expliquer le phénomène  par le cri d’un lion évadé d’un cirque du temps des Américains ! Son nom tua à Touho subsiste dans le nom de la tribu littorale teganpaïîk (de tegan, serpent de mer, et de païk, « long-cou » du type ardea sacra albolineata, héron des récifs). Cela correspond en Australie au katenpaï ou tunatapan.
 Ce mammifère marin (Heuvelmans Op. cit. p.125, tome 2 et  Peter Costello, dans A la recherche des monstres lacustres,  p. 233) pondrait des œufs mais allaiterait ses petits comme l’ornithorynque et ressemblerait à  une otarie à long cou, avec trois bosses, caractérisée par une crinière blanche, et des rugissements rappelant ceux d’un lion.
Les Tibawés  semblent avoir été frappés par  l’allaitement maternel  des petits d’otaries à la surface de la mer, les pores des bosses diffusant le lait. Rien d’étonnant si les tiki, autrefois gravés par trois dans une dent d’otarie aux Touamotou, en gardent peut-être le souvenir, car on peut être tenté de  voir dans ces figures inexpliquées que constituent les tikis la réprésentation d’un embryon d’otarie à long cou, dans lequel  les Polynésiens voyaient le début de toute vie.
A suivre sur les Tibawés
B Les Tibawe,   -ces créateurs tatoués des  tarodières  ou le stade de l’agriculture sédentaire.
Le Japon voit succéder aux Djomons, vers l’époque du Christ,  venant de Corée,  les Yayoi, maîtrisant l’agriculture : de même,  en Nouvelle-Calédonie , les Tibawés prennent la suite des Gorounas apportant pareillement l’agriculture. Voici ce que nous confie Gabriel Païta à leur sujet : « Puis vint un jour le peuple des Ti … Venus de la mer, ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Poérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes [… ]Les Ti, ou plus exactement les Tibawe. ». La syllabe  ti a été comprise comme signifiant  noble ou grand et bawé comme signifiant magicien (de yadé) ;  par étymologie populaire, le nom a été abrégé. Mais Tibawe est peut-être de la même racine que les mots  Tibet, Sibérie, Abars,   Ouigour, dont le sens originel,   venant de ligiro, signifiant l’enroulé, euphémisme pour désigner le calmar ou le  serpent, sera vite oublié.  Ce sont les cousins métis  et évolués des Ouigours et  il est très facile de les confondre.
   La génétique comparée de l’équipe de Svante Pãabo, de l’Institut Max- Planck, a analysé (Nature, 23-30 décembre 2010)  l’homme denisovien, du nom d’une grotte de Sibérie où ont été retrouvés l’auriculaire d’une petite fille et une molaire , de forme bizarre,  d’un jeune adulte d’il y a 30 000 ans : cet homme de Denisov partage un nombre élevé de variations génétiques avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée, donc avec les Tibawés qui s’y sont métissés avec les Tuas .
  On leur connaît  une première et lointaine étape : on apprend , par le New York Times du 28 mars 2010, que dans l’immense désert de Taklamakan et en pleine province chinoise du Xin- jiang, au nord du Tibet,  des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens, aux cheveux châtains et au nez long (aquilin ?), datant d’il y a 4000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache avecun  mât de bois situés à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe .  Les momies, -les plus anciennes découvertes dans le bassin du Tarim, -portaient des chapeaux de feutre au bord piqué de plumes. Les Ouigours les réclament comme leurs ancêtres. Les généticiens chinois (BMC Biologie de février 2010) ont analysé  l’ADN mitochondrial, transmis par les femmes : celui-ci se compose d’une souche venant de Sibérie et d’Asie centrale, qu’on retrouve en Asie du Sud., tandis que les hommes présentent un chromosome Y présent aujourd’hui en Sibérie, mais rarement en Chine. A noter que près des femmes enterrées on a trouvé des « phallus » de bois qui évoquent les sekibo djomons  ou stone-rods (verges de pierre) et qui sont complémentaires des stone-swords : ce sont, soit des  épées de pierre à double tranchant ou nekito, soit   des  épées à tranchant unique ou sekken, qui sont retrouvées brisées ou brûlées dans des tombes masculines.On doit se vdemander s’il ne s’agit pas plutôt comme en Micronésie de fuseaux et de quenouilles, le tissage de filets, de voiles et de vêtements étant capital dans cette société.
Les Tibawés ont laissé à leurs descendants, fussent-ils métissés, la tache bleue congénitale qu’on trouve autour du Pacifique, en Afrique et même en Europe. Du Tibet, il y a 30 000 ans,  une branche des Tibawés passe dans le bassin de l’Indus, puis  à Ceylan, d’où certains  migrent  à Madagascar (les Mérinas) et en Afrique noire (le Zimbavwé leur doit son nom, vraisemblablement),  tandis qu’une autre, passant par, Bénarès  arrive au   Népal.
 Il existe au Népal, un  pays riche en terrasses, qui étaient d’abord des  tarodières jusqu’au  IXe siècle et sont devenues  rizières par la suite, une population appelée Newari, dans le nom desquels on pourra reconnaître nos Tibawe calédoniens, population qui a donné son   nom aux Népali et à leur pays, le Népal.Le nom actuel  de  sa capitale, Catmandu, vient de kat (le Serpent, de [li] koro) et de Hmong Du, les  Mongs noirs. Le mot tasmanien   katmarou ou kutmarou, qui   a donné notre mot catamaran  et   vient du nom  de la côte de Coromandel (de kurmandou, de koro, le Serpent, et  de Mangdou, les  Hmongs noirs),  est apparenté au nom actuel de la capitale népali. Elle s’appelait jadis Kantipour, nom apparenté à   Cantigour, Artrigour, Tipour et signifiant  le Serpent (kant) des Ouigours (tigour).
Nous les retrouvons ensuite en Birmanie,  à Andaman, aux Philippines , où ils laissent la langue appelée  tagalog (de tibaro), puis à Java (la grande Jave des cartes de l’Ecole de Dieppe du XVe siècle, c’est-à-dire tiyave pour tibawe)  ,à Bali pour (Ti)bali ou Tibawe),  aux Célèbes (Sulawesi, de Tibawe- si, de –ki, marque de pluriel qui est encore présente dans leur appellation française les Célèbès) ) , archipel   où nous trouvons les grottes de Leang Léang vers -3000, pré- austronésiennes , à Amboine (Ambouene , de bawe) ,   à Timor (pour tipour, Ouigour ) ,en Micronésie,  aux Salomon, en Australie( Eoré près de Sydney) et en Tasmanie,  à Santo au Vanuatu (Aoré, de Newari, népalais),  enfin   en  Nouvelle-Calédonie où ils  débarquent à Ponérihouen, nous révèle G. Païta .
Le nom de Ponérihouen renvoie à cette migration : pa nariwan de bau (birman) neriwa par métathèse de  newari, c’est-à-dire  les Népalais, comme on trouve la mention «  birman, ».De même pour celui de la Fo Nwhary, de fo, rivière, et newari, à La Foa. Poquereux, où la tradition place la tombe d’un géant, -entendons un Tibawé, -vient de bau ligoro, le peuple birman du Serpent.
Leur mode d’habitation était identique à celui des Gorounas, comme leur mode de sépulture sauf que les tumuli étaient plus frustes et surmontés d’une haute perche indiquant le sexe du défunt par ses couleurs.
Mais c’est surtout autour de Touho qu’on trouve des traces onomastiques des Tibawé  et de leur provence micronésienne :.Qu’on compare le nom d’une tribu de Touho,  Pombeï, avec le nom de l’île micronésienne de Pohnpéï, Bonnebey, ou Ponapé (de bau bawé), ou encore le nom d’une autre tribu de Touho Wanache (de anaukhanazia, la communauté fraternelle),  (cf Kavatche à Hienghène., Oubatche près de Pouébo, Ouanaka,  près de Fonwhary, le village du sorcier d’Ataï ) avec Tawache (Touache), le nom de l’île micronésienne où se situe le plus  fameux ensemble mégalithique du Pacjfique.  
En Micronésie près de Pohnapé, sur l’île de Tembwen dont le nom est l’altération de Tibawé, il existe un extraordinaire complexe mégalithique parent de celui de l’île de Lelu.et de sa cité d’Insaru, ainsi que des ruines de Palau ou, un peu plus loin, des collones des îles Marianne sur l’île Tinia.  Au total il y aurait 92 îlots carrés  artificiels  et quelques îles supplémentaires  sur le récif qui entoure Pohnapé. Ce complexe  de Nan Madol  et son  site de Nan Dowas,sur l’île de Temwen (tibawé) , dont une presqu’île est appelée  Tawache, ont été décrits par Jacques de Rosamel qui l’observa en 1840  (Pohnpeï Micronésie 1840, p. 102), mais la description la plus éclairante  du site me semble avoir été donnée par James F. O’Connell, dans A residence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands, being the adventures of James F. O’Connell, 1836, réedition américaine, p. 210, que je traduis librement : « La muraille extérieure ferme un espace d’environ un mille de circonférence.Cette aire n’est pas vide, mais à environ vingt  pieds de distance du mur extérieur, il y en a un autre, exactement parallèle au premier ; ensuite,  à la même ditance,  un autre, et encore un autre, au nombre de cinq ou six [cinq en réalité]. Le mur de l’enceinte centrale ne renferme qu’un espace d’environ quarante pieds de côté et il est parfaitement carré … Sur le mur extérieur, quatre piliers carrés, partie autrefois  d’un portique ou d’un élément d’architecture comparable [à comparer avec le portique en pierre de Tonga], traversent le fossé plein d’eau [seulement à marée haute]. L’entrée, ou l’ouverture pratiquée dans le mur, était d’environ quatre pieds de haut. En entrant, aucune ouverture ne se présente dans le mur suivant, mais rès avoir remué des broussailles, nous avons découvert une entrée au coin du mur, à droite de la première entrée. Après l’avoir empruntée,  nous avons trouvé une ouverture dans le mur suivant, mais à gauche cette fois ; et ainsi de suite, nous avons trouvé les portes alternativement à droite et à gauche avant de pénétrer dans l’enceinte centrale.En marchant à l’intérieur de cette enceinte, grâce à la chute accidentelle d’une pièce de bois, nous avons découvert une crypte »
.L’ensemble est tabou et a été créé par Animan (le dragon géant), mot proche de Anita aux îles Mariannes et de Manitou en Algonquin.  «  Les bras de mer étaient autrefois des passages secs, que l’eau  a envahis, en raison de la proximité de l’île par rapport au récif de terre… Dans l’un des arroyos  sur cette île des Ruines,  se trouve une énorme pierre carrée ». Cette « pierre carrée », comme l’enceinte centrale, représente le corps de la bête et elle est située,  non sur les murs représentant les bras multiples et sacrés de la divinité, mais dans l’arène ou canal  qui se trouve entre les bras, seul endroit où les prêtres peuvent marcher. Elle  était peut-être un autel (aku de akkoro, le calmar enroulé ou touamotou marae, marquisien meae de manai, dragon) devant  lequel se déroulaient offrandes et cérémonies. Les lames ondulées, encore appelées  lames flamboyantes (luk en indonésien),  des kriss balinais ou malais, sont des représentations des bras ondulants du calmar,  comme les sceptres chinois appelés ru yin (cf le nom des îles Ryu Kyu, de ryu khiu, de ligoro, ainsi que le nomm indonésien de la lame,  luk).
  Quel est le monstre représenté par cet étonnant géoglyphe ?Pline l’Ancien (livre IX, 3, 1) parle d’un céphalopode  monstrueux appelé rota, la roue : « [Parmi les géants des mers], il y a aussi les «  roues »  qui tirent leur nom  de leur ressemblance avec la roue d’Ixion et  qui se distinguent par deux séries de quatre  rayons [en haut et en bas de la «  roue »] ,  deux  yeux barrant le moyeu de la « roue »  de chaque  côté  ».B  Heuvelmans, P. 153, tome I, Dans le sillage des monstres marins, commente en ces termes : « la descrption s’applique à un animal doté de 4 bras de chaque côté de la tête, où les yeux frappent sans doute par leur grandeur .On n’a pas de peine à reconnâitre dans cette description un céphalopode aux huit bras toujours en mouvement.».Heuvelmans n’a pas voulu préciser s’agissait d’un poulpe (3 bras +1 tentacule x 2) ou d’un calmar (4+1 x 2), mais pour nous ce sera un calmar avec cinq « bras »de chaque côté.  Li-guro que j’ai traduit comme serpent enroulé  renvoyait primitivement à cette roue,  un monstrueux calmar,  Architeuthis dux.ou bien à Octopus giganteus Verrill dans le cas du poulpe à 3 bras. Les mystérieuses sphères de pierre de toute taille sont,  à mon avis,  une autre représentation du monstre, indépendamment de l’utilisation profane comme traction de blocs de pierre très lourds remorqués par cette sphère plus faciue à pousser et les boules chinoises en sont les héritières..
La crypte est plus mystérieuse encore. J. O’Connell y a trouvé un squelette de chef, mais très récent, et  il ne pense pas qu’elle ait eu la moindre destination de conservatoire de  squelettes. Nous devons la comparer avec d’ autres cryptes de pierre, plutôt rares dans le  Pacifique ; Il en existe à l’île de Pâques où Thomson,  p. 81, découvrit « un immense dallage en ruines, de type non polynésien, qui comportait des maisons de pierre à double pointe et qui s’étendait sur près de 2 kms,  le long de la haute falaise de la côte nord-ouest.Chaque demeure était pourvue d’une crypte qui,  parfois, était couverte d’une arche soutenue par une belle pierre en clef de voûte et qui était destinée à abriter les statuettes représentant les morts.  Beaucoup de ces maisons ont malheureusement été emportées par l’érosion et les tremblements de terre ». La crypte a une voûte à 3  ogives et 4 voussoirs pour reproduire  sous le dallage la symétrie du calmar .Je pense que le trésor monétaire et sacré de lka tribu y étaikt entreposé. En effet, en Micronésie, dans l’île de Yap dont le nom se prononceWa ‘ab (Bawé), les observatyeurs ont été vsurpris par bl’existyence d’une monnaie bghéante en pierre avec un trou au milieu, en aragonite venant de l’île Palau. Cité p 56 dans L’histoirecommence à Bimini, on a trouvé à Andros,  dans une excavation artificielle sous-marine profonde ,  des piereres discoïdales au centre troué, d’un diamètre de 2 à 5 pieds, semblables à la monnaie de Yap .Cité par J.-Y. Cousteau et Y. Paccalet, p.174 dans A la recherche de l’Atlantide,le Russe Zirov a trouvé près des Açores  « une tonne d’étranges disques calcaires, d’un diamètre de 15 cm et d’une épaisseur de 4 cm, d’un côté bombés et de l’autre creux »Rosamel, p.103 , Op. Cit., parle  d’ »une grande qiuantité de cercles en coquilmlages taillés probablement pour bracelet et des morceauix de nacre de perle[aragonite] imitant imparfaitement des poissons, … des fragments de corail spathisé avec lequel les naturels font leurs haches ».L’aragonite dont leurs monnaies sont faites rappelle l’œil du calmar qsui esty fait d’aragonite, comme celui d’uin crustacé, le chiton, qui a 17 dents faites de magnétite passant pour porter bonheur.Quant à leur forme circulaire, elle évoque le globe de l’œil ou l’oursin. Le mot grec sphaira, sphère, oeil, oursin, est à rattacher au grec speira, spirale, anneau du calmar ou du serpent,  spargô, emmaillotter dans des langes (lituanien spragti), sparton, tresse, corde, sphendonè ou en latin funda, la fronde, spuris, -idos, corbeille, étrusque et latin sporta, corse spontino, casse-croûte par métonymie du contenant, le panier, au contenu.
Pourquoi ce trou médian ? Parce que la nacre des   coquillages,  lorsqu’elle  est  trouée, possède l’étrange  faculté de se régénérer elle-même par des petits cristaux qui apparaissent dans le trou. Ces cristaux évoquent ceux qui constituent les dents du chiton et la pierre qudrata corse. La couleur est souvent blanche mais en descendant elle devient brune.Elle peut être d’autres couleurs.Perle, nacre, corail, cristaux du minerai d’aragonite sont un symbole de résurrection et rernvoient à l’œil du supert-calmar divin.
On aura compris que, selon moi, il s’agit, dans ce site remarquable, de la représentation de la déesse Akkoro, c’est-à-dire d’un monstrueux calmar avec ses cinq bras (4 + 1 tentacule). C’est le symbole le plus ancien : le serpent lové et contenant de l’eau est une adaptation ultérieure, comme les opercules et les diverses croix.
Le mot canal est à mettre en rapport avec arkhanal  et désigne tant le fossé des tarodières que l’espace entre deux enceintes de pareil monument dont on  voit le lien avec la naissance de l’agriculture et de l’irrigation.
Quels sont  les noms, en Calédonie,  de ce calmar super- géant ?
1 Dans la commune de Touho, il existe une tribu appelée Maïna ((de aminan, cf. les dragons d’Annam, le nom de Naïna près de La Foa et le nom de  Manille aux Philippines) dont le nom correspond à Animam, le nom de la déesse représentéee dans le mégalithe micronésien. On a aussi, avec le sens de caïman,  le caraïbe  kaïman (cf. le nom des îles Caiman).  Nous avons un prototype ouigour,  madeira ou madrilla, qui donne au Mexique Aztlan. (Cf. Madras, Madril -ène, Madère Gadeira, Agadir,  Cadix Atlas, Atlantique, Adria,  Tripoli, Tritonis).En grec nous avons drillos, le lézard, dont le nom se retrouve dans krokodilos pour Krokodrillos. Quel que soit le détail phonétique, le monstre a dû cristalliser les terreurs primitives et un euphémisme comme l’enroulé, ligoro, a dû souvent être utilisé.
