samedi 19 mai 2018

DU NOUVEAU SUR UNE ÎLE DE PÂQUES AINSI ARRACHÉE A SON ISOLEMENT.


DU  NOUVEAU SUR UNE ILE DE PAQUES AINSI ARRACHEE A SON ISOLEMENT.
Quand j’étais adolescent, je lisais avec passion les deux ouvrages de Thor Heyerdahl consacrés à son expédition du Kon- Tiki, dont l’un était avec des dessins, et j’imaginais les Vikings à la conquête de l’Amérique,  du Pacifique et de l’île de Pâques, parachevant l’exploit du fils du norvégien Erik le Rouge,  Eriksen,  explorant le Groenland (Greenland, la terre verte, -plus chaude à l’époque ), l’Islande (Thulé ), Terre-Neuve  (Vinland, la terre de la vigne sauvage),  et au-delà , en empruntant le mythique « passage du nord-ouest » débarrassé de ses glaces. En effet, on ignore trop souvent que Thor Heyerdahl était un disciple de Paul Rivet et de sa théorie des blancs océaniens et que dans ses premiers livres, non traduits en français du norvégien (American Indian in the Pacific, London, Stockholm, 1952, pp.217-345, ) il s’épanchait sur les blancs barbus, blonds, au nez aquilin et aux yeux bleus, fondant l’empire incas au Pérou et  ciselant les statues de l’île de Pâques. L’auto- censure du politiquement correct l’amena, certes, à modifier,- en apparence,- ses théories géniales, mais je ne suis nullement tenu à des considérations de carrière ou de réputation, et je puis chercher librement la vérité et la dire sans masque. Prodeo non larvatus, je m’avance sans masque, pourrais-je dire en parodiant la devise de Descartes.
   Je me suis intéressé au sens des menhirs en marteau découverts à Göbek-li en Turquie et vieux de 10000 ans, ainsi qu’aux menhirs appelés taulas à Minorque aux Baléares. Selon moi, les fûts de ces menhirs sont liés aux débuts de l’agriculture préhistorique et représentent, par magie imitative, la pousse souhaitée des céréales nouvellement domestiquées ; quant au « chapeau » qui pare  leur sommet,-se souvenant que pour les mentalités premières et comme le Christ  s’en fait encore l’écho , si le grain ne meurt, il ne donne pas de fruit, -autrement dit qu’il faut une mort préalable du grain pour qu’il germe ,  le linteau qui surmonte les menhirs de Göbek-li et de Minorque symbolise le grain « allongé », étendu , mort. Voir,  pour plus de détails , mes blogs sur les menhirs de Beauce et sur les véritables  Colonnes d’Hercule aux Baléares.
Or, les statues de l’île de Pâques ainsi que  leurs  « chapeaux »  ont les  mêmes significations selon moi : la stèle proprement dite invite magiquement à renaître  ces palmiers royaux dont l’île était peuplée avant sa déforestation et nécessaires pour la construction des bateaux. Les archéologues ont mis au jour des fosses carrées qui ont  contenu des graines de palmiers indigènes (Paschalococos disperta) proches de la variété chilienne. Le cœur servait de nourriture et le bois était  le matériau nécessaire pour la construction des barques. Le « chapeau », lui, représente  la mort de la graine du palmier, nécessaire pour que sa germination soit possible. Telle est l’hypothèse qui semble la plus vraisemblable, bien qu’on puise songer aussi à une amarante de variété rouge  appelée au Pérou kiwicha (Amaranthus Caudatus ) fournissant des graines, analogue au quinoa.  « Ressemblant à une céréale, c'est pourtant une herbe aux graines très nutritives comme la quinua, riche en protéines, aminoacides, fer, calcium, phosphore, potassium, zinc, vitamine E et complexe B.De la variété rouge, on extrait la bétalaïne, un colorant non toxique. » La kiwicha se trouve surtout dans les Andes.
Dans son remarquable ouvrage, L’art de l’île de Pâques, les Editions du Pacifique, Tahiti, 1977, 340 p. ,   illustr. ,  dans  une partie composée de planches et prudemment intitulée « comparaisons », nous avons (planche 302)   la surprise de voir une photographie de deux menhirs à chapeaux analogues aux statues de l’île de Pâques  au Pérou à Tiahuanaco. La plante dont la croissance était souhaitée par l’édification de ces menhirs était le quinoa, ou quinua (Chenopodium Quinoa),  cultivé en altitude depuis 5000 ans, ce qui permet de dater les menhirs en cause de – 5000 ans.
Ces deux menhirs, il faut le souligner, sont vierges de toute sculpture,  ce qui nous permet de supposer que le visage anthropomorphique a été rajouté aux statues longtemps après par les Marquisiens , à une époque où l’île avait été abandonnée depuis longtemps par ses premiers habitants que  la stérilité de l’île, qu’ils avaient involontairement provoquée,  avait chassés vers l’Amérique du Sud. Les Polynésiens ne comprenaient pas la signification magique liée à la fécondité agricole des statues et s’imaginaient qu’ils représentaient de grands ancêtres divinisés, d’où leurs ajouts anthropomorphiques.
Quand les Polynésiens  trouvèrent la carrière abandonnée où avait été pris le tuf des statues, ils voulurent en faire autant à leur tour,  mais ils s’y prirent mal : ils voulurent modeler les traits humains de deux  statues qu’ils avaient ébauchées dans  la roche et s’aperçurent alors que l’endroit où ils avaient commencé leur travail rendait impossible de les terminer sans immenses efforts  et de les extraire, sans parler des difficultés de  leur transport (Voir l’émission de France 5, mardi 27 février 2018,  Ile de Pâques  l’heure des vérités).On comprend dès lors qu’ils renversèrent ces statues qu’ils les jugèrent responsables du « mauvais œil «  et de la stérilité de leur île.
Mais,  pour les cultures autres que celles des arbres, les premiers habitants disposaient d’un autre moyen magique de favoriser la pousse des tubercules comme les ignames ou les taros : c’étaient des blocs de  pierres analogues à nos pseudo- polissoirs européens (voir mon blog sur les pseudo- polissoirs), hauts d’une cinquantaine de centimètres, que les Polynésiens ont appelés  moai kava- kava et qui ont donné lieu à de nombreux contresens.
 L’une des caractéristiques de ces blocs est la sculpture  d’un buste d’homme avec un bouc (alors que les Polynésiens, on le sait, sont pratiquement imberbes),  avec un nez aquilin prononcé  et surtout avec les côtes saillantes Thor Heyerdahl, dans  L’art de l’île de Pâques, p.  179, planche 302, écrit : «  [Le Polynésien] Tuu-ko-ihu est honoré comme l’artiste  qui sculpta le premier moai kava-kava et le récit des circonstances dans les quelles il trouva son modèle est toujours le même. Allant faire une promenade à la carrière à « coiffure » de Puna Pau, il découvrit deux personnages faméliques qui dormaient à l’intérieur du cratère [l’ incarnation des premiers habitants pour les Polynésiens]. Ils semblaient n’avoir que la peau sur les os lorsqu’ils se réveillèrent et se montrèrent capables de marcher et de parler. Madame Routeledge ne voit en eux que de simples aku-aku ou fantômes.   Brown recueillit d’autres informations détaillées : il s’agissait d’ « aborigènes » [les premiers habitants]  chassés dans les montagnes par les envahisseurs et que la famine a ensuite réduits à la folie ».Quelle que fût la cause de cette famine, les archéologues expliquent ce motif des côtes saillantes par une disette qui frappa l’île.
  Pour moi en revanche, ces côtes n’en sont pas en réalité et ces traits en relief pris pour des côtes  représentent des sillons dans lesquels les graines ou les tubercules doivent « mourir » avant de pouvoir germer, donc le monde de la mort et du dieu des morts Animam, altéré dans l’homérique ès Haidès
(domon), dans les demeures d’Hadès,  de hadi- mon.   De même, le motif des deux mains jointes sur les cuisses est un idéogramme qui joue sur l’homophonie du mot  « mains » (manus)  dans la langue des auteurs de ces monuments  et du nom du dieu des morts Animan ou Agnimam, -comme à Göbek-li le porc (porkos) avec des sillons sur le corps  représente le dieu des morts Orcus(voir mon blog sur les polissoirs). Il est intéressant de relever que dans la civilisation de Mohendjo Daro et d’ Harappa nous trouvons une statue  qui a aussi les deux mains sur les cuisses et que les habitants du coin appellent le shaman, par altération du nom du dieu des morts  Animam.
