dimanche 26 février 2017

Le mystère des tumuli et celui des poteries lapita de de l’île des Pins (vers – 1000-1200).

Le mystère des tumuli  et celui des poteries lapita de de l’île des Pins (vers – 1000-1200).
  Les deux hypothèses d’une origine naturelle, géologique ou animale des tumuli.
1) En Australie, on a trouvé des stromatolithes, c’est-à-dire des colonnes calcaires fossiles formées par l’activité de bactéries. Pascal Philippot, au CNRS, Institut de physique du globe, Paris, a étudié ces bactéries très nombreuses d’il y a 2,72 milliards d’années, vivant dans des lacs  hypersalés et peu profonds  et capables de se nourrir d’arsenic,  malgré la toxicité de cet élément. Le seul fait d’avoir déposé des détritus de coquillages sur le plateau de l’île des Pins, comme sur l’îlot Koniene, pourrait  avoir stimulé l’activité bactérienne. On pourrait supposer que les courants ou  les vents ont accumulé des terres latéritiques autour de ces colonnes.
Discussion.
Les trous de poteau signalés par Luc Chevalier , au sommet ou à côté des tertres , incitent, selon moi, à préférer une origine humaine.
2) Un  mégapode pourait, selon ses partisans,  être  le  bâtisseur du cylindre et du tumulus.
1Worthy, Trevor H. (2000). "The fossil megapodes (Aves: Megapodiidae) of Fiji with descriptions of a new genus and two new species.". Journal of the Royal Society of New Zealand 30 (4): 337–364. doi:10.1080/03014223.2000.9517627. 
Worthy, T., Mitri, M., Handley, W., Lee, M., Anderson, A., Sand, C. 2016. Osteology supports a steam-galliform affinity for the giant extinct flightless birds Sylviornis neocaledoniae (Sylviornithidae, Galloanseres). PLOS ONE. doi: 10.1371/journal.pone.0150871
3"Object: Fiji Scrubfowl, Megapodius amissus; holotype". Collections on line. Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa. Retrieved 2012-08-18.
Bien que je ne souscrive pas à cette  hypothèse, je tiens à la rappeler : des spécialistes du Jardin des Plantes,- même si d’autres  ont plus tard contesté l’ identification qu’ils ont faite des ossements, découverts par leurs soins,  avec ceux d’un mégapode, ont relié une tradition de l’île des Pins que j’avais rapportée dans le bullein de la SEHNC , Société d’Etude Historique de la Nouvelle-Calédonie (« Deux oiseaux fossiles de Nouvelle-Calédonieé, bulletin n° 29, 2e tr. 1976, savoir un oiseau noir aptère et une sorte de dindon) sur un oiseau fossile noir, le  du,  à l’existence d’un grand mégapode présent dans la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée sur l’île Waigeo, localité de Jeimon (Aegypodius brujnii ou talégalle de Bruijin). Celui-ci constitue la seule espèce d’oiseaux qui ne couve pas ses œufs mais, au lieu d’un nid, construit un monticule d’incubation haut de 2 mètres avec toutes sortes de débris,  si bien que, au centre, se forme un cylindre organique sur lequel le mégapode dépose ses œufs et les recouvre de terre. Le mâle porte trois caroncules rouges et une crête noire. Les mégapodes, en voie d’extinction, étaient largement répandus aux Philippines, en Indonésie, en  Australie, aux Fiji,  et existaient   à l’île des Pins, si l’on se fie à  la tradition locale que j’ai rapportée. Mais les zoologistes penchent aujourd’hui plutôt pour un rattachement au Mégapode noble de Fiji, Megavitiornois altirostris,  éteint, qui ne pouvait bâtir de telles colonnes et de tels monticules, étant donné la configuration de ses pattes. Il couvait ses œufs comme les poules qui lui sontb apparentées.Cette hypothèse semble donc  devoir être également rejetée.
Pour l’origine humaine, nous allons  suivre les traditions dont s’est fait l’écho Gabriel Païta,  ce descendant de la grande chefferie des Kambwas, dans Gabriel Païta, témoignage Kanak, D’Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie,  par Jérôme Casaumayou et Thomas de Dekker,  l’Harmattan :
« Si l’on en croit les récits des anciens, les premiers hominiens  d’Opao (la Nouvelle-Calédonie) avaient la peau rouge ; ils étaient velus et de petite taille. Dans le Nord, on les appelait les Gorouna. Dans le Sud, on parlait des Tua. Puis vint un jour le peuple des Ti [ou Tibawé]… Ces grands hommes au corps couvert de tatouages s’établirent dans la région de Ponérihouen, sur la côte orientale de la Grande Terre, et apportèrent ici l’art des pétroglyphes. »
Il est tentant de rattacher ces tertres fort anciens, datant d’avant la population actuelle parlant kaponé, aux  premiers habitants de l’archipel calédonien, les Gorounas,  pour reprendre le nom indiqué par G. Païta.
Les auteurs des tumuli : « une vieille race blanche » (Paul Rivet),
les Gorounas (de Karen-ni, nom d’une ethnie de Birmanie) ou Menehune,  venus de Ouatom (Nouvelle-Bretagne) en plusieurs vagues après l’éruption du Witori vers  -1350 avant J. C.
Gabriel Païta  nous dit de ces premiers habitants qu’ils « avaient la peau rouge (c’est-à-dire blanche), qu’ils étaient velus et de petite taille «  et que «  dans le Nord on les appelait les Gorouna». Le mot Gorouna  est à rapprocher du nom d’une ethnie de Birmanie, les karen-ni. Nous retrouvons dans le nord leur nom dans les toponymes  de Paa (de parama, birman) Goumène (Gomeni) et de Kaala (de barama, birman) Gomen (i). Jules Durand cité par Coquilhat nous dit que les Ouébias de Pouébo  désignaient les premiers habitants d’un autre nom,  Menehune, forme  qui se retrouve en Polynésie jusqu’à Hawaï. Le plus clair de ces  noms qui viennent tous  de karen-ni,  les Karen de petite taille (ni), est encore celui de l’île N’Gameini aux Salomon (Ouaménie et Cueménie en Calédonie), île où l’on trouve la poterie lapita.  Menehune vient d’une  métathèse d’évitement pour raisons religieuses, à partir de N’Gameini, et donnant meinguni, puis menegune qui se retrouve dans Marino (de marehuno), nom d’une langue à Maëwo (Vanuatu), dans Farino (de marehino) en Nouvelle-Calédonie ou  Mérina [de merehuna] à Madagascar.
  La mention par G. Païta d’un système pileux fourni fait songer aux Jomons ou  Djomons  du Japon préhistorique, les ancêtres de  ces blancs que nous appelons Aïnous, mot qui signifie sqimplement les hommes.
 Les Gorounas sont de petite taille, nous apprend G. Païta, et d’ailleurs, dans Karen-ni, le mot ni signifie de petite taille.   Le chef des Ouébias  nous confirme aussi  la petite taille de ces Gorounas qu’il appelle  Menehune, en précisant qu’ils construisaient  des  maisons, à la différence des Tuas, des populations noires qui étaient également de petite taille. C’est bien  leur peau qui, selon le descendant de la Grande Chefferie, était  de couleur « rouge », entendons blanche. En Micronésie, O’Connell, dans A residence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands, being the adventures of James F. O’Connell (Google Books et réédition moderne),  note, p. 193, l’existence d’une femme parfaitement blanche, réalisant un type récessif, à qui les natifs d’autres îles que celle où elle résidait rendaient souvent visite, tant sa renommée s’étendait loin.A côté de nombreuses Européennes,écrit-il,  son teint aurait encore paru clair.