2 Le nom de  Biganda (Puyganda, de liguro) à Hienhgène désigne également  le redoutable dragon,A noter que les noms de pays africains Ouganda et  Ruanda et les sites mégalithiques d’Afrique noire , par exemple, au Zimbabwé, le site de Tambacounda (anaconda, serpent), qui comprend   un monument   circulaire, ou ceux  du Niger, du Togo, du Tchad, de  Sénégambie, de Mauritanie, du Mali, de République Centrafricaine pourraient bien être l’œuvre de cousins des Tibawés comme le surprenant portique des îles Tonga.
3 En Australie existe la légende du mindi, python-diamant confiné sur la région côtière.Or, il existe une langue australienne, le tipintjara (langue de la rivière (ti) du mindi ).  La langue pindjé parlée dans Tipinjé doit être rattachée au nindé de Malékula au Vanuatu.Avant le python-diamant ou le serpent arc-en-ciel, le mot mindi devait désigner le calmar monstrueux.
4 Le  toponyme Gosanna à Ouvéa  est parent du mot australien goana (caraïbe iguano)  qui désigne un  lézard géant de 1, 60 m de long, de la famille des méiolanidae. Il est apparenté au  mot australien gauarge (p.109, tome II,  Heuvelmans,  Sur la piste des bêtes ignorées) désignant un animal disparu,  un dinosaure.  Il pourrait aussi s’agir du souvenir d’un varan gigantesque (Varanus priscus), de 7 à 8 mètres, donc bien plus grand que son cousin le Pérentie, le plus grand varan  actuel d’Australie, ou que le  varan de Quomodo en Indonésie, qui  ne dépasse jamais 3, 57 m (Op. cit,  p.158, tome II).
  En Australie outre un diprotodon (wombat géant) il y avait jadis un énormre crocodile et un varan géant de 6 m de long appelé megalania, mais  il n’y a plus aujourd’hui deux espèces de crocodiles (p. 157, Op.cit.) : le crocodile à double crête (Crocodilus porosus), de près de 10 m de long, qui se retrouve en Inde et aux îles Fidji, car il est le seul crocodile à circuler en pleine mer, et un autre crocodile, plus petit (C .Johnstoni), qui n’existe que  dans le nord de l’Australie.  Pour Ouvéa, plutôt que le lézard australien du même nom, on peut sans doute songer au Crocodilus porosus, surtout qu’il aurait existé un crocodile terrestre en Calédonie.; mais le.mot peut très bien désigner le céphalopode monstrueux.  
En Nouvelle-Calédonie et aux îles, on doit rattacher de nombreuses  langues aux Tibawés.
 1) le nom du  paici, parlé autour de Ponérihouen,  doit être rapproché  du baki (pour pa iki) d’Epi au Vanuatu. C’est  une langue apparentée au Palao (Pelew) en Micronésie ; elle est parente du palyupalangic ou patengic, parlé en Birmanie, en Thailande et au sud de la Chine  -une  langue mon khmer   On peut décomposer le mot  pa-langic en paa -lyanga-ik, -ik étant un suffixe de langage, paa, de parama, signifiant birman, lyanga, cf Hienghène ou Tanghène (de lyngano) signifiant l’enroulé calmar ou serpent  (liguno cf. le nom des langues d’Australie et de Papouasie , paama –yanga) ;
2 le xa anacuu,  de la région de Canala, xa  signifiant langue, anacuu ou aracuu venant   de anaukhanasia, du prototype  anayasko azika, radical dégagé par le linguiste Jean Karst et signifiant la tribu fraternelle, avec l’usage d’un suffixe adjectivant -asko . La langue d’une île de Micronésie appelée Ruk ou Truk (la graphir tr notant une consonne cacuminale) et aujourd’hui Chuuk lui  est apparentée.  On trouve aussi à Formose une langue indigène proche, le holo chek (de mara chéék) ou holo minmar. Canala vient de Kanara,  de arkanala (de araukanasia) signifiant les frères de la tribu comme dans  Guadarcanal aux Salomon. A noter le culte de l’anguille qui rappelle celui de Pohnapeï en Micronésie ou celui du yero australien (de liguro comme le akkoro écarlate aïnou)  qui passe pour avoir un poil rouge sur la tête (Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, tome II,  p.109). O’Connell raconte de façon fort amusante comment, sur l’île mécronésienne, lui et un autre européen, sachant pourtant que l’anguille était taboue, s’en vont,  en secret,  faire  une partie de pêche aux anguilles et s’en font un repoas pantaégruélique. Mais les indigènes décèlent le grand sacrilège et mènent un grand deuil pendant plusieurs jours près des arêtes d’anguilles retrouvées par eux !
3 Le mea (de miao pour hmong) est parlé dans la région de Méchin (de myao chuuk) et dans les régions de Fa chin pour Fa chuuk, la rivière chuuuk, de Kouaoua et de  Mebara (pour miao mara, miao rappelant l’appartenance de la langue au groupe miao-yao). Langue ou dialecte proche de la langue précédente ;
4) le iaai (de yawe),  à Ouvéa,  parente d’une langue de Tanna, le nw hal ou nw hay (de nw, langage, et de bawe) Les Tibawés y  ont laissé leur langue et les noms de Fayawé, de fa, signifiant langue  et de yawe (de bawé) et de Gosanna. Le nom de Mouli, de Hmong li, est un souvenir des Tuas;
5) le fwa aai de Hienghène, de fwa, langage,  parent du nowai (de no, langage, et de wai),  parlé à Tanna. .Ces populations pratiquaient l’art des pétroglyphes et connaissaient le boomerang qu’on réserve à tort aux Tuas.L’appartenance du boomerang à la culture calédonienne et loyaltienne est si peu connue qu’un musée métropolitain qui a une belle collection canaque, celui de Pithibiers, s’est débarrassé de son boomerang calédonien pourtant authentique, persuadé qu’il s’agissait d’une pièce étrangère. De même, un collectionneur de mes amis, grand connaisseur pourtant, a commis la même méprise. Il a fallu les articles de B. Brou  et du Père Dubois  dans le Bulletin pour attirer l’attention sur ces armes calédoniennes méconnues.;
 6) le  yawe (pour bawe), parlé à  Ouayaguette et Ouaième (de baye),  parente d’une langue parlée à Tanna, le (a)vava ou navava (de a ou  na, langage, et de bawé), peut-être parente des deux précédentes;
7) le chamuki, parlé à Touho, est à  rapprocher du piamatsi na parlé à Santo (Vanuatu), peut-être de kamaski, venant lui-même du  prototype  azika anayaski signifiant la tribu  fraternelle ;
8) larhe, peut-être  à rapprocher  du Eora de la région de Sydney et du Aoré (de newari, népalais) de Santo au Vanuatu. C’est une langue morte de Nekliai ou Nekiriai appartennant, dans le groupe hmong miao, aux langues bunu, le bunu naoklao notamment , où Naoklao  rappelle le nom de la tribu Nekliai de la zone a rhe . L’arhe est une langue she 
9 le yuanga ou yuaga, de rakhine, nom d’une langue de Birmanie, ou encore nyua. C’est la langue de Bondé (comme Pombéi, de bau bawé), de Paimboa (même étymologie)  et de la région de Gomen.  A rapprocher du nakahamanga parlé à Vaté . Tiabet et le Diahot dérivent de tibawé. Cette langue est à rapprocher des langues australiennes dites paama-yanga et des langues amérindiennes yaghan, ces dernières étant quasi mortes : les Yaghan vivaient en Patagonie.
10) le lelemwa ou lelema, ou nenema  parlé dans le nord à Arama. ; Arama   existe au Japon sous la forme Ara Aama (en ainou, ara, qui signifie   la plage, et  parama, birmane). .A rapprocher du lelepa parlé à Vaté. Lelemwa vient de aniwa (de anaukanyia).
 Un dialecte : le fwa nig ouma k,   où fwa signifie langue,  nig représente niw (de aniwa),   kouma-k,  où l’on reconnaît le suffixe de pluriel en –ki (comme dans les Dzouma- k), signifie les montagnes (yoma-ki, cf. le nom du Fuji Yama). Le lieu-dit Le Caillou à Ouégoa s’appelait précédemment Pouemonala (de balado, serpent, et de  Pamala, birman) avant d’avoir été rebaptisé de façon moqueuse, par allusion au port du Gros-Caillou, à Paris, sur les bords de la Seine, à cause du chantier de réparation de chalands pour le minerai de cuivre sur  la rive droite du Diahhot.  Le nom de Manghine, la maison à double corne,  garde leur souvenir, comme celui de Ouango près de Voh (même signification).Le mur du  Nord  relevé par Avias  et destiné à déclarer sacré un territoire agricole est  leur œuvre.   Yandé et Tiari vient de Tibawé;  
11  le yalayu,  langue de Balade, des îles Belep, de Pam. Le  nom  du yalayu est à mettre en rapport  avec celui du   varsu d’Epi au Vanuatu et plus lointainement,  via la Tasmanie,  avec avec le palyu (de parama et de lyanga) de Birmanie.  Le yalayu est en effet  une langue austroasiatique hmong, à preuve le mot  signifiant pou qui se dit en Belep cien, en semai cee’, en bahnari sii, en mundari siku. Ce sont les gens de Balade, nous raconte Baudoux dans L’invasion sournoise,  qui introduisirent à Pouébo les poux, inconnus jusque là (ils étaient très nombreux en Tasmanie),  lors d’un pilou de réconciliationt entre les deux peuples de Balade et de Pouebo.  Le mot désignant le chien à Belep, tavia,  est australien, venant peut-être de wallaby (macropodidé), ainsi nommé en l’honneur du Serpent ; il se retrouve dans le maréen païla, alors  qu’aux Tuamotus, dans une langue tua , chien se dit tour autrement : ngaeke.Le nom de Parama (birman) Balade vient d’un euphémisme religieux signifiant fuyant et désignant le Serpent, balado-qui se retrouve dans le nom de l’île Balabio, dans Balabom  (aujourd’hui la pointe Mézières en face de l’île de Pam) et dans l ’ancien nom de Pam, Parama (birman, donnant Pam)Pouarabom (altération de barabom, le dragon fuyant) . Poum vient de pouarabom balama, altéré en Pouemonala :   
12) le ti ri (de anayaski, devenu nisi et signifiant fraternel), parlé à  La Foa anciennement (village du sorcier d’Ataï appelé Ouanaka, cf. Ouanache, près de Fonwhary) au Petit et au Grand Couli aujourd’hui, dont le nom rappelle le biri en Australie ; à rapprocher du bieri parlé à Epi au Vanuatu. Nassirah   ou Nassendou comme Nessadiou (de nasaskiu)   témoignent de leur extension dans le pasé ;
13) le nengoené de Maré
A) D’abord  vinrent, du sud de  Tanna,  les Kwamera (de pwa mong li), des  Tuas, qui introduisirent à Maré   le boomerang et laissent à l’île le nom de Mare, graphie anglaise à prononcer [mari]. C’est le nom repris par les Français avec une autre prononciation  à la suite du passage  du Britannia du capitaine Raven en1793. Les Maréens appelèrent le bâtiment anglais bêtischo, altération du mot anglais  British.
D’où vient ce nom de Mari ? C’est le même mot que Mouli à Ouvéa, Mouri, l’ancien nom de Païta, Marree en Australie célèbre pour son géoglyphe, l’homme de Marree, le plus long du monde(4 kms),  et que … maori ; c’est l’altération de Hmong li, un nom des Tuas (petit hmong). . 
B) Les Tibawés nomment alors Eteoke l’île de Maré.  Le mot étéoké se retrouve en aïnou avec le sens de terre et se présente,  en toponymie japonaise, sous la forme Sir etoke, à Hokaido,  qui signifie la fin de la terre. Ils y laissent des fortifications à Hnakudotit et à Waninetit. Surtout ils donnent à à Maré sa langue et son nom autochtone, Nengoené.  Les Maréens actuels revendiquent comme ancêtres les Siningone.En effet, de Malekula, une importante migration allait changer la population et la langue de Maré après avoir conquis Tanna. Les Timbembe, de   Siningone (Cf  Sénégal, Sénégambie), nom qui signifie   l’enroulé, euphémisme pour le calmar ou le serpent (li donnant si et guru donnant ngone),   laisseront à l’île de Maré le nom Noengoené  qui vient, par abréviation et suppression de la première syllabe si, de Si ningoné,  avec développement d’une voyelle d’appui après  le n. Ils se sont arrêtés d’abord sur la côte est, à Kokingone, nom où l’on reconnaît bau (birman) siningone. Quand les Papouas Haveke toucheront Manikula et s’installeront sur un îlot voisin  appelé Avokh,  ils rencontreront les Nwhal de Tanna. Ceux-ci les renseigneront sur Ouvéa. .
C) Plus tard il y aura un essai de conquête de Maré de la part des  Havekés de Pouébo : leur  chef Kaba y apporta le niaouli et les joncs, selon G. Païta, descendant de la grande chefferie des Kambas-Meidu à Medu, du nom de la chefferie, Kamba Meidu, et signifiant  mong noir, de mein du  et à Wabao (de mwaveke)
14) le tipindjé,  langue mourante parlée dans la haute et la basse Tipindjé, est à rapprocher du tipintjara en Australie (tipitjara ou mindi ou dragon, de ligura) et du nindé parlé à Malekula. Les Siningone leur sont apparentés. Le nom de  Biganda (Puyganda, de liguri, l’enroulé) à Hienhgène désigne également  ce redoutable dragon.  A noter que les noms de pays africains Ouganda et  Ruanda et les sites mégalithiques d’Afrique noire, par exemple, au Zimbabwé, le site de Tambacounda (anaconda, serpent), qui comprend   un monument   circulaire, ou ceux  du Niger, du Togo, du Tchad, de  Sénégambie, de Mauritanie, du Mali, de République Centrafricaine pourraient bien être l’œuvre de cousins des Tibawés comme le surprenant portique des îles Tonga.
En Australie existe la légende du mindi, python-diamant pourtant originellement confiné sur la région côtière.  Avant le python-diamant ou plus tard le serpent arc-en-ciel, le mot mindi (de li guri) devait désigner le calmar monstrueux.
Les Pinjés ont d’abord été refoulés par les Hawekes, comme en témoigne le nom de Wé hava (de , rivière, Haweke)  qui détrône l’ancien nom Tipindjé. Puis les protestants pwamei (tribu de Ouélis) et pwamalé (tribus de Tiendanit et de Ouanache) les ont pratiquement fait disparaître à la suite des événements de 1917, alors qu’ils n’y étaient pour rien.
15) le Dréhu, de Lifou.  Langue munda.  
A). Les noms de  certaines  îles d’un archipel des Tonga vont nous interpeler : celui   d’’Uiha qui, comme Ouvéa, révèle l’origine, ticopienne ou en provenance de l’île voisine de Utupua, de certains Tuas,  et surtout  celui de Lifouka (de ka, île, et lifou, serpent) ; il y a donc deux Lifou dans le Pacifique ! Mais, dans l’archipel calédonien, seuls les Européens emploient le nom de Lifou tandis que les autochtones se servent du mot Dréhou. L’ont-ils emprunté à Ouvéa –Uiha ?
B) Le mot dréhu, qui désigne le pays et la langue de Lifou,  vient du  nom de l’île fidjienne Dravuni,dr note également  une cacuminale, et c’est le même mot que le nom de langage Ladhusi ou Libo dans les langues myao d’Indochine  (aussi de liguri, serpent) L’accentuation sur la pénultienne  a fait disparaître la syllabe finale –ni ou –si. On a le nom Dokhin, à raprocher  du nom d’un dialecte  d’Araukhanie en Birmanie, le rakhin, et du nom du serpent ou du calmar géant.  Le mot dréhu  se retrouve dans dahua, nom d’une langue faisant partie de la famille myao.   
Le petit python vert sacré, vivant aujourd’hui encore à Lifou, et importé par les Tibawés (Engyralis australis  ou Morellia viridis.
A Lifou on trouve encore aujourd’hui  un petit python arboricole qui a la curieuse habitude de se  lover en entonnoir pour recueillir l’eau de pluie, peut-être parce qu’il n’y a pas de rivière sur cette île, afin d’y attirer les oiseaux assoiffés dont il se nourrit après la pluie. Il n’appartient pas à la faune locale et a suivi les Tibawés sur  leurs pirogues comme un protecteur sacré,  à partir de Talepakamale aux  îles Mussau (Nouvelle-Bretagne) d’où il semble originaire,  en tout cas par la suite depuis les Tonga.C’est un substitut de la « roue » du calmar géant avec ses 8 bras toujours en mouvement  et c’est le symbole de la force magique du volcan de leur île fidjienne, Nabukulevu..  Quel est le monstre symbomisé par ce python ?Pline l’Ancien (livre IX, 3, 1) parle d’un céphalopode  monstrueux appelé rota, la roue : « [Parmi les géants des mers], il y a aussi les «  roues »  qui tirent leur nom  de leur ressemblance avec la roue d’Ixion et  qui se distinguent par deux séries de quatre  rayons [en haut et en bas de la «  roue »] ,  deux  yeux barrant le moyeu de la « roue »  de chaque  côté».B  Heuvelmans, P. 153, tome I, Dans le sillage des monstres marins, commente en ces termes : « la descrption s’applique à un animal doté de 4 bras de chaque côté de la tête, où les yeux frappent sans doute par leur grandeur .On n’a pas de peine à reconnâitre dans cette description un céphalopode aux huit bras toujours en mouvement.».Heuvelmans n’a pas voulu préciser s’agissait d’un poulpe (3 bras +1 tentacule x 2) ou d’un calmar (4+1 x 2), mais pour nous ce sera un calmar avec cinq « bras »de chaque côté.  Li-guro que j’ai traduit comme serpent enroulé  renvoyait primitivement à cette roue,  un monstrueux calmar,  Architeuthis dux.ou bien à Octopus giganteus Verrill dans le cas du poulpe à 3 bras.