Thor Heyerdahl observe , loc. cit., que deux des grandes statues de Tiahuanaco  ont des côtes saillantes, comme dans les statues de bois ou de pierre du Mexique au Pérou , ainsi
qu’ en Polynésie une statue trouvée  aux îles Chatham et transportée au musée de Dunedin. Dans ces traits communs, il range la circoncision, la barbe en forme de bouc, les lèvres minces et l’allongement rituel du lobe de l’oreille que les Polynésiens ont reproduit sur  les statues. On trouvera toutes les illustrations souhaitables dans les planches de l’ouvrage cité, à commencer par les  planches 302 et  303.
Je citerai encore comme point de comparaison une technique agricole préhistorique méconnue et qui se retrouve aussi bien à l’île de Pâques qu’au Pérou, celle des jardins empierrés .Voici ce qu’en a écrit Jared Diamond à propos de l’île de Pâques et de sa technique des jardins de pierre dans Effondrement ou Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, Paris, 2005, p.  132  : « les zones d’agriculture extensive étaient partiellement recouvertes de pierres placées en surface à proximité les unes des autres afin que les cultures puissent pousser entre les pierres ; d’autres vastes zones furent modifiées par ce qu’on appelle des « mulchs lithiques », c’est-à-dire que l’on ajoutait au sol , sur une profondeur d’environ trente centimètres,  des pierres qui étaient, soit prélevées sur des affleurements rocheux environnants , soit obtenues en creusant jusqu’au substratum rocheux pour briser les roches qui le composaient. ».[On appelle mulch en anglais un paillis, une couche protectrice faite d’éteules  et de déchets de moisson laissés à la surface du sol pour le protéger avant et pendant la mise en culture.]
 «  Dans les fermes du nord-est des Etats-Unis, […] les agriculteurs se donnaient beaucoup de mal pour évacuer les pierres de leurs champs et ils auraient été horrifiés à l’idée d’y apporter délibérément des pierres .On retrouve […] l’agriculture de mulchs lithiques dans de nombreuses parties du globe, comme dans le désert du Néguev en Israël, dans les régions sèches du Pérou, de la Chine, de l’Italie antique et en Nouvelle-Zélande maorie. Les pierres rendent le sol humide en le recouvrant, réduisent l’évaporation d’eau due au soleil et au vent et empêchent la formation à la surface du sol d’une croûte dure qui favorise  le ruissellement des eaux de pluie [en  ne laissant pas l’eau de pluie pénétrer en profondeur]. Les pierres réduisent les fluctuations diurnes dans la température du sol en absorbant la chaleur du soleil au cours de la journée et en l’évacuant pendant la nuit ; elles protègent  le sol contre l’érosion car les gouttes de pluie viennent s’écraser à leur surface ; des pierres sombres sur un sol plus clair réchauffent le sol en absorbant une plus grande quantité de chaleur solaire ; et elles peuvent également servir de pilules fertilisantes à diffusion lente […],  car elles contiennent des minéraux indispensables qui pénètrent progressivement dans le sol ».
 Des chercheurs américains comme Christopher Sevenson ont expérimenté ce système agricole dans le sud-ouest américain et prouvé que la quantité d’humidité était ainsi doublée et  les températures maximales des sols au cours de la journée abaissées,  tandis que les températures minimales durant  la nuit étaient augmentées ; le rendement  était de quatre à cinquante fois supérieur selon les espèces.
Enfin, dans l’émission citée plus haut de  France 5, datant du mardi 27 février 2018,  Ile de Pâques  l’heure des vérités, des personnages de l’émission trouvent une grotte méconnue avec des dessins pariétaux  qui , pour moi, sont liés à la pratique de la  circoncision (voir mon blog sur la circoncision). 
 Jeune aspirant à bord de la Flore, navire amiral de plus de cent hommes, Julien Viaud, qui devait plus tard choisir le pseudonyme de Pierre  Loti, passa à l’île de Pâques  le 3 janvier 1872.Il  raconte dans Reflets sur la sombre route, 1899, comment,  sur ordre de l’amiral, il assista au sciage, au « massacre » dit Pierre Loti,  de la tête d’une des célèbres statues que la France voulait rapporter à Paris « L’opinion admise, nous dit encore Pierre Loti, p. 293, « est que les statues de l’île de Pâques n’ont pas été faites par les Maoris, mais qu’elles sont l’œuvre d’une race antérieure, inconnue et aujourd’hui éteinte. Cela est vrai, peut-être, pour les grandes statues de Rano [mot signifiant lac de cratère] Raraku […]… » Et, p. 324 : «   vraisemblablement, les personnages représentés par les statues du Rano Raraku  ne sont point l’oeuvre des Maoris, ceux-là. D’après la tradition que les vieillards conservent, ils auraient précédé l’arrivée des ancêtres ; les migrateurs de Polynésie, en débarquant de leurs pirogues il y a un millier d’années, auraient trouvé l’île depuis longtemps déserte, gardée seulement par ces monstrueux visages. Quelle race, aujourd’hui disparue sans laisser d’autres souvenirs dans l’histoire humaine, aurait donc vécu ici jadis, et comment se serait-elle éteinte ?...  » C’est à ces questions que nous allons tenter de répondre.
L’itinéraire des Ibères.
Leur odyssée dans le Pacifique, de la Micronésie jusqu’à l’île de Pâques et à la côte d’Amérique du sud.
1 Micronésie
En Micronésie , près de Pohnapé,  Tawache (Touache) est  le nom d’une presqu’île de l’île de Temwen  où se situe le plus  fameux ensemble mégalithique du Pacifique, mais hélas ! les autorités ont interdit toute visite et toute photographie. 
il y existe un extraordinaire complexe mégalithique,  parent de celui de l’île de Lelu.et de sa cité d’Insaru, ainsi que des ruines de Palau ou, un peu plus loin, des colonnes [des monuments comparables à ceux de l’île de Pâques] des îles Marianne sur l’île Tinia.  Au total il y aurait 92 îlots carrés  artificiels  et quelques îles supplémentaires  sur le récif qui entoure Pohnapé. Ce complexe  de Nan Madol  et son  site de Nan Dowas, sur l’île de Temwen,  ont été décrits par Jacques de Rosamel qui l’observa en 1840  (Pohnpeï Micronésie 1840, p. 102), mais la description la plus éclairante  du site me semble avoir été donnée par James F. O’Connell, dans A residence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands, being the adventures of James F. O’Connell, 1836, réédition américaine, p. 210 sqq. , que je traduis librement : « La muraille extérieure ferme un espace d’environ un mille de circonférence. Cette aire n’est pas vide, mais à environ vingt  pieds de distance du mur extérieur, il y en a un autre, exactement parallèle au premier ; ensuite,  à la même distance,  un autre, et encore un autre, au nombre de cinq ou six [cinq en réalité]. Le mur de l’enceinte centrale ne renferme qu’un espace d’environ quarante pieds de côté et il est parfaitement carré … Sur le mur extérieur, quatre piliers carrés, partie autrefois  d’un portique ou d’un élément d’architecture comparable [à comparer avec l’étonnant portique en pierre de Tonga, savoir deux menhirs surmontés d’une pierre représentant comme ici la mort préalable du germe de coco ou de la graine de fruit d’arbre à pain], traversent le fossé plein d’eau [seulement à marée haute]. L’entrée, ou l’ouverture pratiquée dans le mur, était d’environ quatre pieds de haut. En entrant, aucune ouverture ne se présente dans le mur suivant, mais, après avoir remué des broussailles, nous avons découvert une entrée au coin du mur, à droite de la première entrée. Après l’avoir empruntée,  nous avons trouvé une ouverture dans le mur suivant, mais à gauche cette fois ; et ainsi de suite : nous avons trouvé les portes alternativement à droite et à gauche avant de pénétrer dans l’enceinte centrale. En marchant à l’intérieur de cette enceinte, grâce à la chute accidentelle d’une pièce de bois, nous avons découvert une crypte »