Les noms des blancs
Comment appelle-t-on les blancs chez les « Mélanésiens » ? A Lifou on appelle le blanc un «  rouge », ka madja et, sous les formes maja, manga, mangi, ce nom se retrouve dans le Pacifique, réservé  aux Européens. Le Français se dit marangi, farani, maran. Il est naturel pour les indigènes  d’appeler « rouges » et non blancs nos  visages cuits par le soleil comme des homards sous le casque colonial.
  Mais  on a aussi une autre appellation calédonienne pour les blancs, plus énigmatique à premier examen, celle de apopalangni ou apopalei. Celles-ci viennent de l’espagnol Hispanioli  et perpétuent le souvenir des premiers blancs européens que les habitants de Taumako et des îles avoisinantes comme Vanikoro aux Salomon  aient vu, au XVI e siècle.
Bibliographie sur les Jomons.
Citons avant tout les articles du  professeur d’anthropologie physique Paul Avias : « Contribution à la préhistoire de l’Océanie : les tumuli des plateaux de fer en Nouvelle-Calédonie », Journal de la Société des Océanistes, Tome 5, n°51949, ce géologue dont j’entendis d’abord parler à Sarraméa alorsqu’il était en quête de crânes et en difficultés pour cela avec certains Mélanésiens. C’est  lui qui,  le premier, étudia sur place les Mélanésiens du point de vue de l’anthropologie physique et associa les habitants de Nouvelle-Calédonie aux Aïnous.L’historien Bonnefous,  dont j’étais l’élève en cagne au Lycée Louis-le-Grand, me parla un jour des travaux d’Avias en me disant : « Il suffit pourtant d’avoir regardé une photo de  Néo-Calédonien, du plus beau noir, pour douter de leur origine aïnoue, de couleur blanche.  ». Il ignorait  que j’étais né en Nouvelle-Calédonie et que j’étais déjà devenu l’adepte des théories d’Avias, lui-même disciple de Paul Rivet ! J’aurais pu lui objecter : « Pourquoi alors personne ne fait-il le lien entre les autochtones de Nouvelle-Calédonie et les habitants de l’Afrique noire ? »
  Il  faut aujourd’hui mentionner l’œuvre, publiée à Cambridge en 2004, d’une  Japonaise professeur d’anthropologie à Berkeley,aux USA,  spécialiste de préhistoire japonaise et américaine, Madame Junko Habu, Ancient Jomon of Japon.
Les  Gorounas de Gabriel Païta sont des migrants apparentés aux  Océaniens blancs de Rivet, aux Aïnous d’Avias et aux Jomons (ou Djomons) de Madame Habu.
Bibliographie sur les tumuli.
On la trouvera dans l’article de J. Exbroyat : « Les tumuli de l’île des Pins, un système d’irrigation ? », bulletin de la SEHNC  n°146, 1er tr. 2006.
Précisons maintenant  le sens de certains mots que nous utilisons dans nos  traductions des mots indigènes.
Trois mots importants: Birman,  Djomon, et Kuna.
1) Le mot birman dans nos traductions.
Que signifie le mot birman par lequel je traduirai indifféremment les mots  parama,  mier,  mong,  bau ? La Birmanie est un pays grand comme la France et qui fut riche en minorités blanches, jaunes ou noires venant elles-mêmes du Pamir, du Cachemire,  des îles  Laquedives (de malaka, aka signifiant île et dive signifiant seigneurie) et  Maldives (de malaka), de la côte des Malabar, où l’on reconnaît Myanmar et qui signifie les  Hmongs Ibères (Avars, Ouigours). Le mot Birman, Burma en anglais, Bama, Bamar passe pour appartenir au  registre familier. Dans la première syllabe bir on reconnaît  le bar de Malabar, Ibère, Ouigour, le br de Bornéo ou de Brujnii ou Bruijin en Papouasie et de Burnam en Malaisie
Quant à la seconde syllabe man, mar, mal, min, mir,  on la retrouve dans le  mir de Cachemir ou de Pamir,  min de Amindivi,  mal de Maldive,  cette syllabe mir ou mar  venant de Hmong. Ainsi, Mamar (de ma pour mar, signifiant hmong,  et de mar pour bar, Avar,  ibère) signifie les hmongs ibères ou ouigours.  Malacca, Malais, viennent de mal + aka, île.  Le nom officiel de la Birmanie est l’Union de Myanmar ou Myanmah.Le mot birman de mes traductions est  donc géographique et  ne renvoie pas à l’ethnie birmane aujourd’hui majoritaire, mais au pays originel peuplé d’ancêtres mythiques, appelés  les Bya Ma.
Le pays conpte aujourd’hui 130 minorités ethniques, appelées les « races nationales » : Shans, Rakhins (Arakhan), Mons, Karens, Karen-ni ou Petits Karens, les Chins, les Kachins. Les Karens noirs, Pa O, Pwo ou Taung Thu (taung désignant les Tuas et Thu signifiant noir), vivent dans l’Etat des Shans et parlent une langue austroasiatique du groupe semai.  Les Karens noirs  se nomment dans leur langue Hploun Hpou.
Les Karenni portent une écharpe rouge, leurs femmes ont le cou entouré d’un anneau de laiton qui les a fait appeler les femmes -girafes et ils habitent l’Etat Kayah., autre forme de Karen.
Bref, le mot birman par lequel nous traduirons les mots  parama ,  mier ,  mong ,  bau,  renvoie aux habitants anciens du pays , qu’il s’agisse de la  minorité blanche des  Karen-ni dans  l’Etat des Shans , ou  d’autres minorités,  noires celles-ci,  comme les Taung Thu,  les Pao ou Pwo ou Tuas.
2) Le mot djomon et le mot chaman.
Chaman et Djomon  sont le même mot et signifient  le prêtre-roi (roi ou magicien,  sorcier).Djo signifie le magicien, par suite le roi, qui, à date ancienne, est un magicien, et mon  signifie génie ou prêtre, intermédiaire divin avec la nature.  Le linguiste Jean Karst,   en 1954, a  posé pour djo une racine *yadu qu’on retrouve dans  douk-douk, (de yadouki répété), le nom des  sorciers dansants masqués de Papouasie, dans le zombi des Antilles (de yaduki), cf. le rocher Zombi à la Martinique ou les Zombi du Brésil, dans le doghi ou toghi au sens de sorcier en Calédonie. Il n’est pas  étonnant de retrouver le zombi antillais  en Afrique noire (ambar zombi, calmar sorcier) ou dans le mot vaudou (de yadouki). Ki signifie  pierre ou hache de pierre et l’ensemble yadu ki le  magicien à la hache de pierre.
  L’ordre des mots présenté par djo mon  peut très bien être inversé et on a alors mon djo que nous retrouvons  dans Hmong do, ces  habitants du Guizou  au sud de la Chine ou dans la caste des chefs et des prêtres en Micronésie sur l’île Nutt, appelée Mondjob et que O’Connell nous décrit. En Nouvelle-Calédonie, le toponyme Oun-djo, de Mon Djo, où l’on a trouvé des poteries, vient aussi de l’inversion de Djomon.