Sauf le dréhu et le païci, ce sont toutes des langues austroasiatiques mon-khmer en provenance immédiate du Vanuatu principalement .Au sein des langues mon -khmer on range, dans une même sous - famille, les langues hmong de Birmanie, de Thailande,  etc. et,  à l’intérieur de ces  langues hmong, les langues  Hmong mien ou Miao- yao   Certains chroniqueurs chinois vantent la civilisation des Hmong mien ou Miao- yao  et voient en eux les fondateurs de la Chine sous le nom de Shan.
Bibliographie
Barbara Niederer, Les langues Hmong –Mjen (Miao-yao). Phonologie historique, 1998, Munich.
Dans cette famille de  langues hmong-mien, un groupe est  bien  attesté  en Nouvelle-Calédonie, le groupe ho nte  ou she  avec le tiri,  l’arhe, l’aracuu, langues she.

Migrations de Fidji, de  Vanuatu (Pakéa,  Tongaroa, Epi, Futuna,  Vaté,  Tanna,   Santo) et de Micronésie
 1) Première  migration  tibawé vers Lifou appelée   Dréhu, à partir des îles Dravuni et Galwa aux Fidji,  vers -1000.
Une éruption volcanique datée de -1000, celle du volcan Nabukulevu sur l’île de Kadavu, non loin de l’île Dravuni , aux Fidji, a amené le chef d’Ono  à émigrer vers Lifou  cf. P. Nunn, juin 2001, » On the convergence of myth and reality : examples of Pacific Isdlands », The Geographical Journal, Vol 167, n°2, p .125-138 et 2003 « Fished Up or Thrown Down : The Geography of Pacific Island Origin Myths », Annals of the association of American Geographers, 93(2), p. 350-351 . Voici le récit mythique de cette importante migration :
 «Il y a très longtemps (vers l’an 1000), le chef de Ono, Tanovo, avait l’habitude de  se promener sur la plage à la fin de l’après-midi afin d’admirer le coucher du soleil. Un jour, alors qu’il marchait sur la plage, il eut la surprise de voir une montagne qui lui masquait le soleil et qui n’existait pas la veille.Contrarié, Tanovo partit, la nuit, en emportant de très grands paniers en fibre de cocotiers pour enlever la terre de cette montagne qui l’empêchait de voir le soleil.Le chef de l’île sur laquelle avait poussé la montagne (l’île de Kadavu) prit Tanovo sur le fait et le chassa tout en projetant des cendres sur les îles voisines de Dravuni et de Galwa. »En réalité les projections de cendres ont chassé les gens de Dravuni et de Galwa.


2)    L’odyssée des Tibawés
A):De la  Nouvelle-Bretagne jusqu’ aux Fidji et aux Touamotous.   
 De Talepakamale (de tibawé, pakéa et male, birman) aux  îles Mussau (Nouvelle-Bretagne), près de Ouatom, les Tibawés sont chassés par l’éruption volcanique du Witori en Nouvelle-Bretagne en 1350 avant J.C.  et colonisent  aux  Salomon Pakéa (de bau karen)  , puis Ticopia.
Les Tibawés  sont des « magiciens » qui, selon J. Guillou,  faisaient appel,  à Tikopia, « à un esprit mythique surnaturel qui, la nuit, se chargeait de la mise en place de ces énormes pavés ».  Une tradition hawaïenne, rapportée par G. Coquilhat, nous confirme que  les Tibawés « avaient une réputation d’habiles artisans de la pierre, capables d’édifier un temple [ahu] en une seule nuit grâce à des  procédés magiques qui leur  permettaient de se passer de la main à la main de gros blocs de rocher. » Ils ont ainsi inventé le travail à la chaîne sous les yeux  des natifs médusés ! « Une curiosité remarquable de l’île, écrit Jean Guillou dans Peter Dillon, capitaine des mers du sud, p. 186, consiste en une longue route pavée de blocs de basalte qui ceinture le cratère.Ce travail colossal serait l’œuvre d’une population pré-lapita (entendons pré-polynésienne, tibawé dans notre terminologie) qui, selon les habitants de l’île, faisait appel à un esprit mythique surnaturel qui, la nuit, se chargeait de la mise en place de ces énormes pavés. Un cyclone aurait anéanti cette civilisation. » Selon moi, Ces blocs de basalte sont des ahu funéraires analogues à ceux de l’île de Pâques et des Touamotous.
  Les  Tibawés quittent Ticopia, que ce soit à cause d’un cyclone ou d’un tsunami et  émigrent  alors  à  Tongaroa (de bau karen) au Vanuatu, d’où ils   partent à nouveau  et atteignent  Galwa aux Fidji.
Vers -1000, à la suite de l’éruption volcanique du Nabukulevu, les  Tibawés  abandonnent   l’île de Galwa pour les  Touamotous, où l’on trouve l’île Pakaroa, de bau (birman) karen, dont le nom est à comparer avec Galwa (Cf.  Pa Gara, nom des premiers occupants  à Houaïlou). Les premiers habitants blancs de  l’atoll d’ Anaa  sont  appelés papaa, tandis que les blancs sont appelés popaa à Tahiti et  papa’ à l’île de Pâques.
B) Vers 900 ou 700 avant notre ère, des îles fidjiennes de Motirikii et de Naïgani (île du naga ou dragon), -qui furent des centres de poterie ouatom très  anciens, en provenance dez Papouasie, vers Ouvéa, Houaïlou et Païta, vers Maré,   les îles  Tokelau et la Nouvelle-Zélande.
 « C’était un temps où les ressources étaient si rares et les noix de coco étaient si précieuses »,  nous dit le mythe, que deux cousins, Laiginiwasa et Rajkivono », commirent le sacrilège par excellence pour ces fondateurs de l’agriculture qu’étaient lesTibawés et «  arrachèrent  de jeunes noix de coco afin de manger leur chair à un endroit nommé Niucavu [la grotte du cocotier] », Nunn. (2001)  « Naigani Island and its historical connection with Ovalu and Motoriki Islands ; convergence between legends and facts », Domodomo, 13, pp. 19-28. Bannis, ils quittent Motoriki (de Hmong Li)  et débarquent à Ouvéa, où ils laissent  noms dans la toponymie les noms de Fayawé, de fa, signifiant langue  et de yawe (de bawé), de Lékine (de  legur, serpent) et de Gosana, le calmar. .Leur langue à Ouvéa est le iaai, de ti yawe et ils coloniseront la côte est  depuis le nord avec  Ouayaguette et   Ouaième (de bawé), où ils introduisent le  yawe, avec Hienghène et Ouaré (de Bawé) où ils laissent une langue, le fwa aai, de fwa, langage, et de yawe.
Ils fondent  Houaïlou, altération du nom de l’île d’Ovalu aux Fidji d’où la mère de  l’un des cousins était originaire : c’était les  Pa Gara (de bau,  birman, et  Gara, de Karen), nom des premiers habitants à Houaïlou (même mot que Pakaroa, nom d’un atoll des  Touamotous, Pakéa,  etc).
A Canala, ils laissent au moins une tête de pont, le clan Bakéa, tandis que sur la côte ouest  ils fondent Tiaré (de tibawé) et  Naïeni  (de Naïgani, aux Fidji) ,  avec son   tumulus isolé et son toponyme Mwanungo (déformé en Marengo), signifiant  la maison à double corne . Ils laissent encore leur  nom de Pakéa  qui restera pour désigner les gens de Païta.