Ces pierres carrées et ces portiques sont destinés à être des catalyseurs pour favoriser magiquement la pousse aussi bien des arbres à pain que des cocotiers.
L’ensemble est tabou et a été créé par Animan , mot proche de Anita aux îles Mariannes .  «  Les bras de mer étaient autrefois des passages secs, que l’eau  a envahis, en raison de la proximité de l’île par rapport au récif de terre… Dans l’un des arroyos  sur cette île des Ruines,  se trouve une énorme pierre carrée ». Cette « pierre carrée est située,  non sur les murs, mais dans l’arène ou canal  qui se trouve entre les bras, seul endroit où les prêtres sont autorisés à  marcher.
  Les mystérieuses sphères de pierre de toute taille qu’on voit encore en ces lieux ont pu servir, à mon avis, comme moyen de traction des très lourds blocs de pierre qui étaient remorqués à terre et qui étaient  plus faciles à pousser grâce à ces sphères. Mais on peut aussi songer à des pierres magiques destinées à favoriser la pousse de plantes, comme les pierres -lyres ou pierres en H  avec deux pieds symbolisant les deux pousses souhaitées de cocotiers (voir mon blog sue les menhirs). 
Rapprochons ces sphères  de  l’existence, encore en Micronésie, dans l’île de Yap, d’une prétendue monnaie géante en pierre avec un trou au milieu, en aragonite importée de l’île Palau. Cité p 56 dans L’histoire commence à Bimini, on a trouvé à Andros,  dans une excavation artificielle sous-marine profonde ,  des pierres discoïdales au centre troué, d’un diamètre de 2 à 5 pieds, semblables à celles de Yap. 
La crypte est plus mystérieuse encore. J. O’Connell y a trouvé un squelette de chef, mais très récent, et  il ne pense pas qu’elle ait eu à l’origine la moindre destination de conservatoire de  squelettes. Nous devons la comparer avec d’autres cryptes en voùte  de pierre, plutôt rares dans le  Pacifique, comme celles de  l’île de Pâques. Thomson,  p. 81, découvrit dans cette dernière  « un immense dallage en ruines, de type non polynésien, qui comportait des maisons de pierre à double pointe et qui s’étendait sur près de 2 kms,  le long de la haute falaise de la côte nord- ouest. Chaque demeure était pourvue d’une crypte qui,  parfois, était couverte d’une arche soutenue par une belle pierre en clef de voûte et qui était destinée à abriter les statuettes représentant les morts.  Beaucoup de ces maisons ont malheureusement été emportées par l’érosion et les tremblements de terre ». La crypte a une voûte à 3  ogives et 4 voussoirs. 
2Ticopia
Les premiers habitants de Ticopia, -des migrateurs Ibères, -   étaient  des « magiciens » qui, selon J. Guillou,  faisaient appel « à un esprit mythique surnaturel qui, la nuit, se chargeait de la mise en place de ces énormes pavés » qu’on voit encore sur l’île.   Une tradition hawaïenne, rapportée par G. Coquilhat, nous confirme que  les premiers habitants de Ticopia « avaient une réputation d’habiles artisans de la pierre, capables d’édifier un temple [ahu] en une seule nuit grâce à des  procédés magiques qui leur  permettaient de se passer de la main à la main de gros blocs de rocher. » Ils ont ainsi inventé le travail à la chaîne sous les yeux  des natifs médusés ! « Une curiosité remarquable de l’île, décrit encore dans Peter Dillon, capitaine des mers du sud, p. 186 Jean Guillou qui  m’a dit  être allé à Ticopia  en personne,  « une longue route pavée de blocs de basalte qui ceinture le cratère. Ce travail colossal serait l’œuvre d’une population pré -lapita [entendons ibère] qui, selon les habitants de l’île, faisait appel à un esprit mythique surnaturel [Animam ] qui, la nuit, se chargeait de la mise en place de ces énormes pavés. Un cyclone aurait anéanti cette civilisation. » Selon moi, ces blocs de basalte sont des ahu funéraires analogues à ceux de l’île de Pâques et des Touamotous.
  Les Ibères  quittent Ticopia, que ce soit à cause d’un cyclone ou d’un tsunami et  émigrent  alors  aux Fidji.  
3 A Fidji, la blondeur surprenante d’ enfants non métissés est une trace du passage de cette population à l’ADN nordique. Voir le professeur Jean Poirier (qui n’était pas plus blond lui-même que ne l’était  sa fille), dans  L’élément blond en Polynésie et les migrations nordiques en Océanie, Paris, 1953, cité par Paul Rivet dans le chapitre VII , L’élément blanc et les Pygmées en Amérique , in Les origines de l’homme américain, nrf, 1957. Il faudrait aussi s’interroger sur certains  faux albinos (Nouvelle-Calédonie, etc .), des blancs à cheveux roux ,  à taches de rousseur et aux yeux clairs , bien mal adaptés au climat tropical . Est-ce un type récessif issu d’un métissage ancien ?
4 Aux Tonga,  existe un curieux portique de pierre évocateur de l’antiquité classique et qui, en réalité, est , selon moi, un double menhir destiné à favoriser la pousse des cocotiers importés par les populations ibères à date très ancienne  comme en Micronésie. La dalle les surmontant représente la mort,  préalable et nécessaire, du coco pour qu’il germe. 
5 L’Ile de Pâques et l’Amérique du sud.
Continuant leur « sombre route », nos migrateurs pêcheurs de baleines s’installent à l’île de Pâques, mais l’île , suite à sa déforestation ,  devient inféconde et stérile, malgré le rite magique des statues qui s’était révélé inefficace; aussi nos navigateurs l’abandonnent –ils pour la côte américaine ; ils s’y  métisseront avec les indigènes pour créer au Pérou les stèles  de Tahuanaco. Les deux expéditions inca (dont l’une , la seconde, celle de Tupac  Ypanquui vers 1470, diffusera dans le Pacifique la patate douce et son nom amérindien, kumara,  traduisent non un véritable désir d’exploration de terres nouvelles, mais le désir d’un retour à une patrie originelle dont subsistait le souvenir.. Pour ceux qui douteraient, citons F. W . Christian, Early Maori migrations as evidenced by physical geography and language, cité par Rivet, op. cit. , p. 165 : « Les Mangaréviens [qui ont donné ces Polynésiens venus à l’île de Pâques après nos Ibères] ont une tradition d’un chef nommé Tupa, un homme rouge [blanc], qui vint de l’Est, avec une flotte d’embarcations de type non polynésien, en forme de radeaux [de balsa]. »
De l’Europe du nord jusqu’au Turkestan chinois :  
l’Ibéria (le pays des Ibères, l’ Irlande) , la péninsule ibérique, la   Méditerranée (Afrique jusqu’au Sénégal, Baléares, Corse, Malte, Sicile, Asie mineure) .
A  l’ouest du Turkestan chinois, les «  Tokhariens »  se subdivisent en deux dialectes : A ou agni ou Agniman (nom du dieu des morts), B ou koutchéen .Est-ce des Ibères ?  En  tout cas, au nord du Tibet, dans l’immense désert de Taklamakan , peuplé de Ouigours,  dont le nom est une variante du mot Ibère,  des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens, aux cheveux châtains et au nez long et aquilin , datant d’il y a 4 000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache , avec un mât de bois situé à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe : pour les hommes , le sommet est effilé, symbolisant,selon les archéologues chinois, des phallus,  tandis que , pour les femmes, le sommet serait plat et  peint en noir et rouge, évoquant des vulves. On peut toutefois se demander s’il ne s’agit pas, pour les femmes de  la navette ou de  la quenouille (O’Connell,  en Micronésie,  décrit cette habitude funéraire en précisant qu’il s’agit de fuseau ou de quenouille ,  attributs de leur sexe que les Chinois n’ont pas compris,  et pour les hommes, d’une perche servant de  godille  et permettant de se diriger  dans les eaux de l’au-delà.
Signalons aussi la civilisation de Moendjo Daro et d’Arappa avec sa statue de chaman semblant avoir les mains jointes sur les cuisses comme certaines statues  pascuanes.  
 D’autre part, le fondateur de l’hématologie, Jacques Ruffié,  alla observer, en 1978, les derniers Ainous d’Hokkaido. Il  nota qu’à Nibutani les tombes étaient  surmontées « d’un curieux poteau de bois dont la partie supérieure sculptée variait  avec le sexe du mort ».