3) Les formes  kuna, kunya, kunie,  (ana) kena à l’île de Pâques (voir mon blog sur l’île de Pâques) ,chon, kon, etc. Voir mon blog sur les migrations préeuropéennes dans le Pacifique.
 Le nom Karenni, les petits Karens, porté par les Gorounas, se retrouve dans  Kuna ou Kunya qui donne Koné (site lapita, donc gorouna précisément) , le nom de  l’îlot Koniene en face de Koné  ou celui  de l’île des Pins , Kunie: ces formes  viennent de   arakounia,le nom d’une région de Birmanie dont le nom a été donné, par exemple,  au Chili : l’Araucanie,  ou  aux îles Ryoukiou (de arouko) .Son étymologie nous est donné par le grand linguiste Jean Karst, qui reconstitue un radical composé , azika-anay, azika signifiant la tribu, la nation, tandis que anay signifie les frères (souvent traduit à tort  par hommes simplement, comme dans aïnou,eïno , le nom des Indiens Micmac, T-aïno (Haïti),Hai-nan,   inuit (les Esquimaux),  l’ensemble voulant dire les frères de la tribu. Autre hypothèse : le mot serait lié au nom des Chons, ou Huns, qu’on retrouve en Amérique du sud, mais elle n’est pas contradictoire et le mot Hun peut très bien dignifier les fraternels.
 La génétique.
Les Ainous souffrent, aujourd’hui encore,  d’un déni de blancheur chez les blancs, dépités d’avoir des cousins sauvages. Le Larousse du XIXe siècle disait avec mépris qu’ils étaient «  si velus et si sales que nul n’avait  jamais pu déterminer la couleur de leur peau » !  Pourtant, au XIIIe siècle,  Marco Polo écrivait que Cipango (l’archipel nippon) était peuplé par « une race blanche et de belle allure » .  
« Les Ainous, nous dit l’hématologue Jean Bernard, dans Le sang et l’histoire, 1985, p. 70, se séparent des populations mongoles [chinoises] par la présence dans leur sang d’un facteur V qui a été observé dans le système Rhésus des Amérindiens [c’est moi qui souligne] mais jamais chez les Chinois ; par la fréquence  très élevée du sous-groupe Rhésus R et par une fréquence dans le système MN de NSS qui est la plus forte fréquence connue du monde. » On retrouve certains de leurs gènes dans les populations des îles Andaman (de Djomon) où certains Djomons sont passés. Paul Rivet fait remarquer que les caractéristiques aïnoues se retrouvent dans le crâne de l’homme de Cromagnon des gisements du quaternaire supérieur en Chine près de Pékin  (Chou -kou- tien) et ont des affinités avec l’homme de Chancelade et avec certaines populations blanches  du Turkestan, de Sibérie et d’Hainan,  les Ouigours pour simplifier.  Le crâne de l’homme de Kennewick trouvé dans l’Etat de Washington et âgé de 9000 ans, proche de celui des  des Inuits, en  est morphologiquement très proche. Bref, parenté des Ainous,  il y a
 60 000 ans au moins,  avec les Esquimaux, les Amérindiens et, selon le Professeur Paul Avias, avec les Mélanésiens  de Nouvelle-Calédonie par l’intermédiaire des Gorounas. 
Avec les rites funéraires  les plus anciens caractérisés par l’inhumation en jarre lapita, c’est l’île des Pins qui semble le   plus ancien établissement des gorounas en Calédonie, vers – 1200 environ.Les Gorounas avaient transporté avec eux un petit python arboricole sacré, Engyralis australis, qui survit à Lifou et qui a la particularité de se lover en entonnoir sur les branches et d’y attendre la pluie afin de piéger les oiseaux assoifés. Son nom a servi par métaphore, à désigner des atolls avec lagon central, évoquant l’entonnoir formé par le  python (de ligoro, on a par exemple Vanikoro).
La poterie lapita, voir mon  blog sur la formation des races en Amérique et celui sur les pseudo-tarodières de Nouvelle-Calédonie et le riz de Calédonie.
BIBLIOGRAPHIE :
Christophe Sand est la référence incourtounable pour l’archéologie des poteries  en Nouvelle-Calédonie et dans le Pacifique, notamment dans :
Christophe Sand, Le temps d'avant, la préhistoire de la Nouvelle-Calédonie, 1996, (ISBN 2-7384-3371-5)
Christophe Sand et Stuart Bedford, Lapita. Ancêtres océaniens/Oceanic Ancestors, Paris, musée du quai Branly ; Somogy éditions d'art, 2010, 303 p. (ISBN 978-2-35744-028-9) : musée du quai Branly. Somogy éditions d'art : (ISBN 978-2-7572-0367-5).
Les paléo-sibériens, 2 branches dont l’une descend vers le Cambodge et se métisse, donnant les futurs proto-polynésiens qui peupleront l’Amérique,  laissant en Amérique du nord le groupe linguistique N’Deni apparenté à une  langue de N’Deni aux Santa Cruz du sud et en Amérique du Sud les groupes linguistiques Chons et Yagans (les Yaghans parlant  des langages parents des langues  du nord de la Calédonie, les langues yuanga)  et dont l’autre se dirige vers le Japon, puis vers la Nouvelle-Guinée et aussi finalement vers l’Amérique du sud (Valdivia , où l’on a trouvé des tessons de poterie lapita). La génétique comparée de l’équipe de Svante Pãabo, de l’Institut Max- Planck, a analysé (Nature, 23-30 décembre 2010) l’homme  denisovien, du nom d’une grotte de Sibérie où a été retrouvé un doigt d’il y a 30 000 ans : cet homme denisovien partage un nombre élevé (5%) de variations génétiques avec les populations actuelles de Papouasie-Nouvelle-Guinée, donc avec les Papouas- Mélanésiens.
 Le mot «  mélanésien » est d’ailleurs loin d’être précis, sauf en géographie. En politique il s’étend jusqu’à Timor et à la Nouvelle -Guinée. En linguistique, le mot mélanésien est surtout négatif et sert à qualifier les langues qui ne sont ni papoues ni australiennes ni polynésiennes ni micronésiennes ni austronésiennes (malais et indonésien) ; aussi emploie-t-on plutôt le mot océanien aujourd’hui. En anthropologie,  le mot « mélanésien » englobe les Papouas et les Aborigènes australiens ; la tendance actuelle est de parler d’australoïdes pour les anciens habitants des continents appelés Sunda, Wallacea, Sahul (c’est-à-dire l’Australie et la Papouasie qui étaient alors soudées), intégrant l’Afrique,  le sous-continent indien, le Sud-Est asiatique qui s’enfonçait profondément en Asie centrale, et le Japon, ceci il y a 50 000 ans.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée (-1500).