  Ils continuent vers le sud et fondent Yaté (de Tibawé,  comme  Vaté ou Efaté au Vanuatu), dont on retrouve le nom en Australie dans le nom d’une tribu et d’une langue.
 Du sud ils  gagnent   Lifou et la future  Maré.   Certains  reprennent leur migration jusqu’aux îles Tokelau (de bau garoa, comme Tongaroa au Vanuatu et comme Tongariro en Nouvelle-Zélande dans l’île du Nord) et jusqu’en Nouvelle-Zélande où l’on retrouve l’emploi du boomerang et des fortifications comme à Maré. Dans les deux îles néo-zélandaises on retrouve des toponymes rappelant leur existence passée, comme dans l’île du sud Akaroa, avec coup de glotte initial, ou Paparoa,   dont  il faut rapprocker le nom d’un atoll des Touamotous,  Pakaroa, ou encore  Wakapapa tout près de ‘Akaroa (cf. le nom des blancs,  papa’,  à l’île de Pâques) tout près de ‘Akaroa et Tongariro dans l’île du Nord.    Ces formes viennent toutes  de bau- karen, le nom des Tibawés,  comme le nom qui désigne aujourd’hui  les blancs en Nouvelle-Zélande, pakéa (cf. papaa chez les Touamotous pour désigner les anciens habitants blancs d’Anaa, popaa à Tahiti).
  Les Pakéas sont les «  chasseurs de moas » pré-maoris de  Nouvelle -Zélande. J’emprunte à  J. Golson (The Journal of the Polynesian society, vol. 66, 1957, N°1, p. 64-109, « Field archeology in New Zealand » les données qui suivent. Golson cite un mur de pierre déjà  noté par Adkin (1955 :465-471) à l’est de la Palliser Bay et interprété par celui-ci  comme marquant un territoire agricole  tabou, et  non comme un rempart défensif.On songe au mur de pierre relevé par Paul Avias dans le nord de la Calédonie . Il cite aussi le pa (de parama, birman, fortin) des Poor Knights Islands précédemment relevé par Frazer (1926 :10-12). On peut encore relever des murs à Puketuku au Manukau Harbour ou à Wiri Mont près d’Auckland, où de longs murs courent le long des collines. Il n’est pas jusqu’à la forme exactement rectangulaire du pa de Maré qui ne se retrouve à Rua a Rehu, Puha, Poverty Bay. Le marquage  du territoire  cultivé comme tabou est lié à l’agriculture.
  3) Entre 1452 et 1475 de notre ère, d’une île volcanique  du Vanuatu disparue à la suite d’une éruption et  appelée Kuwaé (altération de Tibawé) entre Epi et Vaté, a lieu une migration vers Païta, Tonghoué et Tonghouen (même mot), lieux qui doivent leur nom au village de Panita  et à l’île  de Tongoa  où est situé ce village au Vanuatu,  p .140, 165, » (J. Garanger, 1976, Tradition orale et préhistoire en Océanie », Cahiers de l’O. R. S. T. O. M., Série Sciences Humaines, vol. XIII, n°2, p. 147-161) :
 « Tombuk, un homme originaire de Lopevi (Vanuatu), fut trompé par les gens du village de Kuwaé qui, par jeu et la nuit, le firent coucher à son insu avec sa mère.L’ayant reconnue trop tardivement et désespéré de son acte incestueux, il décide de mourir et d’entraîner  avec lui dans la mort tous ceux qui étaient plus ou moins responsables de sa faute.Il part à Lopevi chez un oncle qui lui donne les moyens de la vengeance sous la forme d’un lézard (serpent), véhicule de puissance des volcans.
« Il revient à Kuwaé, organise une fête qui dure six jours. Chaque jour un porc (homme) est sacrifié et il en attache la vessie, après l’avoir gonflée, aux branches d’un bois de fer [appelé toa en langue tuamotou], Casuarina oligodon.  .Sous cet arbre, il avait caché le lézard enfermé entre les deux nœuds d’une tige de  bambou.
« La fin de la fête approchant, il monte dans l’arbre et fait éclater successivement les quatre premières vessies, ce qui cause un tremblement de terre de plus en plus intense. Kuwaè bascule, puis éclate en morceaux en même temps que la cinquième vessie.
« Quand Tombuk fait éclater la sixième vessie, un volcan surgit de terre à l’emplacement du bois de fer sous lequel était caché le lézard.
« Aux premiers signes avant-coureurs du cataclysme, la plupart des chefs s’étaient enfuis dans leur pirogue et avaient regagné Vaté, leur ancien habitat. Le reste de la population périt, sauf un adolescent. Il était occupé à piéger des oiseaux sur la côte de Kuwaè qui n’existe plus, à un point situé  entre l’île de Tongoa et celle de  Tongariki (de Hmong Li). .Il s’abrita à l’intérieur d’un grand tambour [les tambours d’Ambrym sont parfois hauts d’environ  6 m] et y fut découvert par une jeune femme qui, elle aussi, avait pu échapper au cataclysme.Ce qui restait de Kuwaé n’étant plus qu’un amas de laves et de cendres, ils trouvèrent refuge dans une petite île voisine : Makura, où ils vécurent quelques années. Semet ou Asionget était le nom du jeune homme. Il reçut ensuite les titres de Matanauretong et de Ti Tongoa Liseiriki ; ces noms seraient en rapport avec celui d’une plante, la première qu’il vit repousser sur cette île [Makura]. Ti Tongoa Liseiriki réorganisa la colonisation de ce que nous appelons les îles Shepherd [Tongoa, Nguna, Emae] ; les chefs qui s’étaient réfugiés à Vate revinrent s’y installer.Six ans s’étaient écoulés, disent certains, depuis la disparition de l’île Kuwaè. A sa mort, le héros fut inhumé près de l’ancien village de Panita à Tongoa. , en compagnie de ses femmes et de quelques représentants de sa suite ».
 Il s’agit de la version mythique d’une formidable éruption historique, , expliquée comme une crise d’amok commise par un Oedipe canaque.  Platon justifiait de  même l’engloutissement de l’Atlantide par les fautes morales de ses  habitants et par le juste courroux des dieux contre eux. Autre remarque : le nom du village de Païta vient probablement de Panita sur l’île de Tongoa au Vanuatu, .comme ceux de Paouta près de Pouembout et  de Lapita (métathèse de Palita) près de Koné.  De plud, Ouitoé près de Païta vient de wi, le Serpent, et de toa, le bois de fer du mythe précédent, dans lequel est caché le Serpent. .
Le mythe n’est pas précis  sur le nom de l’autre plante. Selon moi, il s’agit d’une plante que les Tibawés ont cultivée, celle qui donne son nom à   l’île Nguna aux îles Shepherd  et qui a donné son nom au lotissement N’Géa (de Nguna ).  Selon G. Païta, Op .cit, p. 28, note : N’Géa  « désigne l’endroit où il y a de nombreux figuiers »), arbuste littoral à fruits jaunes comestibles, appelé obubu à Ouvéa–Iai. N’guna vient de l’aïnou mume ou ume, « prunier ». Vers l’époque du Christ, les Yayoi au Japon, équivalent des Tibawés,  acclimatèrent une plante sauvage qui fut la première, assure-t-on, à être cultivée par eux, le Prunus mume, prunier ou abricotier sauvage du Japon. Les omaï (ume à Okinawa  ou myrabalans, mirabelles, petites prunes salées),  si  appréciés des enfants calédoniens, viennent d’un arbre voisin, mais amélioré par une culture millénaire.
Le chiffre six renvoie aux cinq « bras « du calmarplus un autre pour recommencer.
Dernière observation : le tambour, type tambour à fente d’Ambrym, n’est pas un instrument musical, mais un  lieu de mort et de  renaissance. Ainsi, au Vietnam, dans des tambours utilisés aussi comme coffres funéraires,  lorsqu’il n’y a pas de pourrissement préalable,  le cadavre est placé en position fœtale pour renaître
De  fragiles géoglyphes  serpentiformes repérés sur certains plateaux de Nouvelle-Calédonie par les géologues Paul Avias et Piroutet.
 On remarque dans certains  cols et sur certains plateaux miniers  calédoniens  de fragiles serpents,  faits de  pierres juxtaposées avec soin, mais de dimensions évidemment moins importantes qu’en Amérique du Sud , dans le sud du Pérou,  où les lignes de Nacsas , dont le nom a été justement rapproché  du  nom du serpent indien et cambodgien, le  naja ou naga, de nagara (ligoro),  sont célèbres (Angkor vient de nikoro , le Serpent). On a découvert récemment dans la forêt vierge amazonienne de nombreux géoglyphes, œuvre de cousins des Tibawés, savoir 290 tracés dans l’Etat d’Acre, au Brésil,  70 en Bolivie et 30 dans les Etats brésiliens d’Amazonas et de Rondônia
Il existe en Australie un géoglyphe de plus de 4 kilomètres de long, le plus long du monde, l’homme de Marree du nom de la déesse mère à laquelle il est consacré. Mari  renvoie à Longli (de Mong li).
Les pétroglyphes.
 Aux Indes,  dans la région de Bénarès, on a trouvé des pétroglyphes, identiques, selon P. Rivet,  aux pétroglyphes australiens. On en retrouve également sur les chemins des Tibawés,  dans le bassin de l’Indus où on en compte près de  50 000  et aux Philippines. En Polynésie, les Pakéas  passent, à juste titre,  pour les responsables des nombreux pétroglyphes qui émaillent  les brousses océaniennes, ce qui confirme les dires de G. Païta.sur leurs auteurs.  
  Le nom   de Tchambouen, lieu  où précisément on trouve de beaux pétroglyphes, qui ont intéressé G. Coquilhat, notamment  avec le motif d’une pirogue, provient peut-être du mot  tibawe (tchamboyé).
 A Hienghène, plus précisément à Ouaré ( de Bawe), où existent quelques pétroglyphes sur une grosse roche au bord de mer,  la tradition assure qu’il y avait des pétroglyphes « femelles » cachés,  plus exactement relevant d’une lignée matrilinéaire matrimonialement compatible et secrète , correspondant chacun à un   pétroglyphe « mâle », qui jouaient le rôle d’autels. Mais tentons de décoder  deux autres motifs très généraux de pétroglyphes :
1) le motif dit de l’enveloppement en V avec une croix au centre, à ne pas confondre avec le motif presque identique des guillemets sur les poteries ouatom (qui, lui, représente la déesse des morts, le calmar super-géant). C’est ce motif universel  en V qu’on retrouve sur les pétroglyphes calédoniens, motif qu’avait déjà  remarqué Carl Schuster, dans « V-shaped chest-markings. Distribution of a design- motiv in and around the Pacific » et « Joint- marks.  A possible index of cultural contacts between America, Oceania and the far East ».  Le motif dit de l’enveloppement en V avec  une croix au centre est emprunté  à la pirogue avec les deux courbes de la proue et de la poupe qu’on retrouve dans les maisons toraja , constituant ici chacune le trait oblique du V. 
Quant à la croix, la barre horizontale représentait la banquette où était assis le pagayeur ou plutôt l’homme tenant la godille qui servait aussi à gouverner, godille qui est symbolisée par la barre verticale de la croix.
Au Musée National des Philippines, on a une jarre funéraire dont le couvercle est surmonté de  deux figures, l’une, celle du défunt, avec les bras croisés en signe d’obéissance et de respect,  l’autre, celle du  dieu des morts,   représenté en  timonier tenant une godille,  tous deux assis dans un prao démâté en signe de deuil.
2) Un autre motif qu’on observe  très couramment sur les pétroglyphes est composé d’un ombilic et de cercles concentriques, qui symbolisent la « roue »du calmar avec ses huit bras toujours en mouvement, comme en Micronésie,  pour marquer l’appartenance à la culture du Calmar géant écarlate, c’est-à-dire à la culture tibawé.
 Les pétroglyphes constituent une écriture indélébile  sur la pierre, comme les tatouages sur la peau, les uns et les autres  pratiqués par les Tibawé comme nous l’a indiqué G. Païta.
Le tatouage.
Dans le cas du tatouage, cette  écriture ineffaçable peut se lire et elle est liée à l’héraldique et à la généalogie. James O’Connell, en 1826 en Micronésie, nous apprend, P. 166, que ces tatouages étaient  confiés à quelques femmes maîtres d’héraldique, car le tatouage, écrit-il, «  est la conservation d’une sorte de symboles héraldiques. »D’abord, l’opération  ne concerne que les deux  classes supérieures l’une par rapport à l’autre et par rapport aux esclaves qui n’ont droit qu’à quelques marques sur le devant des jambes. Pour la classe des chefs, deux anneaux sur le bras droit indiquent les noms des ancêtres décédés les plus proches de sa femme; sur l’épouse, des marques similaires concernent les ancêtres de son mari. En cas de polygamie, les femmes portent sur leurs épaules l’arbre généalogique de leur mari. Quant aux enfants, à quatre ans, on leur appose , chez leurs parents,    des marques sur le dos de la main gauche, tandis qu’à six ou huit ans et plus tard le tatouage est complété ,  jusqu’à l’âge de onze ans , dans la maison réservée à la pratique de cette cérémonie .