vendredi 18 mai 2018

LES MÉGALITHES DE LA PLAINE DES JARRES AU LAOS ET CEUX DU COSTA RICA APPELLES LAS BOLAS


LES MEGALITHES DE LA PLAINE DES JARRES AU LAOS ET CEUX  DU COSTA RICA APPELES LAS BOLAS .
En mémoire de mon oncle , l’adjudant-chef Noël Griscelli, héros souvent cité dans le journal Indochine et dont les hauts faits de bravoure sont rapportés sous les initiales Noël G ,  tué au Laos en attaquant un nid demitrailleuse en 1953.

J’ai étudié les mégalithes d’Europe (menhirs, pseudo polissoirs, dolmens ) dans mes blogs, en commençant par ceux de Göbek-li et les taulas de Minorque,les jardins suspendus de Parsagadès et de Babylone,  les statues de l’île de Pâques et de Cuzco. Mais les plus délicats à interpréter  sont certainement ceux de la Plaine des Jarres au Laos.
Je rappelle mon  principe explicatif pour ces mégalithes (voir mes blogs sur les menhirs et sur Gargantua) .Il s’agit pour moi de mégalithes agraires et magiques.
La fonction du menhir, catalyseur magique de la percée végétative.
James George Frazer, dans Le Rameau d’or,  Balder le Magnifique, Ed. Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1984, 4 vol., vol .4,   p. 98,  écrit : « Dans plusieurs parties de la Bavière, on pensait que la hauteur des tiges de  lin dépendrait de celle des sauts des jeunes gens. » Au Vanuatu, sur l’île Pentecôte, le spectaculaire saut du gaul (mot signifiant plongeoir),  toujours pratiqué malgré les accidents mortels et consistant  à sauter du point le plus haut, est censé faire pousser les ignames  d’autant plus profondément  que le saut aura été accompli du plus haut plongeoir . En Nouvelle-Calédonie existaient de très précieuse pierres à ignames et pierres à taros, sur lesquelles les sorciers canaques faisaient encore, il n’y a pas si longtemps, leurs  conjurations secrètes. Ces pierres à ignames ou à taros sont les équivalents en miniature des pierres  pour l’orge, le  sésame ou le blé que sont  les menhirs en Europe ou en Asie . Dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, à Arama,   il existe même une quarantaine de petites pierres levées : elles sont censées favoriser magiquement la pousse des cocotiers et, anciennement,  chaque clan avait la sienne, comme au Vanuatu chaque clan avait l’un des 56 plongeoirs. A Ambrym, au Vanuatu, les prétendus « tambours » en bois d’arbre à pain  qui sont réunis verticalement au centre du village représentent des tuteurs magiques destinés à faire pousser les ignames aussi profondément que monte le « tambour ».
Quant à la « fente » du « tambour », elle symbolise la mort préalable du germe, nécessaire à sa germination, par analogie avec la pirogue renversée en signe de mort de son propriétaire.   
 En effet, le grain passe pour mourir dans le sillon, non pas la tranchée proprement dite, mais plus exactement dans sa crête nommée le billon, les bords du sillon formés de la terre écartée.  avant de pouvoir pousser, ce qui avait excité les railleries de Voltaire quant à l’ignorance botanique du Christ. Celui-ci dit en effet (Evangile de Jean, 12, 24) : « Si le grain de blé qui est tombé à terre  ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit», ou, autrement traduit, le grain de blé doit être mis en terre et y mourir pour rapporter. L’invention de l’agriculture liée aux semailles procède du fait de mettre en terre,  à une certaine profondeur, des grains de blé ou d’orge, comme des cadavres.. Le mégalithe aux sillons est une autre forme qu’a prise au fil du temps La barre transversale au sommet des  menhirs de Göbekli Tepe en Turquie ou au sommet des taulas de Minorque aux Baléares  représente la mort de l’orge divin, la mort provisoire et nécessaire  de la déesse de la végétation, dans l’Antiquité gréco-latine Perséphone ou Proserpine, l’épouse de Pluton, qui se retire sous terre  pendant la saison froide.
 Le pseudo- « polissoir »  européen (voir mon blog sur les pseudo-« polissoirs ») est un mégalithe bien négligé dont les sillons représentent la mort de l’orge et qui, comme  les menhirs en marteau de Göbek-li ou les taulas de Minorque , portant des cupules, porte aussi des trous,  artificiels ou naturels. Il est probable qu’il était l’héritier des piliers en forme de manteau porteurs  de cupules et qu’on  mettait  dans ces cupules, comme dans les gigantesques « jarres » laotiennes,  une ou plusieurs graines avec de la terre.


Les auteurs des mégalithes de la Plaine des « Jarres ».
On retrouve les mêmes mégalithes dans le nord de l’Inde et dans le nord de la Thaïlande, régions où ils ont encore été moins étudiés, si c’était possible.  On retrouve la trace de ces migrateurs  et de leur tombes  au nord du Tibet, dans l’immense désert de Taklamakan ,   des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens, aux cheveux châtains et au nez long, datant d’il y a 4 000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache , avec un mât de bois situé à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe : pour les hommes , le sommet est effilé, tandis que , pour les femmes, le sommet serait plat et  peint en noir et rouge. Le mât renversé devient une godille (à la poupe du bâtiment) qui permet de se diriger  dans les eaux de l’au-delà. Les Ouigours voisins revendiquent ces momies comme celles de leurs ancêtres et il faut rappeler que les mots ouigour,  ibère ou avar sont identiques phonétiquement.
La date du passage des migrations ibères au Laos.  
On a une datation certaine de -  4000 ans av. J. –C. au nord du Tibet . On peut extrapoler une date de 3000 av. J. C. pour nos « jarres ».
Le climat  du nord de l’Inde et de la Thaïlande, ainsi que des plaines du   Laos  ,ou  les aléas causés par la rareté des pluies sur la culture dans des sillons pleins d’eau  .
C’est le climat,  caractérisé par des chutes de pluie peu abondantes et nuisible pour la principale plantation alimentaire, le riz, qui est responsable de ces étonnantes édifications de « jarres »magiques à riz  monumentales.
Un ensemble initialement constitué de deux éléments : un pseudo- « couvercle » circulaire et,  à proximité, d’énormes « jarres » de granit  de 2, voire 3 mètres de haut formant de nombreux sites  et au nombre de plusieurs centaines sur chacun de ces sites .
1 Le disque circulaire.
Trois indices nous rappellent , sur cet équivalent asiatique des pseudo-« polissoirs européens,  que le disque représente la bonne mort préalable du riz :
1)  d’abord, sa position horizontale sur le sol, comparable à celle du  linteau horizontal qui surmonte les menhirs en marteau de Göbekli d’il y a 12000 ans et les taulas de Minorque ; cette position étendue représente, conventionnellement,  le grain mort.
2) L’animal représenté est un  sanglier, qui représente la mort,  par suite d’une homophonie en tokharien entre ce qui correspondait au latin porcus, porc sauvage, et l’étrusco -latin Orcus ou le grec Phorkus, noms du dieu des morts. on a la même identification de la mort et du sanglier, -identification qui explique l’interdit alimentaire concernant la viande de porc,- sur le pseudo-« polissoir » de Tell Qaramel (cf. le nom du  Carmel) de Turquie, qui  date d’il y a 12000 ans et qui est le plus ancien « polissoir » connu  (voir les illustrations du livre de K. Schmidt, Le premier temple, CNRS Editions, Paris, 2015, 420 pages et illustrations  , p.298 et p .382, avec la photographie,   p .382, d’une protomé de sanglier trouvée entre les piliers 39 et 28 de l’Enceinte C, près de Göbekli,  en Turquie actuelle.
3) La figuration des sillons (analogues à ceux des pseudo-« polissoirs » d’Europe) où sont plantées les touffes de riz  est celle du lieu où les grains de riz meurent avant de renaître.
 2 L’urne, dont la forme verticale représente la germination souhaitée du  plant de riz et dont la hauteur figure l’élévation espérée du riz , contenait jusqu’à une certaine hauteur  de la terre et  de l’eau dans laquelle baignaient les pieds de riz.
Strabon, dans sa Géographie, XVI, I, 5, à propos des Jardins suspendus de Babylone (voir mon blog sur les Jardins suspendus de Babylone) , où se trouvent appliqués les principes archaïques de l’agriculture,  nous a donné un exemple dues plantations en piliers : « Ce jardin, immense carré de quatre plèthres de côté [120 mètres environ] , se compose de plusieurs étages de terrasses supportées par des arcades dont les voûtes retombent sur des piliers de forme carrée. Ces piliers sont creux et remplis de terre, ce qui a permis d'y faire venir les plus grands arbres. »
Le souvenir qu’il s’agissait bien du riz à propos de ces « jarres » a été altéré, mais en partie conservé dans les légendes locales  qui évoquent l’alcool de riz conservé dans ces urnes pour le roi.
Le nombre des mégalithes.
On peut s’étonner du grand nombre de ces mégalithes. L’explication, comme pour le champ de quelque  3000 menhirs de Carnac, réside probablement dans la croyance magique que cette grandiose  multiplication aurait un effet majeur sur la croissance du riz.
Le processus magique.
Les urnes devaient être remplies de terre fine et d’eau sacrée jusqu’à une certaine hauteur.  De cette  façon ,  la pluie , si rare et si précieuse pour la santé du riz,  était  sollicitée magiquement par sympathie et abreuvait  enfin les sillons assoiffés et ensemencés des champs ; de cette  façon également,  les pousses vertes du riz émergeaient , au printemps ou à la saison des pluies, dépassant les  bords de l’urne et  montrant magiquement l’exemple aux autre plants de riz  qui étaient , eux, en pleins champs. 