Paul Rivet s’était attiré des quolibets incrédules lorsqu’il avait parlé de blancs au pays des Papous, appartenant à la même race que nous retrouvons au nord du Japon, les Ainous, aujourd’hui en voie d’extinction par métissage. Or, au XIX è siècle, le capitaine  Morrell ou plutôt son écrivain Jacobs nous  raconte une expédition à l’intérieur de la Papouasie, dans Ramu Valley,  faite pour tenter de trouver de l’or. Morrell apprit,  chez les Garia,  d’un certain chef  Bivartoo (voir Sir James Fairhead, The Captain  and the « Cannibal » p.  242)  qu’une race de blancs, alors déjà  éteinte depuis longtemps, avait bâti des cités sur les rives d’un fleuve  dans une grande vallée, la Vallée de Ramu. C’est la même qui a exporté les poteries lapita, l’élevage des poules et des cochons dans tout le Pacifique.   Ces cités étaient en ruines à l’époque.  Etrangement, la randonnée de Morrell laissa dans la grande île papoue le mythe du dieu  Capo Moro (le capitaine Morrell !), en particulier chez les Nuru. Ces derniers racontent que des visiteurs blancs remontèrent la rivière Nuru, qu’ils étaient des esprits, qu’ils parlaient le langage des dieux et qu’ils leur laissèrent des cadeaux qui venaient du monde des morts. Les chercheurs de la moitié du XX è siècle, ignorant l’expédition de Morrell à l’intérieur des terres, furent perplexes  et attribuèrent le récit à une expédition allemande intervenue 50 ans plus tôt, concluant que décidément ces populations avaient une bien pauvre notion, du temps écoulé ! On s’est aperçu très récemment que les populations de Nouvelle-Bretagne qui fabriquèrent les poteries à décor géométrique en Nouvelle-Betagne non seulement venaient de la grande île papoue, mais qu’ils  y avaient vécu fort longtemps. C’est la très forte éruption du mont Witori , vers – 1500, qui provoqua leur extraordinaire diaspora.Ils emportèrent avec eux leurs technique du lapita et leurs techniques agricoles. 
 Il n’est que de consulter les reproductions du livre de Alfred Cort Haddon,  The decorative art of British New Guinea, a study in papuan ethnography, 1894, 279 pages, 12 planches et une centaine de dessins, réédition numérique, pour mesurer la parenté entre les tessons de lapita trouvés à l’île des Pins par exemple, et les reproductions des motifs géométriques papous.  Peut-être ceux-ci furent-ils  inventés en liaison avec les cérémonies secrètes de la circoncision et de l’initiation.Mais ceci n’est qu’une hypothèse (voir mon blog sur les pétroglyphesetnla circoncision).
Iles Bismarck, îles  Mussau (nord), site de Talepa –kemalai , -1200.
On peut comparer le nom de Kaimalai et  celui de Kanumera (de Kanmara) à l’île des Pins, ainsi que ceux de Kampuchia (Cambodge, de kapukia) et de Mapuchia (culture mapuche en Amérique du sud, où l’on trouve  sur la côte du Chili, à Valdivia, des tessons de poterie lapita. Valdivia, de maldivia,  est à rapprocher des toponymes cités  plus haut , Maldive (de malaka + divia) et  Laquedive (de malaka, mal désignant les Ibères,  aka signifiant île,  et dive signifiant seigneurie), de la côte des Malabar, où l’on reconnaît Myanmar et qui signifie les  Hmongs Ibères (Avars, Ouigours). Comme à l’île des Pins, où les trous de poteau repérés par Luc Chevalier (voir ci-dessous) signalent des habitation sur pilotis, on a repéré  des habitations sur pilotis sur ce site de Talepa –kemalai aux îles Mussau,ainsi qu’ aux iles Santa Cruz  (îles Nenumbo et  N’Gamanie , cf Gomen et Gorouna, île Ticopia) aux Salomon et qu’ à Bourewa aux Fidji.
Nouvelle-Bretagne
On a retrouvé des éclats d’obsidienne au Vanuatu  à Aoré (-1000), venant manifestement de  Nouvelle-Bretagne , et des  poteries lapita à Ouatom, de goromo, par harmonisation vocalique de gorouna, en Nouvelle-Bretagne.
Salomon
L’archipel Santa Cruz  , Santa Cruz étant appelée aujourd’hui N’Deni,  nom  qui évoque le nom d’un groupe linguistique d’Amérique du nord,recèle des  sites lapita à Nenumbo , à N’Gamanie ,et à  Ticopia , en liaison avec des habitations sur pilotis et avec des inhumationsen jarre.
 Vanuatu
Je citerai Anatom dont le nom est identique à celui de Ouatom en Calédonie  et Aoré, où l’on a retrouvé des fragments d’obsidienne
venant de  Nouvelle-Bretagne.
Nouvelle-Calédonie : vers -1050, les Gorouna,  Menehune ou Kanumera.

Le riz natif qu’on a trouvé  à Poum et à Pouembout est un marqueur de ces populations qui pratiquaient l’irrigation et l’agriculture. Ils ont pu échanger leurs poteries avec d’autres insulaires,à Maré et à Ouvéa par exemple,   mais celles qu’on trouve à Lifou, semblent bien provenir d’une implantation au moins temporaire.  Essayons maintenant de déterminer d’où vinrent les diverses vagues d’immigrants gorounas en Nouvelle-Calédonie. En Australie, par où ils ont passé, nous retrouvons, cités par Roheim, dans Héros phalliques et symboles maternels dans la mythologie australienne ,essai d’ 'interprétation psychanalytique d'une culture archaïque, p. 302,  304 et 305 : Nguamina à Palm-Paddock, Ungwamina chez les Aranda de l’Ouest (pétroglyphes de la chenille), et le mot  gorouna traduit par guérisseurs .   

1) De N’Gameini, de karen-ni, aux Santa Cruz (Salomon) où l’on trouvé le même type de poterie qu’en Calédonie, nous avons les noms de Paa (barama,  birman) Goumène, Kaala (de parama) Gomen, Ouaménie,   Cueménie;
  2) de Ouatom en Nouvelle-Bretagne ,  avec arrêt à Anatom ou Aneytum  et à Eton (de aneitom et de eiton) ,  à Vaté, au Vanuatu,  puis  en Nouvelle-Calédonie à Ouatom, à Tomo, à Koutomo . A rapprocher, aux Fidji, du site dit Tomo avec des grottes à Wainibuku ainsi que  du site de Naigani (Cf. les noms N’Gameini ou Gomen).   L’on  y a trouvé aussi des restes du Mégapode noble, parent du Sylviornis caédonien de l’île des Pins.
Ils ont touché aussi Koné et  l’îlot Koniene  ainsi que  Kunie, l’île des Pins, tous noms venant  de Araukhanya qui signifie la fraternité: à l’île des Pins, le nom de Kanumera vient  de kuna,   pour araukanya , la fraternité,  et de  mera , birmane .
Dans le nord, où on les appelle Gorouna sur la côte ouest  selon G. Paita et Menehune à Pouébo, les archéologues ont trouvé des tessons à Pam, Arama (de Parama). Dans le centre,  le toponyme  lapita a donné son nom à la poterie, non loin de Koné (Foué) ; on retrouve des tessons dans le sud, à Ouatom et à Tomo (de Ouatomo), Ouatom étant homonyme de l’île de Nouvelle-Bretagne  où l’on a trouvé de la poterie lapita, île dont le nom a souvent servi à caractériser ce type de poterie.
Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est leur implantation à l’île des Pins, à Kanumera, à Gadji, à Vatcha  et à Saint-Maurice, en liaison avec les habitations sur pilotis et avec les tumuli funéraires.
Fidji est aussi une étape des artisans des poteries lapita, avec les sites de Bourewa, Natumuku, Sigatoka à Viti Levu, où l’on a trouvé une petite volute endémique des eaux entre  Papouasie et Nouvelle-Guinée (Amoria (Amoria) volva (Gmelin, 1791).
Tonga et Samoa sont les derniers jalons dans le Pacifique.
En Amérique du sud, sur la côte du Chili, près de Valdivia, nous avons  l’étape finale des potiers  lapita.Ils  ont pu y arriver par mer. On a retrouvé sur les lieux des jarres lapita pour inhumation secondaire.  