Les innovations des Tibawés : l’agriculture, l’élevage et la métallurgie du laiton.
L’introduction de l’agriculture en Nouvelle-Calédonie
Il existe  au Japon une variété d’igname sauvage (Dioscorea japonica) appelée ku-bi.  Sans le suffixe –bi, qui signifie sauvage, ku désigne l’igname cultivée sur billons  introduite en Nouvelle-Calédonie par les Tibawe. Ces « billons », ces levées de terre si l’on préfère,  élevéss pour des ignames cultivées  qui demandent un sol profond,  sont parfois accompagnés d’un dallage servant à canaliser les eaux de ruissellement  qu’on retrouve à l’île de Pâques où l’on   a aussi découvert des barrages de pierre     dont le rôle était de détourner l’eau sur de vastes plates-formes de basalte (ahu).
 Les tarodières  
Les billons à ignames  sont souvent complétés par des  tarodières.qui sont  de savants systèmes d’irrigation abandonnés depuis très longtemps. Citons les tarodières  du Col de la Pirogue, anciennement kwa trebo, nous révèle Gabriel Païta : il s’agit d’une utilisation du tronc creusé d’un arbre, non comme pirogue, mais pour conduire l’eau et ce mot trebo se retrouve dans praoh, le nom aïnou de l’embarcation qui a évolué en Amérique pour nous donner notre mot pirogue.
Le nom du taro (Colocasia esculenta), tara en mélanésien, dérive du mot  wara, lequel, avec adjontion d’un suffixe signifiant sauvage, -bi, désigne, au Japon, une fougère sauvage  dont les tubercules sont comestibles (Pteridium aquilinum).  C’est ce radical, des Tibawés wara, qu’on retrouve (avec suppression du suffixe -bi  signifiant sauvage) dans le nom mélanésien du taro cultivé, tara, ou dans son nom polynésien, taro.
Les 45 menhirs tibawés, régulièrement alignés,  d’Arama parfois appelées de  Boniac ou Bonia du nom d’un ruisseau proche,   de Daqueboum,  de Cradji, de Bogota près de Thio.
Il n’est pas étonnant de trouver, en association avec ces débuts de l’agriculture sédentaire, des menhirs à Arama, au nombre de 45, régulièrement alignés. Quelle est la signification de ces pierres levées ?
       La société paléolithique pratiquait ce que G. Frazer appelle la magie imitative .Dans Le Rameau d'Or, en particulier dans Balder le Magnifique , celui-ci  nous rapporte que certains primitifs, à la saison des plantations, sautent le plus haut possible (ou bien depuis la plus grande hauteur, s’il s’agit de tubercules comme les ignames ,-comme au  Vanuatu, sur l’île Pentecôte, lors du fameux et toujours pratiqué saut du Gaul[1]) : plus haut ils sauteront, et plus haut le lin, le blé ou l’orge, pour nous le cocotier pousseront; plus grande sera la hauteur d’où, au péril de leur vie , ils se laisseront tomber, et plus profondément s’enfoncera le tubercule de l’igname, autrement dit plus grosse sera l’igname  ,et meilleure sera la récolte dans tous les cas, qu’il s’agisse de blé ou d’ignames. Il ezxiste en Nouvelle-Calédonie de rares pirres à ignames dont ce devait être la destination. La  « pierre à igname » était enfoncée verticalement dans le sol afin de mimer et donc d’amener la croissance de l’igname.
 Ainsi , le fait d’ériger un menhir a-t-il pour but de mimer analogiquement la croissance de l’orge ou du cocotier  et de la stimuler magiquement.Le menhir symbolise l’épi ou,  à Arama, le jeune cocotier et prétend exalter sa croissance. .
 On a deux noms pour les cocotiers, savoir niou qui est pan-océanien et  le tibawé hakari ou ha’ari-(de kakari) à Tahiti qui se  retrouve dans le sud de l’Inde (sanskrit karakah pour noix de coco, par métathèse pour kakarah et malabar kopparah, signifiant coprah).  Les Tibawés sont  originaires d’Asie du sud-est, le lieu d’origine de l’espèce de cocotier qu’ils ont introduite en Nouvelle-Calédonie. La génétique éclaire ici  la linguistique, car une analyse ADN de 1300 cocos a montré que, d’Asie du Sud-Est, la culture du cocotier ne s’est propagée que bien plus tard dans le sud de l’Inde et à Ceylan, et de là  en  Afrique.  Nous savons qu’à Fidji les Djomons, mille ans avant notre ère, avaient déjà introduit cette culture et qu’elle était encore fort rare. Le mur relevé par Avias dans le nord est à relier à ces menhirs : il délimite l’espace tabou consacré à la maturation des forces végétatives et à la domestication de l’eau.

L’élevage et la domestication du coq de Bankhiva,  de la roussette, du rat, du cochon et peut-être du chien par les Tibawés
Le coq (Gallus gallus), polynésien moaka ou moaa ou moa
En Nouvelle-Calédonie, le capitaine Cook, en 1774, déclare : « Nous entendîmes le chant du coq » près de Balade  .A  l’île des Pins,  il existe encore quelques coqs de Bankhiva, et il n’y a pas d’autres   gallinacés en Calédonie. Le coq  y a été introduit par les Tibawés comme à Maré où  le P. Dubois le signale en des temps préeuropéens (1970, p. 55-56 mais les successeurs des Tibawés  n’ont pas continué leur élevage.  Les Tibawés avaient apporté avec eux sur leurs pirogues des volailles jusqu’à Ticopia aux Salomon, puis à l’île de Pâques, où l’on dénombre 1233 poulaillers de pierre, les hare  moa, longs parfois de 21 mètres.  « Si les nombreux et imposants hare moa de pierre n’étaient pas éclipsés par les statues et les plates-formes de pierre, plus importantes encore, écrit Jared Diamond dans Effondrement, P. 131, les touristes se souviendraient de Pâques comme de l’île aux poulaillers de pierre. »
Les va riétés de  renard volant et de roussette
En Australie, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, il n’existait aucun mammifère. La roussette y est, avec le rat, le seul mammifère et n’a pas pu voler par ses propres moyens jusque là. .C’est pour des raisons religieuses (elle symbolise les paternels) et utilitaires (poil de roussette, etc.) qu’elle a fait l’objet d’un élevage et qu’elle a été introduite.De plus, elles sont faciles à capturer vivantes et à apprivoiser. Le nom maori  de la roussette, peka-peka, pouek à Nutt en Micronésie,  répond à la racine ouigour pour désigner le renard, pek, en maya pek, renard,  en  quechua allpaka, alpaga,  ou dans le caraïbe pecari, avec le mot alo –, signifiant forêt, antéposé  ou postposé. .Le renard volant de Formose (Pteropus dasymallus formosus), appelée bianfu, fait un mètre d’envergure et c’ est un animal de compagnie recherché par les habitants.Le renard volant des Philippines (Acerodon jubatus),  avec une envergure de 1 m50, est la plus grande des chauve-souris. Quant aux variétés de renard volant ou de roussette de l’archipel calédonien, on affirme que certaines sont endémiques, ce qui semble impossible dans un pays où il n’y avait pas de mammifère. Elles ont dû faire l’objet d’introductions par plusieurs groupes tibawés, comme Notopteris neo-caledoniae ou roussette à queue qu’on trouve par colonies dans les roches de Hienghène (introduites par les Némis) et dans les grottes de Poya (introduites par le groupre de locuteurs arhë).Autres variétés : Pterapus ornatus ou roussette rousse, l’une des plus répandues, avec Pteropus vetulus, ou roussette des roches, ou renard volant de Nouvelle-Calédonie,proche du Pteropus aegyptiae , d’origine africaine dit-on,   Pteropus tonganus , qu’on trouve aussi en Nouvelle-Guinée ou renard volant du Pacifique, Chalinolobus, etc.
Deux variétés de  rat polynésien (Rattus exulans) Le rat , lié au poulpe dans les légendes et dans  les pratiques de pêche,  au Vanuatu comme dans l’archipel calédonien,  était jugé comestible et servait d’offrande lors du repas de mariage à Lifou : il a été introduit volontairement par les Tibawés à partir des îles fijiennes (où il avait été importé de Birmanie ) et a fait l’objet d’un élevage qui peut nous surprendre.En Nouvelle-Zélande, on a trouvé des fossiles de  rat indigène appelé kiore datant d’il y a 2000 ans. Le même mot se retrouve dans le surnom du chef de Ouanache (Touho), Néa Kiole Galet.
Le cochon (Sus scrofa).
Au Japon existait un cochon sauvage qui avait déjà essaimé dans le Pacifique jusqu’à Ticopia et à Vanikoro en 1825,  mais ni le cochon, ni le chien n’ont  été importés en Nouvelle –Calédonie.   
Le difficile problème du chien dans le Pacifique    
Ni le cochon, ni le chien n’ont  été importés en Nouvelle –Calédonie.  Mais, dans le Pacifique et même dans l’archipel calédonien,  il y a une grande diversité de noms du chien (ou du renard) : tavie à Belep (cf.  wallaby, sans le préfixe animalier wa-),   paili  à Maré,  de lapeke (cf alopeke) , renard, devenu lipaikie, puis par métathèse paili), ngaeke aux Touamotous (de nga, préfixe animalier, et ike, cf. maya ok, chien-loup). Dans la langue maya telle que l’a déchiffrée l’Américain D. Coe (Reading the Maya glyphs), langue  qui, comme le quechua,  est apparentée aux langues tibawés,  la situation est complexe .Il semble qu’il faille distinguer deux sortes de chiens : le chien-loup, sauvage ou domestique,   ok ou tsul [ul],  le chien domestique s’appelant kun.  renard sauvage  pek par abréviation de alopek, chien de forêt , La racine pek désigne à l’origine le renard précisé par alo-, forêt, alopek, renard (de forêt) pour le distinguer du renard domestique.ou de l’hybride de chien et de renard. 
1) le chien de Micronésie, kitti et kid’jinny-kitti, qui est mangé et n’est pas un animal domestique, d’importation chinoise récente. Le raty y est appelé un petit chien.  ;
2) le chien de Nouvelle-Zélande,  d’importation espagnole à la suite d’un naufrage. Il s’agissait d’un couple de poméraniens : le nom espagnol d’origine ibère (ouigour), perro, parfois altéré en Pedro par étymologie populaire, dont il faut peut-être rapprocher  le nom espagnol du renard, zorro, et le maya tsulul, chien -loup, perro venant de pek tsullul, chien loup renard domestiqué), s’est curieusement maintenu en maori. Robert Langdon l’a étudié dans The lost caravel et pense qu’il a accompagné les Polynésiens dans leurs migrations de Polynésie en Nouvelle-Zélande.Il existe une seconde variété de « chien » appelé kararehe, maori kaureke ou wa-itoreke (Cf. alopeke et nga eke) qui présente la particularité de ne pas aboyer et de se contenter d’un régime non carné, extrêmement rare, plutôt nocturne et à fourrure blanche selon les maoris. Serait-ce un renard apprivoisé, apparenté au renard du Tibet (Vulpes ferritata) qu’on trouve encore au Népal dans la région du Mustang  ou au  renard corsac (Vulpes corsac) ;
3) le warigal (préfixe animalier  wa- et lapeke devenu lipalke, au sens de renard) de Nouvelle-Guinée ou chien chanteur (Canis lupus hallstromi)  et  le dingo (Canis lupus dingo) et On trouve en Australie sauf en Tasmanie le dingo : go signifie qui aboie dans la langue eora près de Sydney, à qui les Européens ont emprunté le mot dingo d’Australie.  Or, le dingo n’aboie pas non plus que le warigal et c’est peut être en réalité le nom donné par les Aborigènes de  langue eora près de Sydney au chien européen, car  go signifie qui aboie dans leur langue. Les Européens leur  ont emprunté le mot dingo, de   din, renard [cf. chinois bia]) Voici sa description en 1826 par James O’Connell : p.91 « On suppose que le chien indigène, ou plutôt l’espèce que les pionniers découvrirent, a été importé autrefois, car presque tous les autres quadrupèdes sur l’île appa    rtiennet à la cklasse des marsupiaux, ou à poche nourricière. Cet animal émet des vocalises plaintives, mais il n’aboie jamais ; il attaque, mais ne continue jamais à s’accrocher et à harceler.Face à un troupeau de moutons il mordratous ceux qu’il pourra attraper, et la blessure s’infecte facilement. Il dégage une odeur puissante et agressive,il poursuit les chiens domestiques,  il a un poil hérissé, une queue  touffue, une grosse tête et un museau qui est terminé en pointe .» Le chien australien est attesté il y a 5000 ans, ainsi que celui de  Nouvelle-Guinée. Il a fort bien pu venir de Nouvelle-Guinée  en Australie grâce à l’existence ancienne d’un pont terrestre entre l’Australie et la Papouasiie. Mais le chien en question se trouve aussi en Chine du sud, pays où existe  un renard apparenté à celui du Tibet. On le trouve, à l’état sauvage, en bandes, ainsi qu’en Birmanie, en Thaïlande, au Laos,  à Bornéo et aux Philippines.  