Les Bolas  du Costa Rica



En Amérique centrale, au Costa Rica, sur la côte Pacifique, on trouve une centaine de mégalithes sphériques, constitués de des gabbros d’origine volcanique, soigneusement polis manuellement à la pierre, appelés las Bolas, nom qu’on comprend souvent comme signifiant les boules.
Mais une autre interprétation existe qui voit dans bolas un souvenir du nom tokharien de toute céréale, orge, blé, riz ou maïs. Bola  viendrait  de bora, maïs , et serait  à rapprocher du turc  khora-misan , qui désigne un blé primitif  à gros grains bosselés,   du tokharien parlé à  Malte il y a 6000 ans , bahar , orge, du  corse   Balagne , de     Balari en Sardaigne, de Baleares , du  latin  far, frumentum, blé, du  gaulois blato, du gallois blawd, du francique blad,  du grec pur,  génitif puramidos, du lituanien pûrai, du vieux- slave puro.
Le nom du maïs signifie gros grains de seigle et a consisté dans l’antéposition de ma- qui signifie grand, gros, au nom du seigle, en grec   bridza  , aujourd’hui encore appelé vrisa en Thrace et en Macédoine, à rapprocher du nom du riz en  grec et en  persan : oruza . Ainsi, le  nom du  maïs vient  de ma , gros grains et de vrisa ,qui désignait toute  céréale., le seigle en particulier.

On peut y appliquer la clé que nous avons utilisée pour interpréter le sens des menhirs et surtout des pseudo- polissoirs  (voir mes blogs sur le sujet). On peut donc  y voir des objets magiques censés faire croître jusqu’à la grosseur, exagérée bien sûr, de la pierre et jusqu’ à sa hauteur (2 mètres environ), certaines plantations, comme celle du maïs,  jugées de pousse difficile (le climat est très sec ici  aussi) et fraîchement importées dans la région par les Ouigours. Les croyances et les pratiques en matière d’agriculture des Ouigours ont pu survivre  dans les cultures locales depuis longtemps disparues d’Aguas Buenas et de Chiriqui.
De plus, on peut discerner sur  la sphère des sillons analogues à ceux dont les pseudo-« polissoirs «  européens sont nantis, ce qui confirmerait le  rapprochement avec ces derniers.
 Quelle fut la plante en l’honneur de laquelle  ce mégalithe fut ouvré ? On peut songer aux grains de maïs (la  taula de Taliti à Minorque représente un grain d’orge par une énorme pierre ronde),  toutes cultures fraîchement introduites  dans la région par les Ouigours, le maïs au II e siècle av. J. –C.   Ces sphères de 2 mètres de haut,  pour nous bien  mystérieuses, dateraient, d’après l’environnement stratigraphique et d’après la date de l’introduction de la culture du maïs ,  du IIe siècle av. J. –C.



dimanche 6 mai 2018

UN MÉGALITHE TOTALEMENT MÉCONNU : LE PRÉTENDU « POLISSOIR » PRÉHISTORIQUE ET SA SIGNIFICATION.


UN MEGALITHE TOTALEMENT MECONNU : LE PRETENDU « POLISSOIR » PREHISTORIQUE  ET  SA SIGNIFICATION.  
   