La tombe des Gorounas en forme de pirogue renversée et leur habitation sur pilotis et à double corne,  imitant leur pirogue avec son  double plancher, sa proue et sa poupe
A Ouatom, en Nouvelle-Irlande, la poterie funéraire dite  ouatom est associée à des habitations sur pilotis et à  des rites d’inhumation secondaire dans ces mêmes jarres ouatom. On retrouve ces habitations sur pilotis à Madagascar (Malombo), au Cambodge et  à Célébès où, par exemple, le peuple toraja (altération de gorouna) a d’intéressantes maisons sur pilotis et à double corne qui  imitent la proue et la poupe des pirogues, « en tombeau » pourrait-on dire par analogie avec la forme de certaines commodes et …de certains tombeaux.  On y appelle ces maisons des tong uma, de uma, maison, et de tong ou pwang, à deux cornes : on a  en Nouvelle-Calédonie Ouango, toponyme près de Voh, ou encore Manghine près de Ouégoa. Le nom de Kongouma sur la côte est est quasi-exactement celui de la maison des Torubas aux Célèbes : tong ouma. Aux Santa Cruz (Salomon),  on a une île Nenumbo (de erre, deux, uma, maison, et de ambo, à courbe, maison à double courbe),  également associée aux poteries ouatom : elle est voisine d’une autre île  appelée N’Gaménie (Cf.  en Calédonie, Paa Goumène, la Ouaménie). Le nom de Nenumbo rappelle celui d’Erromango au Vanuatu. En Australie centrale, près d’un lac, on trouve un quasi homonyme Erromanga. Il existe aussi au Vanuatu, à Santo, Narango, à Malekula Maragous, à Malo Tamambo (pour tusa, deux, uma, maison et ambo, courbe)  et Marango à Païta, 
  A l’île de Pâques,  dans la baie d’Anakena, où les premiers colons  ont débarqué, on trouve des maisons en pierre à double corne imitant la proue et la poupe d’une pirogue. Ce sont des  maisons de type non polynésien et elles sont  appelées hare paenga, hare pour fare, maison, paenga signifiant  à double pointe .Le pourrissoir, nous dit Alfred Métraux dans L’île de Pâques, p. 189 , pouvait d’ailleurs avoir également  la forme d’un bateau.et la tombe celle d’une pirogue renversée. Le corps principal du sanctuaire, appelé ahu (de aku, cf. akkoro, calmar géant écarlate, dieu des Enfers) est flanqué d’ailes inclinées qui se dépoyaient sur les côtés et qui, selon moi, rappellaient la proue et la poupe de la pirogue qui doit emporter le mort vers le pays de ses ancêtres,  Le plan incliné qui menait aux statues était constitué par un prodigieux entassement  de blocs de lave et de gros galets qui dissimulait des caveaux contenant un ou plusieurs squelettes. Cet amas de galets, retenus par des dalles plantées verticalement, ce qui évoque les sépultures djomon au Japon,  se prolonge par un espace pavé. Le nom de moai  pour désigner les statues  correspond à l’ainou mui, dieu ,  dans ka mui Akkoro, le divin calmar écarlate géant., de liguro, le calmar enroulé.

L’habitation est construite sur le modèle du catamaran monda aux Indes avec double plancher, c’est-à-dire un plancher à claire-voie qui reproduit  le plancher surélevé où l’on mettait passagers et marchandises à l’abri des embruns, autant que faire se pouvait, et un plancher inférieur, en contact avec la mer dans le cas du catamaran.  Ce type d’habitation  est répété dans le catamaran ou dans le  praoh djomon, car  pour les Gorounas,  habitation, embarcation et tombe doivent être bâtis sur le même modèle. La pirogue, personnelle,  est sacrée et son prpriétaire veut s’y faire enterrer comme le guerrier gaulois dans son char.   C’est le plancher inférieur, en contact avec  la terre dans la  réalité, mais  pour les Gorounas avec la « mer» à travers des coquillages encore vivants, offerts en sacrifice, qui  va recevoir le cadavre pour sa putréfaction. Seule différence : le praoh est renversé ou posé verticalement et démâté ou avec un mât qui s’enfonce dans la terre en signe de mort.
  Il est intéressant de  suivre à Nutt et à Pohnapé en Micronésie, chez les Torajas en Indonésie ou au Vanuatu une cérémonie funéraire voisine de celles qui se sont déroulées à l’île des Pins, chez les Kunie .
1) Ecoutons  J. O’Connell qui, jeté par un naufrage en 1830 sur l’île de Nuut en Micronésie, s’y maria, fut tatoué et  y resta cinq ans. Il nous y  décrit les rites funèbres  dans A residence of eleven years in New Holland and the Caroline Islands, being the adventures of James F. O’Connell (Google Books et réédition moderne), p. 186: « Le prêtre s’assied sur le tapis près de l’agonisant, les jambes  croisées, se frottant les mains lentement l’une contre l’autre, puis frottant  ses jambes alternativement, en poussant un cri guttural qui commence lentement « eeeah ! » et « oooah ! » et s’interrompt lorsque les mains atteignent les genoux. La chambre de l’agonisant est toujours remplie de monde et aussitôt qu’on le suppose mort, même s’il respire encore, les assistants forment une pyramide de corps sur l’agonisant et se jettent sur son corps pour l’embrasser ou au moins le toucher.Il y a d’ordinaire une lutte furieuse et ceux qui sont derrière attrapent celui qui est devant eux par les talons et le tirent en arrière.Durant tout ce temps un gémissement sourd est poussé par toute la compagnie, un peu à la manière du keening des Irlandais. Avant d’enterrer le mort, on le  promène sur les épaules devant toutes les cases de ses parents et amis pour prendre congé d’eux. Devant chaque hutte, la procession s’arrête dix minutes environ et pousse le même cri guttural : « eeeah ! » et « oooah ! » La coutume invariable est d’enterrer le corps avant le coucher du soleil.Le cadavre est inhumé à trois pieds sous la surface du sol avec un rouleau de tapis.La saison du deuil actif dure environ douze jours.S’il s’agit d’un homme, on, enlève une pagaie de son canoë et on l’enterre avec lui ; s’il s’agit d’une femme, avec son fuseau (spindle) ou avec sa quenouille (distaff). On construit sur la tombe une petite hutte où dorment  les plus proches durant  cinq ou six nuits. Ensuite la hutte est détruite .Les deuilleurs et deuilleuses se coupent les cheveux. »
Autre élément de la cérémonie, un prêtre  parade dans le village cinq ou six nuits après l’inhumation, une lance à la main [cf. Halloween]
« Il y a sur l’île de Nutt un cimetière.Il est situé au bord de la mer, si près qu’à marée haute il est recouvert ; il est enclos d’un gros mur de pierre et empli de cocotiers sacrés, dont personne  ne  cueille les fruits.La coutume est de planter sur chaque tombe un cocotier et, en plus des godilles enterrées avec le mort, de déposer sur sa tombe une ou plusieurs pagaies. Une fois par an, à marée basse, les pagaies  sont ramassées par les proches, chacune par un descendant du premier propriétaire, et tous les habitants de l’île font le tour de l’enclos.  La procession n’a pas d’aspect funèbre ; les personnes qui la forment sont décorées de fleurs, portent des habits de gala et déposent des fleurs sur les tombes [C’est la levée dce deuil que perpétuent  pour nous le jour des morts et le fait d’offrir des fleurs ou de déposer sur les tombes des chrysanthèmes].Cette cérémonie est placée sous l’autorité des prêtres, qui marchent à côté des chefs dans la procession.Ainsi chaque partie de leur conduite tend à respecter les ancêtres.Le temps ordinaire du deuil est d’un mois environ et,  durant cette période, il y a chaque jour une heure fixée  pour pleurer le mort, -celle à laquelle le mort est décédé. »
2) Joseph de Rosamel en Micronésie à Pohnapé (1840): « Dès que  [le défunt] a rendu le derniers soupir, on le place sur une natte neuve…On huile amplement la natte …La fosse, de deux pieds et demi de profondeur,  a été creusée dans la maison ou auprès. Le prêtre descend dans la tombe avec une pierre à la main ; il pose cette pierre sur l’estomac du mort, pour empêcher son âme de venir troubler les vivants. Le prêtre se retire en laissant la pierre, et la fosse est recouverte de pierres et de terre… Quand le mort a été enterré dans la maison, il n’y a plus que le père, la mère, les frères et sœurs qui puissent entrer dans la partie séparée où est la tombe. De temps en temps, ces parents vont visiter le mort, ils enlèvent le plancher et ce qui est sur le cadavre et le frottent d’huile,  puis pleurent.Au bout de quelques mois, le corps se trouve en quelque sorte embaumé, on le retire de la fosse et on le place dans un coin de la maison où on le couvre de nattes.