Quelques  plantes comestibles des Gorounas et des Tibawés.
Indépendamment du cocotier, du prunier, du bois de fer dont j’ai déjà parlé, citons d’abord quelques autres plantes importantes dont je ne parlerai pas : faux tabac du bord de mer (Argusia argentea) contre l’ichtyosarcotoxisme, moins efficace que du soludecadron, le bambou, le ficus et autres banyans, le muscadier aperçu par Cook près de Tanna, vraisemblablement à Santo.
Le bancoulier (Aleutes moluccana) tire son nom français de l’établissement fondé par la Compagnie anglaise des Indes Orientales à Bencoolen ou Bengkulu (Sumatra)  en 1685. Le Français Poivre en rapporte des noix dites de Bancoul. Les Tibawés l’introduisent en Nouvelle-Calédonie pour son bois, ses noix, son huile, ses vers de bancoulier (Agrianome fairmairei) dégustés, comme les vers de sagoutiers (des charançons !), partout en Asie du sud –est, et aussi pour  ses délicieux champignons de bancoulier. . Les chenilles de bancouliers comestibles sont à rapprocherdes witchetty grubs australiens, gros vers blancsque les femmes et les enfants détectent  avec un flair extraordinairev (Geza Roheim, p.1 5, Héros phalliques et symboles maternels…) :les enfants les consomment crus, les adultes légèrement grillés, leur goût rappelle leb rôti de ôrcou les œufs frits. C’est iune nourriture hautement aqppréciéee des australiens. Ce seraient les larves d’un lépidoptère, appelé cossus, en australie du moins.
Le pommier malaque (Syzigium malaccense) a été introduit par les Tibawés à Santo où il est entouré de mythes selon lesquels quiconque en mangerait deviendrait blanc, à l’île de Pâques où on le trouve à l’état fossile, et en Nouvelle-Calédonie dans le nord, sur la côte est, où il est rare et passe pour le pommier des blancs (Popalagni) tandis que les Européens l’appellent le pommier canaque, par altération de malaque.  
 La banane poingo (Musa x paradisiaca),  à cuire obligatoirement comme un légume,
a été introduite par les Tibawés à partir de la Birmanie (banana signifie birman, pwango, comme pour la maison,  signifie recourbé, en forme de corne) ; c’est un hybride issu de Musa balbisiana (qui, contrairement aux bananiers de culture, contient de nombreuses graines) et de Musa acuminata, -une variété de cette dernière, Musa acuminata banksii,  s’étant hybridée en Papouasie pour donner la plupart des bananiers du monde. On l’appelle aussi d’un mot anglais banane plantain (espagnol platana), par allusion au plantain corne de cerf, ainsi nommé à cause de ses feuilles en forme de corne.
Au contraire, le nom de la banane –déssert, jadis appelée pomme de paradis parce qu’elle passait, en Inde comme dans les légendes de  Iai-Ouvéa, pour le fruit mordu par la femme malgré l’interdiction du Serpent, vient du portugais figuera banana (figuier birman ou figuier  banana, ce dernier mot étant emprunté  au soussou de Guinée). Les bananes-figues de Nouvelle-Calédonie sont du créole réunionais et viennent de l’adaptation anglaise du figuier portugais,  banana-figs, les figues birmanes.
  En ce qui concerne le nom de la patate douce, la linguistique comparative et historique seule n’est ici d’aucun secours  car certains radicaux se confondent et donnent les mêmes résultats, poussant à croire, par exemple,  que la patate douce serait  originaire d’Asie, ce qui est faux : il nous  faut d’abord demander secours à l’archéologie américaine. Celle-ci nous apprend que les plus anciens restes de patates douces et de pommes de terre cultivées  ont été retrouvés dans les grottes de Tres Ventanas, à 65 km de Lima au Pérou, et qu’ils datent de
8 000 ans avant  J. –C. Toutefois, un spécimen de Solanum muaglia  datant de 13 000 avant J.C., pomme de terre sauvage mais comestible, a été retrouvé  à Monte Verde, dans le sud du Chili. C’est donc au Chili que seraient apparues la pomme de terre et la patate douce. Or, les habitants avaient, pour les nommer, à leur disposition, plusieurs radicaux que nous allons étudier.
1) pa pata :   le fruit hirsute
Il existe une pomme de terre avec un duvet dru, Solanum villosum, au nom scientifique significatif (villosum signifiant velu) et à laquelle  les Amérindiens ont donné le nom de pa pata (pata signifiant velu dans la langue de Haïti appelée  taino, cf. ainou), devenu patata ou batata à Haïti. C’est cette forme patata qu’ont  empruntée ensuite  les Espagnols pour désigner la patate douce sous la forme batata , en français patate  et  en anglais.batata, patate douce, potato .au sens de pomme de terre.On a donné le même nom de « fruit écailleux » , patata , au pitaya  ou pitahaya (Selenicereus megalanthus)s) .Quant au mot papaya,pour désigner la papaye,  il vient lui aussi du caraïbe par analogie entre le centre plein de graines du pitaya à la chair blanche  avec des points jaunes et  la papaye (Carica papaya L.) au centre également plein de graines qui, elles aussi, étaient mangées autrefois .
Pour comprendre la forme mexicaine  camote ou cambote,  patate douce, qui a été empruntée par les Espagnols et diffusée par eux avec le tubercule, dans le Pacifique, il faut  partir de pataya, katayo, puis  par métathèse kayota, kamota, camote. A  Okinawa,  dans l’archipel Ryu Kyu, il existe,  à côté du nom japonais imo (de Satsuma), un nom d’emprunt (de camoté), kamato, bien acclimaté comme le prouve la salutation rituelle : Nmu kamatoin ? As-tu assez de patates douces ? Signifiant : comment vas-tu ?Le terme camote et le tubercule ont été exportés aussi par les Espagnols en Subanu de Mindanao (camote) et aux Mariannes (camut).
 Le même nom a anciennement été donné à cause de ses duvets à la chayote (la chouchoute calédonienne), Sechium edule, de pataya devenu katayo, puis par métathèse kayota.
A Santa Cruz, dès le XVI e siècle (cf. Pedro Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions auistrales, on rencontre panaes , d’origine inconnue,pour patate douce.
2) ku-mara (toute enveloppe  ou tout tubercule d’aspect pourpre, souvent la patate douce, Ipomea batatas Poiret).
Il existe deux formes kumara :
 1 L’une se décompose en  kuch, peau, enveloppe, aspect et madja, rouge,  le nom  désignant tout  fruit ou légume  à chair ou à peau rouges, quel qu’il soit, pomme-liane, tomatille, tomate, tamarillo.
2 L’autre se décompose en kep ou  kup, tubercule, et madja, rouge,  pomme de terre rouge ou patate douce de couleur pourpre.
1La tomatille du Mexique   (Physalis philadelphica) a pour nom    tomatlt  en aztèque, de kumara : le –ille final de tomatille n’est  pas un diminutif, mais vient du l  final de tomatl  , comme dans le fruit appelé tamarillo, également de tomatl  La tomate (Solanum lycopersicum)s’appelle  xi-tomaltl  , xi-seul signifiant petit
 De même, la pomme- liane ou fruit de la passion pourpre (Passiflora) est  appelée en tupi (Guyane) maracuja, de mara, rouge, ku, peau et ja, fruit.
La coumarine est extraite de la fève tonka, de couleur rouge foncé : c’est le fruit du Dipteryx odorata, en langue vernaculaire teck ou gaïac guyanais ou brésilien. La fève et l’arbre s’appellent  coumaru, coumaron, coumarine
L arbre guyanais  Strycnos guianensis a une écorce rouge qui lui vaut son nom, urari en Guyane., curare en français, de ku mara
2) La forme kumara, de kup mara ainsi que la patate douce elle-même ont été diffusées à Mangareva par l’Inca Tupac Yupangui entre 1471 et 1493 et de là  dans toute la Polynésie.  A partir de 1600  le pilon en pierre sculptée représentant un oiseau pour écraser le taro disparaît avec l’introduction de la patate douce en Nouvelle-Guinée. De kumara (Mangareva, île de Pâques, Touamotou, Rarotonga, les  îles Cook, la Nouvelle-Zélande),  on a kumala (Tonga), kumala  à Wallis-Ouvéa et à notre Ouvéa où une pirogue de Wallis l’a apporté a début du XIX e siècle, kumai (Marquises), ‘umala (Samoa), ku’a’ra (Mangaia), umara, umaa (Tahiti), uvala (Hawaï), kumal (Carolines).
On voit comment l’aboutissement phonétique de kuch mara, peau rouge,  semble bien être  le même que celui de kup mara,  tubercule à chair rouge ;  ainsi une igname à chair rouge (« sang de poulet » au Cambodge ou « sang des vaincus » en Calédonie)  peut, comme la patate douce, être appelée kumara, de kup, tubercule, et de mara, rouge.  Le nom de la patate douce à chair rouge  en javanais,  ku madjang, doit se décomposer en kup, tubercule, et madja, rouge. De même, on a le nom  de l’igname sauvage  à chair pourpre en malais, ke mahang (de kup madjang), emprunté par des langues non austronésiennes proches des Tuas calédoniens : ke mhang en semang de Kedah pour désigner une igname (langue parlée par des Negritos de Malaisie),  ke marung en sakai de Pahang pour désigner une igname cultivée On a aussi
-le nom d’une igname sauvage à chair pourpe,   gembulu en Gajosch,  de kup mada ;
-le nom  bengali   d’une igname (Dioscorea alata),  kamalu, de kup mada ;
-le nom d’une igname sauvage  en Nouvelle-Guinée (Osisi), gamaru, de kup mada ;
-le nom malais  de l’igname sauvage,   kembili, de kep mada, emprunté en sakai (langues non austronésiennes : Tembi, Darat, Jalai et Serau proche des populations tuas) sous la forme kemili ;
- le nom malais  de la patate douce, savoir  gumbili  ou encore  kumeli, toujours de kup mada) ;
 -le nom d’une igname (Dioscorea alata)   à Madagascar kambar, de kup mada. Le nom du  gombo africain (Hibiscus esculentus)  avec des gousses qui sont généralement vertes mais peuvent être rougeâtres, vient de kambar (en bantou, ki-gombo ou petit tubercule).Dans une langue dravidienne, le telugu,  kummara  désigne  une igname, Dioscorea aculata et, en Namau (Nouvelle-Guinée),    omera (toujours de kup mara),  un taro (Colocasia esculenta) ;
 -le nom de la variété rouge d   ’aubergine sauvage (nous connaissons surtout les variérés violettes), Solanum incanum, qui est appelée kambay (de kup mada) ou kambal  au Cachemire ;
-  le nom du  Plectranthus tuberosus (qui donne de petits tubercules analogues à la pomme de terre), savoir  kumeli  ou gumeli  en sundanais (Java), de kup mada.
3) ku-bi (tout fruit ou légume comestible, -bi signifiant sauvage)
Un radical ku a donné au Japon le nom d’une variété d’igname sauvage (Dioscorea japonica) appelée kubi. C’est cette forme djomon   kubi  qui donne  obi en Nouvelle-Calédonie, où elle fut introduite par les Djomons, ubi, api en Amérique.  Avec indication de blancheur, on a en Amérique api-shu pour désigner la patate douce  sauvage à chair blanche (shu signifiant blanc); ape, apene (ape+-ne,  de shen, blanc ,  ope,  opene (de kubi-shene).
4) ku-shu (tout fruit ou légume d’aspect ou de chair blancs
 Il existe aussi au Japon un mot djomon,  kuzu, fruit blanc, shenshu en Chine où ces plantes poussent à l’état sauvage. Ce mot désigne la Pueraria lobata. Zu, shu ou chu, signifient  blanc. .  Du kuzu djomon viennent les noms d’une  patate douce blanche  dans un dialecte d’Amérique, le kuna, savoir kwalu (de kuzu) et d’une igname sauvage blanche  de Nouvelle-Calédonie et des îles, le waël,  introduits par les Tibawés.
5) kep (tubercule souterrain en austronésien)
On pose en austronésien stricto sensu (indonésien et malais) une racine kep, qui signifie tubercule et qu’on retrouve à Pohnapé (Micronésie) sous la forme kap, igname, et sous la forme  up, ep, patate douce en Amérique  
6) wara-bi (tubercule, +–bi, sauvage)
 Le suffixe –bi, sauvage, indique une provenance djomon.
Il existe au Japon une fougère (Pteridium aquilinum) dont les tubercules sont comestibles. Elle est appelée warabi en djomon, forme qui a évolué et a fini, sans –bi,  par être confondue avec kumara, patate douce pourpre.De warabi,  outre le nom tibawé du taro cultivé (sans –bi par conséquent),  tara ou  taro, on a :
1) le nom de l’igname cultivée par les Tibawés (donc sans-bi) à Santo, wara ; avec –bi, le nom calédonien d’une igname sauvage ou semi-sauvage de Calédonie, le waleïde wara-bi ;
2)) le nom d’un condiment japonais appelé wasashi (Wassashia japonica), une sorte de moutarde,  apprécié pour ses racines,  qui ne pousse spontanément qu’à Formose, au Japon et à Sakhaline, peut-être introduite par les Tibawés en Nouvelle-Zélande ;
3))  le nom d’un  cultivar tibawé d’arbre à pain, uru en polynésien, qui vient de wara, comme le mot mayoré (de mah-uru, d’un préfixe signifiant arbre et de  –uru, mah-uru).
Toutefois, il faut remarquer qu’on trouve à Santa Cruz un nom africain de l’igname, gnama , qui a donné yam en anglais.On y rencontre  aussi des arbres à pain, des taros, « des châtaignes de Tahiti », ainsi que des poules et desporcs , et ce dès le XVI é siècle (cf . Pedro  Fernandez de Quiros, Histoire de la découverte des régions australes).