 L’agriculture préhistorique en Beauce, un « polissoir » immergé dans le Loir, les  pseudo-« polissoirs »  du Baignon et  leurs sillons magiques.
 La fertilité divine des pierres ou la technique préhistorique des cultures sur pierres ;  
Jared Diamond, dans Effondrement ou Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, Paris, 2005, p.  132, décrit de surprenantes méthodes préhistoriques d’agriculture, qui ont sans doute   été pratiquées en Beauce : « les zones d’agriculture extensive étaient partiellement recouvertes de pierres placées en surface à proximité les unes des autres afin que les cultures puissent pousser entre les pierres ; d’autres vastes zones furent modifiées par ce qu’on appelle des « mulchs lithiques », c’est-à-dire que l’on ajoutait au sol , sur une profondeur d’environ trente centimètres,  des pierres qui étaient, soit prélevées sur des affleurements rocheux environnants , soit obtenues en creusant jusqu’au substratum rocheux pour briser les roches qui le composaient. ».[On appelle mulch en anglais un paillis, une couche protectrice faite d’éteules  et de déchets de moisson laissés à la surface du sol pour le protéger avant et pendant la mise en culture.]
 «  Dans les fermes du nord-est des Etats-Unis, […] les agriculteurs se donnaient beaucoup de mal pour évacuer les pierres de leurs champs et ils auraient été horrifiés à l’idée d’y apporter délibérément des pierres .On retrouve […] l’agriculture de mulchs lithiques dans de nombreuses parties du globe, comme dans le désert du Néguev en Israël, dans les régions sèches du Pérou, de la Chine, de l’Italie antique et en Nouvelle-Zélande maorie. Les pierres rendent le sol humide en le recouvrant, réduisent l’évaporation d’eau due au soleil et au vent et empêchent la formation à la surface du sol d’une croûte dure qui favorise  le ruissellement des eaux de pluie [en  ne laissant pas l’eau de pluie pénétrer en profondeur]. Les pierres réduisent les fluctuations diurnes dans la température du sol en absorbant la chaleur du soleil au cours de la journée et en l’évacuant pendant la nuit ; elles protègent  le sol contre l’érosion car les gouttes de pluie viennent s’écraser à leur surface ; des pierres sombres sur un sol plus clair réchauffent le sol en absorbant une plus grande quantité de chaleur solaire ; et elles peuvent également servir de pilules fertilisantes à diffusion lente […],  car elles contiennent des minéraux indispensables qui pénètrent progressivement dans le sol ».Des chercheurs américains comme Christopher Sevenson ont expérimenté ce système agricole dans le sud-ouest américain et prouvé que la quantité d’humidité était ainsi doublée et  les températures maximales des sols au cours de la journée abaissées,  tandis que les températures minimales durant  la nuit étaient augmentées ; le rendement  était de quatre à cinquante fois supérieur selon les espèces.
« Suivant saint Augustin (De civitate Dei, IV, 8), les Romains, écrit Frazer, Le Rameau d’or, Ed. Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1984, 4 vol, vol. 3, Esprits des blés et des bois, p.712, note 1, avaient imaginé toute une série de divinités distinctes, des déesses pour la plupart, qui veillaient sur le blé à ses différents stades, depuis le moment où on confie la semence au sol jusqu’à l’engrangement de la récolte. » A l’engrangement correspond la déesse gauloise Sirona, au nom qui appartient à la famille du grec seiros, silo,  sitos, pain. Dans la commune de Lanneray , en Eure-et-Loir, le nom de la vallée des Serins est une altération populaire ,  par incompréhension,du nom  de la vallée de Sirona.
Le menhir en marteau de Göbel-li et des  Baléares, avec sa dalle au sommet qui représente la mort du grain préalablement à sa renaissance (voir mon blog : Du nouveau sur les menhirs) présidait aux semailles printanières, tandis que ce qu’on appelle très improprement  « polissoir » se rapporte à la période antérieure à ces semailles,  celle du  creusement , au début de l’hiver, du sillon. Le sillon est le lieu de la mort du grain, bien antérieurement à sa germination. Peut-être même l’existence simultanée des « polissoirs » avec leurs « sillons » gravés est-elle  la raison pour laquelle cette dalle horizontale a pu progressivement disparaître du haut des menhirs primitifs.  
Le sens des « polissoirs » dans les cultures néolithiques.  
Ces mégalithes, qu’on appelle à tort des  « polissoirs », qu’il vaudrait mieux nommer des pierres à sillons  et qu’on néglige à tort,  ne peuvent être, comme on le dit parfois, le résultat accidentel de la taille d’outils ou d’armes, comme le sont les vrais polissoirs portatifs auxquels, à regarder de près, ils ne ressemblent pas exactement.  Les «  polissoirs » dits fixes ne sont pas des polissoirs et ceci explique la gêne des archéologues qui préfèrent ne pas  parler de ces mégalithes gravés.
Le « polissoir » prétend reproduire sur la pierre les sillons qui, dans la réalité,  ont été profondément creusés parmi   les cailloux laborieusement  transportés pour faire pousser le blé, puisqu’on ajoutait au sol , sur une profondeur d’environ trente centimètres,  des pierres obtenues en creusant jusqu’au substratum rocheux qui était ainsi brisé soigneusement La magie imitative, une fois encore, vise à reproduire en miniature, sur une roche isolée,  ces sillons qui s’étendaient parfois sur deux  kilomètres comme à Malte et qu’on voir en Amérique du sud (ce sont les lignes Naxa) . Peu avant le printemps et son équinoxe, des plantations faites  dans un peu d’humus et soigneusement arrosées dans les stries du pseudo- polissoir  poussaient sur la pierre, « hors sol » ,  avant la future plantation « réelle » du champ, donnant le gage, grâce à la magie imitative, que celles-ci lèveraient.
  De même, il fallut-il en appeler à la magie imitative  pour imiter la pluie et la faire se produire.  Albert Sidoisne, dans sa brochure Bonneval sur le Loir, 1965, Bonneval, Edition du syndicat d’initiative, p.50, a localisé un curieux polissoir immergé dans le Loir, visible uniquement avec un bateau : « Croteau : passer le Loir et, 100 m , plus loin , tourner à droite ; le chemin serpente entre les bois et les prés ; on atteint le gué Véronneau (1 kilomètre 700), ancien moulin; dans le lit même du Loir, petit polissoir, que l’on peut voir en s’aidant d’un bateau . »
Le Baignon, commune de Saint-Maur, comprend des dolmens et  des polissoirs qui étaient « baignés », immergés presque complètement,   à certaines époques. Ainsi le fait d’immerger dans l’eau du Loir les sillons figurés sur  la pierre, dans la magie imitative de l’époque, est-il censé  apporter la si précieuse humidité, car la Beauce était sans arbres et ventée, donc trop sèche pour l’agriculture néolithique et les mulch lithiques ne suffisaient pas toujours à pallier  cette hygrométrie défaillante. On comprend l’aide qu’était censée apporter les stries bien arrosées des »polissoirs ».
Quel est le sens des stries des  « polissoirs » ? Photo
Dans le livre de Karl Schmidt, Le premier temple, CNRS Editions, Paris, 2015, 420 pages et illustrations, on a un fort ancien « polissoir » révélateur de leur signification générale  avec la photographie,   p .382, d’une protomé de sanglier trouvée entre les piliers 39 et 28 de l’Enceinte C. Or, le nom du  sanglier, porcus en latin, porkos en grec, dérive du nom du dieu des morts, Orcus à Rome, qu’on retrouve dans le nom de Persèphona,de pork-epona ,  la jument de Porcus, en latino- étrusque  Proserpina, métathèse de Porks-+epina, jument, de Porcus (la jument est l’avatar de Cérès et de sa fille) . Les sillons gravés sur la pierre du   « polissoir » symbolisent le monde de Pluton, d’Orcus , des morts en général et , en particulier ici,  la mort des végétaux , avant leur renaissance printanière, au même titre que la dalle horizontale des menhirs en marteau. Le nom du dieu étrusco -romain  Orcus,qui donne le nom de l’ogre en français et vient de workwos,  est l’altération à partir de o(st)r(i)kwos , de Ostricon en Corse, Austricum à Chartres, Lestrygon dans l’Odyssée , Logron, métathèse de lau(st)r(i)gon en Eure-et-Loir, Logroño  en Espagne,  etc., c’est-à-dire le dieu des morts, devenu pour certains peuples le dieu de la renaissance agricole.
A remarquer que l’interdiction religieuse de consommer du porc chez les populations orientales et conservée jusqu’à aujourd’hui  ne vient pas d’une autre raison : c’est parce que le porc est l’avatar du dieu des morts.
Le blé,  le khorasan , ancêtre de notre blé caractérisé par ses  grains épais et bosselés,l’orge, le seigle, sont vraisemblablement les plantes auxquelles étaient dédiés les ou « polissoirs ». « Si le grain  ne meurt pas,  disait le Christ, il ne donne pas de fruit »: si cette mort n’arrivait pas, comme lorsque la terre était épuisée, malgré les jachères souvent quinquennales au Moyen Orient,  il n’y aurait pas de récolte .Le but magique du polissoir est de s’assurer de la bonne mort du grain de blé dans le billon  létal.
Le polissoir   est aussi un mégalithe orné  de cupule ou cratères en grec, gradalis, du diminutif  cratellis en latin vulgaire où l’on  mettait  une ou plusieurs graines avec de l’humus et un peu de marne blanche  qu’on arrosait soigneusement. Citons un exemple en Egypte : au VII e siècle ap. J. -C.  encore, dans les mystères d’Osiris, les prêtres devaient façonner une effigie d’Osiris, appelée « Osiris végétant », avec du limon noir et des graines d’orge. Les Egyptiens arrosaient cette poupée  avec l’eau sacrée du Nil jusqu’à germination, puis l’emmaillotaient dans des bandelettes comme si c’était un cadavre  momifié et, -chose plus étrange pour nous, -inhumaient, enterraient cette orge germée en forme d’effigie d’Osiris. Supposons que cet enterrement se passe dans les stries ou les cupules des « polissoirs » et nous en aurons la signification.
Au printemps, quelques jours avant que dans les sillons, en pleine terre,  le blé ne germe, et pour, en quelque sorte, une  levée du deuil, on espérait la levée des graines plantées dans les cupules du « polissoir », levée comparable à celle des Jardins d’Adonis et qui aiderait par sympathie magique à   la levée de la récolte de pleine terre parmi les cailloux amassés.