J’ai cherché à voir des cadavres ainsi conservés, mais .je n’ai pas pu en trouver.On dit qu’ils sont parfaitement secs, sans aucune odeur, que les traits se conservent presque au naturel,  mais qu’au bout de deux ou trois ans,  suivant le soin qu’on en a, les chairs tombent en poussière ».Extrait de Rosamel,  Pohnpeï Micronésie 1840.  
3) Chez les Torajas en Indonésie le  stade final est  intéressant pour nous : une effigie, destinée à représenter le mort et appelée tau-tau, est exposée sur une sorte de balcon à l’intérieur de la maison. Le mot tau-tau est parent du mot  djomon dogu qui désigne une poupée en argile  souvent enterrée avec le mort pour le protéger. Le mot calédonien  toghi au sens d’amulette pour protéger ou pour envoûter lui est  apparenté.
4) Au Vanuatu nous avons deux exemples de rites funèbres liés à des populations proches de celles qui nous intéressent :
1) Sur l’îlot corallien  de Retoka au Vanuatu a été découverte une tombe collective, la plus importante du Pacifique en raison de son mobilier et du nombre d’individus inhumés : celle du chef  Roy Mata.  Il est inhumé au pied de deux pierres dressées,  avec, autour,  un cercle de coquillages, en compagnie de son épouse et de divers représentants de clans qui, tous, furent enterrés vivants.
2) A  la suite de la  très violente éruption volcanique du Kuwae qui fit disparaître l’ île du même nom , située entre Epi et Vaté, un rescapé, Ti Tongoa Liseiriki, « fut inhumé près de l’ancien village de Panita, à Tongoa (Vanuatu), en compagnie de ses femmes et de quelques représentants de sa suite.On entoura les corps d’un cercle de coquillages et de dalles basaltiques, puis on planta quelques pierres dressées afin de signaler la sépulture en surface, une fois les corps recouverts de terre » (J. Garanger, « Tradition orale et préhistoire en Océanie », Cahiers de l’O. R. S. T. O. M., 1976,  Série Sciences Humaines, vol. XIII, n°2, p. 147-161).

 Voici le scénario,  tel qu’on peut vraisemblablement le reconstituer pour l’île des Pins :
1) une  maison sur pilotis est bâtie à l’occasion du décès,  où cohabitent,  pour le  temps du deuil,  les parents du défunt et le cadavre ; la maison a deux planchers à claire-voie  et  le cadavre est mis à pourrir sur le plancher inférieur,  à ras du sol, au-dessous du  second plancher,   avec  sur le cadavre   des coquillages encore vivants ;
2) au bout d’un certain temps, une fois les chairs décomposées, les parents  recueillent  le crâne et le squelette, ils les placent dans une jarre lapita pour ce qu’on appelle  une inhumation secondaire. Ils construisent ensuite un mât, sous la maison, avec des blocs de coraux et des coquillages, puis  brûlent à grand feu  l’habitation sur pilotis et les coquillages amassés. Ils édifient  autour du mât, formé de coquillages spathifiés, concassés et compactés, transformés en chaux  sous l’action de la chaleur,  un tumulus qui imite la forme d’une pirogue   renversée. C’est le cylindre de coquillages transformés en chaux qui constitue le mât de la pirogue,  renversée en signe de mort. Ils mettent  la jarre avec les reliques  au pied du tumulus ;
3) plus tard, intervient  la levée de deuil  avec  transport de  l’urne funéraire au bord de la mer, dispersion des restes dans l’océan et bris de la jarre sur la plage ;  
4) éventuellement, un substitut du mort en une matière quelconque :   nacre, argile, pierre etc., le remplace  sous la forme d’une « tête de monnaie » conservée par les parents.
 Si le conservateur du musée de Nouméa Luc Chevalier a trouvé deux pieux de soutien dans l’un  des quatre tumuli éventrés par ses soins,  ce sont des pilotis qui  appartiennent à  une maison mortuaire sur pilotis.
Les monticules de coquillages de l’îlot Koniene.
J’emprunte à Max Shekleton (Bulletin de la SEHNC, n°158, 1er tr. 2009, « « Walkabout du 14 juillet 1941, sur l’îlot Koniene en Nouvelle-Calédonie, par Wilfred G. Burchett ») la description suivante :
« Alors que nous traversions l’île vers la côte faisant face au récif, nous avons rencontré des hectares et des hectares de coquilles en tout genre y compris des huîtres, des bénitiers, des conques et bien d’autres coquillages qui me sont inconnus, des monticules entiers formés de masses compactées de ces coquillages. Mon guide [originaire de Lifou] m’indiqua qu’on les trouvait jusqu’à une profondeur de deux mètres. Deux mille tonnes ont déjà été prélevées  pour en faire de la chaux et l’impact sur la ressource est insignifiant ; mon hôte [Jules Calimbre] est convaincu qu’elles représentent des siècles d’accumulation alors que l’île était un lieu de festins pour les indigènes se rendant au récif à marée basse, récupérant les coquillages par pirogues entières et  revenant sur l’île pour un festin et un pilou- pilou… « Mais ce n’était pas seulement un lieu pour festoyer », mon hôte interrompit ainsi mes pensée. «  Venez par ici ! ». Et,  en me retournant, je remarquai un grand banyan. Nous nous en approchâmes lentement, les coquillages s’écrasant en poudre sous nos pas. A l’ombre, sous les racines du banyan, se trouvait une possibilité d’explication horrible pour ces festins.   Des os blanchis y étaient éparpillés et, scrutant la pénombre, je pouvais voir les orbites vides de crânes humains. Lisses, gris et polis, il y en avait à tous les stades de conservation, certains dont les dents étaient intactes. Il y avait des os de bras et de jambes, certains avec des traces de fractures. En certains endroits, les racines et les branches avaient entouré les ossements humains, -bien implantés dans le bois de l’arbre, -laissant supposer que les corps avaient pu être placés sur l’arbre même. « Il y avait des centaines de crânes quand je suis arrivé, mais les Javanais les ont dispersés et jetés. Pas les indigènes. » Le guide de  Lifou  apprend au journaliste  qu’il ne s’agissait pas de cannibalisme, mais de tombes.