II Les  migrants  vers la Calédonie (période d’après le Christ) et les régions dont ils viennent
1) Les migrations  et les langues dans l’archipel néo-calédonien
.Les migrations qui ont laissé les traces linguistiques les plus importantes  dans l’archipel calédonien ont été le plus souvent consécutives à des éruptions volcaniques  qu’il n’est pas toujours possible de dater avec certitude. Les éruptions, parfois suivies d’un tsunami qui couvre de sel les cultures,  entraînent souvent  un refroidissement du climat et de mauvaises récoltes, par conséquent guerre et famine qui incitent à quitter l’île natale.
  Nous demandons  au lecteur.de bien vouloir se montrer indulgent  pour notre tentative de classement et de tenter par lui-même de l’améliorer en rectifiant les erreurs qu’il y trouvera inévitablement.
  La Birmanie, mot avec r voyelle qu’on prononce bama (pour barama ou parama), encore appelée en langue savante et ancienne myamnar, où mnar vient du hmong  mren qui désignait les hommes hmong, semble avoir été le pays d’où sont partis jadis de nombreux peuples noirs   qui émigrèrent dans le Pacifique et  parlent des langues austroasiatiques (munda, semai, wa, mon khmer) et des langues hmong d’Indochine ou encore des langues  formosanes. Les langues de l’archipel calédonien sont des langues austroasiatiques. .Ces peuples proviennent de la dépression centrale de la région, fort riche, où l’on peut citer en particulier deux  langues, le rakhine de la province d’Arakan, et l’intha (mot signifiant vallée ou rivière) du lac Inlé.  
Parmi  ces langues, citons  les langues semai, pré-malaises, réputées véddoïdes, donc non- austronésiennes, parfois rangées dans les langues  mon khmer (de mongdu, hmong noir  et de  mier au sens de personnes) sous le nom de  langues asliennes.  Le classement de toutes ces langues n’est pas très précis ni assuré, mais il suffit aux besoins de notre article.
Essai de classement :
 On dénombre 31 langues et  10 dialectes
Langues austroasiatique 5 semai  +1 munda +1 wa +1 munda +4 mon khmer+ 6 hmong mien + 2 formosanes

Semai 5(+ 1 langue wa , langues parlées par les Tua)
1 pwa pwa Epi Vanuatu waa mwang Epi Vanuatu
2 pwamei Maëwo Vanuatu
3 pwamale Tanna Vanuatu
4 bwa too Banks Vanuatu
5 a bwe bwe  Ambrym Vanuatu

Langue wa 1 waa mwang Epi Vanuatu

Munda 1  drehu (Lifou Dravuni Fiji

Mon-khmer 14 avec 1 dialecte
  (Langues parlées par les Tibawé : les  13 premières + 1 langue munda, le dréhu)
1 paici  Epi Vanuatu,  Palao Micronésie
2 xa anacuu Micronésie (chuuk)
3 méa Micronésie
4 iaai Tanna Vanuatu
5 aai Tanna Vanuatu
6 yawe Tanna Vanuatu
7 chemuhi Santo Vanuatu
8 arhe (langue bunu naoklao) Santo Vanuatu
9 nyua, yanga, yuaga Vaté Vanuatu
10 nenema avec dialecte nigoumac Vaté Vanuatu
11  yalayu Epi (varsu) Vanuatu
12 tiri  Epi (biri) Vanuatu
13 noengoené Malekula (Timbembe) Vanuatu
14 tipindjé  Malekula (nindé) Vanuatu


Hmong mien 6
  1 neku Tanna  Vanuatu
  2 aragure Erakor Vate  Vanuatu
  3 ajie, langue she Erromango Vanuatu
  4 nemi Banks (nume) Vanuatu
  5 arha, langue she Penteôte Vanuatu
  6 siche langue she Penteôte (seke) Vanuatu
 Il y a  5 langues she : le nere,  l’arha,  le siche, le neku, l’ajie, donc 5 langues mong mien

Langues formosanes  2 avec en plus 9 dialectes
1 haveke 5 dialectes Papouasie
2 kapone 4 dialectes Ticopia (lavono) Salomon


31 Langue polynésienne 1 (Polynésien oriental), originaire de Ticopia aux Salomon (Ouvéa)
32 Langue créole d’inspiration réunionaise : la tribu de Saint-Louis qui a rassemblé des tribus de langues différentes.
Puisque nous avons déjà étudié les migrations gorouna des îles  N’Gameini et Nenumbo aux  Santa Cruz  (Salomon),  de l’ île  Ouatom  en Nouvelle-Bretagne (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et des îles Anatom et Vaté (Vanuatu) , les migrations tuas de Epi (2), des îles Banks (Motu Lava), Ambrym de l’ouest, Tanna,  Maëwo, de Malekula  et les migrations tibawés des  Fijdi ,  du Vanuatu ,  de Santo(2), Vaté(2), Epi(2) ) et de Micronésie,  il nous reste à examiner les autres migrations.
2) Les conquérants venant de Papouasie avec escale à Manikula et à Avokh.
 Les témoignages du chef Koudjima en 1898 et de Gabriel Païta sur la migration des Haveke depuis la Papouasie et leurs conquêtes  à Ouvéa et en Calédonie.
a)La déclaration du chef des Pouebo, Koudjima
Nous avons la bonne fortune d’avoir l’histoire de son peuple racontée par le chef Koudjima lui-même, grâce à Jules Durand qui a recueilli en 1898 ses déclarations  dans Chez les Ouébias (1908,republié par G. Coquilhat sur le net dans Approche pour une lecture des pétroglyphes néo-calédoniens) :
 « Nous étions loin, bien loin d’ici, là-bas où le soleil se couche dans notre patrie lointaine, Ahaké [aujourd’hui Koké (de Kawaké) en Nouvelle-Guinée –Papouasie] avec beaucoup, avec beaucoup de Canaques en train de construire des pirogues, lorsque le fils du chef qui jouait parmi nous fut victime d’un déplorable accident : une des haches de pierre que tenait un travailleur frappa malheureusement l’enfant qui fut tué.»
Par crainte de la vengeance  du chef ils décident de s’enfuir à bord des pirogues. Le chef  prophétise : 
« Vous ne trouverez de terres que loin, très loin d’ici, du côté où le soleil se lève, où vont les courants et la brise. Et retenez mes paroles, car vous rencontrerez  beaucoup d’écueils, des flots dangereux et stériles : ne vous arrêtez pas là ! Mais lorsque, après avoir longtemps voyagé, vous serez à bout de vos vivres, vous découvrirez une première île [au Vanuatu, près de  Manikula , la petite île Avokh où l’on reconnaît le nom de la langue calédonienne des Pouébos ,   l’aveké ], ne vous arrêtez pas là…
« Vous en verrez une autre plus grande [132 Km²], avec des cocotiers [Ouvéa, anciennement Ahaké ou Ouvake, de Awake, paronyme du nom polynésien Ouvéa], ne vous arrêtez pas là.
« Puis une troisième [île, la Nouvelle-Calédonie], hérissée de récifs, en face
[d’ Ouvéa], ayant de hautes montagnes ;  débarquez-y votre malade [à l’îlot Poudioué :il s’agit du souvenir déformé du premier enterrement d’un blanc, le 6 mai 1793, 3 jours avant le départ des deux bâtiments l’Espérance et la Recherche,   de nuit et avec toutes sortes de précautions, ce qui marqua fortement l’imagination de tous les Mélanésiens comme le montre la rumeur dont M.Wabealo s’est fait l’écho sur un homme blanc venu  très anciennement sur un bateau ,  enterré à Koniene et dont le cyclone de 1992 aurait fait reparaître les restes . ll s’agit en réalité du commandant de l’Espérance,  Huon de Kermadec,de l’expédition d’Entrecasteaux à la recherche de Lapérouse] et visitez la côte (est] car elle sera habitée (par les gens de Balade ). Quand les poissons sauteront sur l’eau autour des pirogues [prophétie étymologique qui joue sur le nom du waho, thon- banane, Acanthocybium solandri, gros poisson de plus de 2 mètres, avec le  nom voisin des Ohao], arrêtez-vous là [près de Pouébo, forme anciennement attestée Pweo, de  Weo, de Ohao].
« C’est ainsi que nous arrivâmes dans des parages peuplés de guerriers [les gens de Balade], lesquels avaient remplacé déjà des naturels  ne sachant pas construire des cases et vivant dans des trous (les Tuas qui donnent leur nom  à Touho [de Toua] et à Poindimié et occupent la région des Poyes, où mon ami le chef Néa Kyolet Galet me montra les grottes secrètes où ses hommes et lui se réfugièrent lors des troubles de 1917 : c’étaient ces « trous » dont parle Koudjima).
 « Il y eut de grandes guerres au commencement [entre gens de Balade qui s’étendaient bien au-delà de  Pouebo et gens nouvellement arrivés], dans l’endroit où l’on avait débarqué le malade [Pouébo] et, victorieux, nous nous sommes,  par la suite des temps,  fondus avec les autres et répandus de toutes parts sur la terre d’Ohao.». Soulignons que le chef de Pouébo utilise en 1898 la forme Ohao qui correspond  bien, avec une autre graphie, à waho et qui reprend le nom de Pweho ou Waho [Pouébo].
b) L’expansion, conquérante des Kamba -Wassio selon un de leurs descendants, G. Païta.
  G. Païta a brièvement évoqué les conquêtes de ce peuple martial dont il descend par la grande chefferie des Kambwa ou Tchambas- Meindu.   Avec 10 000 guerriers (hyperbole !)   le chef  Poré  conquiert le sud,   s’installe vers  la Tontouta, puis à l’île Nou,  conquiert l’île des Pins où le nom de Vao (de wao) rappellerait  ses conquêtes et enfin part  à l’attaque de Maré, où il introduitrai le jonc  et le niaouli, et fonderait Médu (du nom de la chefferie Kamba-Meindu) et  Wabao (de Waho) . Sur trois générations, dit G. Paita, soit en 60 ans, les Kambas- Wassio donnent naissance à 400 personnes, ce qui montre leur fécondité. Poré est le conquérant qui a tenté d’unifier, mais en vain, la Calédonie et les îles. 
  Quelle est la langue de ces conquérants, avec ses nombreuses variations dialectales ? Elle s’appelle le haveke (Oundjo, Gatope, Tieta) et ses dialectes sont au nombre de 5 :1 le hmwa-haveke (Tieta) où hmwa signifie langage , 2  l’haeke (Kone et Baco), 3 le mwen- ebek (mwen signifiant langageou ca aak (ca signifiant parler et aak venant de avak) à Pouébo  et à la Conception, 4 le béko(de avéko), parlé depuis  Ti waka (de ti, rivière et waka, la rivière des Havekés ) jusqu’à Tié (de ti et de bawé  ) ;5) le tié en zone camuki parlé aux Poyes et à Touho .
C’est dans  la vallée de la  Faténaoué (de fa, rivière, tena pour vena, pays, aoué pour awek) que se trouvaient les  célèbres momies faites par les hwaekés comme  dans leur patrie d’origine, à Koke en Papouasie.Ils avaient aussi  laissé des momies près de Ouégoa à la Roche Mauprat ou plus exacrement au second sommet des Roches Mauprat , qu’on peut appeler la Tour Cazeau : leur nom venait d’une allusion au roman de George Sand, Mauprat, où le sorcier de la tour Cazeau, un meneur de loups berrichon, terrorise les rares passants, épouvantés à l’idée  d’encourir le mauvais sort, que  peut jeter le sorcier  gardien de ces momies taboues. 
  Linguistes et généticiens remontent même bien plus haut que la Papouasie, à Formose (appelée Taïwan par les Chinois et Païwan par les indigènes) et en Birmanie, dans la province d’Araukhanie (Cf. le mot ouragan, hurricane en anglais emprunté à une langue caraïbe pour désigner un  dieu, spécialisé ensuite dans les manifestations violentes de la Nature). Païwan vient de abaukania qui donne baikwan. Païwan donne à son tour Haikaïwi, puis par métathèse Hawaïki ou Kawake.
 Les Papouas ont gardé le k initial à la différence des Polynésiens chez lesquels  il a été remplacé par un coup de glotte noté h et, pour désigner Formose,  ils se servent   du mot Kavake  avec le k conservé. D’Araukhanie en Birmanie nous pouvons les suivre  en Papouasie-Nouvelle-Guinée à Koké (de kaveke) où, comme nous avons pu le voir dans une émission télévisée de 2011 faite par une archéologue allemande,  leurs cousins continuent aujourd’hui à fabriquer des momies comme jadis sur les bords de la  Faténaoué. A partir des formes évoluées  où le coup de glotte a remplacé le  premier k, savoir Havaike ou Haveke, ils ont baptisé leurs nouveaux  lieux d’installation Avokh au Vanuatu près de Manikula, Sur la Grande Terre, ils se sont plus tard installés près de Pouébo  à Ouvak (où l’on reconnaît sans peine Aveke),  à  Ouvanou (Opao-vanou, la terre d’Opao) et à  Pouébo, de Pweo,   toutes formes attestées.




3) Les migrations en provenance de Mélanésie
A) du Vanuatu
Les Tuas et les Tibawés des articles précédents viennent surtout  du Vanuatu : les Tuas,  de Epi (2), des îles Banks (Motu Lava), Ambrym de l’ouest, Tanna,  Maëwo, de Malekula,   et les Tibawés, de Santo (2), Vaté (2), Epi (2) .   Les éruptions volcaniques les plus importantes sont celles d’Ambrym (vers le premier siècle) et de Kuwae (en 1452) : cette dernière, nouvelle Atlantide, fit disparaître une île peuplée, située entre Epi et Tongaroa (de bau karen, cf. Galwa et Pakaroa), non loin d’Efaté.Quelles sont les autres migrations aboutissant en Calédonie?
a) de Tanna
Le neku de anayasko, signifiant   (la communauté) fraternelle,  doit être raproché du lenakel (de nayasko) parlé à Tanna. C’est une langue hmong mien quasi morte,  parlée jadis à Moindou et dont les rares ressortissants actuels habitent  Moméa (de Hmong myao). et Ouaoué (de Tibawé, attestant de la présence ancienne des Tibawés.).  Le toponyme Moindou atteste d’une présence passée des Tuas et signifie Hmongs noirs (du).
b) De Vaté ou Efate
Le xa-ragure, parlé dans la région de Thio,  doit être rapproché du E-rakor du sud de Vaté.Xa signifie langue et ragure  vient de aragunia, Araukhanie, ce dernier venant de azika anaïk, frères de race, membres de la tribu. Bogota (de tua pou ti), non loin de Thio, est la trace d’une occupation tua plus anciene et  se retrouve dans le nom d’une langue du Vanuatu et dans une autre langue de Nouvelle-Irlande, le bughutu, ainsi qu’en Colombie (Santa Fé de Bogota) . .
Le nom de l’île, Efaté, eest à mettre en rapport avec le nom de Yaté en calédonie (ti –bawé) qui témoigne d’une occupation ancienne étendue des Tibawés, comme le nom des Dzumak, les montagnes (voir Koumak).
c) D’Erromango
La langue de Houaïlou, l’a jie (a signifiant langue) est à rapprocher du sie d’Erromango au Vanuatu. Elle fait partie d’un groupe de langues mon-khmer dites she parlées en Malaisie par des populations dont la  langue est appelée   le kensieu, le kensiu ou le kensiw (de kanasia, de (i) kan métathèse de anaik, au sens de frère, et  azika, au sens de tribu, c’est-à-dire les  frères de la  tribu).
d) Des Banks (Gava)
Le nemi parlé à Hienghène doit être raproché du nume parlé à Gava (de garva, karen). Le nemi est apparenté au chon amérindien et à certains dialectes australiens. Ainsi, le mot chanem qui signifie excrément en Hienghène correspondant à bomaign (de gonaym) en langue de Balade et à boné en langue de Maré se retrouve dans le chon ganum, le kechua huanu (d’où vient notre mot guano) et dans l’australien guna, gunong, ganing.