Le plus ancien « polissoir » connu et sa date : le tell Qaramel (K.  Schmidt, Le premier temple, CNRS Editions, Paris, 2015, 420 pages et illustrations.  , p.298)  près de Göbekli,  en Turquie actuelle.
A Tell Qaramel (à rapprocher du nom du Carmel) existe un beau polissoir gravé d’araignées  venimeuses  dont le nom  était homonyme de sillons en tokharien (cf  la vallée de l’aragne ou araignée, parent gaulois  de phalanx, ainsi appelée parce qu’elle ressemblait au fléau d’une balance, sens premier de phalanx,   dans  la commune de Châtillon-en-Dunois )  qui  de lignes droites,  comme le grec phalanx qui a aussi les deux significations : araignée venimeuse et  sillon .L e nom de Tell   vient de stipula , la tige, stela, la stèle,  et Qaramel, blé,  vient de  khwarament- , l’ ancêtre de notre blé européen , caractérisé par ses  grains épais et bosselés ,dont le nom est  parent  du latin frumentum et far, du tokharien bhahar, du grec puros ,La vocation  de ce polissoir millénaire était de protéger les sillons qui devaient accueillir les grains de khorasan.
Le fait de trouver ce « polissoir » à Göbekli Tepe nous donne une date : il fut gravé il y a 12000 ans environ, soit 7000 ans avant les Pyramides et 5000 ans avant les menhirs de Carnac et il nous fournit peut-être, pour nos « polissoirs «  d’Eure-et-Loir,  une estimation :ils auraient été sculptés il y a  5500 ans.

Les deux polissoirs » de Civry et le polissoir de Corancez.  Voir photos ci-contre.
Taillés dans un poudingue gréseux datant de l’éocène, les polissoirs de Civry ont été déplacés au XIXe siècle à partir d’un champ situé au nord-ouest du village dans la rue justement appelée du Polissoir, l’un  devant la mairie,  l’autre  sur la Place de l’Eglise.
Le mégalithe  de la Place l’Eglise est appelé  Puits saint Martin, de puis (altération de buxum, peigne de buis,   nom donné aux polissoirs à cause des dents du peigne qui rappellent les stries du polissoir)    et de  Martin (christianisation de mar, qui, en gaulois, désigne la jument, avatar de Perséphone).
Le mégalithe de la place de la Mairie est  appelé  identiquement Puits de saint Martin, ou pinte de saint Martin ;  pinte est l’altération du latin puncta, de pungo, avec des cupules, littéralement des points,  transformée ironiquement  par incompréhension en pincta, mesure de capacité pour les liquides et surtout pour le vin.
Un autre  polissoir  à Corancez porte les mêmes noms 
Dans les deux mégalithes de Civry , les malades buvaient, comme dans quelque graal païen,  une eau réputée  salutaire qu’ils puisaient dans  les cupules  (comparées à des  pintes) des mégalithes  et, leur santé revenue, ils  déposaient en offrande des tiges de blé, des fleurs et des rameaux verts.  
Ceux qu’au dix-neuvième siècle on appelait des « antiquaires »  distinguaient les pierres druidiques (qui incluent les pseudo- polissoirs) des deux  autres sortes de  mégalithes,  les dolmens et les menhirs. Le terme de pierre druidique ou celtique a l’inconvénient de présupposer de façon anachronique une intervention des druides ou des Celtes, alors que ces pierres sont bien antérieures à ceux-ci, mais elles avaient l’avantage de ne pas présupposer l’usage unique du polissage, comme l’implique  le nom inapproprié de « polissoirs ».    Les pierres dites druidiques se présentent généralement en groupements, comme  autour du polissoir de la Pierre cochée à Droué dans le Loir-et-Cher, et elles ont des formes qui semblent étranges.  Quelquefois elles ont  des trous, des cupules  qui évoquent les mortiers néolithiques, simples pierres avec un trou où l’on mettait un pilon (les mortiers paléolithiques, eux, avaient  consisté en une pierre plate). Tel est bien le cas  à Droué précisément. On retrouve ces « pierres druidiques » à  Nottonville , où Sidoisne , op . cit. , p .  59 , les localise ainsi :    suivre le sentier qui longe la Conie ; « à 50 m., on rencontrera de volumineux « perrons » , que domine un énorme conglomérat de roches dit le Cheval-de-Bronze et qui demeure assez énigmatique ». Bronze est la traduction du grec chalcos, bronze, interprétation du nom d’origine  kabalchos, pour cabalkus, la jument.  

Les noms des «  polissoirs ».
Les cannelures imitant les sillons du polissoir ont  inspiré ses divers noms. Citons d’abord  le nom,  pour une fois transparent, de Pierre complissée, du latin  complicata, pierre  avec des plis, nom transféré d’un polissoir à un  dolmen de  Berchères-les- Pierres. Inversement, d’autres dénominations sont obscures , comme ,  en Eure -et- Loir, le nom du   « polissoir »  d’Ymeray, la Mère aux Cailles, qui a gardé son ancien  nom gaulois mar  faisant allusion,à la jument Peséphone et pris le nom latin de l’échelle à cause des échelons analogues aux stries du polissoir, scala, à partir de mara scala . L’interdiction de passer derrière une échelle (et non pas sous, ce qui serait compréhensible) se rapporte peut-être au « polissoir », car à certaines époques l’arrière du « polissoir » et ses cupules pleines d’humus  devaient être garnis de graines sensibles, croyait-on, à l’ombre maléfique des passants inattentifs.   Mais les noms des polissoirs   jouent plus souvent  sur l’analogie :
A) grille ou gril à cause des stries du polissoir comme à Courtalain ,  les Grils du Diable,   altérés en Griffes du Diable ;
B)  soufflet de forge, à cause des plis  du soufflet ; à partir du nom   latin du soufflet,   follis, , on a les nombreuses Folies  , aujourd’hui incompréhensibles  :   la Folie de  Maintenon, la Folie- Montchaussée   dans  le bois de la Roche- Bernard à Saint- Denis- les- Ponts, déposés en 1990 au musée de Châteaudun, avec de belles  cupules, , les nombreuses Folies comme celle , peut -être disparues, de Fains-la –Folie (la Folie-Herbault),  la Pierre à folie , nom de polissoir transféré à  un menhir ,  à Berchères- sur- Vesgres, au lieu dit le bois de la Butte.
  Du nom grec des soufflets de forge   physaria, on a Figueiras en Espagne, Figari en Corse (ce dernier  toponyme étant attesté par Ptolémée au II è siècle après J –C  sous la forme  Phisèra) ;  
C) ombrelle de liège,  éventail , à cause des plis,  comme dans Santa- -Maria- Siché en Corse où Marie est la christianisation de Mari, la jument divine  Cérès,  et où sichè vient du grec s(k)i(a)stè(s) , parasol,  de liège .
;
D)  peigne .Les mots latin   buxum et bas-latin buxidion, peigne  en buis, à cause des dents du peigne rappelant les stries du polissoir,  ont  donné puits ou buis -. Dans le Tarn, le nom du menhir de Boissezon, de buxidion, commune de Murat -sur- Vèbre, encore dit menhir de Candoubre, a été transféré d’un polissoir ou d’un dolmen , car le mot latin pouvait s’appliquer aussi  à un dolmen, signifiant également coffre de buis.  Ainsi, en  Eure-et-Loir, existe   un dolmen du Buisson  à Vieuvicq , nom venant  de buxidion , au sens de cofffre.
E)   Un  mot d’origine francique, comme  kroes, friser au fer chaud ,  a donné   les nombreuses  grosses pierre, où grosse  (de kroes ,plissé) pierre  fait allusion aux plis du  polissoir . De même, les Pierres grises, altération de pierres greselies, du même radical francique  croesel. .
F) Le bénitier et la coquille Saint Jacques
Le bénitier du Diable, entre Varize et Corrmainville , au Bal des dames de Bainville, « vaste terrain semé de roches aux formes bizarres » (Sidoisne) parmi lesquelles se trouvent plusieurs autres polissoirs, est un polissoir ainsi nommé à cause des stries du coquillage appelé bénitier, coquillage qui ressemble à la coquille Saint-Jacques. Les Dames de Bainville qui donnent leur nom au champ de « poilssoirs » sont les mêmes que les  fées de Valainville  à Saint-Maur, si redoutables que l’on a altéré le nom de leur sanctuaire : Belena ou Belsena , qui donne son nom à la Beauce et à Bellême, est un nom gaulois de Perséphone ,   la déesse du blé mort.
La coquille Saint Jacques est l’emblème des pèlerins qui se sont  rendus sur le tombeau   de saint Jacques le Mineur en Espagne à Compostelle. .Il s’agit, à cause des stries que porte la coquille,  d’une allusion au  pseudo- polissoir qui avait donné son nom à  Compostelle, dont le nom se décompose en stela, tombeau,   polissoir,   en  korn, grains de blé (anglais corn) et en por, froment (grec puros, latin far, blé), c’est-à-dire   korn-por-stèla, le tombeau du blé,  qui a donné Compostelle  Les stries du polissoir rappelaient la mort provisoire du blé.  D’autre part, dans le  nom  de coquille saint Jacques,  Jacques  est l’altération de basque.
  La mort du blé en vue de  sa renaissance a été aisément assimilée par le christianisme primitif  , en Gaule notamment,   à travers la religion d’Isis,  vers le IIe siècle ap. J. -C : les lampes funéraires retrouvées à côté d’une aiguière et d’une assiette dans les sépultures en Eure-et-Loir portent d’abord l’image  complète des sillons où repose le représentant du blé mort, Osiris, représentés par  une  coquille Saint -Jacques , puis cette image se réduit de façon à ne plus figurer que sur le pourtour de la lampe et à n’être guère identifiable pour des profanes. Les treize sillons de la lampe, héritiers des sillons du «  polissoir » , sont pour les adeptes d’Isis Sochir (Sochir désigne ,  aujourd’hui encore , le champ d’orge en copte) le gage de la vie future après la mort, comme, sur le polissoir,  ils avaient été le gage de la renaissance de l’orge après ce que Frazer appelle  la « mort » du dieu.
 Les Grecs identifiaient Isis à Dèmèter et les Romains à Cérès. Frazer, dans Le Rameau d’or,  Atys et Osiris, Ed. Robert Laffont, collection Bouquins Paris, 1984, 4 vol., vol .2, p. 471, cite Diodore de Sicile (I, 14, I) qui, résumant les travaux aujourd’hui perdus de l’historien égyptien Manéthon, attribuait  à Isis la découverte du blé et de l’orge. « On portait en procession à ses fêtes des tiges de ces céréales pour commémorer le don qu’elle avait fait aux hommes. Les Egyptiens, quand ils coupaient les premières tiges, les posaient sur le sol et se frappaient la poitrine en se lamentant et en invoquant Isis. On a déjà expliqué cet usage, continue Frazer, comme une lamentation en l’honneur de l’esprit [ancien] du blé, tombé sous la faucille » [Osiris, Perséphone]. 
On retrouve le nom de cette « Maîtresse de l’abondance » dans le nom eurélien de Luplanté, les sillons d’abondance, de lup,  sillon,  et de l’ancien français plenté, abondance, resté en anglais (plenty), du latin plenitatem, plénitude, abondance, les sillons d’abondance,