  Il est gênant que les populations noires appelées Tuas par G. Païta aient ravagé le site gorouna dont les monticules de coquillages compactés  sont le seul  souvenir. En revanche, les squelettes à même le tapis de coquillages ou déposés sur des arbres qui ont poussé par la suite sont récents et sont l’œuvre de ces Tuas.
Au Japon :   les dépôts de coquillages associés aux tombes.
Chez les Djomons du Japon, c’est sous le tumulus que se trouvent les ossements.
On peut songer aux kanjo dori qui sont des sépultures collectives, d’une hauteur de 0, 50 à 5 mètres et d’un diamètre de 30 à 75 mètres ;  le montant de terre est estimé à 300 m² : il faudrait 25 personnes travaillant  pendant 123 jours pour remuer cette terre en provenance du puits funéraire voisin, un homme remuant 1 mètre cube par jour .Ces tumuli sont associés à des dépôts coquilliers du Djomon final. Il y  a 14  kanjo dori  contenant de 1 à 21 puits funéraires à Kiusu près de Chitose.
Au Japon préhistorique,  à Terano– Higashi, on compte 127 dépôts coquilliers (et 804 dans la région entière), nombre qui serait plus proche du nôtre : 300 à l’île des Pins. Il y a 1108 dépôts djomons au Japon: d’autres avancent le chiffre de 4 000 mais en comptant des dépôts de période plus tardive .Les archéologues japonais pensent qu’il s’agit au départ de détritus d’ordures qu’on aurait transformés, au fil du temps,  en  tumuli funéraires.   
  A l’île des Pins, c’est à Vatcha,  qu’on a  trouvé des poteries lapita. Or, ce toponyme évoque le catcha de Lifou, c’est-à-dire ces débris corailliens qui ont donné à Gaitcha (Lifou) son nom,  et il est intéressant de voir assocées  poteries lapita et  débris coquilliers. Il faut décomposer les mots Vatcha, Gaitcha ou catcha en un mot signifiant coquillage en djomon, kai, et  un suffixe de collectif  en
 –ka : on a kaika, puis  Gaitcha.
Les tumuli récents, œuvre des Tibawés.
 Les quelque 200 ou 300 tumuli de l’île des Pins ne relèvent peut-être pas tous des mêmes rites funéraires et certains, plus récents, peuvent être l’œuvre, non des Gorounas, mais de leurspremiers successeurs, les  Tibawés, comme l’indique aussi  la présence de pétroglyphes à l’île des Pins sur le pic N’Ga, pétroglyphes qui, selon G. Païta,  sont l’œuvre des Tibawés et non des Gorounas. Les Tibawés , -gorounas métissés,- se sont installés assez souvent dans le voisinage de leurs parents et devanciers, les Gorounas : ainsi ont-ils fait à Koné avec les tribus de Tiaoué et de Cradji ou , sur la côte est , avec celles de Tchamba. On trouve dans la vallée de Tchamba des tumuli qui présentent,  par rapport à ceux de l’île des Pins ou de Païta,  la particularité d’être clos d’une enceinte de pierres circulaire. Les Tibawés avaient occupé aussi l’île des Pins, où les toponymes N’Ga et Gadgi (ces deux derniers se retrouvant à Païta) en témoigneraient selon G. Païta. Il y a d’ailleurs trois tumuli et des menhirs  à Païta.  Le nom de Gadgi évoque celui de Cradji près de Poya.  Cradgi semble  bien être le  nom  tibawé  de ces monticules préhistoriques  de coquillages  appelés kaizuka au Japon et sambaqui au Brésil.
 D’où viennent les mots gadji ou cradji. ? Ills sont apparentés à l’aïnou kai, coquillage, avec un suffixe  de pluriel  ainou en –ki. Au singulier, sans le suffixe de pluriel –ki,  on a la forme N’ga (de kai), le pic de 250 m  de l’île des Pins ou celui de Païta étant comparés à un  coquillage pointu. A noter qu’il existe aussi  des sortes de menhirs à Cradji.
  Un trou figurait au sommet de certains tumuli, selon une indication orale recueillie par Luc Chevalier. Ce trou aurait pu servir à  planter au sommet de ces tumuli récents, au demeurant très peu élevés,   une perche,  aujourd’hui disparue,  dont le bout variait selon le sexe de l’individu, phallique pour les femmes,  en forme de vulve pour les hommes : c’est ce qu’on retrouve dans les cimetières  ainous actuels observés par Ruffié et  dans les cimetières ouigours fouillés par les archéologues chinois dans le bassin du Tarim.  
  En effet, le fondateur de l’hématologie, Jacques Ruffié,  alla observer, en 1978, les derniers Ainous d’Hokkaido, ces parents des Gorounas. Il  note qu’à Nibutani les tombes sont surmontées « d’un curieux poteau de bois dont la partie supérieure sculptée varie avec le sexe du mort ».
   De plus, au nord du Tibet, dans l’immense désert de Taklamakan , des archéologues chinois ont eu l’étonnement de découvrir une nécropole, avec des momies aux traits européens, aux cheveux châtains et au nez long, datant d’il y a 4 000 ans et enterrés dans des bateaux retournés recouverts de peaux de vache , avec un mât de bois situé à la proue , de 4 mètres de haut et dont la sculpture varie selon le sexe : pour les hommes , le sommet est effilé, symbolisant,selon les archéologues chinois, des phallus,  tandis que , pour les femmes, le sommet serait plat et  peint en noir et rouge, évoquant des vulves.On peut toutefois se demander si le mât renversé des Djomons n’a pas cédé la place, chez les Tibawés, pour les hommes, à la godille (à la poupe du bâtiment) permettant de se diriger  dans les eaux de l’au-delà et pour les femmes à la navette ou la quenouille, attributs de leur sexe que les Chinois n’ont pas compris. O’Connell ; en Micronésie décrit cette habitude en précisant qu’il s’agit de fuseau (spindle) ou de quenouille (distaff). Les couleurs noire et rouge  rappelleraient les maternels et les couleurs blanche et rouge  les paternels.
La signification des poteries lapita, ces  jarres funéraires pour uinhumation secondaire.
 On peut suivre dans le Pacifique le trajet des Djomons : ces hardis chasseurs de baleines  partent du Japon et, tandis que la branche  qui nous intéresse traverse le Pacifique, une autre, à une époque où l’Antartique était de climat presque chaud, suit sur ses praohs les cétacés qu’elle recherche,  et se dirige vers   l’Amérique du sud .Mais  les Djomons se sont aussi servi de bois ou de  bronze pour leurs urnes funéraires.
  Les grands  « tambours » à fente  d’Ambrym, au Vanuatu,  pour  garder leur appellation traditionelle, ne sont aucunement des instruments de musique, mais des objets sculptés destinés à recevoir,  par leur longue fente latérale,  les restes  du ou des défunts. Ils sont en bois local et atteignent parfois 6 m de haut.   Ils sont dressés en groupe sur la place centrale du village. Pareillement,   dans la plaine des Jarres, au Laos, sur le plateau de Khorat en Thailande et au nord de l’Inde, il existe d’énormes jarres de pierre avec couvercles  (les cadavres semblent avoir été incinérés au lieu de passer par un pourrissoir).