E) De Pentecôte
1) L’arha de la région de Poya est apparenté au saa (de sarha, langue she) parlé dans cette île et son nom vient peut être de anayasko (la communauté) fraternelle.
2) Le siche, zire ou nerë,  langue morte parlée autrefois dans la zone littorale de Bourail, aujourd’hui à Moméa et à Gouaro, est à rapprocher du seke ou ske parlé à Pentecôte. C’est une langue she, dont le nom vient du finale de a-nayasko, frère, avec suffixe adjectivant –sko.


B des Salomon (Ticopia), vers 1700.
L’île de Ticopia aux Salomons avait au départ la même forme que celle d’Ouvéa, celle d’un demi-cercle, appelé tutupia par allusion à un rite d’initiation : la demi-circoncision, d’où  les noms d’Utupua, de Tticopia et d’Ouvéa. Mais au début du XVIII è siècle, selon une tradition rapportée par P. Kirch et Douglas Yen et confirmée par des preuves archéologiques, l’ancienne grande baie d’eau  salée de Ticopia se transforma en ce qui est aujourd’hui le lac saumâtre de l’île, après qu’un banc de sable en eut fermé l’entrée.Ce phénomène eut pour résultat la disparition des bancs de coquillages qui avaient auparavant  proliféré aux abords de l’étang et une sévère diminution de sa population piscicole. Il s’ensuivit une famine et une guerre : le clan Nga Faea et d’autres préférèrent prendre la mer et gagner d‘autres terres, pour cerains Foa dans l’archipel Ha’apai aux Tonga, pour d’autres d’abord Utupua, puis Santo (Tutuba, de  Utupua) au Vanuatu,  enfin le sud de la Nouvelle-Calédonie.
Le nom de la  langue actuelle du sud et de l’île des Pins, le kapone, vient du nom de la langue d’Utupua, appelée  lavono,  qui lui-même vient d’ Alavano, nom de l’Araukhanie, en Birmanie,  à mettre en rapport avecl le nom  des îles voisines, vano alavana. Dans  vano alavana on distingue, à part vano, pays, le nom d’Araukania, savoir alovana.De même, aux Fidji, à l’ouest de Vanua Levu, on a une langue, le gone (de kavone, cf. lavone), qui se  rapproche du kapone,  ainsi que  le ba-navosa (de ba, langue, et lavona) .Le kaponé se divise en 4 dialectes : 1 le naa dubea ou langue (naa) de la presqu’île  (parlée à Paita et par   les clans exilés par le chef haveke  Kamba à Ounia ),2 le naa numéé (même sens) à  Yaté, Ounia, Goro et Touaourou , 3 le naa  wee à l’île Ouen, 4  le naa kuenyii à l’île des Pins . Nouméa, Dumbéa et Nimbo sont le même mot nou, île, suivi d’une négation,  mia (presqu’île).
 Dans le sud il y avait avant eux les Djomons, ensuite  les Tuas (Touaourou, Goro)., enfin les Tibawe (pétroglyphes et tarodières  de Paita). La conquête par  les Avekes, sans conséquence linguisrique notable, a peu modifié l’aspect de la région sauf en déplaçant certains clans indigènes de Païta à Ounia.
  La génétique comparée de l’équipe de Svante Pãabo, de l’Institut Max- Planck, a analysé (Nature, 23-30 décembre 2010) l’homme  denisovien, du nom d’une grotte de Sibérie où a été retrouvé un doigt d’il y a 30 000 ans : cet homme denisovien partage un nombre élevé (5%) de variations génétiques avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée, donc avec les Papouas-Mélanésiens.
Le kaponé, langue « mélanésienne »,  est   à ranger parmi les langues  formosanes, comme la langue papoue haveke et le maréen.Le mot «  mélanésien » est d’ailleurs loin d’être précis, sauf en géographie. En politique il s’étend jusqu’à Timor et à la Nouvelle-Guinée-Papouasie. En linguistique, le mot mélanésien est surtout négatif et sert à qualifier les langues qui ne sont ni papoues ni australiennes ni polynésiennes ni micronésiennes ni austronésiennes (malais et indonésien) ; aussi emploie-t-on plutôt le mot océanien aujourd’hui.En anthropologie,  le mot « mélanésien » englobe les Papouas  ; la tendance actuelle est de parler d’australoïdes pour les anciens habitants des continents appelés Sunda, Wallacea, Sahul (c’est-à-dire l’Australie et la Papouasie qui étaient alors soudées), intégrant l’Afrique,  le sous-continent indien , le Sud-Est asiatique qui s’enfonçait profondément en Asie centrale et le Japon , ceci il y a 50 000 ans. On distinguerait plusieurs vagues d’australoïdes, pour ce qui nous intéresse ici  une vague composée de Djomons et venue du Cambodge (Kampuchia) par le Japon, la Papouasie   aboutissant  à la culture Mapucha du Chili (de Ka puchia),   la 2e d’Australo-mélanésiens qui,  par la Nouvelle-Guinée, la Tasmanie, le Nord de la  Nouvelle-Calédonie et l’Antarctique,  émigrèrent jusqu’en  Amérique du sud (les Chons et les  Yagans). Les Yaghans parleraient  des langages parents des langues  du nord de la Calédonie, les langues yuanga.


4) La dernière migration pré-européenne : celle des Polynésiens de Vanikoro, Ticopia et  Utupua aux Salomon, jusqu’à Ouvéa entre 1788 et 1793.
Ouvéa a d’abord été peuplée par les Tuas : il en reste le nom de Mouli, de Hmong Li. Puis vinrent les Tibawés, venant du Vanutu, de Tanna et parlant le iaai (de yawe),   parente d’une langue de Tanna, le nw hal ou nw hay (de nw, langage, et de bawe) Les Tibawés y  ont laissé une langue et le nom de Fayawé, de fa, signifiant langue  et de yawe (de bawé). Gosanna est parent du nom australien  d’un   lézard long de 1, 50 m appelé goana
Quel est le nom en Calédonie du  calmar super- géant adoré par les Gorounas et les Tibawxé ? Dans la commune de Touho, il existe une tribu appelée Maïna (Cf. Manille aux Philippines) qui correspond à Animam (de aminan, cf. les dragons d’Annam), le nom de la déesse représentéee dans le mégalithe micronésien. Or nous avons un prototype ouigour madeira ou madrilla, qui donne en caraïbe caïman, de kaïman et au Mexique Aztlan. (Cf. Madras, Atlas, Atlantique, Tripoli, Tritonis,  Adria, Agadir, Cadix)En grec nous avons drillos, le lézard, dont le nom se retrouve dans krokodilos pour Krokodrillos. Quel que soit le détail phonétique, le monstre a dû cristalliser les terreurs primitives et un euphémisme comme l’enrouleé, ligoro, a dû souvent être utilisé. Il existait, dit-on, un  crocodile en Nouvelle-Calédonie comme en Australie. Il y avait deux espèces de crocodile (p. 157, Op. Cit.) : le crocodile à double crête (Crocodilus porosus), de près de 10 m de long, qui se retrouve en Inde et aux îles Fidji , car il est le seul crocodile à circuler en pleine mer.  Le second crocodile (C .Johnstoni) existe mais dans le nord de l’Australie uniquement. Le  toponyme Gosanna à Ouvéa  est parent du mot australien goana  qui désigne un  lézard géant de 1, 60 m de long, de la famille des méiolanidae et du mot australien gauarge (p.109) désignant un animal disparu, peut-être un dinosaure selon B. Hevelmans ; avec le gosana il pourrait s’agir du souvenir d’un varan gigantesque (Varanus priscus), de 7 à 8 mètres, donc bien plus grand que son cousin le Pérentie, le plus grand varan  actuel d’Australie, ou que le  varan de Quomodo en indonésie, qui  ne dépasse jamais 3, 57 m (Heuvelmans, p.158, tome II,   Sur la piste des bêtes ignorées. Mais pour Ouvéa, plutôt que le lézard australien du même nom, on peut songer au Crocodilus porosus.
.Enfin arrivèrent les  Polynésiens.
Outre le triangle polynésien classique entre Hawaiï,  la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques,   il existe au moins 14 outliers ou exclaves polynésiennes  recensés pour le moment. Ce   sont l’arrière-garde des Polynésiens, restés le plus proche de leurs lieux originels ; citons aux Salomon l’outlier de Ticopia et dans l’archipel calédonien Ouvéa (dit occidental pour le différencier du Ouvea oriental-Wallis  de la même façon qu’on distingue le Futuna dit occidental du Vanuatu du Futuna oriental.).   
  Les linguistes rangent dans un même sous-groupe linguistique les outliers   du Vanuatu dont Futuna occidental,  Wallis- Ouvéa oriental et Futuna oriental  et notre île d’Ouvéa occidentale  avec son langage (faga uvea), à Saint-Joseph, aux Loyauté. On doit y adjoindre la langue parlée en Micronésie à Nukuoro et à Kapingamangi où une émigration eut lieu depuis Vanikoro sous la pression des Mélanésiens vers 1825 ainsi que  les archipels de Rotuma (Iuea) et de Uiha aux Tonga, dans l’archipel Ha’apai. .
  Grâce  au récit de l’expédition de d’Entrecasteaux en 1793 , on sait que La Billardière trouva à Balade une planche rabotée et vernissée et qu’un  jeune officier ,de La Motte du Portail, repéra , sur une plage de Balade , un morceau de bois peint en rouge. Ces débris, pense-t-on, avaient été récupérés par des Polynésiens de Paiou ou Palikor sur le lieu du  naufrage de  l’expédition de Lapérouse en 1788 à Vanikoro ;  certains  restes en bois appartenant aux bâtiments de Lapérouse ont été emportés  à  Ticopia et à Utupua, une île proche avec laquelle les Polynésiens de  Paiou ou Palikor à Vanikoro   entretenaient des relations d’intermariage.
 Mais Vanikoro, Ticopia et Utupua étaient exigus et souffraient d’une démographie galopante, si bien que des pirogues quittèrent Vanikoro, Ticopia et Utupua,   firent escale à  Santo (Tutuba) et Futuna au Vanuatu  et se fixèrent  à  Wallis et Futuna. Plus tard, avant 1793,  une autre migration quitta Ticopa pour   Ouvéa  avec ces reliques européennes qui avaient  passé de Vanikoro à Ticopia. Le nom d’Ouvéa vient de Utupua, l‘île en forme de demi-cercle,    car le nom originel de Ticopia était Tutupua va Nikoro, qui signifiait  l’île en forme de demi-cercle  de la Déesse Serpent (li guri).
  Aujourd’hui nous devons utiliser la génétique pour tenter de retracer les migrations polynésiennes.  La génétique (The American Journal of Human Genetics de février 2011), selon les travaux du professeur Martin Richards, de l’université de Leeds, a analysé l’ADN mitochondrial prélevé chez des milliers de Polynésiens et conclu à une origine asiatique, Formose (la mythique Hawaiki) avec un passage par l’Archipel Bismarck, en Papouasie- Nouvelle-Guinée, il y a six ou huit mille ans. On peut songer aux exclaves restées les plus proches de la Papouasie, Takuu, Nukumanu, Nuguria, cette dernière étant à 250 kms de la Nouvelle-Irlande située dans l’archipel Bismarck.
« Hawaiki »,  selon les tradition polynésiennes, était leur patrie originelle: c’est Formose, la belle en latin (Formosa), autrement dit Taïwan ou pour les indigènes  Païwan (de araukhania devenu  abaukania qui donne baikwan).Païwan donne à son tour Haikaïwi, puis par métathèse Hawaïki. Ils se rendent ensuite aux Philippines à Palawan, puis  en Indonésie (à Sulawesi, les Célèbes en français, où les Tibawe les initient à l’art du tatouage), puis en Nouvelle-Bretagne où ils se métissent avec les populations qui fabriquaient les poteries ouatom, les Djomons, et   s’installent à  Ticopia avant de gagner, du moins pour certains d’entre eux, l’archipel calédonien.

Conclusion : l’irréductible pluralité et la diversité fondamentale des héritages de Nouvelle-Calédonie et des îles.
 Ce sont les hasards de la colonisation qui ont réuni les îles Loyauté, l’île des Pins, les Belep, les Chesterfield et la Grande Terre  comme  Matthew et Walpole plutôt que telles îles aujourd’hui partie intégrante du Vanuatu comme  Tanna,  à deux nuits de pirogues de Maré. . C’est pourquoi il n’existe pas aujourd’hui de nom autochtone pour désigner cet ensemble historiquement créé  par la France.  
  Les langues et les coutumes se sont succédé : d’abord  a retenti sur ces terres encore vierges la seule langue ouigour des Gorounas avec leurs maisons sur pilotis à double corne et leurs jarres funéraires raffinées, -une langue parlée par une vierille race blanche du Japon Ils ont été accompagnés par les Tuas, parlant des langues semaï.  l ne s’agit , ni dans un cas, ni dans l’autre,  de  langue austronésienne au sens scientifique illustré par Otto Dempwolff, pas plus que pour les Tibawés, ces  auteurs des pétroglyphes et des tarodières. Puis d’autres langues, hmong, formosanes, papoues, « mélanésiennes » et polynésiennes se sont succédé, créant une irréductible hétérogénéité, historique et géographique,  des patrimoines, diversité qu’on tente vainement de camoufler sous le nom géoraphique de Mélanésie ou d’Océanie.






[1] Il y a 56 gauls ou plongeoirs, correspondant chacun à un territoire de plantation clanique d'ignames sur l'île, comme il y a 45 pierres levées à Arama : ce grand nombre des clans peut expliquer la multitude  des menhirs groupés dans certaines régions : 18 000 pour la Bretagne.

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