G) Autres  noms de « polissoirs » liés au nom du sillon : le radical lup-, lut-, rut-, sillon.
Le radical lup- signifiant sillon se retrouve dans le nom du polissoir de la Louveterie de Bonneval, de lup, sillon,  et de –ete, orge + suffixe locatif en- ria,  comme dans le nom d’une peuplade anatolienne préhistorique, les Louvites et  dans  les noms christianisés de ces mégalithes, par exemple à  (La Bourdinière-) Saint- Loup.  Lut-, étant parent du  latin ulcus, sillon,  se retrouve avec rhotacisme dans le nom maltais du géoglyphe (carl) rut, sillon (sillon pour orge, carl en maltais ancien). Il faut en  rapprocher  la série eurélienne Louville, Louvilliers, La Loupe, Lutz -en- Dunois, Lucé …  Les nombreux et énigmatiques  toponymes  de Chanteloup, par exemple dans le Loir-et-Cher (commune de Renay, près de Vendôme) donnent le nom complet du mégalithe : «  sillons pour les grains d’orge », de lout, sillons et de kltha,  grains d’orge,     le k devient ch et où le  l voyelle se nasalise, donnant en français chante . Sur Châtillon-en-Dunois, le lieu-dit les Châteaux à Libouville  s’analyse comme venant de cat kltha , grains (Klitha) d’orge (cat) , altéré en catella, confondu avec le latin castella, place forte.
A noter que la statue de la  louve à  Roime était peut-être un « polissoir » orné de sillons  à la place des mamelles, de là la légende de l’allaitement de Rémus et de Romulus par une louve, à rapprocher  des « polissoirs » représentant à Malte une truie avec des mamelles, en réalité des sillons, datant de -2400 av. J. –C ; au temple deTarxien, Cérès,  et à Göbek-li , cf. p. 216 et 382  dans le Premier Temple. L’interdiction de consommer du porc chez certaines peuplades orientales, comme l’interdiction de manger du lièvre, lepus en latin, lagôs en grec  laparo en portugais, puis du lapin (originaire de la péninsule ibérique),lébèris en grec , lapão en portugais chez les peuples descendants de navigateurs celtes  vient de l’homonymie entre lukw et lagôs, le lièvre en grec, ou lagw , le lapin associé au dieu des morts à cause des sillons , où le grain était placé pour « mourir » . L’interdiction de consommer du cheval chez les peuples indo-européens est liée à l’association de l’animal avec la déesse de la fécondité Cérès.  

 H) La confusion des mégalithes, notamment des menhirs et des pseudo-« polissoirs ».
Le nom de pierre au tambour a été transféré d’un « polissoir »   à un dolmen de Conie – Molitard. A l’origine, le « polissoir » était ici appelé pierre –tambour. L’arabe al- tambour  désignait une sorte de lyre ou de cithare, un instrument  dont les cordes ont été comparées aux rayures du pseudo-« polissoir ».  On songe à la pierre -lyre trouvée en Afrique et  transportée au Musée Branly , et à ces pierres analogues  appelées pierre en H par Klaus  Schmidt et trouvées à Gobekli . On trouve aussi une  « pierre- lyre » au nord de l’Ecosse,  dans les Orcades (cercle de Brodgar sur Mainland).Peut-être le mot grec lura , comme le mot luth, vient-il de luda, qui désignait le sillon .
De même, le nom du  « très beau polissoir »  signalé dans la commune de Bonneval, par Sidoisne, op. cit. , p. 50, Lormorice, signifie « les sillons de Perséphone » et vient de lura , sillon, et mor pour mar , qui désigne la jument, avatar de Perséphone (Cf . le nom christianisé de Saint –Maurmaur est l’altération du gaulois  mar, la jument ).
Le mot français sillon lui-même est à rapprocher du nom de la déesse romaine Seia qui présidait aux semailles  et désigne, non pas la tranchée proprement dite, mais ses crêtes  formées de la terre écartée, les billons.  Le grain passe pour  mourir dans ces billons  avant de pouvoir pousser, ce qui avait excité les railleries de Voltaire quant à l’ignorance botanique du Christ. Celui-ci dit en effet (Evangile de Jean, 12, 24) : « Si le grain de blé qui est tombé à terre  ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit », ou, autrement traduit, le grain de blé doit être mis en terre et y mourir pour rapporter plusieurs plants. Le Christ se faisait l’écho d’une croyance populaire universelle : le grain ne pouvait germer que s’il mourait d’abord. Il faut donc que la mort du grain soit symbolisée, d’une façon ou d’une autre , dans le menhir qui représente la germination du grain. Or,  à  Göbekli Tepe, vers 9600  avant J. -C,  les enclos circulaires de « menhirs » en tau  sont surmontés d’une pierre horizontale  qui dépasse  de chaque côté. C’est elle qui symbolise   par son horizontalité, par e fait d’être allongée,  le dieu  du  grain mort afin de renaître.  ..A Göbekli, Tepe,  il s’agit  d’un « cromlech » où les menhirs en marteau, juxtaposés, sont prêts à se rejoindre comme ils le feront plus tard, vers  -2800,  à Stonehenge. Le second élément de Stone -henge  est, d’après celui qui fait autorité en la matière,  Christopher Chippindale dans son Stonehenge Complete, un mot signifiant en vieil anglais potence, gibet, savoir  hen (c) en, plus tard rapproché à tort,  dans l’a mentalité  populaire,  du nom courant  du dolmen, stone hung, pierre suspendue. Henge  serait en réalité apparenté  à phalang-, qui désigne le fléau de  la balance, le linteau au sommet du menhir.  
L’invention de l’agriculture liée aux semailles procède du fait de mettre en terre,  à une certaine profondeur, des grains de blé ou d’orge destinés à « mourir ».