  Les tambours de bronze de Pejeng à Bali et ceux de Java, datant de 500 avant J. C.  , comme les tambours en bronze du Vietnam  appelés Dong Son et qui datent de 400 avant J. C.,  sont également utilisés comme coffres funéraires.Les motifs sont dignes d’être notés : des bateaux, des spirales (stylisant la poupe et la proue d’une pirogue), des maisons. Relevons encore les grands tambours en bronze moko trouvés à Nuss Tennggara (cf. le nom des blancs à Houaïlou, Pagara, de pa karen) à l’est de l’Indonésie.
  Les tambours d’Ambrym nous aident à comprendre le sens des jarres lapita, car  ce sont bien des pirogues –tombes dressées verticalement, comme si leur propriétaire, provisoirement,  ne s’en servait pas, la fente représentant le trou d’homme de la carène de la pirogue.
  Au Mexique, certaines jarres funéraires sont terminées par deux « pieds » qui sont en réalité les courbes de la proue et de la poupe de la pirogue, ces deux extrémités finissant par se fondre en une seule, comme dans les amphores hélléniques, terminées par un « pied » qu’il faut enfoncer dans le sol. Elles ne peuvent reposer sur la terre, n’ayant pas de fond plat, et elles doivent y être plantées par le pied.
  Un motif courant des poteries lapita consiste dans des  v ou guillemets qui se retrouvent sur les poterie shan et qui, selon nous, représentent la déesse de la mort aïnoue Kamui Akkoro, savoir un calmar super- géant écarlate (Architeuthis dux Steenstruop 1857)  adoré par les Djomons.Ici les deux barres du V (à voir  avec la pointe en haut) représentent schématiquement  les deux séries de 4 bras de chaque côté du corps du calmar. Il n’est que de comparer avec les dessins d’Architeuthis, p.444, tome 2 dans B. Heuvelmans, Dans le sillage des monstres marins, Le poulpe et le kraken.
Nous allons tenter de vérifier la couleur de ce calmar divin et colossal grâce au livre passionnant de Bernard Heuvelmans sur les calmars, Dans le sillage des monstres marins, Le kraken et le poulpe colossal, tome second, p. 298.  Etant précisé que ces monstres peuvent mesurer 20 m de long et peser 700 kg, voici ce que le grand  cryptozoologue écrit à propos de la couleur  qu’un observateur avait décrite comme un manteau d’écarlate    :
« Cette teinte est familière à la plupart des calmars d’une taille exceptionnelle.  En réalité il est impossible de définir la couleur des céphalopodes, car ceux-ci, grâce au jeu des chromatopohores qui garnissent leur peau, en changent avec une facilité surprenante.Ainsi les poulpes , qui , à l’état de repos, sont d’une couleur gris verdâtre, marqués de taches ou de mouchetures rousses, ont le corps parcouru de vagues multicolores quand ils sont excités : toutes les nuances du rouge, du pourpre, du violet et du bleu déferlent sur eux en un éclair et se fixent parfois en des marbrures très contrastées...Parlant d’un calmar-flèche de la Méditerranée, Jean-Baptiste Vérany écrivait : « Dans l’état de vie, ce céphalopode est d’un blanc livide peu transparent, se nuançant de bleu, de verdâtre et de rose irisé par des reflets argentés…Quand il a perdu toute vitalité, et que le jeu des points chromatophores a cessé, sa couleur est d’un  rouge brique uniforme. » Il n’est pas étonnant que les calmars géants trouvés moribonds sur une plage ou à la surface de la mer, -ou même leurs restes mutilés,- aient souvent été décrits comme d’un rouge plus ou moins éclatant.  » Tel est le cas au Japon, où akkoro (de ligoro, l’enroulé, parfois le serpent) désigne le calmar super-géant, Architeuthis dux. .
Le motif de l’ « œil qui pleure »  si répandu à la proue des pirogues, comme celui des « côtes saillantes » prises pour un signe de famine,   me semblent  refléter les bras du calmar super-géant , comme le v des poteries djomon .De même ,  certaines figures géométriques  des urnes lapita comme celle du  losange,  renvoient  peut-être  à des  encornets qui ont cette forme losangique.
Ainsi, la jarre funéraire  lapita représente  une pirogue renversée ;  ses anses éventuelles sont les courbes de la proue et de la poupe, tandis qu’elle représente elle-même le ventre de la pirogue.  



Les inventeurs de la poterie préhistorique  qui précède la poterie lapita: une société de chasseurs-cueilleurs- pêcheurs, selon Madame Habu.
   Certes, les fouilles dans une grotte de Chine ont exhumé des fragments de poterie de 20 000 ans (Science, juin 2012),  dont on pense qu’elles servaient à la conservation de la nourriture à une époque où celle-ci était devenue rare, l’époque de la petite ère glaciaire.On en a trouvé qui sont datées de 18 000 ans et les fouilles de Sibérie ont donné des poteries de 10 000 ans d’âge, mais certaines poteries djomon peuvent remonter à 16 500 ans. Les poteries de Nouvelle-Calédonie et des autres sites de Mélanésie ou de Polynésie  sont beaucoup plus tardives (-1000) et datent du Djomon final : la couleur rosâtre  de certaines d’entre elles peut suggérer  une influence de  la nouvelle poterie coréenne (qui avait passé du style Chulmun au style  Mumun de couleur rougeâtre) inspirant une  mode dans le  nord-ouest de Kyushu.
Cette première forme  d’art, qui semble être  liée à la mort, est apparue chez un peuple nomade de pêcheurs–chasseurs-cueilleurs. Suivons les Djomons à partir du Tukestan chinois, du bassin du Tarim devenu par la suite un immense désert , où  l’on a retrouvé un de leurs cimetières, avec des momies et des poteries noires utilitaires  portant des  incisions et datant de – 2000 , analogues à certaines poteries  de l’île des Pins.  Nous retrouvons les Djomons à Borasan et à la ville fluviale de Khotan ou Chotan, connue pour les poteries et les bronzes qu’elle exporte jusqu’en  Méditerranée et jusqu’en Chine, où certaines poteries attribuées à la dynastie schang en proviennent peut-être : ces poteries dites shan rappellent étrangement les jarres lapita par leurs décors géométriques.

Marcel Griaule dans Les Saôs légendaires parle d’une entrevue qu’il eut étant jeune avec le grand et déjà célèbre  africaniste allemand Léo Frobenius ; ce dernier lui décrivait le Chari du Cameroun oriental et lui recommandait de s’intéresser à l’inhumation secondaire en jarre : « Dans les berges de terre à pic, on voit des jarres enchâssées. Certaines se sont fendues et dans l’humus dont elles sont pleines apparaissent des tibias et des fragments de crâne. C’est une question du plus haut intérêt ; si vous passiez par là, vous devriez creuser… » . Marcel  Griaule écoutera ces conseils et ses fouilles  feront sortir la cité Saô aux grandes urnes du Tchad (Djameina évoque pour nous N’Gameini, comme le nom du Cameroun  celui des  Karen-ni  et des Gorouna), ainsi que  les sépultures en jarre de Goulfeil. On connaît  pareilles sépultures en jarres, notamment aux Philippines, dans les grottes de Tabon (jomon)  ou dans celles de Manunggi (maison à double corne, de uma et de pwangi) sur l’île Palawan, où 78 urnes  funéraires ont été retrouvées. 

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